Actualité à la Hune

Solitaire Bompard Le Figaro

Une Solitaire bien vivante et très ouverte

La 47e édition de la Solitaire du Figaro débute ce dimanche depuis Deauville. Avec trente-neuf participants, la course emblématique des solitaires attire toujours autant de passionnés.
  • Publié le : 18/06/2016 - 18:12
Quatre étapes plutôt axées sur une navigation côtière. Un plateau toujours aussi fourni. Dix nouvelles têtes venant plonger le museau dans le monde particulier des solitaires. Cinq femmes, un record. Et toujours un contingent d’Anglo-Saxons, encore étoffé puisqu’ils sont huit sujets de sa Gracieuse Majesté. La Solitaire Bompard-Le Figaro aimante une fois de plus les ambitions d’aventures personnelles pour certains, ou les exploits de haut niveau pour d’autres

 

Une occasion trop belle pour les favoris

Les ogres de la série sont absents cette année, Jérémie Beyou et Yann Éliès préparant leur futur Vendée Globe. Ces deux figures du milieu avaient trusté les lauriers depuis cinq éditions, laissant des portions congrues aux autres participants. L’occasion peut donc faire le larron pour un bon nombre d’hommes en forme cette saison. En premier lieu, Charlie Dalin (skipper Macif 2015) et Xavier Macaire (Chemins d’Océans), sur le podium l’an dernier à Dieppe. Mais il est possible d’égrainer d’autres patronymes sur la liste des prétendants au sacre suprême. Thierry Chabagny (Gedimat) et Erwan Tabarly (Armor Lux), vainqueurs tous les deux de la Transat Ag2r-La Mondiale en avril dernier. Un vétéran du plateau, Gildas Morvan (Cercle Vert), vainqueur de cinq étapes mais jamais consacré en vingt participations. Un Alexis Loison (Groupe Fiva) ayant glané la dernière épreuve du championnat de France Élite de course au large en solitaire l’an passé. Ou encore le jeune Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) déjà bien en vue l’an passé avec une victoire d’étape. Yoann Richomme (skipper Macif 2014) admet volontiers qu’il veut faire partie de cette distribution et résume bien les sentiments de tous ces prétendants au Graal. Il en est à sa septième participation. Et il fera tout pour qu’elle lui sourie, lui qui a terminé deux fois deuxième derrière son compagnon d’écurie, Charlie Dalin, sur la Solo Concarneau et la Le Havre Allmer Cup ce printemps : «Que les précédents vainqueurs ne soient pas là n’est pas la question. Personnellement, j’essaie d’être meilleur d’année en année. En trouvant quelques billes pour rattraper leur niveau. Mais tout est un cycle, on a perdu un leader avec Yann pour sans doute en retrouver un autre. Le champ des possibles est ouvert pour nombre de favoris sur le papier, mais il y a le retour de Nicolas Lunven (Generali) qui a remporté l’épreuve en 2009. Le combat va être de tous les instants, et il va être difficile pour quelqu’un de dominer outrageusement tout au long des quatre étapes. De mon côté, je me suis prouvé que je peux bien faire. Je suis en confiance et tout le monde est prenable. Quand stratégie et confiance dans sa façon de naviguer sont en harmonie, il est plus aisé de dominer le sujet. C’est mon ambition.»

RichommeYoann Richomme souhaite offrir un joli résultat à Macif alors que son partenariat se termine en fin de saison après trois années de bons et loyaux services. Photo @ Alexis Courcoux
 

Un Anglais à surveiller

Alan Roberts (Alan Roberts Racing) est un jeune homme calme et souriant à terre, plutôt affable. A 26 ans, il participe pour la troisième fois à l’épreuve. Détecté il y a trois ans par l’Artemis Offshore Academy, structure qui aide les jeunes marins anglais à entrer dans le monde de la course au large, le bougre apprend vite. Très vite. Il a même été accepté pour améliorer son solfège par le Pôle France de Port-la-Forêt, plutôt enclin à ne privilégier que les skippers bretons. Il sourit lorsqu’on lui parle de son entrée fulgurante sur le circuit Figaro Bénéteau. Sa neuvième place l’an dernier sur la Solitaire étant un réel argument : «Je suis juste là pour faire ma course et pour apprendre. Je n’ai pas l’expérience des autres pour prétendre faire un résultat exceptionnel. Il y a tellement de marins plus talentueux que moi. J’ai eu la chance de les rencontrer cet hiver en Bretagne. Des personnes qui ont été dans mes rêves il y a encore peu de temps. J’ai pu partager avec quelques-uns d’entre eux. C’était riche en enseignements. Et puis j’ai amélioré mon Français.» Le natif de Southampton a quand même quelques espérances : «Il faut rester réaliste. Finir encore dans les dix premiers serait bien pour moi. Je pense en être capable. Dans mes rêves, ma plus belle course serait d’être dans les cinq, mais c’est un rêve. De toute façon, il y a beaucoup trop de bons navigateurs au départ cette saison. Il faut que j’apprenne et apprenne encore pour pouvoir un jour assouvir mes rêves d’enfant, quand je suivais avec mon père la Volvo Ocean Race et le Vendée Globe.» Le jeune homme en est capable car sur l’eau, il est plus que saignant.

