Options météo, coups de théâtre dans le classement, bons et mauvais VMG, arrêts au stand... Tous les matins, revivez l'essentiel des 24 dernières heures du Vendée Globe analysées et commentées par notre rédaction.
Note :
Desjoyeaux, après bien des efforts, touche enfin les alizés. Mais Jourdain n'est pas mal placé. Derrière, les trois rescapés de la tempête du Horn ont repris leur la course.
Photo © D.R.
C'est la nuit. Un message tombe. Provenance : Foncia. <Au Centre d'entraînement de Port-La Forêt, il y a un point-info sur le Vendée Globe et les performances des poulains du Centre - soit les cinq premiers actuellement (six avec Vincent) ! Il y a aussi un Livre d'Or, et voilà ce qu'on peut y lire. Ewen, 3 ans et demi, a dicté à sa mère : "Depuis que maman a mis Michel Desjoyeaux dans ma chambre, le dragon, il a peur et il est parti, et moi, je peux dormir tranquille !" Il est pas joli ce message ? Ce qu'il y a de rassurant, je fais moins peur aux enfants que des méchants dragons !>
La nuit inspire toujours Desjoyeaux.
16/01 à 11h (1). 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige.
Photo © Actinext / Vendée Globe
Et aux concurrents qui crachent le feu, crachent tripes et boyaux, s'échinent à le suivre, le rattraper, il leur fait peur ? Non. Sans doute pas. Mais il doit un peu les énerver. L'équation, en tout cas vue de l'extérieur, a de quoi, qui additionne <vitesse>, <régularité>, <sérénité> et <humour>, tandis que les variables <pression> et <avaries> sont - semblent - égales à zéro. Résultat : Desjoyeaux est en tête depuis plus d'un mois. Et ne laisse rien passer. Rien ni personne - un signe que lui aussi peut s'agacer ? <Là, il y a 15 noeuds et je suis quasiment sur la route pour monter vers le pot-au-noir>, commence par affirmer le skipper de Foncia. Qui embraye : <J'ai cru comprendre que Bilou était étonné de voir ma progression "pas plus rapide que ça". Quand il était en train de bricoler, j'étais en train de me battre avec le vent faible. Maintenant, avec quand même 250 milles entre nous, ça ne devrait pas être trop préjudiciable...> Reçu ?
16/01 à 16h. 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige.
Photo © Actinext / Vendée Globe
Reçu. Avec le sourire. Evidemment. D'abord parce que c'est dans la nature de Jourdain, son pote d'enfance. Ensuite parce que, finalement, elle n'est pas si mal l'option de Veolia. <On ne va pas se plaindre, s'amuse d'ailleurs Bilou, on est au large du Brésil et au chaud. Il y a de l'air, juste ce qu'il faut, une quinzaine de noeuds de vent. J'ai viré de bord et ma réparation tient, c'est le bonheur. [...] Je veux prolonger un peu ma trajectoire, tant qu'à faire il faut se démarquer. La dorsale en face est balèze, c'est pas un demi-anticyclone, c'est la taille XXL avec une belle courbure.>
Zen, le Bilou. Malgré sa collision, ses réparations (visibles ici), les échardes de carbone dont il est si difficile de se débarrasser, malgré cette deuxième place qu'il occupe depuis un mois, lui aussi, malgré sa ténacité, sa pugnacité, son endurance. Sur son plan Lombard 2004 qu'il mène par coeur, il démontre ce qu'il vaut. Et son option Est, tenue plus longtemps que Mich'Desj', lui permet même de se retrouver en position plutôt favorable pour les alizés à venir - et, accessoirement, d'agacer un peu le leader.
17/01 à 05h. 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige.
Photo © Actinext / Vendée Globe
Reste que Desjoyeaux touche depuis ce matin les bénéfices de ses virements incessants - les alizés, enfin ! Mais que d'efforts pour y arriver ! Regardez les cartes des position : là où Bilou trace des courbes fluides, nettes, économes, Foncia a tricoté de courtes bordées nerveuses. <Le problème, se justifie Mich'Desj', c'est que, quand tu vas dans l'Est, tu marches à 90° de la route, cela ne te rapproche pas. Par contre, tu acquiers des points de fidélité avec du vent plus Est. Si tu essayes de couper le fromage en montant dans le Nord, tu navigues avec du Nord-Est, puisque tu es au bout de la courbure de l'anticyclone. En fait, je pense que j'ai voulu être un peu trop gourmand... Du coup, je me retrouve un peu serré près de la côte, ce qui m'a valu de prendre en plus quelques grains qui m'ont bien cassé les pieds. Et si tu ne réagis pas, tu pars au 300 et tu termines à Copacabana... C'est pas le programme !>
Pas le programme non plus d'Armel le Cléac'h (Brit Air). Qui, lui aussi, bataille, grapille, prend tout ce qu'il peut, se démène dans l'orage, gagne au vent, monte au mât, vérifie son bateau, s'use les yeux sur les cartes météo, tente de trouver la faille, le passage, le raccourci. Pas question de se rendre. Pas question de s'avouer troisième. <Ambiance Figaro, changements de voiles et réglages incessants>, énonce <le Chacal>. D'autant qu'il y a ces onze heures de gratification qui sont là, ces heures à rallier et à veiller Le Cam. C'est le jeu. C'est la course.
