Actualité à la Hune

Voiliers d’exception (6) / Portrait et plans de forme

Wild Oats XI, la machine infernale !

Vous l’avez vu en «Photo à la hune» : fin 2012, Wild Oats XI a de nouveau remporté Sydney-Hobart en temps réel, en temps compensé – et a battu le record de l’épreuve ! Portrait d’un Maxi 2005, signé Reichel-Pugh, qui a su évoluer.
  • Publié le : 14/01/2013 - 09:29

Wild Oats XI, plan Reichel-Pugh 2005, version 2012Wild Oats XI dans sa version 2012, victorieuse de Sydney-Hobart : une quille pivotante, un safran, deux dérives latérales et une dérive centrale à l’avant. C’était la sixième victoire de ce Maxi Reichel-Pugh lancé en 2005.Photo @ François Chevalier Souvenez-vous : en 2005, mis à l’eau trois semaines avant le départ de Sydney-Hobart, Wild Oats XI appartenant à Robert Oatley gagne la grande classique des antipodes. En temps réel. En temps compensé. Et claque le record de l’épreuve.

Cette année, le Maxi signé Reichel-Pugh a récidivé – temps réel, temps compensé et record. Et a par ailleurs remporté l’épreuve pour la sixième fois en huit ans ! Il n’a été battu qu’en 2011 – de 2 minutes 48 secondes !– par Investec Loyal, plan Greg Elliott et Clay Oliver, construit chez Cookson en 2005 (ex-Maximus, rebaptisé Ragamuffin Loyal cette année).

Ce même Ragamuffin Loyal a terminé deuxième de l’édition 2012, juste devant Lahana (ex-Konica Minolta et Zana), un 99’ du Néo-Zélandais Brett Bakewell-White mis à l’eau en 2003, récemment optimisé pour le classement IRC, à déplacement léger, quille fixe et tirant d’eau réduit (4,23 mètres).

Reste que Wild Oats XI, véritable machine infernale, a largement évolué depuis 2005. Reichel/Pugh ont notamment beaucoup travaillé sur ses appendices.

Les trois versions de Wild Oats XILes évolutions de Wild Oats XI, depuis son lancement en 2005 (à gauche) jusqu’à aujourd’hui. Ce sont surtout les appendices qui ont changé. La quille pivotante est restée, mais son bulbe a évolué. Par ailleurs, on est passé d’un safran/un canard à un safran/deux dérives latérales, puis un safran/deux dérives latérales/une dérive centrale ! (Cliquez sur les plans pour les agrandir).Photo @ François Chevalier Le plan de formes, reconstitué d’après de nombreuses photos, fait apparaître une carène avec des fonds légèrement arrondis, des flancs assez évasés, une flottaison étroite (4,10 mètres) et un creux de coque positionné en avant de la quille. A la gîte, la flottaison utilise bien toute la longueur du voilier, la surface mouillée est réduite, mais les flancs évasés ne jouent pas le rôle de plan antidérive comme sur les carènes plus récentes munies de bouchains – ICAP Léopard (plan Farr) ou Rambler 100 (ex-Speedboat, plan Juan Kouyoumdjian – Rambler a eu les honneurs du premier article de cette série consacrée aux «Voiliers d’exception», à lire ici).

La dérive avant, au profil épais, ajoutée en 2012, a pour but de corriger l’instabilité de route du Maxi, notamment les départs au lof ou à l’abattée sur les crêtes de vagues aux allures portantes. En effet, sur ces longs déplacements légers, prolongés de bouts-dehors importants, les voiles de portant déportent le centre de voilure très sur l’avant, et ont tendance à rendre le bateau mou.

Les améliorations apportées sur la structure et l’ensemble du Maxi ont par ailleurs permis de gagner du poids, lequel a été reporté dans la quille.

Notez, sur le plan, les ailettes verticales en arrière du bulbe : elles remplacent, de façon originale, les “winglets“ classiques. Le petit plat sur l’arrière provoque deux tourbillons qui sont dispersés par ces ailettes. De plus, elles induisent un petit plan antidérive stabilisateur lorsque la quille est basculée au vent.

