Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race

Le futur monotype Farr à la loupe

  • Publié le : 09/08/2012 - 00:01

Un petit VO70Si la filiation avec les VO70 actuels est évidente, les nouveaux monotypes seront délibérément plus légers, avec un recours plus importants aux ballasts pour compenser le déficit de longueur et de puissance aux allures proches du vent.Photo @ D.R. Farr Yacht Design / Volvo Ocean Race

Nous l’avions révélé en exclusivité sur notre site (ici) : c’en est fini de l’ère Open dans la Volvo Ocean Race. Les deux prochaines éditions se courront sur un monotype, signé Farr Yacht design, un choix qui n’est pas sans poser questions (voir notamment l’article dans le Voiles et Voiliers n°498, disponible à compter du 13 juillet). Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain et penchons nous plutôt sur les mensurations déjà connues du petit dernier…

 

Une brochette d’intervenants prestigieux, quelques chiffres essentiels, des vues 3D bien emballées. Et voilà pour la présentation du nouveau VO65, à la fois solennelle et assez sommaire – il faut le dire. Question de dosage. En donner assez pour montrer où l’on va. Ne pas en dire trop pour éviter les questions qui fâchent. Du genre : pourquoi ne pas avoir profité de ce changement pour courir autour du monde en multi ? Pourquoi ne pas avoir lancé une consultation de différents architectes ?  Pourquoi retenir Farr Yacht Design qui fait bon dernier des nouveaux bateaux sur cette édition ? Quel sera le degré de monotypie ? Quelle garantie d’économie ?… Knut Frostad, patron de la Volvo, s’est prêté au jeu des questions, mais n’a pas vraiment laissé de place au débat. L’affaire est entendue – depuis bien longtemps d’ailleurs.

Sinon, comment tenir l’impressionnant calendrier présenté ? En août, les moules de coque sont lancés. Au premier septembre, les spécifications et le prix final des bateaux sont annoncés, puis les règles de classe en novembre et le parcours de l’édition 2014 en décembre. En juin 2013, le premier Volvo 65 navigue, à la suite de quoi l’organisateur prévoit les livraisons à raison d’une toutes les 7 semaines.

Pourquoi tous ces chambardements ? Parce que l’objectif numéro 1 de la Volvo est d’afficher un plateau de huit bateaux minimum, au départ de la prochaine édition en 2014 et que pour réussir ce qui reste un pari – il y avait seulement cinq nouveaux bateaux cette année –, l’organisation voit dans la monotypie une nouvelle martingale. Les arguments qui peuvent se révéler valables sont les suivants. Un, la baisse du ticket d’entrée. Deux, la garantie de l’investissement avec un bateau solide capable de courir deux éditions. Trois, le renforcement de l’intérêt sportif grâce à des règles de classe strictes. Quatre, l’attraction renouvelée des plus grands teams, grâce à un bateau à la fois excitant et rapide, «an ocean racing machine» dans le texte original. Alors de quoi s’agit-il ?

Groupama 4, pour mémoirePour mémoire, voici quelques vues de Groupama 4, vainqueur de cette édition dessiné par Juan Koujoumdjian auquel l'organisateur de la Volvo n'a pas fait appel pour son projet monotype.Photo @ D.R. Groupama

Plus court, mais surtout plus léger
Annoncé pour 65 pieds, le nouveau  monotype est en fait plus long de flottaison qu’au pont, à cause de son étrave inversée. C’est plutôt 67 pieds que l’on comptabilise à cette altitude. Le Farr 65 – 67 en fait, donc – ne rend finalement qu’un mètre de flottaison aux VO70 actuels, tout en conservant une enveloppe nettement plus petite. Cette proximité rend la comparaison des déplacements intéressants.

Plus de 3 tonnes séparent le nouveau monotype des anciens VO70. Le ratio longueur flottaison/déplacement montre que le curseur a clairement été déplacé – on obtient 1,89 (VO65) contre 1,53 (VO70) – même si on est loin des déplacements très légers type 60 pieds IMOCA (Lf/D = 2,3 environ).

À largeur presqu’égale (10 cm d’écart au pont), cette relative légèreté a notamment été obtenue par l’augmentation du tirant d’eau de 20 cm, ce qui a permis de réduire la part de lest, une valeur qui n’a pas été communiquée dans la présentation (mais on peut parier qu’on sera proche de 50% du déplacement).

La réduction de la longueur du mât est aussi très bénéfique. 1,20 m de moins sur le nouveau bateau, c’est une économie d’environ 25 kg sur le tube, qui se traduit directement dans le bulbe, à stabilité égale (au moins 100 kg gagnés).

À noter que le poids en charge devrait être encore plus avantageux, puisque le nombre d’équipiers est diminué d’un bonhomme (au moins 200 kg si l’on compte les effets personnels et la nourriture). Le VO65 sera mené par 9 équipiers – en incluant un media man. Les équipages entièrement féminins pourront être autorisés à courir à 10.

