Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012-2013 / J+66

Vendée Blog : Pot de retour

Alors que Bertrand de Broc est désormais dans l’Atlantique, Tanguy de Lamotte se prépare à passer le cap Horn et François Gabart à franchir l’équateur. Et le peloton explose sur les Quarantièmes à cause des calmes qui règnent sous le Brésil. Le leader va devoir maintenant choisir son point d’entrée dans un Pot au Noir qui devrait le ralentir pendant plus de 36 heures…
  • Publié le : 15/01/2013 - 07:06

Classement du 15 janvier à 5h
1-François Gabart (Macif) à 3 307,5 milles de l’arrivée
2-Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) à 248 milles du leader
3-Jean Pierre Dick (Virbac Paprec 3) à 695,1 milles
4-Alex Thomson (Hugo Boss) à 882,8 milles
5-Mike Golding (Gamesa) à 1 990,7 milles

VNAM dans la plumeBertrand de Broc en a fini avec le Pacifique : il a passé le cap Horn lundi à 19h02 dans une bonne brise portante. Mais le skipper de Votre nom autour du monde a encore dû enchaîner les empannages pour aller parer l’île des États perdant encore du terrain face à Tanguy de Lamotte qui n’est plus qu’à 120 milles…Photo @ Thierry Martinez

Bertrand de Broc (Votre nom autour du monde avec EDM Projets) peut pousser un soupir de soulagement : le cap Horn est derrière lui depuis lundi soir, à 19h02 ! Mais le passage de la Terre de Feu n’était pas terminé pour autant et le Breton a dû enchaîner les empannages pour traverser le détroit de Drake et remonter vers l’île des États qu’il devrait déborder vers midi. Et derrière, Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) était aussi à la manœuvre pour aborder le cap Horn qu’il devait franchir vers 5h ce mardi. Ne reste plus dans le Pacifique qu’Alessandro di Benedetto (Team Plastique) qui a plongé jusqu’au 57° Sud pour viser le dernier des trois caps, à 800 milles de son étrave. Jeudi soir, les douze solitaires encore en course devraient donc tous être dans l’Atlantique.

L’équateur retour

François Gabart (Macif) est bien loin des dépressions australes : il devrait passer dans l’hémisphère Nord avant midi ce mardi dans une brise de Sud-Est qui commence à sérieusement s’étioler. Après un peu moins que 66 jours de mer, le leader aura ainsi plus de cinq jours d’avance sur le temps de référence établi par Michel Desjoyeaux en 2008 (71j 17h 12’) ! Une bonne marge pour descendre sous la barre des 80 jours à l’arrivée aux Sables d’Olonne…

Image satellite du lundi 13 janvier à 5hTUL’image satellite du lundi 13 janvier à 5h TU montre qu’une vaste dépression s’est installée au milieu de l’Atlantique Nord : elle va descendre vers le tropique du Cancer en se comblant et en cassant les alizés. La bande nuageuse du Pot au Noir s’étale alors que celle sortant du Brésil se décale vers l’Est.Photo @ NOAA

Mais la suite du programme ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices : une dépression au milieu de l’Atlantique Nord descend vers le tropique du Cancer en se comblant. Elle scinde en deux les hautes pressions avec un anticyclone sur les Açores et un autre vers les Bermudes. Il y a rupture des alizés tropicaux qui ne soufflent plus qu’à une douzaine de nœuds voire moins, entre le Pot au Noir (2°S à 3°N) et la latitude du Cap-Vert (15°N). Or le week-end prochain, la dépression aura implosé et les deux cellules anticycloniques vont fusionner : il y aura alors une large barrière de hautes pressions avec peu de vent en son centre, à la latitude des Canaries (28°N).

Le dilemme açorien

Comment aborder ce piège qui ne va réellement s’effacer qu’en milieu de semaine prochaine, quand une perturbation venue de Terre-Neuve va bousculer l’anticyclone pour ouvrir un passage vers les Sables d’Olonne ? Deux grandes voies se présentent au leader : soit il anticipe ce retour de la brise de Sud-Ouest en se décalant vers le 45°W, cap sur Saint-Pierre et Miquelon, soit il tente un passage vers le 25°W, au large de Madère pour couper au plus court en espérant se glisser sous l’anticyclone, au près sur sa bordure orientale…

Le choix est cornélien même si François Gabart a encore deux bonnes journées avant de prendre sa décision : il doit d’abord composer avec un alizé de Sud-Est qui s’est bien effondré la nuit dernière à une petite dizaine de nœuds. Et si le Pot au Noir n’est pas très actif, la rupture des alizés va rendre sa remontée assez laborieuse puisqu’il va falloir attendre la fin de la semaine pour que la brise dépasse les quinze nœuds d’Est.