Le plan de pont de Wild Oats XIAvec ce plan de pont de Wild Oats XI, on peut apprécier la finesse de la carène, le maître-bau aux deux-tiers, le minuscule rouf, l’immense cockpit, les deux barres très avancées. Un fuseau, comparé à Rambler, tout en coin !Photo @ François Chevalier En 2005, Wild Oats XI était un développement de Wild Oats IX, un 60’ mis à l’eau en 2002 et détenteur du record de Sydney-Hobart en 2003, avec les mêmes appendices : une quille basculante et deux safrans, dont un «canard» (à l’avant).

Entre 2007 et 2008, Wild Oats XI avait reçu deux dérives sur l’avant du mât, inclinées d’une dizaine de degrés, corrigeant la tendance du Maxi à glisser sur ses flancs à la gîte.

Et en 2012, Reichel-Pugh, on l’a vu, ont encore amélioré les dessous de Wild Oats XI, induisant ainsi une efficace évolution au fils des ans.

Cela dit, souvenez-vous du troisième article de cette série sur les «Voiliers d’exception», consacré à Pilgrim et Jubilee, qui, avec Dilemna et Gloriana, ont, eux, déclenché une révolution à la fin du XIXe siècle : notamment grâce au génie du «Sorcier de Bristol», Nathanaël G. Herreshoff (vous pouvez lire son portrait ici), et de quelques architectes américains, ils ont été véritables ancêtres des monocoques modernes – et notamment des Wally (article à lire ici).

Revoici leurs plans de formes pour mémoire (leurs plans de voilure figurent dans l’article cité ci-dessus).
Pilgrim, plan Steward & Binney 1893Pilgrim, challenger pour la défense de l’America’s Cup 1893, dessiné par Steward & Binney.Photo @ François Chevalier Pilgrim, d’abord – conçu en 1893 par Steward & Binney, successeurs d’Eward Burgess, auteur des trois vainqueurs de l’America’s Cup en 1886, 1887 et 1889 – est un pur bulb-keel en acier, doté d'une dérive sur l'avant.

Jubilee, plan John Paine 1893Jubilee, challenger pour la défense de l’America’s Cup 1893, dessiné par John Paine.Photo @ François Chevalier Jubilee, ensuite, signé John Paine et lancé la même année (1893), est un bulb-keel pourvu d’une dérive supplémentaire sous le lest, innovation qui sera reprise… près de 100 ans plus tard sur le premier Wally, le fameux Wallygator !


………..
Wild Oats XI en quelques chiffres

Maxi sloop
Architectes : Reichel/Pugh
Constructeur : McConaghy (Sydney)
Mise à l’eau : 2 décembre 2005
Longueur : 30,48 m
Longueur hors tout : 33,83 m
Flottaison : 29,70 m
Largeur : 5,40 m
Hauteur du mât : 44,10 m
Tirant d’eau : 5,50 m
Poids : 32 t
Lest : 14 t
Surface de la GV : 382 m2
Surface du foc : 228 m2
Surface du génois : 505 m2
Surface du grand spi : 880 m2

Rambler 100, Maxi Juan Kouyoumdjian 2008Rambler 100, Maxi Juan Kouyoumdjian 2008. Le premier article de cette série sur les «Voiliers d’exception» lui a été consacré – à juste titre quand on revoit son plan de formes ! (Cliquez sur les plans pour les agrandir).Photo @ François Chevalier Rambler 100 (ex-Speedboat)
Architecte : Juan Kouyoumdjian

Chantier : Cookson Boat (Auckland, N-Z)

Mise à l'eau : 17 avril 2008

Longueur : 29,99 m
Flottaison : 29,99 m

Bau : 7 m

Tirant d'eau : 5,70 m

Tirant d'air : 46,50 m

Bout-dehors : 3,60 mètres

Déplacement : 30,6 tonnes

Lest : 15 tonnes

Ballast : 8 tonnes
Voilure au près : 630 m2

Voilure au portant : 1 340 m2


Pilgrim

Challenger pour la défense de l’America’s Cup 1893
Architectes : Steward & Binney
Chantier : Pusey & Jones
Mise à l'eau : 12 juin 1893
Longueur : 37,15 m
Bau : 6,96 m

