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Vendée Globe 2012-2013 / J+70

Vendée Blog : La problématique alizéenne

Au Nord comme au Sud, la majorité de la flotte navigue dans les alizés mais le problème est de savoir où ils commencent, où ils s’arrêtent et comment ils évoluent. François Gabart pourchassé par Armel Le Cléac’h vise le cœur de la dorsale prolongeant l’anticyclone des Açores qu’il atteindra mardi midi : c’est le dernier piège à négocier avant l’arrivée aux Sables d’Olonne prévu le week-end prochain…
  • Publié le : 19/01/2013 - 06:55

Classement du 19 janvier à 5h
1-François Gabart (Macif) à 2 352,1 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 128,8 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 502,9 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 739,7 milles
5-Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 209,7 milles

Mirabaud étraveDominique Wavre change son fusil d’épaule : il n’y a pas d’ouverture du côté du Brésil et la bande orageuse crée une impasse au large du cap Frio. Le Suisse cherche à retrouver le Britannique et l’Espagnol qui peinent encore en bordure de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Mais le louvoyage n’est pas prêt de s’arrêter !Photo @ Vincent Curutchet Vendée Globe/DPPI

Trop souvent les alizés sont synonymes de vents stables, tournants régulièrement autour des hautes pressions sous un ciel dégagé piqueté de petits cumulus, sur une mer organisée et une douce température estivale… La réalité offre malheureusement un paysage bien plus contrasté ! Au Nord, les leaders ont certes retrouvé de la pression depuis que la perturbation atlantique a disparu sur le tropique du Cancer, mais la brise est plutôt orientée au secteur Nord-Est avec des oscillations et varie d’une douzaine de nœuds à une petite vingtaine. Et en piquant quasiment au Nord (350°), les deux leaders sont à une allure légèrement débridée qui ne permet pas d’allonger la foulée : onze à treize nœuds de moyenne seulement.

Couper au plus court

En fait, l’anticyclone des Açores qui barre actuellement la route au large de Madère va se rétracter ces prochains jours sous la poussée d’un train de dépression venant de Terre-Neuve : d’un gros haricot informe qui va se dédoubler dimanche, les hautes pressions vont se transformer en ogive avec un centre pile sur l’archipel et avec une pointe (dorsale) sur le 30° Nord. C’est cette extrémité que François Gabart (Macif) vise tout en réussissant à augmenter son différentiel sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), à 130 milles ce samedi matin.

François Gabart à l"équateurFrançois Gabart (Macif) : "Il y a 36 heures, les prévisions étaient très mauvaises, avec une barrière qui m’empêchait de passer et permettait à Armel de revenir à une dizaine de milles. Aujourd’hui, les scénarii semblent un peu meilleurs, j’espère que cette bonne dynamique va se poursuivre. Je suis prêt à faire un peu de match-racing dans le golfe de Gascogne, mais si je peux avoir un petit peu d’avance sur lui, cela ne me déplairait pas…"Photo @ François Gabart

Le leader pourrait libérer un peu plus les écoutes pour accélérer et pour aborder ces hautes pressions au-dessus du tropique du Cancer plus à l’Ouest mais en fait, la route serait plus longue et le contrôle de son poursuivant moins serré. C’est donc mardi matin que l’ouvreur va pénétrer dans cette dorsale avec une dizaine de nœuds de vent d’Est. Or il est extrêmement difficile d’anticiper l’évolution d’une dorsale où les isobares peuvent être plus ou moins lâches (calmes) ou serrés (brise). Il faudra de toutes façons composer avec un vent qui basculera progressivement dès le 30° Nord, au secteur Sud, puis Sud-Ouest : l’autoroute vers l’Europe sera alors atteint !

Décalage latéral

En ayant traversé un Pot au Noir légèrement différent, Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) s’est retrouvé bien plus à l’Ouest et a comme impératif de surveiller la trajectoire d’Alex Thomson (Hugo Boss) encore plus proche du Brésil. Le Niçois a fait une croix sur une victoire ou une place de deuxième, mais doit empêcher le Britannique de glisser vers le Nord-Ouest pour avoir un meilleur angle avec les alizés et viser la bande dépressionnaire en formation au large des Caraïbes. Certes il y a plus de route à faire, mais si le vent est plus soutenu et plus rapidement orienté au Sud-Ouest, le coup en vaut la chandelle. Il faut donc s’attendre à ce que la route de ces deux poursuivants soit nettement plus parabolique que celle des deux leaders…

Pour les gars du Sud, les alizés sont aussi un gros problème ! Ils ont tendance à se décaler dans l’Est en s’essoufflant… La remontée vers l’équateur ne s’annonce pas très bonne. Sur le tropique du Capricorne, Mike Golding (Gamesa) est bien au louvoyage dans un alizé de Nord et il va devoir encore se recaler plus au large : la bande orageuse dans laquelle se bat Jean Le Cam (SynerCiel) à terre, près du cap Frio va en effet glisser vers le large. Le Breton va avoir beaucoup de mal à en sortir puisqu’elle va ensuite longer les côtes brésiliennes : il va certainement faire un bord à 90° de la route directe pour se sortir des grains et des bascules de vent incessantes…

