Options météo, coups de théâtre dans le classement, bons et mauvais VMG, arrêts au stand... Tous les matins, revivez l'essentiel des 24 dernières heures du Vendée Globe analysées et commentées par notre rédaction.
Note :
Desjoyeaux s'est envolé dans les alizés et a creusé l'écart : 330 milles d'avance sur Jourdain hier, 421 ce matin ! Mais Bilou commence doucement à accélérer, tandis que Le Cléac'h n'est pas à la fête.
Photo © D.R.
Il a un nom banal. Il n'a pas de sponsor. Il communique peu. Il est neuvième. Transparent ? Blanc, en tout cas. Comme son nom : White. Steve White. Vu comme ça, de l'extérieur, il a l'air lisse, comme son visage, jeune, presque enfantin, visage d'image sage. Sauf que non, pas du tout. Sauf que Steve White est toujours en course dans un Vendée Globe qui a mis au tapis 18 concurrents - et pas des moindres. Qu'il a réalisé hier matin la meilleure moyenne de toute la flotte. Que son bateau Toe in the Water (traduisez : <Un orteil dans l'eau>) est le vénérable Gartmore, plan Finot-Conq né en 1998. Que Steve a hypothéqué sa maison pour l'acheter. Qu'il rêvait de ce Vendée Globe depuis dix ans. Et qu'il goûte - ô combien !- ce rêve en passe d'être réalisé. Car le Horn se profile à l'horizon.
<Je viens de passer un temps fou à contempler tout ce qui se passe autour de moi, raconte Steve. Les mers du Sud ne seront bientôt qu'un souvenir. Elles vont me manquer, car elles ont été fabuleuses - mornes, ténébreuses, désolées, puissantes... Je suis néanmoins prêt à quitter le Grand Sud maintenant.> Et là se révèle un peu l'inconnu. <D'abord, avant que je ne casse quelque chose de plus important que le siège des toilettes et le manche de la bouilloire.> C'est beau comme du Desjoyeaux - ou, plutôt, c'était : ce matin, Steve a hélas annoncé avoir cassé son chariot de têtière de GV. <Ensuite parce que cela me fera approcher du moment où je pourrai revenir mieux préparé et avec plus de connaissances>.
Non pas approcher de la terre, de l'arrivée, des siens : non, quitter le Sud va le rapprocher du moment où il y reviendra !
<J'aime bien mon vieux bateau, mais je voudrais revenir à bord d'un monocoque plus rapide, afin d'être compétitif avec ceux de devant. Je commence ainsi la recherche d'un sponsor pour le Vendée Globe 2012.> Dans quatre ans, en tout cas, Steve emportera davantage de mousse à raser. <Kim était horrifiée quand je lui ai demandé d'en apporter aux Sables, à l'arrivée, car je n'en ai plus depuis longtemps et je lui ai expliqué que je me sers de l'huile de cuisine ! Et quand je me rase, cela sent comme un plat de tortellini...> Steve White, l'homme qui est en train de se faire un nom.
17/01 à 11h. 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige. 4.Davies : rose. 5.Guillemot : gris.
Photo © Actinext / Vendée Globe
Pendant ce temps, Michel Desjoyeaux, lui, se fait la malle. Tout sourires. <J'avoue que je préfère largement cette nuit à la précédente et à la journée d'avant. Tirer des bords dans des grains sans en connaître la fin, avoir l'impression de progresser à coups de piolet n'est pas passionnant à la voile !>
Alizés, alizés, allez-y ! Près de 15 noeuds de moyenne pour Foncia sur les dernières 24 heures, 16 noeuds depuis une heure, le sourire du leader s'élargit à mesure que se creuse l'écart. Et quel symbole : 421 milles d'avance sur Roland Jourdain au classement de ce matin, ça doit amuser un skipper qui ne laisse rien au hasard et ne joue pas aux dés. En tout cas pas en course. Et si Bilou (Veolia Environnement) commence à accélérer (13 noeuds depuis une heure, cap au Nord), Le Cléac'h (Brit Air) - près de 1 000 milles derrière !- n'a pas encore été touché par la grâce des vents favorables, qui fait route plein Est, donc à 90 degrés de la route et à 9 noeuds - mauvaise limonade. <Je pensais que la remontée aurait été plus sympa. Les conditions sont chaotiques, stressantes. A la limite, c'était plus facile dans le grand Sud. Ici, on ne sait jamais dans quel sens ça va rentrer...>
17/01 à 20h. 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige.
Photo © Actinext / Vendée Globe
L'Atlantique est tout aussi amer pour leurs poursuivants. L'a-t-on assez dit qu'elle était interminable, rude, mouvementée, cette remontée ! Du près, des phénomènes brutaux et souvent imprévisibles, la glue de Sainte-Hélène à tribord, les coups de Jarnac des côtes sud-américaines à bâbord, du près encore, une mer casse-bateaux, du près toujours...
Ecoutez Marc Guillemot (Safran), cinquième derrière Sam Davies : <Je suis tombé dans un système orageux avec des grains, deux ou trois noeuds de vent pendant quelques heures. Hier, j'ai le sentiment d'avoir vécu la pire journée de ce Vendée Globe, avec une mer infernale. Le bateau a tapé toute la journée. Du coup, cette nuit, j'ai beaucoup dormi et je suis tombé dans ce système orageux sans m'en rendre compte. Je peux vous garantir que ça a cogné, c'était stressant.>
Et Sam Davies (Roxy), si elle garde intacts mental et sourire, commence à accuser un peu de fatigue : <Il y a une semaine, j'ai commencé à parler à mon bateau. Ça m'inquiétait un peu, mais tant qu'il ne répond pas, c'est que tout va bien...>
Les trois rescapés du coup de chien du Horn, eux, voient leur moral remonter en même temps que les degrés de latitude. <C'est super de mettre le cap au Nord ! se réjouit Dee Caffari (Aviva). J'espère retrouver la vitesse jusqu'à la prochaine déchirure de ma GV, mais de toute façon, je suis déterminée à rentrer à la maison.>
18/01 à 05h. 1.Desjoyeaux : blanc. 2.Jourdain : rouge. 3.Le Cléac'h : beige.
