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A BORD DE TRIMAKI, TRIMARAN DE POCHE (5)

« Le plus bel endroit du monde… »

Depuis trois ans, voilesetvoiliers.com publie les aventures annuelles de Trimaki, rejoint par Seabiby, autour de Madagascar, deux petits trimarans menés par Vincent Léger et Stéphane Thomas, Français installés sur la grande île. En complément de l’article publié dans le n°540 de Voiles et Voiliers (daté de février 2016 désormais en kiosque) où le premier synthétise ses expériences malgaches, voici la première partie du compte-rendu de leur dernière expédition, réalisée en octobre 2015. A la découverte des splendeurs de la côte Nord-Ouest…
  • Publié le : 20/01/2016 - 00:01

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Le raid mené en octobre 2015 avait pour cadre la côte Nord-Ouest de Madagascar.Photo @ D.R.Voilà quelques années que Stéphane et moi-même partons mi octobre, pour quinze jours de raid nautique sur deux petits trimarans transportables. Nous poursuivons avec enthousiasme notre exploration systématique des plus belles côtes malgaches. Après plusieurs navigations sur la côte Est de la grande île, aussi belle qu’austère, nous traversons le pays de part en part, pour rejoindre le littoral Nord-Ouest.

Bordant le canal du Mozambique et protégée de l’alizé de Sud-est (le Varatraza) par les hautes terres malgaches, les conditions y sont bien plus clémentes qu’à l’Est de Madagascar. La côte très découpée, jalonnée de profondes baies, d’archipels et de fleuves, offre de nombreux abris. Un régime de brises thermiques et une mer belle s’établissent à cette période de l’année.

Les conditions, idéales pour nos multicoques d’à peine 6 mètres, nous encouragent à parcourir la plus grande distance possible en sens unique. Nous rallierons Mahajanga, la capitale économique de la cote Ouest, à Nosy Be, l’île touristique au large de la grande terre. Soit environ 300 milles, que nous ferons dans le sens Sud-Nord en dix jours de navigation.

Un an de préparation dans les montagnes

Nous naviguerons à quatre. Stéphane et Ialy sur Seabiby, un Astus 20.2 ; Tony et Vincent sur Trimaki, prototype de 5,50 m en verre époxy.

Pendant l’année écoulée, les deux trimarans ont fait l’objet de nombreux travaux. L’Astus 20.2 a été largement renforcé, du fond des coques aux bordés. Les conditions de mer difficiles de la côte Est et le contact abrasif du corail en bord de plage avaient fait souffrir le bateau.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »C"est au prix de deux jours de route aller (et autant au retour), trimarans en remorque, que les équipages rallient le point de départ du raid 2015.Photo @ Vincent Léger

Par contre, c’est un tout nouveau Trimaki qui touchera l’eau à Mahajanga ! J’ai transformé mon trimaran de balade, en engin de raid capable de faire le tour de Madagascar. Les nouveaux flotteurs à 170 % sont deux fois plus volumineux que les précédents. J’ai ainsi pu augmenter la surface de voile de 40 %, tout en gardant le vieux profil de mât de Dart qui résiste bien.

La coque centrale est maintenant dotée d’une profonde dérive pivotante, à la place des ailerons fixes de flotteurs, mais j’ai conservé la longue quille martyre qui permet de jouer à saute mouton sur le corail !

Ça commence mal !

Comme toutes nos navigations, celle-ci débute sur les routes malgaches depuis Antananarivo, la capitale située sur les hautes terres. L’unique voie étroite et montagneuse, truffée de pièges et de trous, est digne du XIXe siècle. Quatre jours à raison de 10 heures de conduite quotidiennes sont nécessaires pour effectuer quelques 2 500 km avec les bateaux en remorque. Le transfert des voitures de Mahajanga à l’embarcadère de Nosy Be est confié à un chauffeur pendant la navigation.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Mâtage de Trimaki sur la plage de Mahajanga.Photo @ Vincent Léger

