Actualité à la Hune

Deux ans en Méditerranée sur un voilier de 8 mètres (14)

La côte Ouest italienne, de Messine à Naples

Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Suivez-moi le long de la côte Ouest italienne à la découverte de la farouche Calabre, du mythique détroit de Messine, des petits ports pittoresques de Basilicate et de Campanie, sans oublier les lumières de la côte amalfitaine jusqu'à la baie de Naples, avec le Vésuve en toile de fond... Ce morceau d'Italie, avec ses paysages multiples et ses sites archéologiques comme Pompéi ou Paestum, propose une infinité d'options pour le plaisancier.

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  • Publié le : 16/02/2010 - 07:54

Scario, village de carte postale Les Grecs l'appréciaient déjà : Scario est un superbe village de pêcheurs. Campanile, piazza, palmiers et maisons colorées font de cette escale un enchantement. Photo © Marie Dufay Le Sud de la Calabre : navigation pimentée !

Pour un voilier de 8 mètres, l'entrée du détroit de Messine équivaut à une douche de trois heures... C'est que, partis à l'aube de Roccella Ionica par la plus molle des pétoles, nous ne soupçonnions pas que les effets du fameux passage se feraient ressentir 10 milles avant de l'embouquer...

Cartographie 14e étape De Messine à Naples, des milles et des milles d'enchantements archéologiques... Photo © D.R. Un vent de Nord y souffle à plus de 25 noeuds la majeure partie du temps, obligeant à tirer des bords ou à naviguer au moteur vent debout. Sûr qu'avec un 12 mètres et une capote de cockpit, ça mouille moins !

Dans l'autre sens, bien entendu, il pousse les voiliers au portant sur une mer assez plate. Le trafic du continent vers Messine est important, il faut donc être attentif dans le chenal, d'autant que le courant pousse jusqu'à 7,5 noeuds à la marée : comme dans le golfe du Morbihan, on voit des <marmites> se former ici et là.

A bâbord, la Sicile, visitée quelques mois plus tôt avant de rallier la Grèce ; à tribord, l'Italie, où nous comptons dormir, à Reggio di Calabria. Mais notre escale y sera de courte durée (voir l'article n°4 <Mes 5 ports préférés... et les 5 pires>) et c'est de la marina Nettuno à Messine (en Sicile, où nous n'avions pas prévu de revenir !) que nous achevons la remontée du détroit, poussés à 6 noeuds par un bon sirocco et le courant dans les fesses, slalomant au milieu des cargos et des ferries.

Le trafic du détroit de Messine Attention, chaud devant ! La traversée du détroit de Messine, entre la Sicile et l'Italie, demande de la vigilance : trafic important, fort courant et vent de Nord établi en sont les principaux dangers. Photo © Marie Dufay Franchie sa plus petite largeur (un peu moins de 2 milles), nous voici en mer Thyrénienne. Nous visons Scilla, petit village en équilibre sur la pointe dello Stivale qui domine le détroit de Messine.

Les amoureux d'Ulysse se souviendront que Scylla est le mythique monstre marin à six têtes qui empêchait les navigateurs de passer. Voici donc son repaire, guère fréquentable avec ce vent ; dommage, ce village de pêcheurs a tout d'une carte postale.

Autres ports visités en Italie

Lors de notre convoyage de la Sicile vers la Grèce, nous avons fait escale par trois fois sur la côte Sud de l'Italie :

- Roccella Ionica (voir <Mes 5 ports préférés... et les 5 pires>), l'un des rares abris de la côte Sud calabraise et gratuit... la plupart du temps ! Longer les côtes bordées de falaises, de promontoires rocheux et de vertes montagnes, est un plaisir.

- A 50 milles au Nord-Est de Roccella Ionica, on trouve le minuscule port du Castella : pas de feux d'entrée et des pavasses plein la passe, mais une fois amarré à quai on est totalement protégé. Le staff du port et les commerçants sont adorables, le jambon cru au piment un vrai régal et la visite du château aragonais du 16e siècle vaut le détour. Comptez 15 euros par jour pour un 8 m. Autour du Castella, le littoral est préservé, notamment grâce à la réserve de Capo Rizzuto.

- A 85 milles au Nord-Est du Castella, on trouve la marina de Santa Maria di Leuca, que nous rejoignons par un Nord-Ouest 5 à 6 ; outre les conditions de navigation particulières au golfe de Tarante, la mer est confuse à l'approche du cap qui marque l'entrée dans la mer Adriatique. L'abri n'est pas très bon mais l'accès est continu et on y trouve tous les services. Cette station balnéaire arbore de belles villas, des grottes sous-marines et de nombreux vestiges archéologiques. Comptez 20 euros par jour pour un 8 m.