Photo © Actinext / Vendée Globe
Et, cap sur les Malouines, Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) peut même prendre le temps de raconter sa nuit de tempête à l'abri (relatif) de l'île des Etats : <Les deux premières heures ont été relativement calmes, le bateau confortablement calé entre deux îles granitiques avec juste quatre ris dans la grand-voile. Ensuite, les nuages se sont accumulés, la pluie a commencé et le vent est monté. J'ai alors cherché un endroit plus abrité - et suis arrivé dans un coin avec des vents rabattants à plus de 50 noeuds ! Je me suis échappé de cet endroit sous une pluie si drue que le radar ne pouvait plus distinguer les contours de l'île. Je me suis référé aux traces antérieures du bateau pour ne pas risquer de toucher la côte ! J'ai finalement trouvé un endroit où le vent ne soufflait qu'à 30 noeuds. [...] Le baromètre est descendu jusqu'à 963 hpa. Quand le vent est rentré du Sud-Ouest, j'ai décidé de faire route...> Cap vers les Malouines à bonne vitesse avec des creux évalués à sept mètres malgré un fetch de moins de 200 milles depuis les côtes de Patagonie. Parlant.
Plus loin encore, seul, tout seul, loin derrière Steve White, loin devant Raphaël Dinelli et Norbert Sedlacek, qui naviguent maintenant de conserve, Rich Wilson se colte lui aussi avec les tempêtes du Sud, leurs vents fous et leurs mers dévastatrices.
<Le bateau subit une vraie punition avec une mer croisée et des creux de sept mètres, raconte le skipper de Great America III. Les mouvements du bateau sont violents, ce qui rend la vie dangereuse sur le pont comme à l'intérieur. Je porte souvent mon casque. J'ai modifié l'angle de la quille pour que le bateau retombe sur son flanc plutôt que sur le fond et ça semble le soulager. Je n'ai dormi que deux heures depuis deux jours, car j'étudie les instruments afin d'essayer de trouver les moyens de faire face à cette offensive...> <La mer est énorme, désordonnée, conclut le mathématicien américain de 58 ans, et régler les voiles ne change rien>.
Ici, les équations sont complexes, les résultats incertains, les variables nombreuses, les inconnues mouvantes. Mais les inconnus - White, Wilson, Sedlacek - tellement émouvants.
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Distance : 1 160 milles de plus
Les portes des glaces du Pacifique ayant été remontées vers le Nord pour des raisons de sécurité, la distance totale de ce sixième Vendée Globe est de 24 840 milles, soit 1 160 milles de plus que l'édition précédente.
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v&v.com présente le classement général provisoire du Vendée Globe (relevé du jour, à 5h00, en tête d'article) et analyse les performances des skippers (ci-dessous)... car celui qui avale le plus de milles en 24 heures n'est pas toujours le premier !
Desjoyeaux fait carton plein. Le Cléac'h et Guillemot souffrent dans les airs tordus de la remontée atlantique. Boissières profite et Jourdain résiste.
Photo © D.R.
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Suivi des avaries
Dee Caffari (Aviva) essaye toujours de réparer sa grand-voile délaminée avec de la résine, du Sikaflex et, maintenant, des morceaux d'un de ses spis sacrifiés.
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Voiles et Voiliers (février 2009), pages 46 à 61.
Vendée Globe : Le Sud à vif
Texte Julie Bourgois. Photos des skippers.
Il y a ceux qui parlent de la météo ou de leur état de santé. Il y a ceux qui se lâchent et ceux qui se cachent, ceux qui flippent et qui le disent, ceux qui ne le disent pas, ceux qui bluffent, ceux qui blaguent et ceux qui désespèrent... Les coureurs du Vendée Globe gèrent leur âme comme un plan d'eau : submergés, surpris, frondant, à la rigolade... Entre les murs du Sud, Balzac trouverait là-bas la comédie humaine.
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17/01/2009 - 09:53
Desjoyeaux, le cauchemar du dragon
Options météo, coups de théâtre dans le classement, bons et mauvais VMG, arrêts au stand... Tous les matins, revivez l'essentiel des 24 dernières heures du Vendée Globe analysées et commentées par notre rédaction.
16/01/2009 - 08:14
Horn : Thompson, Caffari et Boissières font le dos rond
La tempête annoncée hier au cap Horn est bel et bien là. Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) tiennent le coup, chacun avec une stratégie différente, dictée par sa position – ou l’état de son bateau.
15/01/2009 - 14:25
Avis de violente tempête sur le Horn
Voici deux cartes météo qui font froid dans le dos. Emanant du Centre Européen de prévision à moyen terme (ECMWF), elles montrent la situation attendue sur le Horn et la Patagonie vendredi à 0 heure (à g.) et vendredi à midi (à dr.).
Vos commentaires
Je ne sais pas si Desjoyeaux est un "dieu", mais j'aime beaucoup la phrase à laquelle vous faites allusion dans votre titre. Elle est d'Einstein contrecarrant le principe d'incertitude : "Dieu ne joue pas aux dés". A quoi un autre physicien célèbre, Niels Bohr, répondit : «Einstein, cessez de dire à Dieu ce qu'il doit faire !» Quant à Desjoyeaux, il semble savoir ce qu'il fait...