Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+78

Vendée Blog : La victoire en surfant

Assuré de la victoire, François Gabart règle sa vitesse finale pour caler son heure de gloire aux Sables d’Olonne sachant que l’état de la mer et la possibilité d’entrer directement dans le chenal laissent entendre un final vers 13h. Armel Le Cléac’h le suivra six heures plus tard… Jean-Pierre Dick a finalement décidé de continuer sa route mais il a obliqué vers le Portugal. Du côté de l’équateur, Arnaud Boissières est passé dans l’hémisphère Nord.
  • Publié le : 27/01/2013 - 06:45

Classement du dimanche 27 janvier à 9h
1- François Gabart (Macif) à 58 milles de l’arrivée
2- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 96 milles du leader
3- Alex Thomson (Hugo Boss) à 1 025 milles
4- Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 1 070 milles
5- Jean Le Cam (SynerCiel) à 2575 milles

Macif François Gabart salue dans le cockpitFrançois Gabart est attendu aux Sables d"Olonne vers midi ce dimanche, soit après 78 jours de course. Le jeune solitaire aura effectué un parcours presque sans faute à plus de 13,03 noeuds de moyenne sur les 24 394 milles du parcours orthodromique.Photo @ Jean-Marie Liot Vendée Globe

C’est lorsque l’éclaircie apparaîtra à l’horizon que le public va découvrir le vainqueur débouler à plus de 18 nœuds vers la bouée Nouch : à cent milles de l’arrivée ce dimanche matin à 4h30, François Gabart (Macif) avait semble-t-il décidé de lever un peu le pied pour arriver pile lorsque le chenal des Sables d’Olonne sera praticable, c’est à dire vers 14h entre les digues. Mais il faudra veiller dès 11h  au large du phare des Barges pour s’assurer que le futur vainqueur n’a pas pris un peu d’avance sur ce timing…

Six heures de décalage

Positions du 27  janvier à 5h-leadersPlus qu’une centaine de milles pour François Gabart, le double pour Armel Le Cléac’h : la dernière ligne droite vers Les Sables d’Olonne sera très humide, mais les deux leaders devraient profiter du passage du front qui les propulse pour bénéficier d’une éclaircie en Vendée !Photo @ Addviso & Supersoniks Vers 8h, le ciel vendéen déjà chargé va larguer encore plus de pluie avec la venue du front qui propulse les deux leaders : le vent de Sud-Ouest va se renforcer à plus de trente nœuds et normalement vers 13h, les nuages bas vont laisser place à un plafond plus dégagé quand François Gabart va poindre à l’horizon. La mer sera encore assez grosse mais le leader n’aura eu qu’un empannage à faire s’il arrive dans ce timing. Pour Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) le final s’annonce un peu plus compliqué car le front lui sera passé dessus dès ce midi : il aura un empannage à effectuer dans une brise un peu plus maniable mais une mer plus chaotique puisque le vent va tourner au Nord-Ouest vers 14h.

Mais si le dauphin est assuré d’un ciel dégagé, il n’est pas sûr qu’il puisse arriver à temps pour embouquer le chenal car la marée descendra et avec 4,50 m de tirant d’eau, les monocoques Imoca ne passent plus à partir de 19h35… Voire même un peu avant pour prendre de la marge (pied de pilote) avec la grosse houle qui va entrer dans le chenal. Il lui faudrait alors attendre 2h du matin lundi pour rentrer à Port Olonna…

Dick continue

Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3) l’a annoncé samedi après-midi : le comportement du monocoque sans quille et les conditions météorologiques annoncées ont incité le solitaire à piquer vers les côtes portugaises. Le Niçois profite de l’extension de l’anticyclone des Açores sur la péninsule ibérique pour ramener son bateau dans un port continental et si tout se passe bien, envisage de terminer la course aux Sables d’Olonne en fin de semaine.

JP DIck message à AlexJP. Dick (Virbac Paprec 3) : "J’ai avancé dans ma réflexion. Je ne vais pas m’arrêter aux Açores. Par contre, je n’ai pas encore décidé d’aller complètement jusqu’aux Sables. Je vais me rapprocher des côtes portugaises pour analyser au mieux les éléments. Vers le 28, 29 janvier, je pourrai décider de ce que je fais. Là je pense que toutes les conditions sont réunies pour que j’aille jusqu’au Portugal. Je suis plutôt dans une idée de rapatriement à long terme que de recherche de vitesse."Photo @ Jean-Pierre Dick Vendée Globe

Alex Thomson (Hugo Boss) a donc quitté son compagnon d’infortune samedi après-midi dès que Jean Pierre Dick a fait part de sa décision. Le Britannique a empanné pour quitter la mer calme et le vent modéré que recherche Jean-Pierre Dick, et retoucher la brise de Sud-Ouest qui souffle au-dessus de Sao Miguel. Il va très sensiblement accélérer ce dimanche soir quand une nouvelle perturbation va aborder l’archipel : elle va l’accompagner jusqu’à l’arrivée avec plus de trente nœuds de vent établi et constant sur les 1 000 milles qui lui restent à couvrir.