Nous poussons jusqu'à Bagnara Calabra, mais c'est le soir de la procession de la Vierge, les pêcheurs nous disent qu'on ne va pas dormir de la nuit parce que tous les chalutiers sortent en mer, feux d'artifices et beuveries à la clé...

Nous continuons jusqu'à Gioia Tauro, pas très engageant puisque c'est le plus grand port de containers d'Europe. Il y a force 6 à 7 dehors, 2 m de houle, nous commençons à fatiguer... pas le choix. Au fond des docks, un ponton très abrité où il reste une place : il appartient à un cercle nautique, qui nous accueille le plus gentiment du monde. Nous réparons notre taquet arraché à Reggio di Calabria, puis quittons ce surréaliste havre de paix après trois jours de tempête, direction Tropéa, 15 milles au Nord.


Le Nord de la Calabre et la Basilicate :
au pied des montagnes, la plage !

A côté de la marina de Tropéa, le promontoire de Santa Maria dell'Isola et son monastère du Moyen-Âge surplombe une belle plage baignée d'eaux turquoises.

On comprend vite pourquoi le site est très fréquenté : des ruelles du centre historique (un escalier de 200 marches permet d'y accéder), on a continuellement vue sur la mer.

Au Sud, près du Capo Vaticano, de petites criques sont taillées dans la roche et couvertes de figuiers de Barbarie, d'eucalyptus et d'oliviers tordus. Pour 23 euros la nuit, nous bénéficions donc d'une étape touristique des plus agréables : le port est abrité et offre tous les services. La météo est bonne, voire léthargique ; c'est donc au moteur que nous poursuivons vers le Nord à 50 milles.

Navigation au coucher du soleil En été et en automne, le vent fait fréquemment défaut ; mais quand il se lève, même un peu, c'est l'occasion de sortir le spi et de goûter ce coucher de soleil sans qu'un bruit de moteur ne vienne le gâcher ! Photo © Marie Dufay Quelques dauphins plus tard, voici Cetraro, où nous faisons la connaissance d'un serveur du Café Flore à la retraite, parti de l'Île aux Moines dans le golfe du Morbihan en direction de Cythère sur son Samouraï sans moteur.

Amarrés au quai de ce <porto turistico> inachevé, au milieu des pêcheurs à la ligne qui nous ignorent superbement, les deux petits bateaux français échangent infos, cartes et quelques bières ; encore une escale gratuite, comme ce sera le cas dans la moitié des ports italiens.

Port de Maratea, en Basilicate Au milieu de montagnes verdoyantes, le joli port de Maratea offre tous les services et un petit voilier y trouve place gratuitement entre deux chalutiers. Photo © Marie Dufay Le lendemain, 30 milles au moteur et une prise de mer entre deux trombes : un gros pare-battage, bien utile pour protéger notre petite coque des méchants quais méditerranéens. Maratea se situe à l'extrémité Sud du golfe de Policastro, sur la minuscule partie de la Basilicate qui touche la côte.

Cette jolie petite ville - qui fut normande puis aragonaise - est surmontée d'une statue du Christ haute de 22 mètres qui ressemble à celui du Corcovado en miniature.

Environnée de longues plages, de vallées vertes se précipitant dans la mer et de côtes dentelées, Maratea est épargnée par le tourisme. Le port offre tous les services, un accès continu et un bon abri. Pour nous, il sera gratuit car nous trouvons place à couple d'un chalutier, n'ayant pas besoin de faire le plein d'eau ni de recharger les batteries.


Le temps s'est arrêté, en Campanie

A part à Scario dans le golfe de Policastro où nous payons 20 euros la nuit, notre place de port est également gratuite à Camerota et Acciaroli ; ces trois adorables petits ports pittoresques sont abrités et très tranquilles en cette saison.

Nous voici en Campanie, une région au relief côtier splendide, qui nous charme par son authenticité. Le maquis coiffe sa roche blonde, ses criques et ses bourgs de pêcheurs aux bateaux colorés.

Nous faisons des sauts de puces (10 à 20 milles) de port en port, toujours au moteur, sous une chaleur étouffante... en plein octobre ! Le temps est très instable, le vent tourne dans tous les sens, monte, descend, bref, il fait son méditerranéen...

Et un flot continu de détritus en provenance de la baie de Naples nous arrive à contre-courant sur une mer bleu cobalt : bouteilles de gaz, volets, chaussures, chaises de jardin, pneus... et des sacs plastique par dizaines qui se prennent dans l'hélice du hors-bord.

A partir d'Agropoli, le refrain change : désormais c'est 30 à 35 euros la nuit au port (hors-saison !) Théoriquement, les ports italiens doivent réserver 10 % de place à un quai public gratuit... Mais tous ne le font pas. En revanche, nombre d'entre eux sont plutôt inconfortables, comme celui de Salerno.

