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Volvo Ocean Race - Groupama / Interview exclusive (8)

Thomas Coville, chef de quart de Groupama 4 !

A peine revenu de son tour du monde en solitaire, sans battre le record de Francis Joyon, Thomas Coville réembarque aux côtés de Franck Cammas, en tant que chef de quart de Groupama 4 pour la prochaine Volvo Ocean Race. Après deux Trophée Jules Verne (1997-2010), deux tentatives (2009-2011) de record en solitaire sur les traces de Joyon, un Vendée Globe (2001) et l'Oryx Quest (2004), l'infatigable Thomas repart pour une septième giration planétaire. Qu'est-ce qui fait courir Coville ? Eléments de réponse dans cette interview exclusive accordée à voilesetvoiliers.com...

  • Publié le : 21/04/2011 - 11:18

L'ex-Ericsson 4, vainqueur de la dernière édition, devenu Groupama 70 Thomas Coville ne s'est pas entraîné sur Groupama 70, mais il connaît déjà les VO70 pour avoir navigué sur Puma et Ericsson. Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)

La cruauté du chrono Pas récompensé de ses efforts, Thomas Coville retrouve le sourire devant l'accueil chaleureux à la Trinité-sur-Mer au retour de son tour du monde en solitaire. Photo © Thierry Martinez (Sea&Co) voilesetvoiliers.com : Quinze jours à peine après ton arrivée de ton tour du monde en solitaire, te voilà de retour dans l'équipage de Groupama. Quelle surprise !
Thomas Coville : Oui et non. En arrivant du Trophée Jules Verne avec Groupama 3, Franck (Cammas, ndlr) m'avait proposé d'éventuellement participer à l'aventure Volvo Ocean Race. Ce n'était pas possible puisque j'avais déjà projeté mon tour du monde en solitaire pendant l'hiver 2010-2011. En revanche, je lui avais proposé d'être équipier remplaçant s'ils en avaient besoin.

vetv.com : Tu avais donc refusé il y a un an, et te voilà quand même dans l'équipage. Explique nous. Qu'est-ce qui a changé ?
T.C. : C'est plus chez Groupama qu'il y a eu des changements. Le départ de Sébastien Josse a libéré une place. Et cela peut se reproduire pendant la Volvo. Des problèmes personnels de certains ne leur permettront peut-être plus de s'engager autant que prévu. D'une place de remplaçant éventuel pour certaines étapes, Franck m'a donc proposé une place de titulaire pendant toute la Volvo en tant que chef de quart. Pour l'avoir déjà fait sur Djuice avec Knut Frostad (Volvo Ocean Race 2001-2002, ndlr), je suis conscient de l'implication que cela demande. Je me suis donc demandé si j'étais capable de me réengager aussi rapidement sur un projet aussi ambitieux. Et puis, par rapport à Sodebo, je devais d'abord savoir si je pouvais m'investir aussi profondément pendant un an sur la Volvo.

vetv.com : Quand as-tu pris cette décision alors ?
T.C. :
A l'arrivée d'un tour du monde, tu te dis toujours que tu vas prendre quinze jours, trois semaines ou un mois pour réfléchir, et puis finalement tu t'aperçois que les gens te laissent 24 heures pour décider... Franck étant un garçon pressé, il m'a appelé trois jours avant mon arrivée. Il savait que mon état d'esprit me laissait largement le temps de gamberger (Thomas savait depuis une semaine que le record lui échapperait, ndlr). Je ne sais pas si c'est calculé, machiavélique, spontané ou très malin - je lui laisse le bénéfice du doute (Rires) - mais en m'appelant trois jours avant mon arrivée, cela me laissait finalement voir un nouvel avenir plutôt que de m'apitoyer sur mon sort et cette météo défavorable. Avant d'avoir passé la ligne, j'avais déjà envie de dire oui. C'est vrai que c'est très rapide comme décision. Mais depuis l'âge de 16 ans, je pense que c'est une des courses qui me fascine le plus. Il n'y a jamais eu de projet comme ça en France. Et puis, honnêtement, sans fierté mal placée, c'est une reconnaissance incroyable d'être demandé par un team comme Groupama, et par Franck Cammas en particulier, pour aller participer à une telle course. Est-ce que ça se refuse quand on est un athlète ? Pas sûr...

