Note :
Classement au 6 novembre à 08h00
1. Puma, Ken Read
2. Camper-ETNZ, Chris Nicholson
3. Telefonica, Iker Martinez
4. Groupama 4, Franck Cammas
5. Sanya, Mike Sanderson
Abu Dhabi, Ian Walker, a démâté samedi soir vers 23 heures. Le Volvo 70 est en route pour un port espagnol afin de réparer et de tenter de reprendre la course dès que possible.
«La première étape est intéressante parce qu’elle représente pratiquement toutes les variétés météorologiques du tour du monde : c’est un peu un résumé, un condensé de la Volvo Ocean Race ! Il y a du portant, du petit temps, la traversée de l’équateur, de la brise avant Cape Town… Il s’y passe à peu près tout et cela doit révéler assez rapidement les capacités de l’équipage, le potentiel du bateau et la qualité de préparation», analyse Jean-Luc Nélias, le navigateur de Groupama 4. Et de fait, les premiers milles devant le port d’Alicante, le 5 novembre après le coup de canon, donné à 14 heures, donnaient déjà une petite idée du combat qui se présentait aux six équipages.
Le parcours côtier de 17 milles mettait en valeur la qualité manœuvrière des Néo-Zélandais de Camper-ETNZ : départ impeccable au vent de la flotte, déroulé d’un grand gennaker et passage en tête à la première bouée au vent, bon choix d’une trinquette pour la suite… Pour les autres teams, les manœuvres approximatives et les soucis techniques retardaient les poursuivants : Groupama 4 effectuait une pénalité suite à un léger contact avec Puma avant le départ, les Américains peinaient à affaler leur Code 0, les Chinois de Sanya avaient de gros problèmes avec leur voile d’avant, Abu Dhabi avait du mal à enrouler son gennaker.
Une heure plus tard et après quelques surfs incroyables vent de travers à plus de 22 nœuds de moyenne, la flotte quittait enfin la baie d’Alicante pour un long bord de débridé vers le cap de Palos puis vers le cap de Gata, que les six VO70 devraient atteindre en milieu de nuit… Camper ouvrait la route suivi par Puma (1’34), Telefonica (2’10), Abu Dhabi (2’47) et Groupama 4 (3’50), Sanya fermant la marche à 7’32 du leader…
Premier choix au Détroit
Si la descente vers le cap de Gata ne devrait pas créer d’écarts sensibles dans la mesure où les six prototypes vont naviguer travers au vent dans une brise d’une vingtaine de nœuds, c’est pour la nuit à venir que les premiers enseignements vont être tirés.
Départ difficile pour Groupama 4, auteur d"une légère touchette sur Puma, puis obligé de réparer avec un 720°. Mais, une fois au large, le Volvo 70 de Franck Cammas a ensuite remonté une partie de la flotte.Photo @ Ian Roman VOR 2011-2012D’abord parce que les skippers vont devoir prendre des décisions importantes sur la configuration des voiles : avec 25, puis 30 et jusqu’à 40 nœuds de vent de face et au minimum trois mètres de creux, il faudra passer de grand-voile haute et génois 2 à deux ris et foc de brise ! Voire même le tourmentin… Car les Volvo 70 ne sont pas franchement adaptés au près dans la brise : ils tapent énormément dans les vagues et sollicitent beaucoup le gréement. Il faut donc ne pas casser et limiter le nombre de manœuvres à l’avant (le barreur doit abattre en grand pour que tout l’équipage ramasse la toile). Et, en même temps, tenter de sortir en pole position quand une nuit de samedi à dimanche et un petit matin blafard et mouvementé vont laisser place à une mer encore formée dans un vent en chute libre…
Car, avant même le détroit de Gibraltar, la brise d’Ouest forte va s’étioler pour 10 nœuds voire moins devant l’ancienne enclave britannique : les voiliers doivent en effet respecter le rail des cargos et ne peuvent pas longer les côtes marocaines dans ce secteur. Qu’en sera-t-il alors de la petite brise de secteur Nord ? Permettra-t-elle de glisser à raser les rives nord-africaines jusqu’aux Canaries ou faudra-t-il s’extirper par l’Ouest pour aller chercher la pression venue de l’Atlantique ? Premières interrogations et premiers bilans sur les capacités des uns et des autres à performer dans le petit temps. Et sur le papier, les Néo-Zélandais de Camper semblent avoir le petit plus…
Ken Read, sur Puma, est un des seuls à avoir pu résister à la vista de Camper-ETNZ lors du départ d’Alicante. Mais n’a pu que constater que les Kiwis étaient bien les plus rapides aujourd’hui !Photo @ Rick Tomlinson Dispersion des trajectoires ?
