Note :
Au prime abord, il fait plus celte que latin.
Ce gaillard à la tête bien faite, qui régate depuis son plus jeune âge, a brillé sur tous les monotypes en équipage ou en solitaire, remportant notamment le tour de France à la voile et le classement de la première participation au Figaro avec une remarquable cinquième place au général.
A 41 ans, Marc Emig se lance aujourd'hui dans le Vendée Globe et compte sur la mobilisation de Marseille, où il vit. Entretien.
Marc Emig, ici à bord de son Figaro Bénéteau, rêve désormais de Vendée Globe. Il aujourd'hui son projet à Marseille et espère séduire les entreprises locales pour financer la construction d'un 60 pieds neuf et être au départ aux Sables-d'Olonne, le 21 octobre 2012.
Photo © Jacques Vapillon (Aigle)
v&v.com : Tu vas annoncer en fin de matinée à Marseille le lancement de ton projet Vendée Globe. C'est un vieux rêve, un aboutissement ?
Marc Emig : Un peu les deux ! Ce tour du monde, c'est quelque chose qui me trotte dans la tête depuis un petit moment. J'étais sur les pontons au départ du dernier Vendée Globe et ça a été un peu le déclic. Ce sont de bateaux fabuleux. Et puis développer un prototype, c'est quelque chose qui fait partie de ma culture et de ma formation d'ingénieur. Le Figaro est évidemment une super école, mais ça reste de la monotypie. Aujourd'hui, je me sens mûr et prêt pour préparer une telle épreuve.
v&v.com : Qu'as-tu comme expérience sur les 60 pieds IMOCA ?
M.E. : Elle est très limitée, hormis l'Europa Race 2009 avec Marc Thiercelin sur DCNS... Mais ce n'est pas la meilleure expérience que j'aie pu retirer (DCNS a terminé bon dernier, ndlr). En revanche, j'ai fait pas mal de gros bateau, notamment le circuit ORMA comme tacticien sur le trimaran Sergio Tacchini.
v&v.com : Et donc, pourquoi t'associes-tu à Marseille ?
M.E. : Tout le monde me disait : on ne te comprend pas, Marc. Tu cherches toujours des sponsors à Paris, alors que tu vis à Marseille... Ce n'était pas faux ! Alors, je suis parti de l'idée qu'avec Marseille, capitale européenne de la culture en 2013, il y avait quelque chose à faire. Et puis, n'oublions pas que les Marseillais sont arrivés là il y a 2600 ans, par la mer. Et quand Marseille se tourne vers la voile et organise des événements comme The Race, les Louis Vuitton Acts, l'Audi Med Cup... c'est souvent un joli succès. Bref, ça me semblait naturel.
v&v.com : Tu vas donc être l'un des ambassadeurs de la cité phocéenne pour 2013 ?
M.E. : Je l'espère ! Et j'aimerais bien être le premier Marseillais à faire le Vendée Globe (rires). Véhiculer une telle image de Marseille me séduit. L'idée est aussi de mobiliser les nombreuses PME de la ville et de la région pour financer le projet. Le plus dur sera de trouver des partenaires financiers privés, mais lorsque nous avons commencé à sonder les entreprises, nous avons reçu un super accueil.
<Un plan Guillaume Verdier, construit à La Ciotat.>
v&v.com : Donc, avant de naviguer, tu vas devoir mobiliser les foules ?
M.E. : Absolument, et c'est pour ça que nous allons nous appuyer sur des "Marseillais célèbres" et d'autres personnalités. Ceux que nous avons déjà contactés nous ont tous dit oui immédiatement, de Pape Diouf à Michel Hidalgo, de Florence Arthaud à Jean-Pierre Foucault. Nous essayons de contacter des gens comme Zinédine Zidane et les frères Cantona... Bref, de multiplier les réseaux. J'ai aussi le soutien de bons copains journalistes comme Gilles Martin-Raget, Laurent Bignolas ou Pierre-Louis Castelli qui veulent m'aider. Mais attention, j'ai conscience que le plus dur reste à faire.
v&v.com : Tu as une idée du budget ?
M.E. : Dans l'idéal, il faut environ 10 millions d'euros pour pouvoir lancer un bateau neuf.
v&v.com : Tu n'envisages donc pas d'acquérir un 60 pieds d'occasion pour une première participation ?
M.E : Si, aussi. J'en parlais justement avec Kito de Pavant, il y a quelques jours. Il y a de très bons bateaux d'occasion sur le marché, suffisamment performants pour faire un résultat. De toute manière, tout dépendra du résultat de la souscription et de l'enveloppe que nous aurons. Je me suis fixé toute l'année 2010 pour trouver le financement. Mais je suis confiant, car j'ai de bonnes touches auprès de belles entreprises marseillaises et également deux grandes entreprises nationales.
v&v.com : Tu es reconnu et apprécié dans le milieu... mais inconnu en dehors ?
M.E : C'est clair qu'on ne m'importune pas dans la rue (rires). Marc Emig, personne ne le connaît ! J'ai envie d'impliquer les Marseillais dans mon projet, les faire naviguer, bien communiquer. Bref, faire un chouette truc ensemble.
Marc Emig en bref - Né le 7 janvier 1969, à Marseille.
v&v.com : Tu as bien eu à une époque, un sponsor "rêvé" du nom de Total ?
- Marié, un enfant.
- Navigateur professionnel.
- Ingénieur Arts et Métiers (ENSAM)
- Débuts en voile à 5 ans (15 années d'Optimist et d'Europe).
- Champion de France en JOD 35, J 24, First Class 8.
- Vainqueur du Tour de France à la Voile.
- 5e de la Solitaire du Figaro (1er bizuth).
- Vice champion du Monde en Corel 45.
M.E. : Oui, c'est vrai. C'était extra, mais tellement politisé en interne et en externe. Et je n'avais pas le droit de faire grand chose, en fait. Je ne pouvais pas faire le Vendée Globe, car Philippe de Villiers ne voulait pas de Total en Vendée après le naufrage de l'Erika. Je ne pouvais pas faire le Volvo Ocean Race, car il y avait Peugeot au milieu. Je ne pouvais pas aller en Bretagne, car les côtes avaient été souillées... Total voulait communiquer dans la voile, mais était indésirable, à l'époque. Ceci dit, j'en ai bien profité durant deux ans. Ils m'ont dit <Amuse-toi en Figaro, mais si tu veux faire autre chose, trouve de l'argent ailleurs !> J'ai gardé d'excellents contacts avec eux.
v&v.com : Tu as déjà une idée de l'architecte et du chantier, si tu lances un bateau neuf ?
M.E. : J'ai ma petite idée, oui. Un plan Guillaume Verdier construit à La Ciotat. Ce ne serait pas un non-sens que mon bateau soit conçu ici.
v&v.com : Que fais-tu en en ce moment ?
M.E : Dès que je termine l'interview avec toi, je mets mon bas de ciré et je pars sur l'eau. Je prépare la saison en Figaro et vais disputer la Solitaire et la Cap Istanbul. Là, je suis en stage à la Grande-Motte au Centre d'Entraînement Méditerranée. Il fait grand beau et le vent souffle à un petit dix noeuds. Pas comme hier, où c'était le "championnat du monde de pluie", avec 35 noeuds de Sud !
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Retrouvez Marc Emig sur son site web, ici.
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