La légendaire Pompéi Au pied du Vésuve, la ville pétrifiée de Pompéi offre au visiteur mille et une merveilles, comme ici le Temple d'Apollon. Du port de Salerno, le plaisancier rejoint le site en moins d'une demi-heure de train. Photo © Marie Dufay Qu'à cela ne tienne, nous avons la ferme intention de visiter les sites archéologiques de Paestum et Pompéi.

Le premier semble facilement accessible en bus depuis Agropoli, qui est au demeurant une charmante petite ville côtière. Le quartier médiéval est perché sur un promontoire en surplomb de la mer (son nom vient du greco-byzantin Akropolis qui signifie <ville haute>).

Paestum est à 10 kilomètres. C'est une vraie splendeur, avec ses trois temples grecs et romains alignés au milieu d'un champ de coquelicots. Extrêmement bien conservés, ils se dressent parmi les vestiges de la cité antique fondée en 600 avant J.C. par les Grecs et prise par les Romains, moins de quatre siècles plus tard, qui en firent un important port de commerce.

A 25 milles au Nord, c'est le port de Salerno qui sera notre porte d'entrée pour Pompéi. Partis par un tout petit Sud-Est, nous arrivons détrempés par une navigation au près, le vent ayant tourné Nord 5 à 6.

Après un court voyage en train, nous voici déambulant dans la ville figée de Pompéi, siège de l'éruption volcanique la plus célèbre au monde, sauvegardée des siècles durant par 8 mètres de cendre.

Au bout des rues, le Vésuve, qui menace toujours Naples et ses banlieues : la majorité des Napolitains ignorent que c'est un volcan actif, qui explosera de nouveau avant 2050, de la même manière qu'en 79 après JC. Alors, il recouvrira toute la baie de cendre et de lapillis en moins de dix minutes...

Tropea, les pieds dans l’eau Juchée à 40 m au-dessus de la mer, la vieille ville de Tropea, son monastère moyenâgeux et ses eaux limpides donnent envie de s'attarder au port plusieurs jours. Photo © Marie Dufay Encore pantois d'admiration, nous rentrons à Salerno sans ressentir le stress de cette ville très urbaine et abîmée par les violents combats qui suivirent le débarquement des Américains en Italie en 1943.

Le lendemain, au petit matin, nous longeons la magnifique côte amalfitaine. L'air est saturé d'odeurs de pin, de myrte, de romarin. Les villages de pêcheurs multicolores à flanc de falaise se dévoilent au fur et à mesure que le soleil se lève.

A lire

- Guide nautique : <Italie de San Remo à Brindisi, Sicile et Malte> de Rod Heikell, éditions Imray/Vagnon.

- Cartes nautiques SHOM : 4622 <De Castellamare à Policastro>, 4646 <Du Cap Palinuro au Cap Vaticano>, 6756 <Rade de Salerno>, 6887 <Détroit de Messine>, 6889 <Ports de Villa San Giovanni et Reggio di Calabria>.















Astuce, le bateau de notre périple Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure. Photo © François Chevalier Les rochers abrupts plongent spectaculairement dans une eau d'un bleu intense et j'admire en silence Amalfi, plus ancienne république maritime d'Italie.

Fondée en 839, elle comptait 70 000 habitants au 11e siècle et introduisit sur la péninsule le papier et le café, grâce aux navires qui commerçaient avec l'Orient. Ses tables de navigation, les Tavole Amalfitane - le plus ancien code maritime du monde -, régirent durant des siècles toute la navigation en Méditerranée.

Dans l'étrave, les îlots Galli (repaire des sirènes qui charmèrent Ulysse de leurs chants) et la silhouette de Capri dansent au-dessus de l'horizon. Quand nous aurons enroulé la péninsule de Sorrente, Naples se révèlera, porteuse d'autres rêves italiens.







Infos pratiques

- Avant de traverser le détroit de Messine, il vaut mieux demander à une capitainerie de vous fournir les horaires des courants : le courant montant (qui va au Nord), le courant descendant (qui va au Sud), l'heure de l'étale, l'heure du courant max et sa vitesse en noeuds y sont indiqués pour tout le mois. Bien pratique quand on n'est pas du coin...

- Vous pouvez prendre la météo sur le canal VHF 68 ou sur le site internet http://www.ilmeteo.it/portale/marine (en italien).

- Le long de la côte Ouest italienne, on profite du thermique en été (Sud-Ouest à Sud-Est force 2 à 5). De nuit, le vent tourne Est-Nord-Est mais n'est jamais très fort. En automne, les orages associés à de forts vents sont fréquents.

- Canal VHF 16 ou 09 pour contacter les ports. 06 pour Maratea, 12 pour Santa Maria di Leuca.

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