C'est le plus Breton des Irlandais. Installé en Bretagne depuis de nombreuses années, Damian Foxall a régaté sur tout ce qui navigue, et souvent avec succès. Figaro, 60 pieds ORMA, Trophée Jules Verne avec Kersauson et victoire sur la première Barcelona World Race 2007-08 avec Jean-Pierre Dick. Avec trois participations à la Volvo Ocean Race, il est le plus expérimenté marin de Groupama 4. Pas étonnant que Franck Cammas lui ait confié le recrutement et la gestion de l'équipage, en plus d'un rôle de chef de quart... Interview.
Note :
Discret mais travailleur, Damian Foxall est le plus expérimenté des navigants de Groupama 4.
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
voilesetvoiliers.com : Damian, quel est ton rôle au sein du team Groupama ?
Damian Foxall : C'est ma quatrième campagne pour la Volvo Ocean Race. J'ai été embauché dès le début pour mettre en place le projet avec Stéphane Guilbaud, Franck Cammas et Laurent Pagès. Avec Laurent, on a surtout mis en place l'équipe navigante. On a été aussi impliqué dans la conception du bateau. Pour Groupama, c'est un nouveau projet, une nouvelle classe de bateau à découvrir. Tout a été analysé dans chaque secteur. C'était un long travail. Mais on avait dix-huit mois pour ça... Néanmoins, il y avait partout des grandes décisions à prendre. Le programme voile, par exemple, est fondamental. Dans cette jauge très stricte, c'est un des éléments où l'on peut vraiment se différencier des autres projets. Bref, je me suis surtout chargé de l'organisation de l'équipage et du plan de pont.
v&v.com : Toi qui as déjà trois éditions dans les pattes, comment trouves-tu que cette course a évolué ?
D.F. : J'ai suivi la Whitbread dès mon jeune âge. Je pense que la grosse évolution de la course, c'est le passage des Maxis aux VOR 60 (en 1998, ndlr). J'ai disputé la dernière édition avec les VOR 60 (en 2002, ndlr). C'était fabuleux ! Il y avait douze bateaux. C'était très proche. Tactiquement, c'était très intéressant. J'ai ensuite disputé les deux premières éditions en VO 70. C'était l'arrivée de nouvelles sortes de bateaux avec des quilles basculantes, que les Français connaissaient bien avec l'Imoca, mais pas les Anglo-Saxons. On se rapprochait des performances de multicoques. Et pour ceux qui ne connaissaient pas ces vitesses-là, c'était assez impressionnant ! D'autant que je pense que c'est beaucoup plus dangereux en VO 70 qu'en multicoque. C'est beaucoup plus puissant, plus mouillé. Il y a beaucoup d'eau qui déferle sur le pont.
v&v.com : Tu étais en charge du recrutement de l'équipage, as-tu été aussi le trait d'union entre les étrangers du bord et les Français ? Tu parles couramment les deux langues et tu connais les deux cultures.
D.F. : Je pense qu'il n'y a pas tant de différences que ça entre ces deux milieux. Ou alors, elles sont sur le point de se combler. Ce qui est différent, ce n'est pas la façon de mener l'équipe ou de préparer le projet, mais je pense qu'il y a un suivi sur du plus long terme en France. En tout cas avec Groupama. Ça fait quatorze ans qu'ils accompagnent Franck dans ses navigations. Cela permet de mettre en place un projet durable avec une vision à long terme. A l'étranger, c'est plus au coup par coup. Donc, plus avec un esprit commando.
v&v.com : Il fallait quand même faire le lien entre ces deux milieux pour créer un équipage homogène !
D.F. : Oui, mais je n'étais pas le seul. Laurent Pagès aussi a une grande culture du milieu anglo-saxon. Mais c'est vrai qu'il fallait déjà abattre la barrière de la langue. On a d'ailleurs choisi des équipiers qui, par culture, parlaient déjà plusieurs langues (comme les Suédois, ndlr). Pour la plupart, les Français parlent très bien anglais aussi. Et après plusieurs mois de travail ensemble, cela se passe maintenant naturellement. Et puis c'est un projet sur deux éditions. Les équipiers savent qu'ils peuvent s'engager sur du long terme. Et là, le côté français, bon vivant, est très agréable. Le week-end, si on ne travaille pas, on va ramasser des tellines sur la plage avec Jean-Luc Nélias. Ou on va aller boire une bière à La Base ensemble.
v&v.com : Comment se présente la dernière génération de VO 70 ?
