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Vendée Globe 2012-2013 / J+76

Vendée Blog : Les dernières marches

Il ne reste plus qu’une dernière marche à grimper dans cet escalier stratégique au large des Açores : François Gabart a encore un empannage à effectuer la nuit prochaine avant de piquer droit vers les Sables d’Olonne pour une arrivée programmée au lever du jour dimanche. Armel Le Cléac’h le suivra à quelques heures tandis que Jean-Pierre Dick va probablement faire un stop dans l’archipel. Et dans le Pot au Noir, Jean Le Cam et Mike Golding se bagarrent dans des brises volages…
  • Publié le : 25/01/2013 - 08:58

Classement du 25 janvier à 9h
1-François Gabart (Macif) à 820,2 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 108,5 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 771,4 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss)  à 800 milles
5-Jean Le Cam (SynerCiel) à 2 282 milles

Virbac au loinJP. Dick (Virbac Paprec 3) : "Pour l’instant je suis dans l’anticyclone donc au portant et il n’y a pas beaucoup de vent, ce qui n’est pas une allure facile pour mon bateau sans quille. Le comportement du bateau est différent et il dérape un peu sur l’eau. Il faut réapprendre comment le bateau fonctionne, que ce soit avec les ballasts dans le centre du bateau quand je suis au portant ou autre. Nerveusement il faut tenir le coup. Je préfère ne pas trop tenter de choses."Photo @ Jean-Marie Liot Vendée Globe

En escalier : voilà la trace des deux leaders qui ont traversé l’archipel des Açores jeudi et qui remontent à coups d’empannages vers le golfe de Gascogne pour trouver le bon angle final vers Les Sables d’Olonne. Une dernière difficulté quand le vent dépasse les vingt nœuds dans un bon régime d’Ouest sur la bordure Nord de l’anticyclone. Mais si cette journée de vendredi s’annonce relativement paisible avec une brise maniable, il ne va pas en être de même dès la nuit prochaine quand une dépression atlantique très active (939 hPa samedi après-midi) va balayer la pointe espagnole avec plus de trente nœuds de Sud-Ouest.

Raison garder

Toujours décalé dans le Sud-Ouest à une centaine de milles, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) a désormais peu de chance de dépasser le leader avant l’arrivée qui n’est plus qu’à moins de 900 milles. François Gabart (Macif) a parfaitement géré son placement final en enchaînant sept empannages depuis sa sortie de la dorsale açorienne et sa trajectoire en marches d’escalier va lui permettre de se recaler au-dessus de la latitude du cap Finisterre pour s’assurer de ne pas passer sur le plateau continental.

Positions du 25  janvier à 9h-leadersRemontée en escalier pour François Gabart et Armel Le Cléac’h : les deux leaders naviguent dans un flux d’Ouest qui va s’apaiser ce vendredi pour prendre du coffre samedi avec l’arrivée d’une nouvelle dépression. Il leur faut dépasser la latitude du cap Finisterre pour s’assurer de ne pas passer sur le plateau continental espagnol.Photo @ Addviso & Supersoniks

La journée de samedi sera donc très tonique et l’arrivée du vainqueur musclée dans plus de trente nœuds de Sud-Ouest, sur une mer très formée et sous une pluie battante dès le lever du jour ! Le front va en effet passer sur la Vendée au moment même où le jeune skipper bouclera son premier tour du monde en solitaire en un peu plus de 77 jours et demi… Son dauphin devrait le suivre entre cinq et huit heures plus tard en tout début d’après-midi dimanche. Mais au vu des conditions météorologiques annoncées, la priorité sera de préserver le matériel et de ne pas partir en vrac à quelques encablures du final !

Garder raison

Pour Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3), la place de troisième est définitivement perdue, mais avec plus de 1 500 milles de marge sur Jean Le Cam (SynerCiel) et Mike Golding (Gamesa) qui viennent tout juste de passer l’équateur, deux choix s’offrent à lui. Soit mouiller devant le port d’Horta (île de Faïal) en laissant passer les dépressions qui se succèdent pour repartir toujours en course en milieu de semaine prochaine quand l’état de la mer et le vent va se calmer un peu ; soit piquer sur Terceira ou Sao Miguel pour rallier un port commercial et abandonner.

