Actualité à la Hune

Vendée Globe 2008-09

C’est l’histoire d’un Américain, un Français et un Autrichien…

Un Américain, un Français et un Autrichien. A défaut d'être une histoire drôle, une aventure souriante. Les trois derniers concurrents du Vendée Globe bouclent leur tour du monde. Depuis la nuit dernière et le passage de l'équateur par Norbert Sedlacek, qui ferme la marche, tous naviguent en Atlantique Nord. Et, pour deux d'entre eux, sous l'influence de l'anticyclone des Açores, ultime obstacle, dernier problème, rude final.

  • Publié le : 27/02/2009 - 16:13

Vendée Globe 2008-09 : classement au 27 février à 16 heures Logiquement, vu les conditions, Raphaël Dinelli pourrait quelque peu revenir sur Rich Wilson. Mais les positions ne devraient plus changer jusqu'à l'arrivée... Photo © D.R. Pour eux aussi, il est le juge de paix. Pour eux aussi, il est l'ultime obstacle, le dernier problème, le Sphinx qui garde la dernière porte. Son énigme n'est pas forcément très compliquée, mais la résoudre prend toujours du temps ; on peut choisir de contourner la difficulté, tenter de jouer au plus fin, biaiser, mais on ne peut tricher : il faut de toute façon composer avec lui - l'anticyclone des Açores.

Il s'est mis en travers des routes des huit solitaires du Vendée Globe qui en ont déjà terminé avec leur parcours, de Michel Desjoyeaux, voici un mois - déjà !-, à Steve White, hier. Il est toujours et plus que jamais sur celles des trois derniers coureurs encore en piste, Rich Wilson, Raphaël Dinelli et Norbert Sedlacek.

Vendée Globe 2008-09 : positions du 27 février à 16 heures Le 27/02 à 16h. Wilson louvoie, Dinelli grignote sur lui, Sedlacek a enfin la tête à l'endroit. Photo © Actinext / Vendée Globe

C'est l'histoire d'un Américain, un Français et un Autrichien. Elle n'est pas spécialement drôle, mais elle est, finalement, heureuse. Wilson, Dinelli et Sedlacek ferment, dans cet ordre, la longue marche de ce sixième Vendée Globe. Tous trois auront eu leur lot de galères et de fatigue, de vagues géantes et d'albatros - souvenez-vous des deux très belles <Photos à la hune> signées Norbert Sedlacek (ici et ici). Tous trois auront bouclé leur aventure personnelle, et si le rythme n'est pas celui des vainqueurs, on en connaît quelques-uns qui, aujourd'hui, se seraient satisfaits d'un tel train pour avoir le bonheur de finir, de remonter le chenal des Sables, de terminer l'histoire.

<J'ai passé l'équateur cette nuit à 01 heure 29 UTC, racontait tout à l'heure Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch). Désormais, je navigue dans les alizés de Nord-Est. J'ai encore 1700 milles à faire comme ça en direction d'un waypoint fictif à l'Ouest des Açores afin de contourner l'anticyclone. Ensuite, ce sera route directe vers Les Sables-d'Olonne>. S'il est encore à plus de 3000 milles du but, le skipper autrichien navigue en tout cas lui aussi la tête à l'endroit : <Cela fait du bien de me retrouver dans l'Hémisphère Nord !>

Mais n'en pas pas terminé pour autant avec les difficultés. <Hier, ce n'était pas génial. Il y avait les derniers effets du pot au noir avec des grains avec une houle de Nord.> Après plus de 100 jours de mer, tout petit bonheur est bon à prendre. Y compris au passage de la ligne : <J'ai ouvert ma mignonnette de vin et j'ai mangé des chocolats et un bon repas. Il faut savoir s'offrir des plaisirs de temps en temps.>

Car la fatigue, la lassitude, sont là. Insidieuses. <Je me sens fatigué avec ce louvoyage, où il faut rester vigilant. Je ne peux pas encore me projeter dans l'avenir et penser à l'arrivée, car il y a trop de stress par ici et il faut toujours travailler. En ce moment, mon cerveau est bien fatigué. C'est là que l'on fait des erreurs.>

Vendée Globe 2008-09 : Rich Wilson le 27 février à 16 heures Le 27/02 à 16h. Rich Wilson a bien du mal à s'extraire des calmes et des variations de l'anticyclone. Mais du vent fort de face l'attend... Photo © Actinext / Vendée Globe Et, comme pas mal de solitaires, les erreurs mettent Norbert Sedlacek en colère : <Je hurle pour essayer de vider ces sentiments. Une erreur coûte cher en termes d'énergie. Et il arrive un moment où on n'a plus l'énergie. Hier, après avoir changé les voiles à quatre reprises, j'ai vu que celle en place ne convenait plus - mais je n'avais plus l'énergie pour m'en occuper.>

Devant lui, Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) n'est guère mieux loti. Au Nord-Ouest du Cap Vert, il navigue depuis plusieurs jours au près dans des alizés soutenus et une mer formée. <Ça fait cinq ou six jours que je pilonne dans les vagues. C'est très fatigant pour le bateau et usant moralement et nerveusement. Mais bon, ça avance.> Prochain rendez-vous ? <L'anticyclone des Açores ! Mais j'ai peut-être une petite fenêtre pour passer entre deux zones de hautes pressions...> Et côté nourriture ? <Ça va. J'ai fait attention dès le départ à mes réserves et à ce que je mangeais en fonction de mon stock de bouteilles de gaz. Là, je me rationne un peu moins, je me fais plaisir pendant les quinze derniers jours qui restent.>

Anticyclone, encore, toujours, pour Rich Wilson (Great American III), environ 600 milles devant Dinelli. Coincé entre deux bulles dans le Sud-Ouest des Açores, l'Américain va bientôt gagner une zone de vents de face 20-25 noeuds, qui devraient freiner sa marche pendant au moins 36 heures. Et l'obliger à virer à nouveau pour gagner vers le Nord...

Non, la drôle d'histoire de l'Américain, du Français et de l'Autrichien n'est pas encore finie.


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