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A bord de Trimaki, trimaran de poche de 6 mètres (4)

De l’île au sable à Mahambo

  • Publié le : 01/03/2015 - 00:01

Pour ce nouveau raid en direction de la côte Nord-Est de Madagascar, Trimaki et Seabiby naviguent de conserve autour de l’île Sainte-Marie : les deux équipages se sont affûtés au fil des milles et des conditions météorologiques plus musclées que prévues. Et si le programme doit changer à cause des vents contraires, la pêche est plutôt fructueuse dans ces eaux pures et vierges…

 

Trimaki4Campement à l"île de sablePhoto @ Vincent Léger


L’île de sable située au Nord-Est nous attire. Elle est couverte d’une maigre végétation rampante et de quelques petits filaos. Elle se révèle bien plus intéressante que sa petite taille ne le laissait penser. Posée au bout d’un gigantesque banc de sable en bordure d’un chenal, la  forme de l’île et la diversité des fonds marins qui l’entourent sont étonnantes. Nous mangeons et tardons dans l’après midi sur l’îlot, à tel point que nous décidons d’y passer la nuit.

 

C’est sans doute le point d’orgue de ce voyage : robinsonnade, snorkeling, pêche aux oursins, établissement du camp, préparation de la carangue et d’un grand feu de bois flotté sur la plage en vue de la faire cuire. Stéphane recueille sur la plage une jeune sterne, trop affaiblie pour se nourrir. Elle a le droit elle aussi à sa part de carangue, administrée crue en bouillie à l’aide d’une seringue !

 

Trouver la sortie !

 

La lumière du lendemain matin caressant le banc de sable découvrant, est exceptionnelle. Nous n’avons pas franchement envie de partir, mais la perspective d’une très belle journée pour découvrir les trois îles de la réserve marine de Nosy Antafana, nous fait lever l’ancre (nosy signifie île en malgache). Nous laissons notre sterne sur son île, en espérant que le poisson ingéré lui aura redonné des forces.

 

Trimaki4Sortie délicate...Photo @ Vincent Léger

 

Rentrer dans le lagon d’Antanambé, est une chose. En ressortir à l’autre bout en est une autre ! Ce n’est juste pas possible à marée basse, si on cale plus de 30 cm. Nous zigzaguons suivant la couleur de l’eau, en espérant trouver plus de fond devant nous, mais à mesure que nous progressons vers le Nord, les fonds remontent. Toujours à la voile, nos petits trimarans jouent à « saute-corail », avec parfois un peu d’aide du pied pour se dégager.

 

Une écrasante pétole nous attend à la sortie sur une mer clapoteuse. Moteur une fois de plus. Nous faisons le tour de Nosy Antafana et mouillons les bateaux devant une plage pour déjeuner. Trois îles et quelques gros rochers basaltiques ceinturent un magnifique petit lagon, aux eaux extrêmement limpides. La pêche est strictement interdite à l’intérieur du lagon et réglementée à l’extérieur. Seuls les pêcheurs des trois villages les plus proches, situés sur la grande terre, ont le droit d’y pêcher à tour de rôle, un jour par semaine.

 

Les gardiens de la réserve ont des moyens de surveillance et d’action très limités, mais la règle semble bien respectée par tous. Nous observons de très nombreux poissons en nageant le long du récif extérieur. Le parc national du Masoala n’est distant que de 30 milles vers le Nord, mais c’est la direction du vent prévue pendant plusieurs jours encore, avant qu’il ne vire au secteur Sud, avec l’arrivée de pluie.

 

Trimaki4Les eaux turquoises d"AntafanaPhoto @ Vincent Léger

 

Changement de cap

 

La perspective de devoir parcourir 150 milles au près sous la flotte, met les deux équipages d’accord. Nous ferons route au Sud dès cet après midi. Nous relâchons dans un hôtel désert à Antanambe où Ève, la patronne, nous prépare le thazard que nous lui amenons. Elle nous apprend que l’île de sable n’a que cinq ans d’existence, formée lors d’un cyclone. Elle y a planté des palmiers pour stabiliser le sol, mais les habitants du village les ont arrachés.

