3 questions à Ian Walker

«Dans ma vie, je n’ai vu un tel accueil qu’aux Sables-d’Olonne, pour le Vendée Globe !»

Anglais, 39 ans, skipper de Green Dragon, médaillé olympique en 470 (1996) et à Sidney en Star (2000).

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  • Publié le : 11/06/2009 - 11:26

Mary McAleese embrasse Ian Walker La Présidente de l'Irlande Mary McAleese en personne est venue féliciter l'équipage de Green Dragon et son skipper Ian Walker, ici à sa gauche. Photo © Marie Dufay Jean-Paul II lui-même n'avait pas réussi à mobiliser une telle foule lors de sa venue sur l'île de la Guinness !
A l'issue de la 7e étape depuis Boston, Green Dragon, le VOR70 irlandais engagé sur la mythique Volvo Ocean Race, a été accueilli par des centaines de milliers de supporters dans la petite ville de Galway !
Une ferveur populaire inattendue que le skipper anglais Ian Walker, fêté en héros national, compare à celle des Sables d'Olonne. Une façon très anglo-saxonne de suggérer aux Français qu'il est temps de revenir croiser le fer avec eux sur l'ex-Whitbread ? Plus on est de fous...

V&V : Malgré la fatigue et les nombreuses sollicitations dont vous faites l'objet depuis votre arrivée, vous affichez un sourire radieux, vous semblez sur un petit nuage ! Comment vous sentez-vous à la veille du départ de la 8e étape ?
IW : Sincèrement, je suis heureux... Comment ne pas l'être avec tout ce qu'on a reçu humainement depuis dix jours ! On m'a dit que près de 450 000 personnes étaient venues visiter le village de la course et 200 000 autres ont assisté aux In-Port et Pro-Am (régates côtières). Quand nous sommes arrivés dans la baie de Galway après 2 250 milles de course depuis Boston, il faisait nuit et froid, mais 10 000 personnes nous attendaient, criant le nom du bateau, la clameur était incroyable... Je n'avais jamais vécu cela de ma vie, sauf en tant que spectateur aux Sables d'Olonne pour le Vendée Globe. La Volvo n'a pas connu un tel accueil depuis Auckland il y a 20 ans. Galway n'est pas Rio ou Singapour (deux des villes-escales de la Volvo, ndr) avec leurs buildings et leur frénésie urbaine, c'est une petite ville médiévale très tranquille, j'avais l'impression de rentrer d'une journée de navigation pour faire un dîner en famille... Mais il y avait beaucoup plus de monde que prévu à table ! Vous avez vu, dans le centre-ville, il n'y pas une boutique qui n'arbore le logo du bateau !

<Fini d'envier l'engouement des Français pour leurs marins !>

Les boucheries, les pharmacies, les librairies, les magasins de vêtements pour femmes, les supermarchés, les pubs arborent tous sur leurs vitrines des peintures ouvragées et personnalisées du dragon vert. Ça a vraiment été super de rencontrer les centaines d'enfants venus d'écoles des quatre coins du pays, ils ont suivi la course grâce à des programmes mis en place à leur intention, et leur enthousiasme lorsqu'ils visitaient le bateau faisait vraiment plaisir à voir ; on a même fait une conférence juste pour eux, leur expliquant comment devenir skipper professionnel. En Irlande, la voile est encore un sport minoritaire ; les professionnels du nautisme sont frustrés parce qu'ils ont un plan d'eau remarquable qu'ils voudraient pouvoir mieux exploiter, mais les structures restent à créer. Alors oui, je suis content parce qu'il est évident que cette escale à Galway a bouleversé les choses. Personne n'en revient qu'une telle foule se soit déplacé pour la Volvo Ocean Race, bien qu'elle soit le 6e plus important événement sportif dans le monde. C'est la première fois que le pays accueille une course de cette envergure, mais certainement pas la dernière. Le projet de création d'une vraie marina à Galway est déjà bien avancé ; cela offrira aux bateaux un accès plus simple au port, sans avoir à attendre la marée haute et l'ouverture de l'écluse, comme c'est le cas actuellement. Fini d'envier l'engouement des Français pour leurs marins ; maintenant l'Irlande regarde elle aussi vers la mer !


