Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livrerai ici récits, anecdotes, conseils... Et, pour commencer, quand on a acheté son voilier en Bretagne, la Méditerranée, il faut y aller ! Deux solutions : le détroit de Gibraltar ou le canal du Midi. Nous avons choisi la deuxième. Elle ne s'est pas révélée si facile !
Note :
Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure.
Photo © François Chevalier
La trentaine approche, et les rêves de grand départ sont toujours là ! Plutôt que d'attendre la retraite ou les moyens financiers d'acquérir le voilier idéal, je décide d'investir dans un petit bateau aussi âgé que moi. L'Ecume de Mer a fait ses preuves, et il est dans mes moyens.
La Méditerranée occidentale semble un bon choix pour un voilier de 8 mètres équipé d'un hors-bord de 8 chevaux, pour l'attrait de ses escales et les opportunités de travail permettant de regarnir la caisse de bord - l'idée est de faire durer le voyage le plus longtemps possible.
Avec mon compagnon, nous quittons le Finistère en juin ; nous voulons rallier la Méditerranée, puis mettre le cap sur la Corse et la Sardaigne, où nous voulons hiverner. Nous repartirons six mois plus tard, cap sur l'archipel des Egadi, puis les îles de Pantelleria et Lampedusa, au Sud de la Sicile, Malte, le Sud de l'Italie en repassant par la Sicile et les îles Ioniennes. Messine, la côte Ouest italienne et les îles Pontine clôtureront ce périple, avant un retour en Sardaigne en octobre, pour travailler.
Même si l'idée de dix jours de moteur ne nous emballe pas, l'option canal du Midi pour rejoindre la Méditerranée semble préférable à l'immense détour via Gibraltar - et Astuce a juste le tirant d'eau qu'il faut.
Après escales aux Glénan, à Groix, Belle-Ile et Yeu, nous voici embouquant la limoneuse Gironde dont nous découvrons les courants - 4,5 noeuds au speedo pour 8,5 noeuds sur le fond - et la vase, qui perturbe tellement le sondeur qu'il affiche des profondeurs de 15 centimètres à 240 mètres !
Devant l'étrave, 120 écluses et autant de ponts, 240 kilomètres dans les terres. Au Bec d'Ambès, la Gironde se sépare en deux : à bâbord la Dordogne, à tribord la Garonne.
Attention au coup d'accélérateur en passant sous les arcades du pont de Pierre, à Bordeaux : le courant de la Garonne peut dépasser les 4,5 noeuds !
Photo © Marie Dufay
Après avoir traversé Bordeaux, voici la première écluse à Castets, où nous nous acquittons d'un péage de 37,30 euros pour une durée de 16 jours - ça devrait être suffisant pour rejoindre Agde. Jusqu'à Agen, pas d'éclusier : on actionne soi-même la montée des eaux - l'apprentissage se fait rapidement. Nous prenons le rythme : l'un de nous saute à terre et récupère les aussières du second resté sur le bateau pour le faire entrer dans l'écluse. C'est plus simple que de grimper sur plusieurs mètres les échelles glissantes, bout entre les dents... Fini le courant et la marée : le temps s'étire à une vitesse maximum autorisée de 4 noeuds. Nous faisons sept-huit heures de moteur par jour, zigzaguant entre les ragondins et les canards sur le joli Canal latéral à la Garonne, très boisé.
Notre tirant d'eau est trop important pour passer la nuit amarré aux berges par un piquet de tente, et nous choisissons les haltes <officielles>, souvent payantes, parfois bruyantes... Car le retard accumulé à Pauillac nous fait entrer dans le Canal à la pire période. Le niveau de l'eau est très bas, la quille frotte sur les racines des platanes - et les dizaines de pénichettes de location sans permis se prennent pour des auto-tamponneuses !
Sur le Canal, les écluses ferment de 12h30 à 13h30 : c'est la
Après la traversée de Toulouse, nous passons le seuil de Naurouze, lieu de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, à 190 mètres au-dessus du niveau de la mer : désormais, nous arrivons dans des écluses pleines, plus simples à gérer puisqu'elles se vident tranquillement et qu'il n'y a qu'à laisser filer les aussières. Mais il y a foule, on se fait rentrer dedans à tout bout de champ... Malgré parfois vingt minutes d'attente devant les écluses (importance du trafic et restriction d'eau obligent, le sassement ne se fait que lorsque l'écluse est pleine de bateaux), nous en passons certains jours jusqu'à 32 !
Heureusement, il y a le confit de canard, les platanes centenaires et le bruissement des blés. Pas le temps de visiter Carcassone ni Béziers, les premiers palmiers et figuiers de Barbarie sur les berges nous signalent que la Méditerranée est proche. L'eau est si basse qu'on voit les racines des arbres le long du Canal - une vraie mangrove ! Enfin, un peu de vent nous rafraîchit.