RobertsVainqueur du prologue de la Solitaire Bompard-Le Figaro 2016, le natif de Southampton est plutôt discret à terre mais démontre de plus en plus qu'il faut compter sur lui.Photo @ Alexis Courcoux

Des retours pour le plaisir

Son visage avait disparu sur les pontons de la Solitaire en 2008 alors qu’il venait de terminer à une honorable sixième place lors de sa troisième participation. Christopher Pratt (Sourire à la Vie) était parti naviguer en 60 pieds IMOCA avec une Route du Rhum en 2010, une Jacques Vabre en 2011 avec Armel Le Cléac’h et une en 2013 avec Jérémie Beyou. S’ensuivent des navigations sur le maxi-trimaran Banque Populaire en 2014. Le Marseillais de 35 ans, sans projet d’envergure, vient donc s’en retourner vers ses premières amours en cette année 2016 : «Je me suis décidé sur le tard, il y a un mois environ. Ayant enterré mon projet Vendée Globe, je me retrouvais également avec mon Figaro Bénéteau sur les bras à la suite d'une affaire d’impayés. Je me suis dit, mets tes fesses dessus et va faire la Solitaire. N’ayant pas de sponsor, c’est d’ailleurs assez tendu au niveau du budget, j’ai décidé d’offrir le nom du bateau à une association marseillaise que je connais bien et qui s’occupe d’enfants atteints de cancer. Je ne reviens donc que pour le plaisir de retrouver la compétition.» Le vainqueur du classement bizuth 2006, sans pression donc, découvre un plateau où les forces vives sont nombreuses : «Je connais quelques têtes avec qui j’ai navigué à l’époque, mais il y a une nouvelle génération qui a débarqué et navigue super bien. De vrais professionnels, bien entraînés, j’arrive donc avec beaucoup d’humilité. Je n’ai pas passé beaucoup d’heures sur l’eau sur ce support mais je vais m’appuyer sur mes diverses expériences passées.» Damien Guillou (La Solidarité Mutualiste) est aussi ravi de retrouver la compétition après une année d’absence consacrée principalement à la compétition en Diam 24 aux côtés de Bernard Stamm : «Cela c’est décidé tardivement. Le bateau a été mis à l’eau assez tard et je n’ai pas couru d’épreuve du circuit cette saison. Je trouve même cela rigolo d’arriver comme cela. En termes de motivation, c’est pas mal. Le but, c’est surtout de remettre en route un nouveau projet avec un nouveau sponsor l’an prochain. Pour cette fois-ci, il va peut-être me manquer des heures de navigation au contact, mais c’est comme le vélo, cela ne s'oublie pas.»

Un premier parcours de tous les dangers

510 milles théoriques à engloutir entre Deauville et Cowes, port emblématique de l’île de Wight. Il ne faudra pas manquer les passages à niveau certainement plein de vices. Vainqueur avec Erwan Tabarly de la Transat Ag2r-La Mondial, Thierry Chabagny l’appréhende sans angoisse : «A vrai dire, ce n’est pas la Solitaire qui me fait le plus rêver sur le papier. J’aime bien l’Irlande et la mer Celtique, j’aime bien l’Espagne et le golfe de Gascogne. Et là, on est loin du schéma classique. L’épreuve va donc être très Manche. Pour ce premier tronçon, cela va être un aller-retour le long de la côte anglaise, de la bouée Owers au phare de Wolf Rock. Cela ferme quand même les choix stratégiques. Il va y avoir de la bagarre, c’est le principal. Les écarts peuvent être importants car il y aura les courants et certainement des phases de transition avec peu de vent. Les routages actuels nous prévoient un peu moins de quatre jours de navigation. Il faudra être frais et moi je ne sais pas rester éveiller autant de temps. J’espère être devant pour pouvoir gérer à ma guise mon sommeil.»

ChabagnyVainqueur de la Transat Ag2r-La Mondiale en avril dernier et fort d'une victoire d'étape l'an dernier, Thierry Chabagny ne semble pas perturbé par sa casquette de favori.Photo @ Alexis Courcoux