Nous appareillons tout juste de Mahajanga, au bon plein sur mer plate. Un léger flou dans la barre, puis elle me glisse des doigts. Je rattrape l’ensemble du safran par le stick avant qu’il ne coule. Je m’interroge, sidéré : comment l’aiguillot de safran, un rond en inox A4 de 10 mm de diamètre peut-il casser de la sorte par beau temps ? La réparation du safran n’est pas possible simplement. Il faut l’outillage adapté pour l’extraire de son sertissage d’aluminium, le restant d’axe visiblement oxydé en profondeur.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »L"aiguillot de safran, un rond en inox A4 de 10 mm de diamètre s"est soudainement cassé par beau temps.Photo @ Vincent LégerPlutôt que de retourner à notre point de départ, nous bifurquons sous gennaker aidé du moteur vers une entrée de rivière toute proche, où se trouve le dernier hôtel de la côte. Coup de chance, le site dispose d’un atelier pourvu d’une perceuse à colonne. Il faudra plusieurs heures d’efforts pour percer l’axe inox, puis le chasser à grands coups de masse, sans détruire le massif en alu. La tête de safran, bien qu’endommagée, peut recevoir une tige filetée en acier qui fera l’affaire. L’ensemble présente un jeu conséquent et désagréable, mais il est fonctionnel.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Charme des rencontres au mouillage.Photo @ Vincent Léger

 

Le plus bel endroit du monde !

Le bilan du premier jour de navigation est mince : 12 milles parcourus vers le Nord ! Nous appareillons donc avant le lever du soleil avec l’intension d’aller aussi loin que possible. La chance nous sourit. C’est sous gennaker à 10 nœuds, poussés par un thermique vigoureux, que nous traversons le Mahajamba en milieu d’après midi.

La mer désordonnée de ce grand estuaire qui charrie les eaux de trois fleuves, rend la vie humide à bord. J’ai un peu d’appréhension pour mon petit trimaran,  nettement plus puissant qu’auparavant. Sa structure bois époxy très rigide rend les chocs impressionnants à cette vitesse, d’autant que nous sommes trop chargés en début de raid.

Comme les années précédentes, nous partons en autonomie complète pour 10 jours. Eau, nourriture, essence et équipements pèsent lourds. Le bateau est enfoncé dans ces lignes, mais rien ne bouge. Les neufs plis de bois moulé des bras de liaison ne montrent aucune flexion.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Trimaki, bien que surchargé en début de raid, navigue vite et sans broncher.Photo @ Vincent Léger

Après 60 milles parcourus au GPS depuis ce matin, nous abordons des eaux calmes et claires de la région d’Anjajavy. Cette côte, d’accès difficile par la terre et très peu fréquentée, est l’une des plus belle de la grande île. Elle est constituée d’une multitude de petites criques de sable blond, enserrées dans des falaises blanches. Nous y sommes, mais encore faut-il que nous trouvions notre abri avant la nuit : une improbable entrée de rivière, repérée en zoomant à fond sur Google Earth. Ne cherchez pas ce kinga (ruisseau en malgache…) sur une cartographie. Comme de nombreux petits cours d’eau, il est sans doute saisonnier et un coup de vent peut le fermer en quelques heures.

La côte recèle de nombreux abris accessibles aux quillards, mais notre philosophie n’a pas changé : aller là où les autres ne vont pas !

 Nous cherchons le kinga en longeant les falaises rocheuses rougies par le soleil déclinant. Une plage de quelques mètres d’élévation se dresse devant nous, mais pas d’embouchure. Je baisse les yeux sur les captures d’écran Google Earth qui nous servent de cartes … relève la tête, il est là !

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Seabiiby est un Astus 20,2 adapté à ce genre de navigation.Photo @ Vincent LégerUne passe de quelques mètres de large seulement, où le clapot casse sur un fond visiblement rocheux. Nous affalons et nous y engouffrons à pleine vitesse au moteur, de sorte de pouvoir surfer les vagues.