 

A Madagascar, un terrain vierge appartient de fait à celui qui l’a mis en valeur en y plantant des cocos. De peur que des wasas (étrangers, en malgache) s’approprient une terre, ils les ont déplantés. C’est peine perdue, car ce cordon de sable récemment végétalisé, sera probablement balayé aussi promptement qu’il a été créé…

 

Nous imaginons une descente vers Sainte-Marie sous gennaker samedi, mais ce sont de très forts grains de secteur Est qui nous attendent à la sortie du lagon. La mer qui lève dangereusement dans la passe rend la situation tendue à bord des trimarans. Il faut s’extraire au près serré, au vent des brisants. Stéphane et Ialy peinent à prendre un ris, devenu indispensable, car les creux dépassent deux mètres et n’y a pas assez d’eau à courir. Finalement, ils lancent le moteur pour se dégager des brisants, vent debout.

 

Trimaki4La cocoteraie RobertPhoto @ Vincent Léger

 

Fred, pas découragé, s’apprête à mettre la ligne de pêche à l’eau mais je l’en dissuade car si ça mord, nous serons dans l’incapacité de la remonter. A mesure que nous abattons en nous dégageant de la barrière, le soleil revient et le vent se calme. Les gennakers, pas encore déroulés depuis le début du raid, vont pouvoir défroisser leurs plis ! Fred découvre enfin le bon côté de la navigation : les longues glissades à plat où l’air sec respiré remplace les claques d’embruns qui font cracher du sel toutes les cinq minutes.

 

Sea, surf, sun…

 

C’est l’occasion de comparer les performances des deux trimarans, car les conditions ne l’ont pas permis jusque là ! Seabiby fait parler sa longueur de flottaison supérieure et la puissance de son gennaker, deux fois plus grand que celui de Trimaki. Je râle contre ma voile, coupée trop petite, car Seabiby tient plus longtemps les surfs et creuse l’écart à chaque vague. Les vidéos que nous enregistrons en longeant la côte Nord-Ouest de Sainte Marie, ont tout des images publicitaires pour paradis tropicaux : eaux du bleu turquoise au jaune vif, littoral bordé de plages de sable blond, ombragées par de grands cocotiers, rochers de basalte ronds.

 

Trimaki4Sous gennakerPhoto @ Vincent Léger

 

Notre destination est à nouveau le site de la cascade, son eau fraiche et douce, son petit port, son quai de pierre et son esplanade, qui nous offre un refuge idéal. Le thazard et le mérou pêchés peu avant l’arrivée, nous garantiront à la fois des protéines et de nombreuses bananes mûres offertes par le gardien des lieux, en échange du reste des poissons. Nous hésitons à monter les tentes, car cet endroit est exempt de moustiques. La perspective de l’averse de fin de nuit nous décide à les déplier.

 

Le lendemain, nous longeons la côte Ouest de Sainte-Marie vers le Sud. Nos petits multicoques dévalent les vagues sous le soleil, avec des pointes à 14 nœuds malgré le chargement important. Je ne crains plus pour la tenue du mât de Trimaki, source d’inquiétudes l’année dernière, car le rail installé avant le raid garantit une bonne tension de la chute de grand-voile et une paire de bastaques améliore la tenue latérale du profil. A notre grand soulagement, le mât de Seabiby tient également le coup. Nous avions des craintes légitimes, car Stéphane a dû le couper en deux, pour le transport en conteneur, puis le manchonner avec un profil d’aluminium façonné de façon très imparfaite à Madagascar, à défaut de manchon existant pour ce petit mât alu.