vetv.com : Qu'en est-il de ton trimaran et de ton sponsor actuel, Sodebo ?
T.C. : Je suis et je reste skipper de Sodebo, et je redeviendrai le barreur du trimaran Sodebo après la Volvo. C'est une parenthèse humaine et technique, une expérience supplémentaire absolument indispensable, à mon avis, pour continuer à progresser. Et qui s'inscrit parfaitement dans la continuité de ce que j'ai vécu en solo. C'est très complémentaire.

vetv.com : Cette décision nécessitait donc le feu vert de Sodebo ?
T.C. : Evidemment. Elle est construite avec Sodebo. C'est d'abord la rencontre de deux marins, Franck et moi. Mais aussi la rencontre de deux partenaires qui, je pense, ont la même vision du sport, du respect des gens avec qui ils travaillent, de leurs intérêts. Ils ont compris que l'expérience que je pouvais acquérir chez Groupama serait intéressante pour mon avenir chez Sodebo. Et même pour eux, cela leur permet de vivre de l'intérieur un événement comme la Volvo Ocean Race, qui n'est pas à la portée de Sodebo en termes d'investissement, mais qui peut le devenir en termes d'expériences ou de vie dans ce cadre-là. J'ai une chance incroyable d'avoir un partenaire qui me respecte, et respecte mon cursus sportif, avant d'avoir une vision primaire de son intérêt commercial. C'est une ouverture d'esprit à leur image.

Coville sur le trimaran Groupama 3 Thomas Coville (à droite derrière Lionel Lemonchois) faisait partie de l'équipage du trimaran Groupama 3, détenteur du nouveau record du Trophée Jules Verne en 48 jours. Photo © Team Groupama vetv.com : Quel souvenir conserves-tu de ta première expérience sur la Volvo Ocean Race à bord de Djuice lors de l'édition 2001-2002 ?
T.C. : Au départ, je suis arrivé juste pour l'étape Auckland-Rio comme chef de quart français dans un équipage uniquement anglo-saxon. (Hésitation) Ça avait été très viril au départ ! Pour le moins... On fait une très belle deuxième place à Rio, juste derrière Illbrück, qui dominait cette édition de bout en bout. C'était la meilleure place de notre bateau de toute l'épreuve. J'ai donc un très bon souvenir sportif, avec une belle bagarre. Et pour autant, une pression du groupe, et une intensité de régate que je n'avais jamais connues auparavant. D'être bord à bord, au coude à coude pendant toute la durée de l'étape, c'était d'une intensité qui nous avait broyés physiquement et psychologiquement. C'est pour ça que je mesure à quel point la Volvo Ocean Race est extrême. Parce que pour enchaîner toutes les étapes, c'est un vrai défi. Il faut y être vraiment préparé... Pour gagner deux milles sur l'adversaire, il faut s'arracher les yeux !

vetv.com : Ton expérience de la Volvo Ocean Race en 2001 était à bord d'un VO 60. As-tu eu l'occasion de naviguer en VO 70 depuis ?
T.C. : Oui, plusieurs fois. Et c'est vrai que ça n'a rien à voir. La technicité et la puissance sont encore passées à un cran supérieur. La technologie embarquée également. J'ai navigué sur Ericsson 3 et 4. J'avais postulé pour courir la Volvo avec Ericsson. Je ne pensais pas revenir naviguer sur des "traîne-plomb", mais les Anglo-Saxons n'ont toujours pas compris que c'est en multi que la vie se vivait. Je n'ai pas dit mon dernier mot. J'essaye de convaincre Knut Frostad (patron de la Volvo Ocean Race et ami de Thomas, ndlr) pour que la prochaine soit en multi. J'y travaille ! (Rires)

vetv.com : Si Franck ne t'avait pas appelé trois jours avant ton arrivée, avais-tu envisagé d'autres projets ?
T.C. : On m'avait proposé d'autres projets... J'ai eu des contacts pour faire du MOD 70 dans différentes équipes. Pour préparer un projet de Coupe de l'America avec des équipes qui se montent. Pour faire un Jules Verne. Et aussi la Transat Jacques Vabre.

