Actualité à la Hune

Circuit Class40’

Une classe mature

  • Publié le : 08/05/2015 - 00:01

À l’occasion du Grand Prix Guyader à Douarnenez, une flotte réduite à huit unités s’est ébrouée dans la baie des Penn Sardin du 1er au 4 mai. Propos avec Halvard Mabire, le tout nouveau président de la classe, et avec quelques skippers venus pour la première épreuve du Championnat Class40 2015.

 

Halvard MabireHalvard Mabire était à Douarnenez pour livrer les derniers conseils au tout nouveau propriétaire de son ancien Class40 Campagne de France.Photo @ Serge Messager


 

Voilesetvoiliers.com : Comment se porte cette vivifiante Class40’ ?
Halvard Mabire
: J’ai hérité de cette tâche de président lors de notre assemblée générale en février et je l’assume. Comme la classe née en 2004 est à un tournant, je pense qu’il était bien qu’un coureur identifié prenne la main. Notre association s’est vraiment développée entre 2006 et 2007. Elle n’arrête pas de grandir et nous sommes de nos jours avec plus de 140 bateaux. Avec 55% de la flotte non française, un peu sur tous les continents : Afrique du Sud, Australie, États-Unis, Angleterre, Italie, Espagne, Allemagne, etc. La classe a plusieurs atouts, indépendamment du bateau de 40 pieds lui-même. Elle propose un bon mélange entre amateurs et professionnels et devient mature. Il faut vraiment qu’elle se positionne dans le paysage général de la course au large avec un support incontournable.

 

Voilesetvoiliers.com : Naviguez en Class40 est abordable ?
H.M.
: Par rapport aux IMOCA dont les budgets sortent des réalités économiques actuelles, nous coûtons dix fois moins cher. Nos bateaux ne vont pas dix fois moins vite et ne sont pas dix fois plus petits. Un bon budget chez nous avoisine les 300 000 € par an. Cela permet d’amortir le Class40, de fonctionner correctement avec des voiles neuves et de payer un préparateur. Tout en sachant que l’on peut courir pour la gagne et se consacrer entièrement à notre métier. Un professionnel de la voile peut se tourner vers le Figaro pour les mêmes coûts, mais ce circuit se rapproche de plus en plus de l’olympisme à mon avis. Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, Québec-Saint Malo sont à notre programme et donc nos engins sont de superbes supports pour les sponsors.



Voilesetvoiliers.com : Vous ne vous sentez pas noyés dans la masse sur ces grandes épreuves ?
H.M. : C’est ce qui manque à notre classe : une grande épreuve spécifique. Mais actuellement, il n’y a pas véritablement de place pour de nouvelles courses. Il faut de gros moyens et une grosse organisation pour avoir une vraie visibilité. Dans les courses multi-classes, nous sommes incontournables, rentables pour les organisateurs vu notre nombre, appréciés du public grâce à l’évolution du suivi des courses. Les amateurs de voile savent qui a gagné en Ultime mais suivent aussi nos parcours. La performance les intéresse et surtout, ils aiment toujours les histoires humaines.

 

Voilesetvoiliers.com : Il y a de nouveaux bateaux annoncés ?
H.M. : Cela construit régulièrement. En ce moment, je pense qu’ils sont au nombre de six dont un aux Etats-Unis. Mais les bateaux d’occasion se vendent pas mal ou se louent bien. Le ticket d’entrée dans la Class40 existe donc à plein de niveaux puisque nous en sommes à la quatrième génération.

 

Class40 DouarnenezHuit Class40 ont fait le déplacement à Douarnenez pour le Grand Prix Guyader : une bonne entame pour cette saison 2015 chargée et se clôturant par la Transat Jacques Vabre.Photo @ Jacques Vapillon GP Guyader

 

Voilesetvoiliers.com : Cela veut dire que la jauge est bien faite ?
H.M. : Elle est suffisamment ouverte. Il y a bien sûr des limites mais elle est intelligente car elle laisse encore pas mal de portes ouvertes. Les bateaux ne se ressemblent pas et ne sont pas rapidement obsolètes. Par exemple, sur la dernière Route du Rhum, il y avait onze architectes représentés. Cela prouve qu’il y a toujours un certain dynamisme. Au contraire des IMOCA qui fonctionnent par cycles, en « Bretons de Panurge ». Il y a eu tout Finot, tout Farr et maintenant tout Verdier ! L’argent fausse encore le truc car personne ne veut prendre de risque en sortant des clous. Et cela devient de la Formule 1. Au contraire de chez nous où nous sommes soumis aux normes de construction en respectant l’échantillonnage pour conserver des bateaux marins et avoir des supports qui ne pètent pas de partout.