 

Nous arriverions à Mahambo, distant de 50 milles, le soir même tellement nous allons vite, mais pas pressés, nous pénétrons dans le lagon séparant l’île Sainte-Marie de l’île aux Nattes. Après une semaine dans une nature préservée, nous sommes choqués par la pollution générée par les trop nombreux hôtels qui bordent le plan d’eau et l’odeur d’égout qui règne sur le chemin menant au village. Nous rentrerons à Mahambo demain, soit huit jours après notre départ. Nous avions prévu 10 à 12 jours de raid, mais la perturbation de secteur Sud prévue arrive.

 

Trimaki4Final toniquePhoto @ Vincent Léger

 

Nous appareillons sans empressement, car le vent ne changera de secteur qu’en fin d’après midi. Une légère brise de Nord pour permet de nous déhaler à cinq nœuds. Nous concentrons notre attention sur un voilier d’une douzaine de mètres que nous-nous déroutons pour saluer, car il est extrêmement rare de croiser un autre voilier sur la côte Est de Madagascar. Sans succès : le bateau qui arrive probablement de la Réunion, progresse sous pilote et personne ne se montre dans le cockpit.

 

Thon, mérou, thasard, dorade…

 

Trimaki4Fred et sa dorade coryphène Photo @ Vincent Léger Un nouveau départ de ligne. Nous sommes rodés. Les cafouillages des premières touches sont derrière nous. Fred doit réagir très vite pour ferrer le poisson pendant que je mets le bateau en panne. Dans le principe, c’est simple, mais l’organisation de l’espace du petit trimaran n’est absolument pas adaptée à la pêche sportive. De nombreux éléments d’accastillage, dont le stick et la grande écoute, entravent les mouvements du pêcheur. Le bateau se dandine sèchement tout en progressant assez rapidement sous le vent, en raison de l’absence de dérive sous la coque centrale.

 

Cette fois-ci Fred est bien installé derrière le bras de liaison. Devant les objectifs croisés des caméras embarquées à bord de Seabiby et Trimaki, il remonte sans souci technique une magnifique dorade coryphène. La caméra sous-marine, immergée à l’extrémité de la gaffe à poisson, permet d’enregistrer le comportement caractéristique du poisson en surface et de saisir ses couleurs bleu électrique et jaune vif, car elles disparaîtront après sa capture. Notre pêcheur exulte car c’est sa première coryphène, celle pour laquelle il est venu faire ce raid. Il était temps, le dernier jour !

 

A peine la ligne remise à l’eau et les voiles rétablies, le vent vire au Sud … 12 heures plus tôt que prévu. Il est pour le moment calme, mais le ciel sombre annonce la bagarre. Nouveau départ de ligne, mais Fred peine à remonter la bête qui s’annonce puissante. Il souffre musculairement, se crispe de douleurs lombaires et doit s’arrêter fréquemment pour récupérer. Il a le visage tendu par l’effort et la concentration, mais je perçois le plaisir qu’il éprouve à exercer une de ses passions. Le poisson arrive cette fois-ci des profondeurs. La prédiction de Fred est la bonne. C’est un thon de belle taille qui se présente verticalement sous le bateau. Il faudra encore du temps pour fatiguer la bête d’une vingtaine de kilogrammes et la harponner.

 

Trimaki4Un thon de vingt kilos !Photo @ Vincent Léger

 

Fred, ravi, nous promet deux bouteilles de Champagne, car ce thon albacore est également une première ! L’arrière de Trimaki est chargé de 30 kg de poisson quand nous remettons à la voile. Le vent atteint maintenant 25 nœuds. Les 20 milles de louvoyage qui nous séparent de notre destination finale face aux vagues cassantes vont finir en véritable branlée, si le vent continue à monter ! Les bateaux trop chargés tapent et souffrent, à tel point que les flotteurs de Seabiby commencent à s’ouvrir sous la liaison pont-coque et font de l’eau. Trimaki quant à lui, en a vu d’autres, il ne cassera pas encore cette fois-ci.

 

Nous sommes secoués et trempés jusqu’à l’os malgré nos équipements, mais le moral est au beau fixe : nous nous savons attendus à Mahambo par Raoul, qui a déjà branché un congélateur de secours pour y conserver les poissons !

 

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