Actualité à la Hune

Vendée Globe 2012 – IMOCA

Dans le secret des voiles de François Gabart

Mardi 16 août, à Port-La Forêt, François Gabart mettra à l'eau son tout nouveau 60 pieds Imoca Macif, un plan VPLP/Verdier quasi sistership de l'ex-Foncia de Michel Desjoyeaux (aujourd'hui Banque Populaire à Armel Le Cléac'h). Il y a quelques semaines, Bruno Dubois, patron de North Sails France, nous a ouvert les portes de la voilerie à Vannes lors d'une visite de François Gabart et de son futur co-skipper pour la Transat Jacques Vabre, Sébastien Col. Petite plongée dans les toutes dernières technologies de fabrication des voiles. Vous avez aimé le 3DL ? Vous allez adorer le 3DI...

  • Publié le : 10/08/2011 - 00:59

Tout savoir du moteur du bateau François Gabart (à droite) avec Maxime Paul, l'un des dessinateurs des voiles de Macif. Photo © Vincent Curutchet (MACIF)

Le 3DL fut une véritable révolution dans le monde de la voile, et surtout des voiliers. Ce procédé, inventé pour la Coupe de l'America 1992, fête cette année ses vingt ans. Budget aidant, c'est toujours grâce à la Coupe de l'America qu'est né le 3DI, la nouvelle technologie de référence aujourd'hui dans bien des séries (RC 44, TP 52, Imoca, etc.). Defender de la 32e America's Cup en 2007, Alinghi testa discrètement au large de Valence des voiles noires, mais ne s'en servit finalement pas pour défendre victorieusement l'aiguière d'argent face à Team New Zealand. Depuis, cette nouvelle technologie a évolué et s'est fiabilisée, au point d'être utilisée en course au large. Mais qu'est-ce que le 3DI ?

Bruno Dubois, North Sails Bruno Dubois, patron de la voilerie North Sails France, a disputé la Transat Jacques Vabre 2007 avec Mike Golding. Photo © Loïc Le Bras 1 000 filaments détorsadés !
Bruno Dubois, patron de North Sails France : <Pour faire simple, les voiles en 3DL sont constituées de fibres de carbone, de kevlar ou autres. Ces fibres sont constituées de mille filaments torsadés. Du coup, cette torsion entraîne une légère perte de module (d'efficacité). Le principe du 3DI est de "détorsader" les filaments. Une machine appelée Pregger, basée à Minden dans notre usine du Nevada, sépare les filaments et les dépose sur des rubans à la façon d'un peigne. Ensuite, on réalise des panneaux de la voile par bandes de cinq mètres de large. Ces bandes sont enfin disposées sur le moule (comme le 3DL) pour prendre la forme finale de la voile. Les voiles de nos clients arrivent ensuite chez nous à Vannes pour les finitions (ralingue, têtière, lattes, ris, etc.).>


Une bien meilleure distribution des charges

Le gros avantage du 3DI est de bien mieux répartir la charge, donc de moins se déformer, pour un poids de voile équivalent. D'autant qu'il n'y a plus de film. Le procédé de fabrication étant plus long, le coût de la voile est plus cher qu'une voile 3DL, mais sa longévité est supérieure. Si cette nouvelle technologie a connu quelques difficultés à ses débuts en course au large, elle est devenue aujourd'hui suffisamment fiabilisée pour que presque tous les skippers Imoca se l'arrachent ! Fin octobre, au Havre, neuf bateaux au moins (sur quatorze préinscrits) partiront avec des voiles en 3DI (grand-voile et voiles de près).


Renforcer l'accastillage

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont remporté la Barcelona World Race avec des voiles en 3DI. Mais cela aurait aussi pu leur coûter la victoire finale ! Car avec cette meilleure distribution des charges, ce ne sont plus les voiles qui encaissent le plus les efforts, mais l'accastillage. Ce qui suppose de renforcer celui-ci. Le rail d'écoute et les chariots de grand-voile de Virbac-Paprec 3 en ont fait les frais sur le tour du monde en double, obligeant les deux compères à faire deux escales à Recife (Brésil) et à Wellington (Nouvelle-Zélande) pour changer les pièces défectueuses. Une nouvelle donnée que les nouveaux projets comme celui de Macif ont bien intégrée...