Dans les alizés

Conditions météorologiques beaucoup plus tranquilles et stables au large de l’archipel du Cap-Vert : Jean Le Cam (SynerCiel) file bon train dans des alizés d’une vingtaine de nœuds de secteur Est-Nord Est et la rétraction des hautes pressions vers l’Espagne est une bonne nouvelle. Le Breton va pouvoir commencer à obliquer vers le Nord-Nord Ouest et couper beaucoup plus court que ses prédécesseurs car il va se créer un passage au large des Canaries avec un vent de Sud modéré dès mercredi. Et le passage d’un front en fin de semaine annonce du vent de Sud-Ouest de Madère à l’Angleterre !

Un bon raccourcissement du parcours final qui ne va pas faire l’affaire de Mike Golding (Gamesa) qui concède ce dimanche plus de cent milles en latitude. Car comme Jean Le Cam arrive à se recaler devant son étrave, le Britannique n’a aucune ouverture tactique dans les cinq jours à venir : ce n’est que de la vitesse pure et à ce jeu, il semble que le plan Farr de 2007 soit plus véloce que le dessin Owen-Clarke…

Mirabaud coucher de soleilDominique Wavre (Mirabaud) : "L’équateur, c’était super. Le lever du soleil était magistral, il y avait des couleurs exceptionnelles. J’ai devant moi une grosse barrière nuageuse qui devrait me bloquer dans l’après-midi. Dimanche, nous verrons si le Pot au Noir a été clément. Quand les leaders arrivent, ce n’est pas facile pour nous car on a l’impression que la course est terminée : ça fait bizarre de se dire qu’il y a des coureurs qui seront déjà sous la douche pendant que nous serons en mer..."Photo @ Dominique Wavre

Passage de ligne

Quand les leaders passent la ligne d’arrivée, d’autres passent la ligne équatoriale ! C’est ainsi qu’après Dominique Wavre (Mirabaud) samedi, c’est au tour d’Arnaud Boissières (Akena vérandas) d’être passé dans l’hémisphère Nord ce dimanche vers 3h30. Le Suisse semble déjà être sorti d’un Pot au Noir très peu marqué puisqu’il fait place aux alizés de Nord-Est dès le 4°N, et l’Arcachonnais semble pouvoir traverser la Zone de Convergence Inter Tropicale aussi très rapidement. Tous deux vont pouvoir profiter d’un flux consistant et constant pour remonter rapidement vers le tropique du Cancer.

Pour Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), la sanction a été sévère dans l’anticyclone de Sainte-Hélène, mais l’Ibère s’est enfin sorti du piège à répétition pour filer à plus de quinze nœuds vers un équateur distant d’une centaine de milles. L’Espagnol ne concède qu’une dizaine d’heures sur son prédécesseur et possède une bonne journée de marge sur Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde). Quant à Alessandro di Benedetto (Team Plastique), c’est probablement lui qui a les conditions météorologiques les plus désagréables : 25 nœuds de Nord, donc au près sur une mer hachée, et ce n’est pas prêt de s’arranger pour l’Italien ! Une bande orageuse est en train de le couvrir et il ne verra la fin de son long louvoyage vers l’équateur qu’en milieu de semaine…

Gamesa : Mike GoldingMike Golding (Gamesa) : "On ne peut pas faire grand chose pour changer la situation actuelle. Je vais attendre que le timing soit meilleur pour tenter un coup stratégique. Mais l’attente pourrait durer quatre ou cinq jours, si toutefois l’occasion se présente. J’aimerais avoir des choix à faire, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Actuellement, ma priorité, c’est de ramener le bateau à bon port…"Photo @ Mark Lloyd


Où l’on retrouve le regard de l’autre
Jean-François Coste sur base de ses souvenirs du premier tour du monde en solitaire sans escale qu’il a disputé en 1989, apporte un éclairage sur les conditions de vie, sur l’état d’esprit, sur les sensations géographiques, climatiques, psychologiques que les concurrents de cette septième édition du Vendée Globe rencontrent ou vont rencontrer…

 