Un 7e tour du monde à venir Thomas Coville, forcément déçu à son arrivée du tour du monde, va vite rebondir au sein du team Groupama. Photo © Jacques Vapillon (Sea&Co) vetv.com : L'embarras du choix !
T.C. : Oui, j'étais très surpris. Car sportivement, j'avais échoué dans ma tentative. Donc, je ne voyais ça que de façon très noire. En arrivant, je ne redoutais qu'une chose, la compassion et le jugement que les gens pouvaient avoir porté sur ce que j'avais fait. Donc, je rasais un peu les murs de mon intérieur. Et j'avais dit à Cathy (sa femme, ndlr) : <Pour moi, la voile, c'est terminé !> Comme quoi !

vetv.com : Alors, pourquoi avoir choisi de repartir avec Groupama ?
T.C. : Tout simplement parce que, humainement, ce que j'ai connu sur Groupama 3 était inoubliable. J'ai l'intuition et la prétention de croire qu'on peut recréer ça sur un an. Ce qui est encore plus ambitieux. Vu les éléments réunis par Franck autour de Groupama 4, je pense que c'est une expérience humaine et technique pas refusable.

vetv.com : Skipper Banque Populaire V est difficilement refusable aussi, non ?
T.C. : On ne m'a pas proposé de skipper Banque Populaire V. En tout cas, pas directement. Et je ne l'aurais pas fait. Pour être très honnête, ce qui aurait pu me faire hésiter, c'est de faire un Trophée Jules Verne avec Michel Desjoyeaux. Dans la balance, ça n'aurait pas été facile de choisir. Mais pour le coup, je n'ai pas eu à choisir puisque Michel ne me l'a pas proposé. Et je crois d'ailleurs que ce n'est pas finalisé leur histoire.

vetv.com : Est-ce que toutes ces propositions te font apprécier davantage ta dernière tentative ?
T.C. : C'est vrai que j'ai un regard différent sur ce que j'ai pu faire. Plus techniquement que sportivement. Je suis forcément déçu en tant que compétiteur. C'est vrai que la trace qu'on a faite, il n'y en avait pas d'autres à faire. Elle est folle, cette trace. Complètement folle. Je pense que la prochaine fois, je m'arrêterai avant de refaire une trace pareille.

vetv.com : Mais ça t'a aidé à digérer toutes ces propositions ?
T.C. : Tu vois, il y a des gens qui m'ont félicité à l'arrivée. Qui m'ont dit <Bravo>. La pire phrase qu'on me dit en ce moment, c'est <Bravo quand même !>. Franck, lui ne m'a pas félicité. Il ne m'a pas dit <Bravo> et encore moins <Bravo quand même !> Il m'a proposé une place de chef de quart sur son bateau. C'est dix fois plus valorisant. C'est une manière dix fois plus forte de dire <Bravo>. C'est sûr que la proposition de Franck m'aide à digérer le truc. Surtout venant de lui. Groupama est certainement aujourd'hui le team le plus ambitieux et le plus structuré en voile en France, et peut-être même dans le monde. Avec Oracle, Artemis et Team New Zealand.

Thomas Coville, à bord de Groupama 3 Thomas Coville, équipier de Groupama 3 sur le Trophée Jules Verne victorieux l'année dernière Photo © Team Groupama vetv.com : As-tu réussi à négocier quelques jours de vacances avec ton nouveau skipper ?
T.C. : Oui. Je pars une semaine. C'était non négociable avec ma femme. Je voulais partir 15 jours, mais ce ne sera finalement qu'une semaine car le quillage a lieu la deuxième semaine... (Rires) J'ai une chance incroyable, parce que même à la maison, c'est ma femme qui m'a dit <Fonce, une chance comme ça ne se présente pas deux fois. C'est ta meilleure thérapie pour te remettre de ton tour du monde.> Patricia Brossard, chez Sodebo, a eu la même philosophie. Elle a compris que j'en avais envie et besoin, et que de m'en empêcher aurait été de me couper les ailes. Ce sont des gens qui comprennent les autres en profondeur et qui savent raisonner à beaucoup plus long terme que les gens normaux.

vetv.com : De retour de vacances, quel sera ton rôle ?
T.C. : Je vais participer à toutes les étapes liées à la quille et l'hydraulique, puisque ce sera mon rôle à bord. Je vais donc participer au montage de la quille et de l'hydraulique, une fois à blanc, puis pour de vrai. Techniquement, je serai au coeur du sujet. La Volvo peut s'arrêter si on démâte ou si on perd la quille. Je ne sais pas qui est le responsable du mât, mais ils avaient laissé la quille et c'est moi qui en ai écopée ! (Rires.)

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