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Volvo Ocean Race - Interview du responsable technique du VO65

Ben Wright : «Avec la monotypie, il faudra être à fond tout le temps !»

  • Publié le : 30/04/2013 - 14:01

Le premier VO65 assemblé chez Green MarineCoque venue d’Italie, cloisons de Suisse, pont de France, emménagements faits sur place, en Angleterre : l’assemblage du tout premier monotype VO65 est presque terminé au chantier Green Marine ! Photo @ Agathe Armand Un bateau ne lui suffisait plus, il va devoir s’occuper d’une flotte entière ! Responsable à terre de Groupama pour la dernière Volvo, l’Australien Ben Wright supervise désormais l’assemblage du nouveau monotype de la Volvo Ocean Race. Entretien au chantier Green Marine, à côté de Southampton en Angleterre, où le tout premier VO65 est en cours de finition.

 

Ben Wright, un technicien réputéBen Wright, australien et francophone, trois Volvo au compteur, aujourd"hui responsable de l"assemblage du VO65.Photo @ Yvan Zedda voilesetvoiliers.com : Ben, tu viens d’arriver à Green Marine où l’assemblage de la coque et du pont du premier VO65 se termine. Première impression ?
Ben Wright :
Le bateau a une belle gueule, il ira vite. Il est bien réfléchi avec de bons architectes derrière. C’est une évolution du Volvo Open 70 – avec certaines différences, bien sûr, puisque le cahier des charges était différent. C’est d’ailleurs grâce au VO70 qu’on arrive à ce bateau simplifié, mais toujours rapide.

v&v.com : Tu parles de différences – quelles sont les plus flagrantes ?
B.W. :
Le Volvo Ocean 65 est cinq pieds plus court mais, en même temps, sa quille est plus profonde (4,70 mètres contre 4,50 mètres pour le VO70) et beaucoup de détails dopent le design pour ne pas être trop loin du 70 pieds (*). Avec sa superstructure et son étrave inversée, il a un look. Ce n’est pas un bateau aussi exotique qu’un IMOCA dernière génération, ce n’est pas développé à l’extrême. Il y a beaucoup de choses réfléchies par Volvo, par le bureau Farr et par les fournisseurs qui visent la fiabilité. C’est un bateau fait pour tenir deux tours du monde. Ça se voit rien qu’à la structure interne, aux panneaux structurels et au choix des matériaux.

v&v.com : Est-ce qu’on ne risque pas de s’ennuyer ?
B.W. :
Non, le bateau restera rapide, puissant et spectaculaire, mais ce sera plus costaud. On ne va pas changer le monde, mais je suis sûr que ce sera un très bon bateau. Il n’y a simplement pas le même niveau de créativité dans les pièces ni de chasse au poids.

Un des plans signés FarrL'un des plans du bureau américain Farr Yacht Design, intitulé «20m Ocean Racing Yacht», daté du 10 septembre 2012 et régulièrement mis à jour depuis. (Cliquez sur la photo pour l’agrandir).Photo @ Agathe Armand v&v.com : Pour toi, la monotypie était donc un bon choix ?
B.W. :
Ce choix a été fait pour de bonnes raisons, il fallait s’adapter à l’époque. Le défi, c’est plutôt de fabriquer une classe de huit bateaux en si peu de temps. Quand Green Marine, Multiplast, Persico et Decision ont démarché la Volvo Ocean Race en leur montrant que le consortium était capable de construire en Europe cette nouvelle flotte, c’est tombé du ciel pour l’organisation ! C’était normal d’y croire, car c’est une bonne solution. Maintenant, j’ai hâte de voir de quoi la flotte va être composée.

v&v.com : Justement, trois équipes seulement sont officiellement inscrites aujourd’hui – Team SCA, un équipage brésilien et Abu Dhabi Ocean Racing. Comment envisages-tu la flotte ?
B.W. :
La monotypie ouvre beaucoup de possibilités. Bien sûr, il faut toujours trouver pas mal d’argent, mais je suis très curieux de voir qui va se retrouver au départ. Entre les vrais skippers et les nouveaux venus, les filles comme Team SCA, des équipes à thème… Un projet de «débutants» peut avoir le même bateau qu’un Torben Grael ou un Franck Cammas. C’est vraiment génial. Par exemple, je suis un très grand fan de l’équipe féminine. Je suis père de deux filles, je suis le premier à les pousser. Avant, les équipes féminines avaient du mal à trouver l’argent et à rassembler tous les critères pour être au même niveau avec le même bateau. Aujourd’hui, c’est possible – et c’est très important pour la course.

Une étrave pleine et puissanteVu de l’avant, le Volvo Ocean 65 montre une étrave pleine et puissante, des flancs verticaux et des fonds plats, en «U». Rappelons ses caractéristiques : 21,95 mètres hors tout, 5,60 mètres de large et 10,75 tonnes de déplacement à vide. Photo @ Agathe Armand v&v.com : Tu dis que le bateau reste puissant, mais les équipages masculins ne seront plus que huit à bord, plus l’équipier média, contre dix la dernière fois (**) – ça va être plus difficile pour les marins ?
B.W. :
Ils seront moins nombreux, mais il y a moins de voiles, donc moins de manœuvres. Ceci dit, oui, la vie à bord sera plus dure que jamais, mais ce n’est pas lié au nombre d’équipiers. C’est la monotypie qui veut ça. Avant, tu faisais le choix de tes conditions préférées en concevant ton bateau, tu pouvais forcer la météo en allant plus loin pour chercher des conditions favorables à ton bateau. Maintenant, il faut être à fond tout le temps, être plus à fond que l’autre. Avant, tu pouvais parfois lâcher un peu pour récupérer ensuite. Maintenant, c’est différent : un mille d’écart, c’est énorme avec le même équipement !

v&v.com : Du coup, le VO65 sera poussé plus fort encore ?
B.W. :
C’est sûr ! Les marins ne sont pas dans la boucle du design, ce ne sera pas leur bateau. Ils vont le pousser très fort, ils ne vont pas nous le cocooner. Quand tu crées ton bateau, tu changes la manière dont tu navigueras par tes choix techniques. Là, tu prends ta machine et tu fais avec.

Le bouchain du VO65Le VO65 et son bouchain vus depuis l’arrière tribord : ici encore, la puissance est au rendez-vous. Et l’équipage ne sera pas trop nombreux, sur le pont, pour la maîtriser !Photo @ Agathe Armand
Travail d’équipeBen Wright (à droite) au travail sur le pied de mât avec les deux gréeurs et le chef de projet Connell Daino. Photo @ Agathe Armand ...........
(*)
La comparaison des paramètres du VO65 et du VO70 est à télécharger ici

(**) Selon l’Avis de course de la Volvo Ocean Race 2014-15 :
- les équipages masculins pourront être composés de huit équipiers, plus un reporter (hors navigation),
- les équipages mixtes (cinq équipiers masculins maximum) pourront être composés de neuf équipiers, plus un reporter
- les équipages féminins pourront être composés de 11 équipières, plus un reporter.
Chaque équipage devra de nouveau compter deux équipiers de moins de 30 ans pour toute la durée de la course.

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