A l'entrée du tunnel de Malpas, long de 161 mètres, nous jouons de la corne de brume, comme indiqué dans le guide de navigation, pour signaler que nous pénétrons dedans : après 40 mètres, nous voyons à son extrémité une énorme péniche y rentrer à son tour, et qui ne fait pas mine de vouloir ralentir. Marche arrière en catastrophe - dans le Canal, plus on est de fous, moins on rit !
Puis vient la sextuple écluse de Fonsérannes : foire d'empoigne à l'ouverture des portes. Si on rate une fournée, il faut attendre une heure, car la descente des six sas à quatre bateaux prend 50 minutes. Et voilà l'étonnante écluse ronde d'Agde, puis l'étang de Thau. Il est temps de remâter, nettoyer le bateau, vérifier le gréement, acheter les cartes marines qui nous manquent, faire le plein de nourriture, d'essence, une lessive...
Avant de retrouver le grand large, nous patientons encore plusieurs jours parce que mistral et tramontane ne soufflent jamais en dessous de 30 noeuds. Près de deux mois après avoir quitté la Bretagne, nous voici en route pour la Corse ; au retour, c'est sûr, on passera par Gibraltar !
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Tarifs de nos haltes de Royan à Sète pour un voilier de 7,90 mètres (haute saison)
Royan : 15,70 euros + 2 euros/douche.
Pauillac : 14 euros douche comprise (0,30 euro/pers/jour de taxe de séjour) + 33 euros de démâtage (une bouteille de Pauillac est offerte !).
Bègles : 11,70 euros douche comprise.
Castets-en-Dorthe : 3 euros + 2euros d'électricité + 2 euros/douche.
Lagruère : 2 euros/douche, 2 euros d'électricité.
Buzet-sur-Baïse : 4 euros + 2 euros d'électricité + 2 euros d'eau.
Moissac : 3,50 euros.
Bram : 7 euros + 2 euros d'électricité + 4 euros d'eau.
Trèbes : 7 euros + 3 euros d'électricité + 3 euros d'eau.
Mèze (étang de Thau) : 16,50 euros douche comprise.
Marseillan : 40 euros de remâtage.
Sète : 18 euros douche compris.
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Quelques mots à connaître
Bajoyer : ce sont les murs de maçonnerie du sas de l'écluse, parallèles ou légèrement ovales, appelés aussi murs de quai.
Bief : partie de canal contenue entre deux écluses.
Canal latéral : canal suivant un fleuve ou une rivière, essentiellement alimenté par ce cours d'eau. C'est le cas du Canal latéral à la Garonne, qui prolonge le canal du Midi en reliant Toulouse à Bordeaux.
Vantelles : vannes mobiles en partie basse de la porte d'écluse, qui régulent le niveau d'eau dans le sas.
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Des chiffres et des lettres
. Le canal du Midi a 1,60 mètre de profondeur théorique moyenne, pour 20 mètres de largeur moyenne.
. Une écluse mesure soit 30 mètres, soit 40,50 mètres de long ; et de 5,45 à 6 mètres de large.
. Le bief le plus long mesure 53,5 kilomètres (entre Agen et Fonserannes), le plus court 250 mètres (entre les deux écluses de Fresquel).
. Le Canal, c'est aussi : 126 ponts, 7 ponts-canaux, et 63 écluses (dont 1 sextuple, 1 quadruple, 4 triples et 19 doubles).
. C'est Pierre-Paul Riquet qui proposa à Colbert son projet de creusement de l'actuel canal du Midi. Les travaux commencèrent en 1667 et s'achevèrent en 1681 ; ils nécessitèrent 12 000 ouvriers.
. Le Canal latéral à la Garonne fut, lui, mis en oeuvre en 1838 et achevé en 1858.
A lire, à relire
. Le guide du plaisancier <Canal des Deux Mers> offert par VNF (Voies navigables de France) : on y trouve toutes les infos pratiques, réglementation, conseils, historique du Canal et contacts utiles. Consultez aussi le site www.vnf.fr
. <Le Carto-guide fluvial>, de Jean Morlot (Guides Chagnon) : l'équivalent du Pilote Côtier pour les canaux du Midi.
. <Le canal du Midi et les voies navigables de l'Atlantique à la Méditerranée>, de René Gast et Bruno Barbier (Editions Ouest-France) : pour les curieux et férus d'histoire qui ne veulent rien rater, un bel ouvrage, bien documenté et illustré.
. Voiles & Voiliers n° 425 : dix pages sur ce périple, rédigées par Dominique Lérault, fin connaisseur du canal du Midi.
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Vos commentaires
Dur dur la péniche dans le tunel de Malpas, nous, c'est à Buzet que la cohabitation avec une péniche nous a valu des sueurs froides : à l'ecluse, énorme péniche à l'arrière et notre petit voilier tout beau tout rénové coincé tout devant dans les remous ! Pour ceux qui cherchent des informations complémentaires, nous avons publié un guide gratuit en téléchargement qui raconte, en un peu plus détaillé, le même périple à bord d'un Sangria. http://www.cotevaroise.com/le-canal-du-midi-en-voilier/ Bravo pour les 2 ans en Med