Fondée en 1953 sur le modèle du Fastnet afin de renouer après la guerre des liens entre la France et l'Italie, la Giraglia est la grande classique des courses méditerranéennes. Pour sa 58e édition, fin-juin, l'épreuve retournait à San Remo après un départ de Saint-Tropez et l'incontournable virée autour de La Giraglia, îlot rocheux au Nord de la Corse. J'ai couru à bord de Non ti fermi mai !!! (
Note :
Ciel bleu, grand soleil, surfs à toute berzingue, tarte tropézienne et café italien : une certaine idée du bonheur.
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
Notre Giraglia 2010 débute dans une curieuse ambiance. Hier, des orages diluviens se sont abattus sur le Var. Le restaurant où nous avions réservé ne servait pas, faute d'électricité. Nous nous sommes rabattus sur l'établissement voisin qui, faisant aussi traiteur, disposait d'un groupe électrogène pour alimenter frigos et congélateurs. En plein dîner, le faux plafond s'est effondré, libérant une cascade sur le comptoir et la caisse. Nous avons fini le repas avec cinq centimètres d'eau sous nos chaises tandis que le patron, stoïque, continuait de servir et d'encaisser les additions. Dehors, l'eau atteignait le niveau du trottoir...
Séance d'installation des autocollants officiels, dans un port de Saint-Tropez aux eaux boueuses et envahies de débris divers et de bois flotté suite au cataclysme de la veille.
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
Ce matin, plusieurs de nos voisins de pontons attendent des équipiers coincés sur les routes ou dans les transports. Nous découvrons, un peu abasourdis, que les pluies ont fait des morts à 50 kilomètres d'ici. L'eau du port de Saint-Tropez est boueuse, il y a du bois flotté partout, un fût de carburant traîne ici, une bonbonne de gaz (format industriel) là-bas.
Pour l'heure, je prends une leçon sur l'application d'autocollant. Comme tous les voiliers de la Giraglia, nous devons arborer le logo Rolex à l'étrave, et autant faire ça propre. La technique consiste à badigeonner le franc-bord d'eau savonneuse, à positionner l'autocollant qui reste alors parfaitement mobile et ajustable, puis à chasser les bulles au moyen d'une carte de crédit, pour fixation définitive. Cela marche aussi parfaitement, paraît-il, avec du produit à vitres. Je songe, rétrospectivement, à tous les logos que j'ai posés comme un sagouin dans ma petite carrière de régatier...
Slalom entre les troncs d'arbres
Départ. Les (très) gros sont passés, déboulant sous spi après la bouée de dégagement - il y a décidément en Méditerranée des maxis comme on n'en croise pas souvent en Atlantique ou en Manche. Le spectacle valait d'être aux premières loges, mais c'est maintenant à nous, il s'agit de se (re)concentrer. Comme si cela ne suffisait pas de devoir slalomer sur la ligne entre les bateaux prioritaires, il faut aussi esquiver les billes de bois.
Le spi tombe à la Basse Rabiou, à la tourelle suivante cela devient du près, dans une brise d'Ouest fraîchissante.
Le vent monte le long de la côte varoise. Dans notre sillage, l'A40 Glen Ellen fait du saut de vagues.
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
A la sortie du Golfe, l'eau redevient bleue. Le mistral rentre, les 200 concurrents croisent devant les rochers rouges des côtes varoises, cap sur La Fourmigue, danger isolé en face de l'île du Levant. Tout le monde a dû réduire ; à côté de nous, un Sly 53 déchire son solent et continue sous tourmentin et grand-voile à un ris. Dans notre sillage, Glen Ellen, un A40 RC, fait du saut de vague. Félicie, un plan Presles des années 70, montre ses dessous. A notre droite, Mistral Loisirs, un Class 40, a tiré à terre jusqu'à raser la plage et les parasols. Son bout-dehors plonge dans l'écume.
Après La Fourmigue, le déboulé sous spi vers la Corse est riche de promesses : ça va surfer ! Nous avons à bord un équipier d'Alinghi, Yves Detrey, qui a disputé trois fois la Coupe de l'America au piano, et qui annonce les rafales avec une précision diabolique. <Plus de pression dans cinq longueurs... Cela va tenir... Attention, c'est plus mou. A nouveau du vent dans trois, deux, un... maintenant !>
A l'écoute de spi, je complète l'information en fonction de la pression dans ma voile. Derrière sa barre à roue Nicolas Fauroux, architecte et skipper du 50 pieds Non ti fermi mai !!! (<Ne t'arrête jamais !!!>), s'applique dans les relances, place l'étrave pour abattre sur les vagues. C'est pour ces allures qu'il a dessiné ce bateau de croisière rapide, les milles défilent sans efforts.
16 noeuds au compteur !
Yves veut jouer à son tour ; il délaisse momentanément l'écoute de grand-voile pour la barre et attaque, un oeil sur le compas, l'autre sur les risées. 14, 15, 16 noeuds au speedomètre, record du jour, et sans effets de barre inutiles - le bougre a de l'or dans les doigts. Mais il se fait surprendre, nous partons au tas. <On va laisser faire ceux qui savent>, dit Yves en rendant le cerceau. Tu parles.
Curieusement, nous sommes parmi les rares à naviguer au-dessus de la route, en prévision d'un refus clairement annoncé. Nos concurrents immédiats tombent sous le vent, nous ne les reverrons plus. Zabou, la propriétaire, sort la cafetière italienne et la tarte tropézienne pour un goûter magique, en short et tee-shirt sous le grand soleil.