16/01 à 11h (2). Thompson : bleu clair. Boissières : gris foncé. Caffari : jaune.
© Actinext/Vendée Globe
Photo © Actinext / Vendée Globe
C'est la course, aussi, pour les autres, plus loin. A nouveau la course pour les rescapés du gros baston qui est venu hurler au nez du Horn : Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva). Tout trois s'en sont bien sortis. Le premier en faisant des allers-retours sous le vent de l'île des Etats, le deuxième en pointant vers le Sud-Est pour échapper au plus fort des 60 noeuds établis, la troisième en réduisant sa vitesse - et sa GV délaminée - à l'approche du Horn, pour laisser filer la dép'.
Boissières : <Je suis descendu au Sud pour éviter le gros baston. L'expérience du Pacifique m'a fait tout attacher dans le bateau. J'ai pris quatre ris dans la grand-voile, mais avec un peu de toile quand même pour pouvoir être manoeuvrant. Là, je suis à l'intérieur du bateau, enfermé, à attendre que ça passe, dans une combi sèche au cas où. Le baromètre a fait une descente fulgurante et est en train de remonter tout doucement.> Au fait, et le cap Horn, passé, franchi, derrière lui maintenant ? <Être cap-hornier c'est sympa ; hier, je passais près de la Terre de Feu avec les montagnes enneigées, c'était génial. Je pense que demain midi, je sortirai la petite bouteille de Saint-Emilion, comme à chaque cap. Les mers du Sud, c'est fini, je prends mon ticket d'entrée dans l'Atlantique>.
En Atlantique, en tout cas, Arnaud et Dee vont pouvoir reprendre leur amical duel, eux qui ne se quittent plus depuis le Grand Sud. <Je passe le Horn 7e au contact avec Dee, c'est extra ! s'exclame d'ailleurs Boissières. Il reste un long parcours et encore une belle bagarre, yes sir !>
Deux autres concurrents ne se lâchent pas. Moins pour régater que pour s'épauler : Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsports-Kapsch) ferment tous deux la marche du Vendée Globe. Hier, Dinelli envoyait ce message : <Toujours au près, en direction de la porte Pacifique Ouest. Je suis en contact avec Norbert. Au dernier pointage, on est à moins de 20 milles, j'ai réussi à l'avoir et lui ai dit qu'on fasse attention, faudrait pas qu'on se percute ! Je pense qu'au lever du jour, on sera à vue, ce sera sympa.>
Eh bien, ce matin, les deux marins ont uni leur solitude : à près de 7 000 milles des premiers, ils se sont donnés rendez-vous et retrouvés à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre. Photos, films, discussion par VHF. Réconfortant, au coeur de l'immense Pacifique Sud et si loin des autres en cas de problème...
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Distance : 1 160 milles de plus
Les portes des glaces du Pacifique ayant été remontées vers le Nord pour des raisons de sécurité, la distance totale de ce sixième Vendée Globe est de 24 840 milles, soit 1 160 milles de plus que l'édition précédente.
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v&v.com présente le classement général provisoire du Vendée Globe (relevé du jour, à 5h00, en tête d'article) et analyse les performances des skippers (ci-dessous)... car celui qui avale le plus de milles en 24 heures n'est pas toujours le premier !
Sans faire de bruit, Steve White est en train de faire un beau, un très beau Vendée Globe. Neuvième, il trace sa route avec régularité. Chapeau ! Et Guillemot aimerait bien rattraper Davies, d'autant qu'il lui a été accordé 82 heures de gratification pour l'aide apportée à Yann Eliès...
Photo © D.R.
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Suivi des avaries
Dee Caffari (Aviva) essaye toujours de réparer sa grand-voile délaminée avec de la résine, du Sikaflex et, maintenant, des morceaux d'un de ses spis sacrifiés.
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Voiles et Voiliers (février 2009), pages 46 à 61.
Vendée Globe : Le Sud à vif
Texte Julie Bourgois. Photos des skippers.
Il y a ceux qui parlent de la météo ou de leur état de santé. Il y a ceux qui se lâchent et ceux qui se cachent, ceux qui flippent et qui le disent, ceux qui ne le disent pas, ceux qui bluffent, ceux qui blaguent et ceux qui désespèrent... Les coureurs du Vendée Globe gèrent leur âme comme un plan d'eau : submergés, surpris, frondant, à la rigolade... Entre les murs du Sud, Balzac trouverait là-bas la comédie humaine.
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19/01/2009 - 07:10
Au Sud, la mer est blanche…
Jourdain, le dit Bilou, lève le voile sur le quotidien dont nous rêvons : celui d’un skipper à la conquête du Vendée Globe. Des mois de quotidien, d’ailleurs, et pas seulement celui du skipper, mais aussi celui d’un bateau entièrement repensé, d’un chantier, d’une équipe, d’un projet. Et d’un sponsor.
16/01/2009 - 08:14
Horn : Thompson, Caffari et Boissières font le dos rond
La tempête annoncée hier au cap Horn est bel et bien là. Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) tiennent le coup, chacun avec une stratégie différente, dictée par sa position – ou l’état de son bateau.