Actualité à la Hune

LES VOILES DE SAINT-BARTH

Une recette à préserver

La septième édition des Voiles de Saint-Barth s’est terminée hier par le traditionnel tour de l'île en régate, mais aussi sur un bilan mitigé. Belle réussite sportive avec un plateau une fois encore intéressant et qui mêle habilement unités géantes et petits monotypes. Mais la météo bien molle a contraint les organisateurs à annuler une journée de régates sur les quatre au programme. Bilan et perspectives.
  • Publié le : 16/04/2016 - 23:59

Voiles de Saint Barth 2016 samedi 16 avrilSamedi 16 avril, dernier jour de régates des Voiles de Saint-Barth, le vent était très léger lorsque la flotte fut lancée autour de l'île. Photo @ Christophe Jouanny

C’est vrai que ça a de la gueule Les Voiles de Saint-Barth : un cadre paradisiaque avec le joyau des Antilles françaises pour toile de fond ; une flotte conséquente bien qu’hétéroclite – les tailles des bateaux allant de 24 à 100 pieds – mais cette diversité contribuant en partie à la richesse de l’événement ; des parcours côtiers intéressants grâce aux nombreux îlets et bouées qui entourent l’île centrale et un sens certain de l’accueil, sans élitisme exacerbé pour une petite élite de la voile.
D’un autre côté, ce rendez-vous, devenu incontournable de la compétition dans les Caraïbes, s’est un peu pris les pieds dans son propre tapis cette année. Voulant jouer à la fois la carte du sport et de la festivité, il n’y a qu’une seule régate lancée par jour, décision prise de manière à ce que tous les concurrents rentrent au port au plus tard vers 16 heures et profitent des plaisirs de l’endroit à terre.
Les vitesses des bateaux étant très hétérogènes, à l’image des performances comparées d’un MOD70 comme Phaeado3 et d’un Melges 24, il est très difficile au seul et unique comité de course de lancer plus d’un départ quotidien, le tri vert mettant 1 heure 30 à boucler son parcours quand le petit monocoque va mettre trois heures de plus.


Voiles de Saint-Barth 2016 ambianceLe manque de vent est inhabituel à Saint-Barthélemy comme en ce dernier jour de régate. Brise ou pétole, le TP52 américain Vesper a largement dominé sa catégorie cette année.Photo @ Christophe Jouanny

Alors lorsqu’une journée de régate est annulée par absence de brise, comme ce fut le cas vendredi, il y a comme un léger manque, un sentiment diffus de frustration chez les quelque 1 100 équipiers présents. «C’est vrai, reconnaît François Tolède, un de deux patrons-créateurs de l’événement avec Luc Poupon. Nous nous sommes un peu fait surprendre par les conditions de cette année et nous aurions dû nous organiser en début de semaine pour lancer plus de manches.»
Mais c’est aussi le charme des Voiles : les concurrents partent tous de la même ligne, font un début de régate commun et ensuite les plus grands avalent plus de route que les plus petits, les parcours étant adaptés en conséquence. Et c’est là un élément plébiscité par tous : des marins embarqués sur les plus grands voiliers comme ceux à bord des plus petits. «Nous pourrions faire deux ronds distincts, commente Tolède, mais cela ne correspondrait plus à l’esprit de l’événement.»

Au-delà de ces avanies météorologiques, les Voiles 2016 resteront comme un bon cru sans être exceptionnel. La flotte (59 bateaux) fut un peu moins nombreuse qu’en 2015 (70), la raison étant circonstancielle. «Mais au lieu de la quantité, il y a une augmentation de la qualité», note Poupon. Tolède encore : «Pas mal de bateaux ont rencontré des avaries lors des régates précédentes et se sont désistés. C’est dommage mais nous ne sommes pas inquiets pour l’avenir car les TP52 ont déjà prévus de venir plus nombreux dans un an ; les Voiles de Saint-Barth sont devenues une étape mondiale de l’Internationale Maxi Association. Certes, parmi les plus grands Maxis, seul Comanche est présent mais n’oublions pas qu’il s’agit du monocoque aujourd’hui le plus rapide au monde et que Rambler 88, qui n’a pu être parmi nous pour des raisons logistiques, nous a assuré de sa venue en 2017. Je pense qu’actuellement seules la Semaine de Key West (en Floride) et la RORC 600 (à Antigua) font mieux que nous. Et puis n’oublions pas que le reste de la flotte est composée de plus petits bateaux, nombreux et dont les équipages se précipitent toujours pour participer.»