Le vent a refusé, le ciel s'est teinté de rose, et notre Fauroux 50 continue d'allonger la foulée.
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
Crépuscule sur la Méditerranée. Le ciel, qui s'est chargé dans l'après-midi, prend des tons roses hallucinants. A 22 heures débute l'enchaînement des quarts... J'entends, dans mon demi-sommeil, les coups de tonnerre péter alentour avant qu'un déluge ne s'abatte sur le pont. Ce sont des moments où l'on ressent un peu d'empathie pour les copains dehors, et beaucoup de plaisir égoïste d'être au sec.
Puis c'est notre tour. Pétole molle, vents fous, la girouette électronique nous a lâchés hier, elle nous aiderait bien à voir venir les tendances. Nous alternons spi, génois, virement, empannage. Cela redécolle enfin. Environnés de feux anonymes, nous essayons de deviner les couloirs de vent aux performances de nos voisins. Puis il faut s'extraire du dévent du Star Clipper, un paquebot à voile sans doute en route vers Saint Florent.
Au petit jour, c'est toujours la même devinette. Qui est là ? Aux jumelles, les bateaux à l'horizon paraissent gros. En convergeant sur La Giraglia, nous rectifions l'échelle : voici un Swan 42, un Swan 45, un 49 pieds sur plans Felci. Cette pointe du cap Corse et le caillou de la Giraglia jeté tout au bout ont vraiment du chien, le lieu est austère et beau. Nous empannons large, pour éviter le dévent, puis c'est reparti pour 90 milles de près en mer Ligure.
Le rocher de La Giraglia s'approche enfin. Le régleur de spi, lui, reste impavide.
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
Le soleil tape de nouveau, nous faisons sécher, orteils à l'air. Le Swan 42 s'échappe sous le vent, le Swan 45 nous rattrape au vent, c'est vexant. <Ce sont des couteaux, par petit temps, ils grimpent aux arbres>, grommelle Nicolas Fauroux. Alors, on s'accroche.
Avec la nuit, le vent monte ; je succède à Yves au réglage de génois. Encore une fois, c'est lui qui nous a fourni la cadence. <Il faut viser 8,2 noeuds. N'hésite pas à ouvrir lorsque le bateau tape dans une vague.> Vitesse-cible, ajustements au centimètre d'écoute et au degré de barre de près. Concentration, relances, dialogues concis. La symbiose est parfaite entre embraqueur et barreur, moments de grâce...
Et la Méditerranée nous joue encore ses tours. Entre la brise du large mollissante et le thermique nocturne, le trou est là. Nous prolongeons vers la terre, quasi dos à la route et, bien joué, nous attrapons la bascule avant nos camarades.
La dernière heure de course voit la concentration de l'équipage monter à son paroxysme, comme si ces derniers milles étaient plus importants que les 240 précédents, mais c'est juste l'adrénaline qui nous pousse à la vue des lumières de San Remo. Et nous voilà à 4 heures du matin, en cirés à la terrasse du yacht-club, à engouffrer des pâtes au pesto avec un verre de vin et une montagne de parmesan.
Notre deuxième et dernière nuit de course s'avance sur la pointe des pieds. Il y a parfois de ces lumières, en Méditerranée !
Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)
Au bonheur des gros
Quinzièmes en temps compensé sur 160 concurrents en IRC, c'est provisoirement notre place - elle ne changera pas. A mon réveil, vers midi, je vois arriver un mur de voiles : ce sont tous les bateaux qui ont tamponné les uns après les autres à la côte après la chute du thermique, avant de redémarrer ensemble au lever de la brise solaire.
Nous ne sommes pas dupes : lorsque la course tourne ainsi et que les passages à niveau se succèdent, c'est au bénéfice des grands bateaux. Derrière le peloton des minis-maxis emmenés par le 72 pieds néo-zélandais Shockwave, qui a fini 2e en réel en réel et 1er au compensé, nous avons plutôt bien navigué. Et cela nous va comme ça !
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29/06/2010 - 06:15
L’onde de choc de Crichton
La 58e Giraglia aura été la sienne : Neville Crichton a en effet vu son ancien maxi Alfa-Romeo, rebaptisé Esimit-Europa 2, s’imposer en temps réel dans la grande classique entre Saint-Tropez et San Remo. Et son nouveau mini-maxi Shockwave (Reichel-Pugh de 21,60 mètres), s’imposer en temps compensé.
18/06/2010 - 06:27
La piste aux étoiles filantes !
Il s’appelait Alfa Romeo, mais, en changeant de nom et de propriétaire, il a gardé des chevaux sous le capot ! Esimit-Europa 2 a enlevé la grande course de la 58e Giraglia, Saint-Tropez/San Remo. Skippé par Flavio Favini, le maxi bleu aux couleurs de l’Europe a avalé les 241 milles en 23 heures.
16/06/2010 - 00:26
André Beaufils : «À l’origine, la Giraglia était un clin d’œil au Fastnet»
Après trois jours de régates côtières devant Saint-Tropez, près de 200 bateaux prennent aujourd'hui le départ de la 58e Giraglia Rolex Cup. Le parcours à destination de San Remo - via le rocher de la Giraglia, au Nord Est du Cap Corse - et la flotte nombreuse où se mêlent voiliers de série, merveilles hi-tech et "jouets" de luxe, n'est pas sans rappeler la course du Fastnet... Et ce n'est pas un hasard, comme le rappelle André Beaufils, président de la Société Nautique de Saint-Tropez !