D.F. : C'est une course à la vitesse, évidemment. Même si on fait des inshore, ça reste une course autour du monde où il faut aller vite au large. Dans le changement de jauge, on n'a plus le droit de matosser derrière la cloison arrière. Du coup, ils ont augmenté de 1200 à 1600 litres le volume maximum du ballast arrière. Tous les bateaux auront forcément utilisé cette option-là. C'est toujours important d'avoir un bon couple de redressement, donc je pense que tous les bateaux seront à la largeur maximum. Pareil pour la longueur. Il n'y a pas de grand secret. Tout le monde cherche du couple de redressement et de la performance au reaching.
Damian Foxall en plein action à bord de Groupama 70 lors des deux mois d'entraînement à Lanzarote (Canaries).
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
v&v.com : Qu'es-ce qui te plaît tant dans cette course pour la disputer une quatrième fois ?
D.F. : Je ne l'ai pas encore gagnée ! (rires) La première, j'étais jeune avec Tyco. On aurait pu finir sur le podium, mais on a cassé un safran sur la deuxième étape. Les deux dernières éditions étaient plus difficiles. Le premier projet Ericsson en 2005 était mal conçu. Il y avait de gros écarts de performances avec les autres VO 70. Sur la dernière édition, avec Green Dragon, c'était très fun ! On avait une super équipe. Notre bateau allait vite au portant, mais pas du tout au reaching. C'était très frustrant pour ça, mais l'ambiance humaine était super... Là, ce qui est bien avec Groupama, c'est d'avoir démarré très tôt, d'avoir une implication très forte et de sentir qu'on crée quelque chose ensemble.
v&v.com : Mais qu'est-ce qui te plaît dans tout ça. Le travail en amont ? La course en elle-même ?
D.F. : Les deux. C'est un ensemble. Le large, c'est génial. Même si sur ces bateaux c'est très dur. On se demande parfois pourquoi on est là ! Le travail en équipage est passionnant. Toute la conception aussi. J'ai 42 ans et je suis encore plus passionné qu'à 20 ans ! Un projet comme ça, c'est fantastique à vivre. Même si ça prend beaucoup d'énergie. C'est trois ans de travail intensif. Deux ans de préparation et presque un an de course...
v&v.com : Et si vous ne gagnez pas la prochaine édition, tu imagines déjà en disputer une seconde avec Groupama ? Ce qui sera ta cinquième consécutive !
D.F. : Oui, mais ça ne rentre pas trop dans mon esprit. Quand j'ai contacté Franck et Stéphane au début, je leur ai dit : <J'en ai déjà couru trois, je ne viens pas avec vous pour m'entraîner !> L'objectif, c'est de gagner la première évidemment. Et si on gagne la première, Groupama essaiera peut-être de remporter la suivante. Jamais une équipe n'a gagné deux fois. Mais pour moi, la seconde, c'est encore trop loin. Je n'y pense pas. Je veux gagner la prochaine. C'est tout.
v&v.com : Ça ressemble à quoi de naviguer en VO 70 dans le grand sud ?
D.F. : On est très peu protégé. Le bateau va très vite, c'est très puissant et très inconfortable. Ce n'est pas toujours du plaisir. Au contraire, c'est souvent très dur. C'est surtout la quantité d'eau qui passe sur le pont qui est dangereuse. On est tout le temps sous l'eau.
Vannes, samedi 30 avril : Groupama 4 quitte le chantier Multiplast pour rejoindre Lorient où l'assemblage sera terminé pendant dix jours.
Photo © Arnaud Pilpre (Studio Zedda)
v&v.com : Mais il n'y a aucun moyen de protéger l'équipage, de couvrir un peu le cockpit comme l'ont fait certains Imoca ?
D.F. : Oui, mais de toute façon, l'eau va venir. On est plus lourd et plus puissant qu'un Imoca. Le fardage n'est pas négligeable. On fait un gros travail pour limiter le fardage et le poids. Tout ce qui est au-dessus du centre de gravité est pénalisant. Le compromis performance/efficacité est au détriment du confort.
v&v.com : Que vas-tu observer à la mise à l'eau de Groupama 4 la semaine prochaine ?
D.F. : Ce sera intéressant de voir l'équilibre du bateau. On a beaucoup navigué sur Groupama 70 (l'ex-Ericsson 4 vainqueur de la dernière édition, ndlr). On a donc des références en termes de sensations. Comment le bateau se comporte sur l'eau. Ce qui va m'intéresser surtout, ce sera le comportement du mât, qui n'est pas le même que sur Groupama 70. Après, on va surtout se concentrer les premiers jours dans les mises en place des systèmes, dans les tests d'effort. On commencera par des tests statiques au ponton. On espère que tout va marcher et rien ne cassera. En tout cas pas trop... (sourire).
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