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Voiliers d’exception / Portrait et plans de forme (5)

WallyCento et MaxiScow : deux éloges de la luge !

Voici deux projets de MScow – des scows géants, à l’étrave arrondie. Un WallyCento conforme à la jauge et un MaxiScow de 100 pieds. Vous allez voir : ce sont des voiliers vraiment pas comme les autres !
  • Publié le : 19/08/2012 - 21:01

WallyCento, MaxiScow : les deux projets «MScow»WallyCento, MaxiScow : les deux projets «MScow» de 100 pieds. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir).Plans @ François Chevalier Les deux projets de MScow que vous allez voir ici restaient sous forme de croquis sur une de mes tables à dessin depuis l’été dernier. J’avais même esquissé un Volvo 70 et un 60 pieds IMOCA avec ce type de carène ultra-puissante. Mais lorsque les dirigeants de la Volvo Ocean Race ont annoncé que la prochaine édition se courrait en monotype, je me suis remis à ma planche pour finaliser ce concept sur deux voiliers de 100 pieds, un WallyCento, qui doit répondre à une jauge précise, et un MaxiScow, lui totalement libre.
 

Le WallyCento version scow

WallyCento : le plan de formes et demi-pontWallyCento : le plan de formes et le demi-pont.Plans @ François Chevalier Pourquoi un Wally de plus ? Il faut admettre que la formule attire un grand nombre de propriétaires, sensibles à un harmonieux mariage de confort, de performance, de modernisme et de technologie de pointe.

Même si la jauge WallyCento (Wally 100 pieds) interdit les quilles basculantes et impose un déplacement minimum, elle trouve son intérêt dans la formule high-tech du reste de la flotte des Wally : manœuvres automatisées, ponts fluides et dégagés, voilures simplifiées, emménagements spacieux et épurés.
 

Le MaxiScow

MaxiScow : le plan de formes et demi-pontMaxiScow : le plan de formes et le demi-pont.Plans @ François Chevalier Cette version de même longueur (100 pieds), plus légère et à quille basculante, dénuée des nombreux équipements de confort et d’automatisation des Wally, vise clairement les records océaniques et la victoire en temps réel dans les grandes courses en équipage, le Fastnet ou Sydney-Hobart.

WallyCento et MaxiScow vs 100’ RacingWallyCento et MaxiScow contre 100’ Racing classique. A plat, les lignes de formes du WallyCento et du MaxiScow sont celles d’une planche à voile. A la gîte, l’angle de la flottaison avec l’axe du voilier est plus trois fois moins important que sur un 100’ Racing traditionnel.Plans @ François Chevalier Comme on peut le voir sur les dessins comparant, à la gîte, les lignes et les flottaisons des MScow avec un monocoque Racing de conception classique, l’avantage principal du scow est qu’il navigue avec un angle trois fois moins important que celui d’un voilier classique.

D’une part, le couple de rappel est beaucoup plus efficace, avec ou sans quille basculante, et, d’autre part, la quille reste dans l’axe du voilier à la gîte. Il en résulte un meilleur cap au près de un à deux degrés suivant les configurations.

Pour améliorer les performances de cette plate-forme, le bout-dehors est orientable, et le point d’amure des voile d’avant est réglable latéralement.
 

Une idée qui date… de la fin du XIXe siècle

Dans les années 70, déjà, j’avais conçu une planche à voile océanique pour une tentative de traversée de l’Atlantique en double. Comme d’autres projets de ce type, le modèle est resté accroché sur le mur au-dessus de mon bureau. L’idée était venue alors que je rédigeai un article sur les origines des voiliers au planning pour Voiles et Voiliers. La folie qui a animé les architectes américains au tournant du XXe siècle, lorsque la jauge s’est libérée des contraintes autres que la longueur de flottaison, avait fait germé en moi l’idée d’une maxi planche à voile de 60 pieds pour le Vendée Globe.

Flash-back. En 1896, le Royal Saint-Laurent Yacht-Club relève le défi pour la Seawanhaka Cup de Long Island, près de New York. Pas moins de 30 prototypes sont construits, conçus par les meilleurs architectes d’Amérique du Nord. Le voilier canadien Glencairn l’emporte : il est plat, large, et ses élancements sont rasants.

Pour le défi de 1898, la défense canadienne aligne un voilier hybride, mi-planche, mi-catamaran, Dominion, dont chaque section latérale est un demi-cercle. Ce concept, interdit l’année suivante, donne naissance au scow, voilier rectangulaire rectangle aux flancs arrondis.

Par leurs formes et la légèreté de leur construction, ces luges sont capables de déjauger au vent arrière, se comportant alors comme une grande planche à voile. Au près, elles naviguent sur la tranche et leur vitesse dépend de la faculté de l’équipage à établir le meilleur rapport puissance/traînée.

En 1902, les Canadiens sont challengers et leur champion, Trident, porte trois dérives, dont les deux latérales sont inclinées de 19 degrés. Après les essais, la dérive centrale est supprimée et la coupe retourne sur le lac Saint-Louis. Dans cette logique, le defender de l’année suivante est équipé de deux safrans et deux dérives – le scow vient de trouver sa configuration définitive.

L’idée d’un MScow à bouchain plus qu’évolutif prend alors forme dans mon esprit. Reste à en modeler sa marotte pour limiter les coups de boutoir dans les vagues. En découpant l’étrave dans les deux sens – hauteur et largeur –, le voilier doit pouvoir amortir les chocs, se soulèver rapidement et glisser sur l’obstacle au lieu de foncer dedans. A tester un jour à l’échelle 1 !
WallyCento, MaxiScow : les emménagementsWallyCento, MaxiScow : les emménagements.Plans @ François Chevalier


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Le WallyCento à la loupe

Architecte : Francois Chevalier YD (bateau conforme à la jauge WallyCento)
Chantier : Multiplast (Vannes), Green Marine (UK) ou Cookson Boats (NZ) de préférence
Longueur : 30,48 m (100’)
Flottaison : 26,70 m
Bau : 7,20 m
Tirant d’eau : 6,20-4,50 m
GV + foc solent : 592 m2
GV + gennaker : 1 000 m2
Déplacement : 45 t
Quille : rétractable
Tirant d’air : 45 m


Le MaxiScow à la loupe

Architecte : Francois Chevalier YD
Chantier : Multiplast (Vannes), Green Marine (UK) ou Cookson Boats (NZ) de préférence
Longueur : 30,48 m (100’)
Flottaison : 26,70 m
Bau : 7,20 m
Tirant d’eau : 5,60 m
GV + foc solent : 628 m2
GV + gennaker : 1 110 m2
Déplacement : 38 t
Quille : pendulaire
Tirant d’air : 46 m
 

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Les voiliers d’exception déjà étudiés en plans

Voiliers d’exception / Portrait et plans de formes (1) : Rambler 100 : anatomie d’un monstre
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