Positions du 15 janvier à 5hSi l’Atlantique Sud n’est pas facile à négocier sous le Brésil avec une bulle anticyclonique et une bande nuageuse, l’hémisphère Nord n’est pas très clair non plus ! François Gabart va certes traverser un Pot au Noir peu actif, mais plutôt étendu en latitude à cause d’une dépression qui rompt le régime des alizés d’Est… Il y a encore pas mal de pièges à éviter !Photo @

Avec une petite journée de retard, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) est dans une position d’attente extrêmement favorable : il va pouvoir observer la stratégie du leader avant de s’engager dans une voie. Et en sus, la situation météorologique s’améliore au fil de sa remontée vers le tropique du Cancer. Et déjà ce mardi soir, il ne devrait plus être qu’à moins de 200 milles de son concurrent…

Explosion du peloton

Si pour Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec 3), la position de troisième semble désormais bien acquise au passage de l’équateur, sa situation avec deux jours de décalage est aussi favorable : l’Atlantique Nord aura eu le temps de faire le ménage et de lui faire profiter d’alizés d’Est plus soutenus après un Pot au Noir plus court ! Alex Thomson (Hugo Boss) devrait lui rendre une bonne demie journée au passage dans l’hémisphère Nord avec un placement plus à terre qui ne va pas lui faciliter les premiers milles au-delà de l’équateur : il sera plus proche de la masse nuageuse et orageuse qui règne au Nord de Recife…

SynerCiel jean le Cam à la table à cartesJean Le Cam (SynerCiel) : "L’anticyclone est séparé en deux. Quand tu arrives au milieu, c’est une situation un peu compliquée. Je vais être dans la pétole et quelques minutes après j’aurai du vent. Cela s’inverse rapidement. Cette nuit, je n’avais pas de vent et en plus le courant me venait en pleine face, c’est sûr que ça n’avançait pas très vite. Arrive le moment où il va y avoir un conflit entre le courant du Sud et le courant du Nord. Mais la mer est agréable, ça repose la tête après les mers du Sud"Photo @ Vincent Curutchet Vendée Globe

Et derrière, c’est l’éclatement total ! Jean Le Cam (SynerCiel) s’est fait déborder par Mike Golding (Gamesa) : le Breton est parti plein Nord sur les traces d’Alex Thomson quand le Grand Breton s’échappe par le large dans le sillage des leaders… Mais les deux vont devoir traverser la bande nuageuse qui sort du Brésil : le premier recule l’échéance en passant par la baie de Rio de Janeiro, le second veut retrouver au plus vite l’anticyclone de Sainte-Hélène et ses alizés de Nord. Dans les deux cas, le couple séparé doit aussi regarder dans le rétroviseur car le trio suiveur se rapproche dangereusement !

Divergence stratégique

Car ce n’est pas plus clair au-dessus des Quarantièmes : Javier Sanso (Acciona) est parti sur les traces du Britannique et devrait pouvoir trouver une bande de vent pour rejoindre d’ici deux jours les hautes pressions de Sainte-Hélène quand Dominique Wavre (Mirabaud) et Arnaud Boissières (Akena vérandas) s’engluent de plus en plus dans une dorsale uruguayenne. Eux aussi devraient suivre le chemin de Jean Le Cam par l’intérieur, côté Brésil. Car il est désormais trop tard pour changer son fusil d’épaule.

La route vers l’équateur s’annonce longue et laborieuse pour le peloton dans un flux de Nord qui sera incontournable, quelle que soit la stratégie choisie. Mais par l’extérieur, c’est l’assurance d’un régime régulier et stable une fois la bande nuageuse traversée ; par l’intérieur, c’est le risque de s’embourber dans les grains et les calmes du cap Frio avec une remontée le long des côtes brésiliennes assez poussive jusqu’à Salvador de Bahia…

Banque Populaire Armel Le Cléac"hArmel Le Cléac’h (Banque Populaire) : "On est à fond pour revenir sur François (Gabart) mais il faut des opportunités. Pour l’instant, ce n’est pas trop le cas. Le Pot au Noir va être un peu difficile à franchir, notamment pour lui. On va voir à quelle sauce il va être mangé. On espère que ça se passera bien pour nous. La fin de course est assez complexe avec les Açores et le golfe de Gascogne. On va tout donner jusqu’à la fin de course. Le bateau va bien, je le surveille : il est à 100% de son potentiel."Photo @ Armel Le Cléac"H


« Ensuite les calmes de l’équateur ralentirent notre course avec opiniâtreté. Nous fûmes immobilisés pendant d’interminables semaines, navires étales sur la surface lisse et argentée de la mer, attendant un souffle qui nous eût permis d’avancer en étarquant toutes les voiles. Mais rien. Rien qu’un balancement imperceptible, la voilure inerte le long des mâts et des matelots trébuchant sur les cordages comme des somnambules. Partout un bleu éblouissant qui semblait avoir absorbé pour toujours les nuages du ciel et la houle de l’océan (…)
Si je tentais de faire contre mauvaise fortune bon cœur, il n’en allait pas de même des hommes. Nous étions environnés de vapeurs chaudes qui s’infiltraient dans les moindres recoins du bateau, alanguissaient les membres, ramollissaient le papier sur lequel je tenais mon journal, déréglaient les chronomètres. De jour en jour les caractères aigrissaient. Indolents ou désoeuvrés, insuffisamment distraits par les bals que nous organisions le soir, je devais tantôt apaiser les querelles des uns, tantôt réconforter la mélancolie des autres. »

Muriel Proust de la Gironière (Nicolas Baudin, marin et explorateur ou le mirage de l’Australie)