Le poids d’un bateau suit toujours une spirale ascendante ou descendante. Ici, plusieurs effets se cumulent : plateforme plus réduite donc plus légère, lest moins important, charge embarquée plus faible, gréement plus court, efforts réduits, donc échantillonnages plus faibles (ou coeff de sécurité plus forts). Le tout pour un prix de 4,5 millions d'euros.

 

Moins puissant, plus facile
Formes du VO65Plus petit, mais avec un petit bonus à pas cher de flottaison (étrave inversée). Plus facile avec des voiles d'avant enroulées. Plus léger, avec notamment une masse de lest plus faible autorisée par l"allongement du tirant d'eau.Photo @ D.R. Farr Yacht Design / Volvo Ocean RaceCe qui dicte au final le comportement d’un bateau reste son moment de redressement maximum (calculé en multipliant son couple de redressement maximum et son poids). Annoncé à 33 tonnes x mètre pour le nouveau bateau, il était de 38 sur les VO 70. Autrement dit, le nouveau monotype sera environ 15% moins puissant que ses prédécesseurs. Un bateau moins cassant pour les bonhommes, mais aussi moins performant peut-être, à certaines allures.

À noter d’ailleurs que le nouveau monotype fait un usage plus important des ballasts liquides : un volume de 1 000 litres axial est prévu dans la zone milieu-avant pour augmenter les performances aux allures contre le vent dans la mer. Pour le reaching, le ballast arrière – qui existait déjà sur les VO70 – a été dédoublé pour participer un peu à la stabilité latérale.

À noter également que pour une position de mât équivalente aux VO70 (un peu plus de 50% de la Lf), le bout dehors a été rallongé de 30 cm, ce qui compense à peu près l’inversion de l’étrave. Mais associé à un mât plus court de 1,20 mètre, cela devrait conduire à des pentes de voiles de portant plus marquées. De quoi rendre ce monotype déjà plus léger, plus aérien – l’enfournement étant la seule véritable limite des VO70.

 

Plus humain et plus sûr ?
«Life at the extrem.» Il semble que les équipages en ont un peu soupé du slogan de la Volvo ! Peu trouveront à redire devant l’adoption d’un rouf avec casquette et hiloire protectrices, doté d’un piano central style IMOCA ou Groupama 4, avec deux descentes distinctes de part et d’autre du tunnel, sans bridge-deck à enjamber pour descendre à l’intérieur. Ce choix s’explique aussi par la volonté de garantir au media man une position mieux abritée pour filmer. Dans le même ordre d’idée, l’adoption de voiles d’avant sur stockeurs et emmagasineurs devrait limiter certains déplacements sur la plage avant – au combien dangereuse sur ces bateaux – et le franc bord a été relevé d’une douzaine de centimètres.

Enfin, on notera dans le cockpit la position très reculée d’un des moulins à café, situé entre les barres à roue, l’existence d’un radeau de survie encastré dans le tableau et d’une trappe de survie à côté, ainsi que le mât posé sur le pont et non plus sur le fond de coque.

Plus humainUn cockpit plus protégé, quelques centimètres de franc bord en plus, une trappe de survie et un radeau éjectable, le VO65 ne sera certes pas un pullman, mais peut-être un peu moins inhumain que les VO70.Photo @ D.R. Farr Yacht Design / Volvo Ocean Race

Quand Volvo se prend pour Airbus
La réalisation du nouveau monotype a été confiée à un consortium de chantiers. Si on ne sait rien du côté des appendices, du gréement et des voiles, il a été annoncé que les moules et les coques seront réalisés chez Persico en Italie (constructeur d’Abu Dhabi), les cloisons chez Décision en Suisse, les ponts chez Multiplast à Vannes. L’assemblage sera confié à Green Marine en Angleterre d’où seront livrés les bateaux.

Si l’argument avancé par Volvo que la spécialisation de chaque chantier doit permettre d’aboutir à une monotypie parfaite des pièces ne tient pas, il est bien évident que ce consortium est la garantie de pouvoir livrer huit bateaux dans les temps, un des engagements de l’organisateur. Les choix constructifs ne sont pas communiqués pour autant. Drapé en carbone, le sandwich fera-t-il appel entièrement au Nomex ? Ou des matériaux moins cassants seront-ils adoptés pour certaines zones critiques ? Savoir quel degré de préparation et de réparation sera autorisé dans la jauge reste aujourd’hui aussi une inconnue, pourtant déterminante pour estimer le coût réel d’une future campagne.

 

  65 pieds monotype VO70 Groupama
Longueur de pont 19,80 m 21,50 m
Longueur de coque 20,40 m 21,50 m
Largeur 5,60 m 5,70 m
Tirant d'eau 4,70 m 4,50 m
Hauteur de mât 30,30 m 31,50 m
Bout-dehors 2,15 m 1,82 m
Déplacement à vide 10 750 kg 14 000 kg
Lest NC 7 400 kg
Voilure au près NC 375 m2
Surface de voile au portant 550 m2 550 m2
Quille Basculante à 40° basculante à 40°
Safrans 2 2
Nombre de voiles à bord 7 (incluant un TMT) 8
Ballasts 1 000 l + deux de 800 l Un arrière de 1 600 l
Equipage 9 (8+1) ou 10 pour les équipages féminins 11 (10+1)