La mer se remplit.
Derniers milles, on ose enfin la détailler vraiment, en amie et avec fraternité, comme un être très désiré. Qu’on ose vraiment regarder car avant soit ça aveugle, soit cela n’a pas d’importance d’observer le détail d’une silhouette déjà imprimée en soi. 
Pour le marin, la dernière journée à soi est celle de la veille de son arrivée au port. Ce jour-là, les vannes sont toutes ouvertes, tout est à soi, on reçoit encore, on est uni et demain, c’est que pour les autres, on va faire l’acteur un maximum et tenter de rembourser la dette d’émotions à la con de ceux qui étaient sur les pontons du départ.
Dernière journée, les mains sont enfin cornées prêtes à toutes les manoeuvres, le geste maritime est définitivement acquis, la vigilance des sens est animale, la conscience du " j’ai juste un travail à finir " est rosée à point, et demain, demain, oui c’est bien demain, ce plaisir de ne plus devoir prévoir, prévoir et encore prévoir tout, tout seul, tout le temps. Demain il sera juste question de rêver de courir sur une vingtaine de mètres en s’explosant les hanches et les genoux histoire d’aller rejoindre un pommier pour s’allonger dessous.
Bon, le premier, il n’aura pas droit à tout ça, le malheureux.
C’est bien fait, il n’avait pas à avoir aussi faim. Lui, il aura sa tête uniquement occupé à la gestion d’un bocal qu’il ne voudrait pas trop nauséabond.
Alors il devra rester encore un peu marin et encore un peu prévoir car la loi de la terre n’est pas celle de la mer.
Mais faut quand même pas exagérer, la mer, même à voile, est un métier et faut bien que quelqu’un ait de quoi payer à boire à ceux qui vont ne pas tarder à arriver.
Donc, le premier, avant qu’il ne revête sa tronche de con heureux et sa banane associée, il est malmené ; il a eu droit à l’avion qui l’a survolé il y a quelques jours et après des mois d’imprégnation des bruits exclusifs de son navire, un avion ça irrupte en général copieux si on est en train de faire peinard de la métaphysique bretonne à la table à cartes.
Ensuite, y’a RTL ou Europe1 qu’on capte enfin en direct sur les grandes (?) ondes et elles parlent de vous. Merde, on se dit que quand même, va falloir assurer.
Un des derniers cargos passe pas trop loin et si on a de la chance, on peux essayer de gagner un jeu initialisé il y a 3 mois avec un autre cargo qu’on avait croisé dans le même coin mais dans l’autre sens :
- " Where are you going ? " il avait demandé à l’époque.
- " To France", on lui avait répondu l’étrave pointée vers le sud.
- " I don’t understand " il s’était interloqué.
- " Euh...bon...Over, good trip " avait-on abrégé, parce que expliquer toute cette histoire à un mec dont le métier est d’aller d’un point A à un point B, c’est dangereux pour le niveau des batteries.
Alors avec ce dernier cargo, on va essayer de terminer le jeu et de le gagner.
Après avoir répondu à sa première interrogation coutumière que "I am going to France", le jeu consiste à espérer qu’il pose cette question:
- " and, where do you come from ? ".
S’il la pose, on a gagné.
Parce que, savoureusement, on peux lui répondre :
- " From France, Dugenou "
et définitivement on sait que même les marins entre eux ne sont pas comme les autres.
Les seize mètres de pêche à la limite du plateau continental trafiquent en VHF, c’est pas comme à la TSF : ils parlent une drôle de langue, un verlan-patois de la mer mais ça fait du bien de se reconnaître dans un accent chauvin de la mer. C’est bien le chauvinisme, même si on est glaouche.
Premier building, premiers bateaux amis, première terre de France et des chats-huant de la Vendée, première vieille Europe dont Moitessier ne voulait plus, première bouée des Phares et Balises ; c’est bon, c’est fait et c’est plus obligatoire à faire, dernières pensées : au Cap Horn c’était pour la maman, là ça serait plutôt pour le papa, première foule de semblables, premiers quais, un à gauche l’autre à tribord entre lesquels le bateau s’introduit vénérablement dans la Terre.
Première main étrangère sur le liston avec la première tension paranoïaque, dernière tension responsable pour la manoeuvre au ponton, premières casquettes de flics, premiers touchers de main depuis trop longtemps, premières odeurs trop fortes, premiers mots sans appareil, premiers rires surtout, et essentiellement premier regard où anatomiquement on voit pour la première fois comment est constitué un globe oculaire avec son iris, sa pupille, le blanc et ses petites artérioles, sa fraîcheur aussi et ses humeurs aqueuses qui sont d’ailleurs salées, va savoir pourquoi.
Les premiers cerveaux sont derrière ces yeux, alors la tête se répand dans un abandon rachidien et jusqu’à demain au moins, on est le roi du monde.
Ça y est, la mer est pleine

 

,)) ?>