En ce vendredi, les conditions sont maniables pour un monocoque sans quille avec une vingtaine de nœuds de Sud-Ouest, mais dès samedi matin, ce sont plus de trente nœuds et une mer nettement plus agitée qui attendent le Niçois aux abords de l’archipel. Prévu pour dimanche sur les Açores, le solitaire verra passer le front et le vent va ensuite s’orienter au secteur Nord-Ouest : en fonction de l’état de la mer, Jean-Pierre Dick va constater que son bateau est nettement moins sécurisé dès que deux trains de houle se combinent. La décision de continuer lui appartient, et à lui seul. Mais Alex Thomson (Hugo Boss) est donc assuré de la troisième marche du podium…

Positions du 25  janvier à 9h-club des 5Deux de plus dans l’hémisphère Nord : le couple franco-britannique s’est reformé et la traversée du Pot au Noir va être déterminante pour savoir si le duel va perdurer jusqu’à l’arrivée ou s’il l’un d’entre eux va prendre le large sous les cumulonimbus… Situation plus facile pour Dominique Wavre qui observe l’ouverture ou non de la Zone de Convergence Inter tropicale.Photo @ Addviso & Supersoniks

Hémisphère Nord

En passant l’équateur juste après le coucher du soleil, Jean Le Cam a maintenu son concurrent britannique à une vingtaine de milles mais le Pot au Noir a déjà influé sur la route du duo qui sur le 30°30 Ouest, a obliqué pour s’extraire des cumulonimbus. La Zone de Convergence Inter Tropicale semble s’être déplacée vers le Sud et s’achève du côté du 4° Nord avec un alizé très orienté au Nord-Est : il y a du près à faire dès que les nuages seront dans le tableau arrière. En tous cas, ce ralentissement du couple franco-britannique fait les affaires du Suisse : dans des alizés d’Est modérés, Dominique Wavre (Mirabaud) réduit son delta et peut espérer recoller aux basques du duo.

SynerCiel au départJean Le Cam (SynerCiel) : "Les conditions sont plutôt assez sympas. Le bateau va vite et la mer est calme. Ce sont les dernières heures dans l’hémisphère Sud : il m’aura fallu un peu plus de deux mois et un tour du monde pour inverser le positionnement entre Mike Golding et moi-même. A l’aller, on avait exactement les mêmes positions mais inversées. Il m’aura donc fallu deux mois pour inverser la vapeur. C’est long pour 70 milles…"Photo @ SynerCiel

C’est moins le cas pour Arnaud Boissières (Akena vérandas) qui longe les côtes brésiliennes à moins de cent milles : la brise est moins soutenue près de terre et l’Arcachonnais va devoir franchir l’équateur et le Pot au Noir très à l’Ouest. Ce n’est pas très bon car les masses nuageuses se concentrent sur sa route et il va sortir au près serré pendant plusieurs jours… Ce n’est pas pour autant que Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered) va le dépasser dans les jours qui viennent, mais l’Espagnol est en train de sortir enfin d’un marais mouvant de brises évanescentes, est tout de même 250 milles plus au large : il va pouvoir se décaler plus à l’Est pour passer l’équateur et mieux sortir du Pot au Noir.

Encore trois semaines

D’ailleurs Bertrand de Broc (Votre Nom autour du monde) l’a compris, lui qui cherche à s’écarter au maximum des côtes brésiliennes. Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) a quant à lui franchi la bande orageuse brésilienne et se retrouve au louvoyage dans des alizés poussifs. Encore une bonne journée de près avant de pouvoir libérer les écoutes.

Enfin la lanterne rouge italienne va être au cœur de la bande orageuse brésilienne : dans un flux de Nord ce vendredi matin, Alessandro di Benedetto (Team Plastique) va se faire avaler par la bande nuageuse brésilienne qui se décale vers l’Est. C’est une bonne et une mauvaise nouvelle car si le vent va basculer au Sud-Ouest, ce ne sera que provisoire et surtout, les orages vont essaimer tout le week-end !

Team Plastique vue du mâtAlessandro Di Benedetto (Team Plastique) : "Les températures remontent, 25°, du soleil, ce qui me permet d’être en maillot de bain et T-shirt. Ça fait du bien au moral. J’ai perdu des voiles. Je n’ai plus de grand gennaker, ni de spi de tête, ni de petit spi. Il me reste un code 0 mais que je ne peux pas envoyer car je n’ai plus de drisse. Tout ça va influencer mes choix et ma route car je vais essayer d’éviter au maximum les allures portantes."Photo @ Alessandro di Benedetto

 

« La violence croissante du vent nous obligea à serrer la grand voile, à prendre tous les ris des huniers et à amener nos vergues de perroquet. Le baromètre, à ce moment, était exceptionnellement bas, ce qui faisait prévoir l’approche d’une tempête, qui ne tarda pas en effet à arriver… »
James Cook (Relations de voyages autour du monde, deuxième voyage)