V&V : L'équipage de Green Dragon est international (Irlandais, Australiens, Néo-zélandais, Anglais naviguent à bord), le bateau a été construit en Chine, où vous avez également trouvé vos principaux sponsors... Avec les difficultés financières que traverse l'industrie du nautisme, pensez-vous qu'il y aura un bateau irlandais lors de la prochaine édition ?
Festen in Galway La moindre devanture de magasin, de pub et de restaurant de Galway est décorée aux couleurs de Green Dragon. Photo © Marie Dufay
IW : C'est ce qu'on souhaite tous, bien sûr. Ça a pris deux ans et demi pour finaliser notre participation à la course et ce n'était pas gagné d'avance. C'est vrai que le Green Dragon est un vrai melting-pot technique et humain : le mât a été construit en Nouvelle-Zélande, les dérives et le gréement en Australie, les voiles aux Etats-Unis... Mais le budget était restreint et nous n'avons pas pu optimiser certains aspects, à l'inverse d'autres équipages qui ont pu mieux se préparer. Par exemple, nous avions un déficit de poids de près d'une tonne dans la quille basculante, ce qui nous ralentissait au près. Il fallait vraiment faire attention à ne rien casser, surtout qu'on n'a pas beaucoup de temps aux escales pour réparer. Du coup, monter pour la première fois sur le podium à Galway nous a fait du bien moralement. Il faut comprendre que dans cette course, il y a quatre objectifs : réunir le budget pour prendre le départ (ce qui est déjà un challenge en soi), finir la course (ce qui n'est pas évident sur un tour du monde), rendre la monnaie de leur pièce aux sponsors (et en cela, l'escale à Galway a dépassé toutes nos attentes) et enfin monter sur le podium à un moment ou à un autre. Nous avons pour l'instant rempli trois de ces objectifs et on peut espérer qu'avec la réduction des budgets prévue pour 2011, décidée récemment par les organisateurs, plus de bateaux puissent s'aligner sur la ligne de départ. J'aimerais vraiment vivre de nouveau une telle aventure...

V&V : Lors de l'étape précédente, vous avez croisé à Boston certains de nos marins hexagonaux comme Michel Desjoyeaux ou Roland Jourdain, venus en observateurs avertis...
IW :
D'après ce que j'ai compris, il devrait y avoir deux ou trois syndicats français présents sur la prochaine édition... Bon, vous les Français, vous aimez faire vos propres courses et vous y excellez : le Vendée Globe est pour moi une épreuve majeure, dont l'impact sur la population m'impressionne beaucoup. Historiquement, vous êtes plus enclins que nous à faire du solitaire, et vos méthodes pour mettre en place ce genre d'événement nautique sont très efficaces. Ce serait également super d'avoir une étape française. Le problème, c'est ce bête trou dans le calendrier entre maintenant et 2011 : la Volvo et le Vendée Globe se chevauchent.

Ian Walker

Né le 25 Février 1970 à Worcester en Angleterre.
1,82 mètres pour 83 kilos.
Vit à Warsash, Southampton.
Navigue depuis 30 ans.

Champion du monde International 14 en 1993.
Champion du monde ISAF 470 en 1994.
Champion du monde Melges 24 en 1998.
Médaillé d'argent en 470 aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996 et en Star à Sydney en 2000.
Skipper du bateau anglais à l'America's Cup en 2003.
Entraîneur de l'équipe Yngling, médaillée d'or à Athènes en 2004.
Champion d'Europe (barreur et tacticien) en Farr 40 en 2006.
Champion du monde (tacticien) TP52 en 2006.

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