François Gabart, skipper du 60 pieds Imoca Macif A tout juste 27 ans, François Gabart a déjà connu une carrière ascensionnelle. Venu du Figaro, il a déjà participé à la Transat Jacques Vabre 2009 avec Kito de Pavant, et pris le départ de la Barcelona World Race au côté de Michel Desjoyeaux (abandon en Afrique du Sud). Photo © Loïc Le Bras <Des compromis à faire>
Pour François Gabart, le 3DI est devenu incontournable. <Les voiles sont le moteur du bateau. C'est un élément très important dans la performance. Sur le dernier Vendée Globe, on pouvait embarquer autant de voiles qu'on voulait. Aujourd'hui, c'est limité à dix. Donc il faut bien choisir ! On ne peut pas, avec dix voiles, avoir toujours la meilleure voile. Il y a des compromis à faire.>

Le dossier voile est un de ceux que François Gabart suit au plus près depuis le début du projet. Les échanges avec Maxime Paul et Yann Régniau*, les deux dessinateurs, sont quasiment quotidiens. <Je suis content de continuer à travailler avec Maxime Paul, cela fait déjà quatre ans qu'on travaille ensemble. Yann (Régniau), je l'ai rencontré lors de ma première Transat Jacques Vabre (2009) sur Groupe Bel avec Kito de Pavant. Et puis il y a aussi Stéphane Fauve, l'ingénieur qui s'occupe de la partie 3DI chez Norths, et que je connais bien car nous étions en classe ensemble à l'INSA.>


La patte Desjoyeaux !

Si le nombre de voiles d'entraînement n'est pas limité, le budget n'est pas non plus extensible. Mais François Gabart et son équipe n'ont pas prévu le même jeu de voiles pour toutes les courses. <Il y a une combinaison de voiles et un jeu de voiles à gérer. Ce ne sera pas exactement le même pour des courses en solitaire, en double ou en équipage. Par exemple, je ne prendrai pas le Code Zéro pour la transat retour en solitaire en décembre (course qualificative pour le Vendée Globe, à l'instar de la Transat BtoB 2008, mais dont le nom et le parcours ne sont pas encore connus, ndlr). Je suis intéressé pour essayer une autre voile, plus intermédiaire. Je ne peux pas en dire plus, sauf qu'on l'appelle la MDTK. MD, c'est pour Michel Desjoyeaux. Il est toujours très impliqué dans le projet. Je vais autant naviguer avec lui cet automne qu'avec Sébastien Col avec qui je disputerai la Jacques Vabre.>

North Sails à Vannes Quelques voiles de Macif étalées sur le plancher de la voilerie North Sails à Vannes. Photo © Loïc Le Bras

<Une aile de mouette inversée !>
A quelques jours de la mise à l'eau de Macif, François Gabart nous révèle quelques différences à noter avec Banque Populaire (ex-Foncia), son quasi sistership. <On a utilisé les mêmes moules de coque et de pont que Foncia. Mais on a réussi à faire quelques modifications, notamment sur la partie avant du pont. Comme sur Foncia, on a l'aile de mouette sur la plage avant, mais seulement jusqu'à l'étai d'ORC. Sur Foncia, on restait ensuite assez bas. Là, à l'opposé, on a comme une aile de mouette inversée. On a une bosse à l'avant du rouf. Ce qui permet au niveau structurel d'être un peu meilleur, et donc de gagner un peu de poids. Cela permet aussi dans la soute à voile d'avoir plus de place, avec une entrée des voiles dans la soute plus facile. Ce sera la modif la plus visible de l'extérieur ! Après, on a fait plein de petites modifs dans plein de domaines. On essaye toujours de faire un tout petit mieux. Ce sont des évolutions des idées de Mich', puis des miennes. Par exemple, on a des winches un peu plus petits sur Macif, ce qui permet de gagner un peu de poids. On a aussi pas mal bossé sur l'ergonomie à l'intérieur, pour faciliter les déplacements et le matossage. On essaye de fiabiliser, de tout rendre plus solide et plus efficace. C'est vraiment la copie de Foncia avec des petites évolutions. Ce n'est pas un bateau révolutionnaire. On partait sur une bonne base. Le gréement sera identique. Mât-aile avec outrigger.>


Le jeu de voiles de base de Macif

Voile / surface / technique

Grand-voile : 170 m2 / 3DI dyneema + kevlar
Solent : 170 m2 / 3DI
Trinquette : 90 m2 / 3DI
ORC : 60 m2 / 3DI
Tourmentin : 20 m2
Code Zéro : 200 m2 / 3DL
Spi : 400 m2 / Nylon
Grand gennaker creux : 350 m2 / Cuben
Grand gennaker plat : 320 m2 / Cuben
Petit gennaker de capelage : 200 m2 / Cuben

Coût d'un jeu de voiles Imoca : 200 à 250 000 €

Association de compétences François Gabart et Sébastien Col prendront le départ de la Transat Jacques Vabre au Havre. Direction, Puerto Limon au Costa Rica Photo © Loïc Le Bras

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*Maxime Paul et Yann Régniau
sont également deux navigateurs réputés. Le premier a remporté plusieurs fois le Tour de France à la Voile. Le second participera à la Transat Jacques Vabre sur Groupe Bel avec Kito de Pavant.