Voiles de Sain-Barth 2016Aux Voiles de Saint-Barth, il n'y a pas que des yachts géants : le gros de la flotte est composée de régatiers amateurs et éclairés qui s'alignent dans les petites classes CSA.Photo @ Christophe Jouanny

Reste que les Voiles de Saint-Barth sont confrontées à des soucis de logistique. Jamais cet événement ne pourra accueillir une grande masse de concurrents, sur une île de 25 km2 avec un port – Gustavia – ravissant mais petit et bondé, où seuls 1 500 m2 de quais sont utilisables à cette occasion – et sans oublier les 1 100 personnes supplémentaires (rien que pour 60 bateaux engagés) à loger et à déplacer, d’où des soucis réels d’infrastructure.
 

Kristy Hinze ClarkeIl y a forcément une touche de glamour aux Voiles de Saint-Barth. Kristy Hinze-Clarke, copropriétaire du Maxi Comanche avec son époux Jim, a posté cette photo d'elle sur Twiter assortie de ce commentaire : "supporter l'équipage. Dur boulot mais il faut bien quelqu'un pour le faire." Habituellement, elle embarque à bord du Maxi et était équipière lors de la victoire en décembre dernier au terme de Sydney-Hobart.Photo @ DRLes Voiles de Saint-Barth ne deviendront jamais la Heineken Regatta de la voisine Saint-Martin. «Physiquement, 80 bateaux : c’est notre limite haute, confirme Tolède. Naturellement nos axes de développements sont de deux ordres : porter la flotte à ces 80 voiliers et améliorer les conditions d’accueil à terre comme la partie sportive en mer avec les parcours et le comité de course. Ce qui nous a d’ores et déjà surpris en termes de développement cette année, c’est qu’il y a trente nationalités différentes de marins sur l’eau et que beaucoup des meilleurs régatiers sont là : entre ceux qui naviguent en TP52 ou en Maxi, il y a la moitié de la Coupe de l’America présente. (…) Nos partenaires sont fidèles et certains nous ont déjà annoncés qu’ils allaient renforcer leur présence en vue des prochaines éditions. Le plus dur pour nous est de maintenir la qualité de l’organisation et de conserver humilité et efficacité : la course doit rester à taille humaine et ne pas se faire déborder par des exigences trop élitistes.»

Tolède et Poupon, du coup, démarchent les concurrents dans les salons internationaux mais aussi auprès des yacht-clubs prestigieux pour générer l’envie de participer.
«Mais le concept Saint-Barth c’est aussi de montrer aux régatiers internationaux, aux équipages de Maxi ou autres qu’ils ne sont pas le seuls sur l’eau. Petits bateaux, grands bateaux : tous se respectent et se croisent en se saluant, même si d’un côté il y a un Comanche qui vaut plusieurs dizaines de millions de dollars et un Melges 24. Il n’est pas question que demain certains disent : ''Les Voiles de Saint-Barth, c’est devenu la Giraglia.'' On veut conserver cette authenticité et continuer à s’ouvrir aux coureurs locaux et régionaux.»
Et Tolède de conclure : «Notre défi est en passe d’être gagné : on se retrouve avec une course pérenne et bien ancrée désormais dans le calendrier des régates de performance.» Pour preuve : les dates des trois prochaines éditions sont déjà connues ! La 8e se déroulera du 10 au 15 avril 2017.

 

Phaedo3 Comanche Voiles de Saint-BarthC'est une partie du charme de cette épreuve : des bateaux magiques tels que le MOD70 Phadeo3 et le Maxi Comanche qui s'affrontent au ras des cailloux de Saint-Barth.Photo @ Team Phaedo

Les vainqueurs 2016

Maxi 1 : Proteus (USA, George Sakellaris) ; vainqueur aussi Maxi toutes classes.
Maxi 2 : Prospector (USA,
 Larry Landry/Paul McDowell/Dave Siwick)
Class40 : Eärendil (FRA, Catherine Pourre)
CSA 0 : Vesper (USA, Jim Swartz, TP 52)
CSA 1 : Lazy Dog (PRI, Sergio Sagramoso, Melges 32)
CSA 2 : Humildad Zero (ARG, Daniel Figueirido/Hernan Mones Ruiz, Soto 53)
CSA 3 : Corr’s Lite Racing (VIR, Peter Corr, King 40)
CSA 4 : Crédit Mutuel/Maximarine (FRA, Claude Granel/Marc Emig, Sun Fast 3200)
Melges 24 : Team Island Water World (SXM, Frits Bus)
Multicoques : Triple Jack (IVB, Richard Wooldridge/Steve Davis, Kelsall)