Positions du 19 janvier à 5hRoute vers l’anticyclone des Açores pour les leaders, route en bordure de Sainte-Hélène pour le « club des cinq » : les alizés gèrent les trajectoires et si au Nord, ils prennent du coffre, au Sud, ils s’étiolent quand les hautes pressions glissent vers l’Afrique… La voie s’éclaircit sur le tropique du Cancer, elle s’assombrit sur celui du Capricorne !Photo @ Addviso & Supersoniks

Décroissance alizéenne

Car la semaine à venir dans l’hémisphère Sud n’est pas de bon augure : le déplacement africain de l’anticyclone de Sainte-Hélène va rendre les alizés très poussifs dès la fin du week-end avec une dizaine de nœuds seulement. Et comme ces hautes pressions glissent aussi vers les Quarantièmes, le vent de Nord va être prédominant jusqu’à la latitude de Salvador de Bahia… Il y a encore beaucoup de près à faire avant de choquer les écoutes. Et c’est finalement Javier Sanso (Acciona) qui pourrait s’en sortir le mieux : beaucoup plus à l’Est, l’Espagnol peut plus facilement s’échapper par le large.

Ce n’est pas le cas pour Arnaud Boissières (Akena vérandas) : dans le sillage de Jean Le Cam, l’Arcachonnais est pris au piège dans la baie de Rio de Janeiro. Il n’a pas d’autre solution que de suivre les côtes brésiliennes à la poursuite de la bande orageuse qui remonte vers Recife ! Le chemin s’annonce très long et très aléatoire et c’est probablement la raison qu’invoque Dominique Wavre (Mirabaud) qui pique désormais vers l’Est dans l’espoir de ne pas se faire phagocyter par la bande nuageuse brésilienne. Dans les jours qui viennent, il faut s’attendre à ce que le delta de plus de 2 000 milles du « club des cinq » vis à vis des leaders grimpe à plus de 3 000 milles quand le premier aura contourné les Açores !

Autre décor plus au Sud : Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) baignent dans le bonheur ! Dans un flux de Sud-Ouest d’une quinzaine de nœuds, ils alignent les meilleures journées et ça va durer… Un anticyclone au large de l’Uruguay gonfle en resserrant les isobares, ce qui va générer des vents de Sud d’une vingtaine de nœuds. Ils vont sensiblement combler leur retard sur le « club des cinq » jusqu’au milieu de la semaine prochaine. Enfin, Alessandro di Benedetto (Team Plastique) peut lui aussi profiter de ce flux bien établi de Sud-Ouest pour remonter rapidement vers les Quarantièmes.

Hugo Boss sous le soleilAlex Thomson (Hugo Boss) : "Je ne sais pas comment va être le Pot au Noir. Quand tu regardes les images satellites, les nuages sont plutôt au Nord donc pour moi, c’est plutôt tranquille. Je suis surpris par la résistance des bateaux français. Si on enlève les accidents avec les collisions, les bateaux étaient super bien préparés et c’est un vrai crédit à apporter aux équipes à terre. Si j’avais pour objectif de gagner, je serais vraiment déçu. Mais aujourd’hui, mon but est de terminer troisième..."Photo @ Alex Thomson Vendée Globe

« J’écoute les bruits de l’eau, je lis, je bricole à de petites choses, je dors beaucoup. Mais tout le temps j’écoute les bruits de l’eau, quand je bricole, quand je dors, quand je ne fais rien.
Le baromètre baisse, mais c’est sans importance car tout est bien ici, toutes les choses ont retrouvé leur place naturelle.
Il y a une semaine, Joshua recoupait la longitude qu’il avait passée le 29 septembre (1968). Il était en route pour Bonne-Espérance et il voulait faire le tour du monde. Maintenant, il a fait le tour du monde et il est toujours en route pour Bonne-Espérance.
Il a fait le tour du monde… mais qu’est-ce que le tour du monde puisque l’horizon est éternel ? Le tour du monde va plus loin que le bout du monde, aussi loin que la vie, plus loin encore peut-être. Quand on entrevoit ça, on a un peu le vertige, on a un peu peur. Et en même temps ce qu’on entrevoit là est tellement…
Tellement quoi ? Je ne sais pas. Plus loin que le bout du monde…
Le coup de vent est passé au Sud, assez loin d’après la houle qu’il a envoyé ici. Et dans notre secteur, la brise reste douce ou modérée, force 4 à 5. Nous longeons toujours le 40° parallèle en direction de l’orient. Le soleil se lève devant l’étrave et se couche dans son sillage, comme avant. La lune a bien grandi.
Rien n’a changé… L’espace et le temps n’existent absolument plus, comme une sorte de satellisation, avec l’horizon qui est toujours là, éternel. »

Bernard Moitessier (La longue route)