Le bateau s’immobilise au milieu de la passe, stoppé net sur un caillou. Nous sautons à l’eau pour alléger le trimaran, et le guidons entre les roches. Une vasque sablonneuse d’un calme absolu s’étend devant nous.

Magnifique, incroyable de beauté sous le soleil à contre jour étendant les ombres portées des roches tabulaires.

Nous rions. Il ne faut pas réfléchir trop longtemps avant de s’engager dans ce genre de coin, sinon on reste dehors !

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Une improbable entrée de rivière (kinga en malgache) sert de mouillage.Photo @ Vincent Léger

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Les barracudas pêchés en journée feront souvent l"ordinaire des bivouacs du soir.Photo @ Vincent LégerNous envisageons de camper sur la plage et de faire griller le Barracuda pêché cet après midi, lorsqu’un français descend de la falaise à notre rencontre. « Ah non, les voileux ! Vous dormez à la maison et mangez à ma table le barracudas, cuisiné en sauce».

Une soirée mémorable ! Jacky, un zanatany (français né à Madagascar) aventurier, a posé son sac dans ce coin de paradis après plusieurs tours du monde en voilier.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Sublime paysage de la côte Nord-Ouest impossible d"accès avec de plus grands bateaux.Photo @ Vincent Léger

 

 

La baie de Moramba, Ha Long malgache

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Spectaculaire île champignon de la baie de Moramba, surnommée aussi la baie d"Ho Long de Madagascar.Photo @ Vincent LégerA moins de marcher des jours à travers la brousse où de faire comme nous, le prix du ticket d’entrée dans ce sanctuaire préservé est cher. Deux complexes hôteliers de luxe sont discrètement intégrés au sud de la baie. Réservations et transfert en avion privé sont la règle, pour une clientèle d’étrangers fortunés en quête de tranquillité. En passant devant ces hôtels, nous pensons au monde qui sépare ces deux modes de tourisme !

La baie de Moramba est parfois surnommée la « baie de Ha Long de Madagascar ». A l’image de la célèbre baie asiatique, elle est parsemée d’îlots rocheux, sorte de champignons de roche calcaire grise dont la base a été érodée au fil du temps, et qui semblent tenir en équilibre fragile. Inaccessibles et couverts de végétation, ils sont un sanctuaire pour de nombreuses espèces végétales et animales endémiques.

Les trous de certains îlots sont remplis d’ossements humains, car ils ont servi de cimetières ! Nous installons notre campement sur la seule plage accessible, enserrée au cœur d’un gros îlet.

À bord de Trimaki : « Le plus bel endroit du monde… »Seabiby avant le départ de Moramba.Photo @ Vincent Léger

Alors que chacun vaque à ses occupations : préparation du feu à l’aide de l’abondant bois flotté, rangement des bateaux, je vois que Ialy peine à gonfler sa tente, équipée d’arceaux de type aile de kite surf. Obnubilé par la maitrise du poids embarqué, Stéphane a remplacé l’efficace pompe de kite par un truc bon marché, tout juste bon à gonfler des matelas de plage. Du coup, la toile pendouille mollement et la prometteuse tente trois places n’est qu’un abri à la hauteur dérisoire !

Nous discutons de l’opportunité d’ouvrir la dernière bouteille de vin (sur les deux embarquées !), lorsqu’un couple aborde la plage en semi rigide. Ces navigateurs américains, qui nous ont vus arriver, se montrent très impressionnés par notre mode de navigation minimaliste. Nous les invitons à partager notre bouteille, ce qu’ils déclinent poliment. Ils nous promettent néanmoins de revenir pour nous voir appareiller le lendemain matin.

Ils reviennent bien… mais pas les mains vides. Avec une bouteille de cotes du Rhône millésimé !

You’ve made my day dear Americans !
A suivre…

A ne pas manquer : l'article consacré aux cinq ans de navigation en raid autour de Madagascar, à paraître dans Voiles et Voiliers n°540, en kiosque vendredi.

(Suite et fin du raid 2015 de Trimaki et Seabiby mercredi 27 janvier).

Retrouvez ci-dessous les anciens raids de Trimaki.

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