 

Voilesetvoiliers.com : Et vous, où en êtes-vous de vos projets ?
H.M. : Depuis peu d’années je sais enfin ce que je fais d’une saison sur l’autre. Avec nos deux bateaux, celui de Miranda Merron ma compagne et le mien, nous avons fait une très belle opération sur la Route du Rhum. Notre sponsor, Campagne de France, qui fait partie du Réseau France Frais, a été ravi. Les dirigeants ont donc décidé de poursuivre l’aventure. Nous partons de zéro pour un nouveau bateau. Et comme je parlais de diversité dans notre classe, j’ai fait appel à Bernard Nivelt qui n’avait pas encore dessiné un Class40. La construction a commencé mais malheureusement il y a eu un incendie dans le chantier avec quelques pièces qui ont brûlé. Nous avons pris du retard et je pense que nous ne serons pas au départ de la Transat Jacques Vabre…

 

Class40 Crédit MutuelNicolas Troussel fait son retour sur le circuit Class40 après son malheureux abandon sur blessure lors de la Route du Rhum 2014. A Douarnenez, avec ses équipiers, il a dominé les débats.Photo @ Jacques Vapillon GP Guyader

 

Nicolas Troussel (Bretagne-Crédit Mutuel)
« La Route du Rhum s’était terminée pour moi prématurément à cause d’une entorse de la cheville dès la première nuit. Depuis, j’ai réussi à convaincre mes partenaires de continuer dans cette série qui permet de faire de l’équipage, du double et du solitaire. Les premières épreuves comme ce Grand Prix Guyader doivent nous permettre de bien nous préparer pour la Transat Jacques Vabre sur laquelle Corentin Horeau, deuxième de la Solitaire du Figaro l’an dernier, va m’accompagner. Notre bateau, un plan Humphreys, est de 2013. Il appartenait à un propriétaire autrichien qui l’avait fait construire en Slovénie. Mon programme avant la Jacques Vabre comprend la Normandy Channel Race fin mai (un aller-retour à Caen de 1 000 milles en double), puis le Trophée SNSM à Saint-Nazaire. »

 

Solidaires en pelotonLes conditions étaient musclées en ce début mai en baie de Douarnenez. L’occasion pour Thibaut Vauchel-Camus et son équipage de prouver que leur bateau est un client sérieux pour la saison.Photo @ Jacques Vapillon GP Guyader

 

Thibaut Vauchel-Camus (Défi Voile Solidaires en peloton-ARSEP)
« Avec mon associé sur le projet Victorien Érussard, nous attaquons notre troisième saison en Class40. Nous avons toujours le même bateau, un Mach-40 construit chez JPS Productions à La Trinité-sur-Mer et mis à l’eau l’an dernier au mois de juillet. Avec ce beau bateau et une part de réussite, j’ai terminé deuxième de la Route du Rhum l’automne dernier. Je savais en quittant Saint-Malo que si je ne faisais pas de bêtise, en naviguant propre, je pouvais terminer dans les cinq. Et puis, j’ai bénéficié des soucis des autres, les gros clients comme Nicolas Troussel et Sébastien Rogues. Mais c’est le jeu. J’avais quand même bien préparé l’affaire avec Fred Duthil au niveau météo et j’étais sorti du golfe de Gascogne en tête après une belle cuillère. Il est vrai que nous n’étions pas très nombreux sur ce Grand Prix Guyader mais c’est l’effet post-Route du Rhum. Les budgets sont en fond de tiroir. Nous sommes aussi en plein Mercato des bateaux. Mais je pense que nous serons plus nombreux le 24 mai pour la première course en double, la Normandy Channel Race. Le programme pour nous est très riche cette année. Après Douarnenez, il y a le Tour de Belle-Île, l’ArMen Race, la Normandy donc, le Trophée SNSM, Les Sables-Horta-Les Sables, le Rolex Fastnet Race avant d’aller sur la Transat Jacques Vabre… »

 

GalfioneÉpaulé entre autres par Roland Jourdain, Jean Galfione a terminé quatrième du Trophée Ville de Douarnenez de ce Grand Prix Guyader 2015.Photo @ Serge Messager

 

Jean Galfione (Serenis Consulting)
« Cette Class40 est parfaite, dynamique, elle représente tout ce qui à mon sens doit être la voile. A chaque régate, il y a de l’enjeu, de la concurrence. Sur la Route du Rhum par exemple nous étions 43. Cela prouve que cela plaît beaucoup et que c’est surtout accessible, même si ces bateaux sont très poussés technologiquement. Tout en sachant qu’il y a des unités plus anciennes qui, avec leurs coûts, permettent aux non professionnels de venir jouer avec les bons. Mon bateau a été construit en 2010 et depuis je n’ai pas arrêté de l’optimiser. Ce qui nous a permis de faire de belles manches sur ce Grand Prix Guyader en gagnant même les runs de vitesse. Normalement, je n’ai plus mon bateau à partir de juillet. Je vais faire une parenthèse sur le circuit avec le projet de revenir sur une nouvelle unité d’ici 18 mois. Et puis il faut encore que j’apprenne plein de choses sur la mer, sur les bateaux. Comme vous le savez, je suis arrivé tard dans le milieu de la voile. Je vais donc faire du Diam 24. Un support différent, avec d’autres sensations. Pour être sans doute sur un projet Tour de France l’an prochain... »