Troisième victoire de la saison. En remportant la 6e étape du circuit, le week-end dernier à Saint-Moritz (Suisse), l'équipage de Mathieu Richard conforte sa place de leader sur la Coupe du monde de match-race, l'antichambre de la Coupe. Plus que trois rendez-vous à assurer et c'est le sacre suprême. Et la meilleure carte pour entrer dans l'une des équipes de l'America...? A voir. Si la Coupe se court en multi, les choses pourraient se compliquer. Avis des champions.
Note :
Lors de la demi-finale en Suisse, l'équipe de Richard a sabordé Big Ben - LE Ben Ainslie. L'Anglais le plus titré des temps, au programme sportif boulimique, n'a pas couru toutes les épreuves de la saisons et a du mal à rester en course pour cette Coupe du monde. Tant mieux pour les Français.
Photo © Loris Von Siebenthal (MIMR)
Saint-Moritz, Suisse. Une flaque d'eau douce à 1 800 mètres d'altitude, encastrée à l'aplomb des sommets. Où le thermique peut se lever assez fort - ou pas - et de toute façon, les conditions sont tordues, les matches d'autant plus névrotiques. La 6e étape de la Coupe du monde de match-race (nommée "World Match-Racing Tour", WMRT, par les ANglo-Saxons) s'y est courue la semaine dernière ; les Français n'ont pas dévissé.
Les quarts de finales ont tourné courts, précipitant l'éviction des équipes de Damien Iehl et Bertrand Pacé. En demi, Mathieu Richard, Greg Evrard, Olivier Herledant et Yannick Simon ont étendu les gars de Ben - Ben Ainslie, Big Ben - 2 à 1. En finale, ils ont écrasé le tenant du titre Ian Williams, 2 à 1. Fantastique performance ! Une victoire pliée, la troisième de la saison grâce à laquelle ils confortent leur place de leaders au classement provisoire.
Plus que trois rendez-vous à honorer d'ici décembre - les gars sont déjà au Danemark pour la 7e épreuve - et le titre mondial de match-race, convoité par Richard depuis des années, pourrait enfin leur revenir.
A 34 ans, Mathieu Richard pourrait bien accéder au titre mondial de match-race. Ce skipper réservé au premier abord s'avère rapidement extrêmement lucide et perspicace. Ses équipiers le décrivent comme un barreur très talentueux.
Photo © Ian Roman (Subzero Images / MIMR)
Après ça, que rêver d'autre ? La Coupe du monde de match-race est bien l'antichambre de la Coupe de l'America depuis toujours, non ? Alors, pourquoi ne pas suivre la voie habituelle en intégrant l'un des syndicats ?
A moins que la perspective d'une Coupe qui se coure en multi ne change la donne... A Saint-Moritz, Mathieu Richard et ses équipiers ont accepté de se projeter dans cette nouvelle dimension.
v&v.com : Quel rapport existe-t-il entre la Coupe et le circuit WMRT ?
Yannick Simon : Ian Williams a gagné deux fois le tour et n'a jamais été convié sur la Coupe...
Mathieu Richard : Il existe pourtant un rapport historique entre les deux circuits : toutes les stars de la Coupe sont passées par le Mach-Racing Tour en leur temps, Spithill, Barker... Encore aujourd'hui, des équipes investies dans la Coupe se retrouvent sur le WMRT : Team Origin, Azzura, Aleph, plus l'équipe de Col encore l'an dernier... Et quand la Coupe se courait encore en monocoque, il y avait un réel transfert de compétences. Mais si les gens de la Coupe nous connaissent, nous regardent évoluer, ce n'est pas nécessairement qu'ils nous embauchent.
Sabasailing Team de Mathieu Richard Mathieu Richard, 34 ans : barreur et tacticien. Selon les supports choisis sur les épreuves, l'équipage est composé de quatre ou cinq personnes.
v&v.com : Vous avez déjà matché en multicoque, vous ?
Greg Evrard, 36 ans : tacticien et régleur GV.
Olivier Herlédant, 30 ans : régleur et embraqueur.
Yannick Simon, 35 ans : équipier d'avant.
Thierry Briend, 38 ans : régleur et embraqueur.
Mathieu Richard : J'ai déjà navigué en multicoque, mais matché non. Je ne pense pas qu'il y ait grand monde qui ait déjà matché en multicoque, hein.
Greg Evrard : Ah non, ils sont pas nombreux, non.
v&v.com : C'est imaginable de voir une épreuve du World Tour en multi ?
Greg Evrard : Ils en parlent.
Mathieu Richard : Ça veut dire qu'ils y pensent.