Tirant d'eau : 6,70 m
Déplacement : 90 t
Lest : 16 t
Voilure au près : 953 m2

Jubilee
Challenger pour la défense de l’America’s Cup 1893
Architecte : John B. Paine
Chantier : George Lawley & Son
Mise à l'eau : 14 juin 1893
Longueur : 38,18 m
Bau : 6,90 m
Tirant d'eau : 4,25-6,40 m
Déplacement : 95 t
Lest : 25 t
Voilure au près : 1 063 m2

Wallygator 105 Nariida
Architecte : Luca Brenta
Chantier : Concordia
Mise à l’eau : 1994
Longueur : 32,04 m
Bau : 8 m
Tirant d’eau : 3,60-5,20 m
Déplacement : 60 t
Lest : 24 t
Voilure au près : 530 m2

En complément

  1. herreshoff illustration 22/12/2013 - 00:01 Sillages (1) Nathanaël G. Herreshoff, le plus grand des architectes navals Pour commencer cette nouvelle série consacrée aux plus beaux sillages de la navigation à voile, un titre un peu provocateur. Mais pas faux : à la fin du XIXe siècle, l'Américain Nathanaël Herreshoff a inventé le dériveur, le quillard et le catamaran modernes. Et gagné six fois la Coupe de l'America - record à battre. Portrait du Sorcier de Bristol, diplômé d'Harvard et du MIT qui sculptait ses monstres de 40 mètres dans un morceau de bois.
  2. wallycento, maxiscow 19/08/2012 - 21:01 Voiliers d’exception / Portrait et plans de forme (5) WallyCento et MaxiScow : deux éloges de la luge ! Voici deux projets de MScow – des scows géants, à l’étrave arrondie. Un WallyCento conforme à la jauge et un MaxiScow de 100 pieds. Vous allez voir : ce sont des voiliers vraiment pas comme les autres !
  3. volvo ocean race 2001-2011   les plans comparés 24/05/2012 - 00:00 Volvo Ocean Race, des VOR 60 aux VO 70 Exclusif : les plans des voiliers de la Volvo depuis dix ans ! Des plans Bruce Farr de 2001 jusqu’aux Juan Kouyoumdjian de 2011, dix ans de Volvo Ocean Race, dix ans d’évolution d’architecture navale grâce à des plans complets et détaillés. Un comparatif parlant !
  4. cheminées poujoulat n°2012, concentré d'innovations 23/11/2011 - 00:02 Voiliers d’exception (4) / Portrait et plans de formes Cheminées Poujoulat : boîte à chaussure contre coque en «V» Cheminées Poujoulat, 60 IMOCA 2011 sur plan Kouyoumdjian, étonne, innove – bouchain, flancs verticaux, brion en «queue de castor». L’occasion de revenir sur les dernières évolutions de l’architecture navale.
  5. wallygator, ketch  agrave; quille et d eacute;rive sign eacute; brenta 05/10/2011 - 00:03 Voiliers d’exception (3) / Portrait et plans de formes Pilgrim et Jubilee, les ancêtres des Wally Les Wally ont des ancêtres - et la démesure ne date pas d'aujourd'hui ! Pilgrim et Jubilee, deux des defenders américains de la Coupe de l'America de 1893, étaient aussi extrêmes que nos voiliers actuels les plus high-tech. Démonstration.
  6. rambler 100  ex-speedboat    le plan de formes 20/07/2011 - 00:01 Voiliers d’exception / Portrait et plans de formes (1) Rambler 100 : anatomie d’un monstre Le rêve de tout architecte naval ? Que vous lui donniez carte blanche pour réaliser le vôtre - par exemple battre vos petits copains avec un voilier fou dessiné hors de toute contrainte ! Tiens, un maxi par exemple, 100 pieds, 30 mètres de long. Ainsi est né Rambler 100, monstre de puissance signé Juan Kouyoumdjian. Un monocoque déjà flashé à 47 noeuds. Voici ses plans de formes - en exclusivité !