La deuxième interrogation, qui sera rapidement levée, concerne le choix des voiles de portant : hors du Code 0 que toutes les équipes ont adopté, qu’en sera-t-il des deux autres spis-gennakers ? Car de ce choix va dépendre les trajectoires dans cette phase de portant qui s’annonce d’abord assez molle (12 nœuds), pour prendre du souffle aux abords de l’archipel du Cap-Vert (20-25 nœuds). Capacité à descendre dans le lit du vent, capacité à accélérer dans la brise : le différentiel pourrait atteindre plus de 10° en cap et plus d’un nœud de vitesse moyenne.
Mais surtout, quel sera le VMG, c’est à dire la vitesse de rapprochement (compromis cap/vitesse) vers l’équateur ? Et comme le facteur VMG ne s’annonce pas le même pour tous (même pour les trois plans Juan Kouyoumdjian en fonction du choix des voiles), il faudra bien constater que les trajectoires vont se disperser, les écarts en latéral se distendre, et les croisements se multiplier pour converger vers le même point d’entrée dans le Pot au Noir…
L’alternance calmes-grains de la Zone de Convergence Inter-Tropicale (ZCIT) est plus un problème de navigateur et de données météo que de potentiel des bateaux et des hommes. La sortie dans les alizés de Sud-Est, donc pour un long (très long peut-être, c’est à dire plus de trois jours…) bord au débridé entre 50° et 90° du vent sera la tranche la plus révélatrice des performances de chaque bateau : conditions stables, même trajectoire, même force de vent. Celui qui a ne serait-ce qu’un petit bonus dans ce type de brise (20-25 nœuds) aura donc aussi l’aisance dans les autres étapes où cette phase va se répéter : remontée vers les Marquises (2e étape), traversée des tropiques (3e étape), descente vers Auckland (4e étape), remontée vers et le long du Brésil (5e et 6e étapes), aller vers les Açores (8e étape)…
Cent fois sur le métier…
La dure phase au près dans la brise face à une mer courte, comme annoncée pour ce dimanche après le départ, est presque un cas d’école pour ces VO70 et pour ce parcours atypique autour du monde qui privilégie les zones tropicales. Louvoyer dans un vent de plus de 30 nœuds ne devrait en effet pas se renouveler souvent : le long du Vietnam, pour parer les Philippines, pour rallier la Nouvelle-Zélande, peut-être pour finir à Itajai…
Quant aux petits airs, ils seront nombreux sur ce tour du monde qui traverse quatre fois l’équateur (1ère, 2e, 4e, 6e étapes) et qui longe des Pot au Noir plus ou moins actifs (2e, 3e et 4e étapes). Et pour le portant dans la brise, il n’y a finalement pas tant que cela de tranches actives ! L’arrivée sur Cape Town et le départ de l’Afrique du Sud, le passage du cap Horn et la traversée de l’Atlantique Nord… Le gros du «morceau Volvo», c’est du débridé.
Camper with Emirates Team New Zealand était considéré comme très à l’aise dans le petit temps. Mais le plan Marcelino Botin a montré qu’il pouvait laisser tout le monde sur place dans les 25-30 nœuds du départ ! Photo @ Chris Cameron Cette première étape vers Cape Town est donc capitale pour les six équipes qui ne se sont jamais comparés réellement auparavant ! Sur chaque tranche de ces 6 500 milles, les polaires de vitesse vont être décortiquées, les potentiels et le VMG vont être révélés et la course des adversaires pourra donc ensuite être anticipée par chaque team. La stratégie qui prime sur cette première étape va progressivement intégrer la tactique puisque les trajectoires de chaque bateau pourront être projetées à plusieurs jours.
Mais, l’escale sud-africaine, outre les «bobos» à réparer, devrait être aussi le champ d’une évolution des bateaux pour compenser leur déficit dans telle ou telle situation, constaté de visu pour la première fois ! Il y a des remises en cause à attendre dans une vingtaine de jours…
………..
Six équipes de haut vol !