Greg Evrard : Le match-race, c'est l'adaptation. A chaque épreuve, on se rend sur un plan d'eau différent et court sur un support différent. Naviguer sur des IOD - qui sont des 5.5J de 1930 - aux Bermudes, ou ici à Saint-Moritz sur des Blu26, ça n'a rien à voir. Et si ce doit être du tri, ce sera du tri. Cela demandera certes de la réflexion pour s'y adapter, mais de même que pour passer du J80 à l'IOD.
Mathieu Richard : C'est sûr que le circuit du World Tour développe des compétences qui sont recherchées dans les équipes de l'America's Cup. Que ce soit pour le match-racing pur et la capacité d'adaptation comme dit Greg, mais aussi pour ce qui est de la pratique du haut niveau. A contrario, les bateaux du MIMR sont plus petits que ceux de la Coupe - naviguer à 5 ou à 15, ce n'est pas la même chose - et il n'y pas de recherche technologique.
Greg Evrard : Après, si je ne suis pas politiquement correct, je dirai que, bien que tous les gens qui sont derrière la Coupe sont très compétents en voile, la Coupe a connu un développement énorme à partir de 92, avec des moyens financiers qui n'ont fait qu'augmenter jusqu'en 2007 ; ce sont quasiment les mêmes personnes qui sont restées dans le circuit et cela rapporte tellement qu'ils ont intérêt à garder leur circuit le plus fermé possible.
Mathieu Richard : Ils ne veulent pas ouvrir, d'où la difficulté pour des gens comme nous d'intégrer des équipes.
Greg Evrard : Il n'y a guère que lorsqu'un nouveau milliardaire fonde une équipe qu'ils font appel à de nouvelles têtes.
Mathieu Richard : Ils font appel à des gens qui ont notre profil : Bjorn Hansen, Jesper Radich, Karol Jablonski pour ne citer que les skippers. Ces gens sont arrivés à décrocher de bons postes en venant simplement avec leur CV... Mais il s'agit aussi d'une époque où il y avait plus de moyens, plus de syndicats.
Troisième victoire de la saison, sur six épreuves courues, pour l'équipe Sabasailing ! De gauche à droite : Mathieu Richard, Greg Ervard, Olivier Herledant et Yannick Simon.
Photo © Ian Roman (Subzero Images / MIMR)
v&v.com : Vous pensez que faire la Coupe en multi est un moyen de verrouiller davantage les choses ?
Mathieu Richard : Non, je pense au contraire que ceux dont parlait Greg, qui vivent de la Coupe depuis des années, ont plutôt peur que cela passe en multi car cela remettrait leurs compétences en question.
Greg Evrard : Cela ne concerne pas que les Anglo-Saxons, mais aussi les Italiens, les Espagnols...
v&v.com : Il y a des gens qui continuent de trouver antinomique de faire du match-race en multi... Vous en pensez quoi, vous ?
Mathieu Richard : C'est vrai que cela laisse dubitatif.
Greg Evrard : Franchement, cela ne me pose aucun souci.
Mathieu Richard : C'est sûr que cela n'est pas le même jeu.
Greg Evrard : Avec la version 5 par exemple, les bateaux se sont vachement rapprochés et en 2007, on a enfin, en quelque sorte, retrouvé du match-race... Mais quand on prend les écarts moyens entre les bateaux, sur les matches de la Coupe entre 92 et 2003, des écarts qui se comptent en minutes, on n'était déjà plus sur du match-race ! La Coupe n'a été pendant longtemps que défi technologique !
Mathieu Richard : Pour nous, spécialistes du match-race, cela a été super qu'en 2007 les bateaux se rapprochent.
v&v.com : Le match-race, c'est donc pour vous une question de monotypie stricte...
Mathieu Richard : Oui, bien sûr !
Greg Evrard : Le match-race classique, oui, c'est la monotypie.
Mathieu Richard : Et en même temps, je n'arrive pas à me dire que le multi c'est nul. Car c'est une évolution vers le 21e siècle qui me parait logique.
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Extrait du palmarès de l'équipage |
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1er du classement mondial durant 14 mois, de 2007 à 2009. Actuellement 4e. |
v&v.com : Finalement, vous qui êtes en tête du World Tour aujourd'hui, quelles compétences pourriez-vous apporter dans un projet de Coupe ?
Mathieu Richard : Notre capacité à atteindre l'excellence, même si aujourd'hui c'est une excellence que nous avons atteinte sur de petits bateaux, car je suis certain que c'est une qualité transférable, quel que soit le support.
Greg Evrard : Le match-race, ça reste <aller vite au bon endroit et en manoeuvrant bien> - c'est ce qu'on sait faire sur une multiplicité de supports, en s'adaptant très rapidement.
Mathieu Richard : Je suis d'accord qu'on ne va pas arriver avec des compétences toutes faites et que l'on va devoir réapprendre par mal de choses.
Greg Evrard : Mais il n'y a pas que nos compétences ; il y a aussi pas mal de réflexions et d'analyses que nous avons poussées assez loin.
v&v.com : Le fait d'être une équipe très rodée rend-t-elle la tâche plus difficile ?
Greg Evrard : C'est un avantage sur le bateau. Mais pour intégrer une équipe, cela peut être plus compliqué. Je reste persuadé que si Mat' avait joué sa carte perso, il aurait intégré un défi beaucoup plus tôt. Oliv' a fait la Coupe en 2007 avec les Chinois... Mais par choix, nous avons toujours privilégié le projet collectif.
Mathieu Richard : Oui, notre idée est de vendre notre équipe.
v&v.com : Quels syndicats avez-vous contactés ?
Mathieu Richard : Pour la prochaine Coupe ? Tous.
v&v.com : Quel genre de réponses avez-vous reçues ?
Mathieu Richard : De très anglo-saxonnes... <On vous connaît, on vous regarde, c'est super ce que vous faites. Mais on ne sait pas ce que sera la prochaine Coupe, alors on reste en contact.> Ou carrément, <On vous rappelle en septembre.> Tout le monde a répondu... On est clairement respectés, mais...
Greg Evrard : Recruter une équipe complète, cela n'est pas forcément évident. D'abord c'est courir le risque de se retrouver avec une équipe dans l'équipe. Ensuite, dans une moindre mesure, c'est prendre potentiellement le risque de se remettre en question. Et les gens conservateurs n'en ont pas forcément l'envie.
L'une des forces de l'équipe de Mathieu Richard, c'est sa cohésion quasi fusionnelle : les équipiers naviguent ensemble depuis 1998.
Photo © Ian Roman (Subzero Images / MIMR)
v&v.com : Vous vous vendez comme navigants ou éventuellement comme consultants ?
Greg Evrard : Comme navigants ! Moi franchement, entre être consultant sur la Coupe avec un bon salaire ou aller naviguer en Guépard dans le Golfe, je n'ai pas d'hésitations : je vais faire du Guépard. C'est naviguer qui m'intéresse.
Mathieu Richard : Notre meilleure chance d'être intégré en tant que groupe, c'est dans un défi français... Mais à l'heure actuelle, aucun n'est vraiment sécurisé. Sur des projets anglo-saxons, ça parait quand même utopique d'être pris tous les cinq !
Greg Evrard : Ou alors sur un bateau d'entrainement.
Mathieu Richard : Bref, l'avenir America's Cup n'est pas clair et ne l'est probablement pour personne. Ce qui est clair en revanche, c'est que l'on est en tête du World Tour et que l'on va tout faire pour prendre le titre !
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Notes : L'annonce du protocole de la 34e Coupe devrait être fait lundi prochain.
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Et aussi
Le scoop de Loïc Le Bras sur la prochaine Coupe de l'America <Scoop : la Coupe en 2014 sur des catas de 72 pieds avec des ailes !> et son récent billet de blog <San Francisco se prépare>.
Visionnez la vidéo de la victoire des Français sur l'étape suisse, <Mathieu Richard roi du match-race à Saint-Moritz.>
Relisez <Mathieu Richard, en tête... jusqu'au bout ?>, l'article de Loïc Le Bras écrit à l'occasion de la deuxième victoire de l'équipage de Mathieu Richard, cette année.
Le classement provisoire de World Match-Racing Tour, ici.
Le site de Mathieu Richard et son équipe ici.
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06/09/2010 - 20:34
Mathieu Richard roi du match-race à Saint-Moritz
Mathieu Richard a battu le Britannique Ian Williams en finale de l’étape de Saint-Moritz du World Match-Racing Tour 2010 par 2 manches à 1. Grâce à cette victoire sur la 6e étape d’un circuit qui en comporte 9, le Français accroît son avance en 1ère position du classement mondial avec 30 points d’avance sur Ian Williams et 33 sur Adam Minoprio. Un grand bravo en vidéo à Mathieu et son équipage !
27/08/2010 - 06:50
Scoop : la Coupe en 2014 sur des catas de 72 pieds avec des ailes !
BMW-Oracle Racing l'annoncera officiellement mardi prochain, mais voilesetvoiliers.com est en mesure de vous l'affirmer dès aujourd'hui : le defender de la prochaine Coupe de l'America a tranché entre monocoque et multicoque ! La 34e édition se disputera sur des catamarans de 72 pieds (22 mètres) dotés d'ailes rigides, très certainement en 2014 à San Francisco.