Cinq prototypes spécialement construits pour cette 11ème édition et un VO70 de 2008, Sanya (ex-Telefonica Blue), trois concepteurs différents (Juan Kouyoumdjian, Bruce Farr, Marcelino Botin), des skippers de renom qui cumulent jusqu’à trois participations à la Volvo Ocean Race (Chris Nicholson, Mike Sanderson), des équipages expérimentés (jusqu’à 22 participations cumulées pour Camper !) : la Volvo Ocean Race n’a jamais atteint un tel niveau…
Abu Dhabi Ocean Racing
Architecte : Bruce Farr (2011)
Ian Walker, GBR – Skipper (2ème participation)
Jules Salter, GBR - Navigateur_(3ème)
Craig Satterthwaite, NZL – Chef de quart_(4ème)
Rob Greenhalgh, GBR - Chef de quart (3ème)
Justin Slattery, IRL - Équipier d'avant_(3ème)
Wade Morgan, AUS - Équipier d'avant_(1ère)
Adil Khalid, EAU - Régleur_(1ère)
Justin Ferris, NZL – Barreur/régleur_(3ème)
Simon Fisher, GBR - Barreur/régleur_(3ème)
Andrew Lewis, USA - Barreur/régleur_(2ème)
Nick Dana, USA - Équipier média__1ère)
CAMPER with Emirates Team New Zealand
Architecte : Marcelino Botin (2011)
Chris Nicholson, AUS - Skipper_(4ème participation)
Will Oxley, AUS - Navigateur_(2ème)
Stu Bannatyne, NZL – Co-skipper/chef de quart_(6ème)
Andrew McLean, NZL – Co-navigateur/chef de quart_(2ème)
Adam Minoprio, NZL - Barreur/régleur_(1ère)
Tony Rae, NZL - Barreur/régleur_(5ème)
Robert Salthouse, NZL - Barreur/régleur_(3ème)
Roberto Bermudez, ESP - Barreur/régleur_(5ème)
Daryl Wislang, NZL – Barreur/équipier d'avant_(2ème)
Mike Pammenter, RSA – Équipier d'avant (2ème)
Hamish Hooper, NZL - Équipier média_(1ère)
Groupama Sailing Team
Architecte : Juan Kouyoumdjian (2011)
Franck Cammas, FRA - Skipper_(1ère participation)
Jean Luc Nélias, FRA - Navigateur_(1ère)
Thomas Coville, FRA_- Barreur/régleur (2ème)
Charles Caudrelier, FRA_- Barreur/régleur (1ère)
Erwan Israël, FRA_- Barreur/régleur (1ère)
Damian Foxall, IRL_- Barreur/régleur (4ème)
Martin Strömberg, SWE_- Barreur/régleur (2ème)
Martin Krite, SWE_- Équipier d’avant (2ème)
Brad Marsh, NZL_- Équipier d’avant (1ère)
Phil Harmer, AUS_- Piano, régleur (3ème)
Yann Riou, FRA - Équipier média (1ère)
Puma Ocean Racing powered by Berg
Architecte : Juan Kouyoumdjian (2011)
Ken Read, USA - Skipper _(3ème participation)
Tom Addis, AUS - Navigateur_(2ème)
Brad Jackson, NZL – Chef de quart_(6ème)
Tony Mutter, NZL – Chef de quart (5ème)
Kelvin Harrap, NZL – Barreur/régleur_(3ème)
Ryan Godfrey, AUS - Barreur/régleur_(2ème)
Rome Kirby, USA - Barreur/régleur_(1ère)
Jonathan Swain, USA - Barreur/régleur_(5ème)
Michi Mueller, GER - Équipier d'avant_(2ème)
Casey Smith, AUS - Équipier d'avant_(2ème)
Amory Ross, USA - Équipier média_(1ère)
Team Sanya
Architecte : Bruce Farr (ex-Telefonica Blue 2008)
Mike Sanderson, NZL - Skipper (4ème participation)
Aksel Magdahl, NOR - Navigateur_(2ème)
Cameron Dunn, NZL – Tacticien (1ère)
Chris Main, NZL - Régleur de GV_(2ème)
Ryan Houston, NZL - Régleur_(2ème)
David Swete, NZL - Grinder_(1ère)
Richard Mason, NZL - Piano_(4ème)
Bert Schandevyl, BEL - Plage avant_(1ère)
Teng Jiang He, CHN – Équipier d’avant_(1ère)
Andy Meiklejohn, NZL - Équipier d'avant_(2ème)
Andres Soriano, ESP - Équipier média__(1ère)
Team Telefónica
Architecte : Juan Kouyoumdjian (2011)
Iker Martínez, ESP - Skipper_(3ème participation)
Andrew Cape, AUS - Navigateur_(6ème)
Jaoa Signorini, BRA - Chef de quart_(3ème)
Neal McDonald, GBR - Chef de quart_(5ème)
Xabi Fernández, ESP - Régleur_(2ème)
Pablo Arrarte, ESP - Régleur_(2ème)
Jordi Calafat, ESP - Barreur/régleur (2ème)_
Pepe Ribes, ESP – Barreur/régleur (4ème)
Zane Gills, AUS - Équipier d'avant_(1ère)
Antonio Cuervas-Mons, ESP - Équipier d'avant_(2ème)
Diego Fructuoso, ESP - Équipier média (1ère)
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05/11/2011 - 16:07
Camper et sans reproche
Superbe démonstration de Camper-ETNZ à Alicante, lors du départ de la Volvo Ocean Race 2011-2012, le 5 novembre à 14 h. Plus difficile pour Sanya (problème de voile d’avant) et pour Groupama 4 (720 de réparation après avoir touché Puma). Les six VO 70 ont mis le cap sur Capetown, à 6500 milles.