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Deux ans en Méditerranée sur un voilier de 8 mètres (5)

Coup de cœur : l’archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa

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  • Publié le : 28/08/2009 - 08:14

Favignana, Cala Rossa A Cala Rossa, les colonnes de tuf, longtemps ressource majeure de l'île Favignana, plongent dans une mer turquoise : un mouillage exceptionnel, mais par temps calme seulement ! (Cliquez sur cette images, comme sur les autres, pour l'agrandir). Photo © Marie Dufay Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils...

Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, je vous emmène visiter mes escales <coup de coeur> au Sud de la Sicile : les petites îles des Egadi, de Pantelleria et de Lampedusa n'ont pas de marina, mais l'authenticité et le dépaysement sont au rendez-vous !

Au départ de la Sardaigne, nous avons choisi de faire route par le Sud Sicile pour rejoindre la Grèce, ignorant volontairement les fameuses Eoliennes au Nord-Est. Comme un avant-goût d'Afrique, l'archipel des Egadi (à l'Ouest), Pantelleria (proche de la Tunisie) et Lampedusa (encore plus au Sud que Malte) sont encore peu fréquentées des plaisanciers.

Plateaux calcaires balayés par le soleil et le vent, volcan émergeant d'une eau saphir, charme des cultures arabes, africaines et latines façonnées par la pêche et l'agriculture...

Une navigation inoubliable vers des îles où survivent les antiques traditions méditerranéennes : la beauté des sites et la gentillesse des insulaires compense le manque d'infrastructures portuaires et les mouillages peu abrités.

Pêcheurs de Favignana Chaque soir, les pêcheurs de Favignana vendent langoustines, poulpes et poissons sur le port. Photo © Marie Dufay
Favignana, le port Image d'Epinal : le joli port de pêche thonier de Favignana est rénové petit à petit. Un petit voilier y trouve place. Photo © Marie Dufay Les îles Egadi : intemporelles

Le Monte Santa Caterina se dessine dans la brume après 170 milles de traversée depuis la Sardaigne. Avec nos 8 mètres, nous trouvons place dans Cala Principale, le petit port de l'île de Favignana ; les voiliers plus grands doivent mouiller à l'extérieur du quai et se font chahuter. C'est le seul abri sûr de l'archipel, il est gratuit, mais on n'y trouve ni eau, ni électricité, ni sanitaires. Cependant, l'emplacement visiteurs est géré par le Cercle nautique avec lequel on peut s'arranger pour faire de l'eau, et la pompe à essence est toute proche.

Favignana, la plus grande des îles Egadi, fut jadis la plus importante conserverie de thon de Sicile. En témoigne la <tonnara> (conserverie) sur le port : abandonnée depuis 1977, elle est aujourd'hui en rénovation. Depuis des siècles, la mer est la principale ressource de cette terre aride, et, en ce début mai, les pêcheurs préparent les filets de la <mattanza>, la pêche au thon ancestrale.

Dans le beau mouillage de Cala Rotonda, à l'Ouest, on peut admirer la faune et la flore riches et typiques des Egadi, qui constituent une vaste Réserve naturelle protégée depuis 1991 (www.ampegadi.it), et dont les nombreuses épaves racontent l'histoire des routes maritimes entre Afrique et Europe. La réserve est divisée en quatre zones qui codifient la navigation, le mouillage, la plongée et la pêche. Deux autres mouillages, sur la côte Ouest près du phare et au Sud-Est, protègent correctement des vents dominants de Nord.

Levanzo, le port Dans le tranquille petit port de Levanzo, le temps semble s'être arrêté. Par beau temps, un petit voilier peut s'y amarrer. Photo © Marie Dufay Huit milles à l'Ouest de Favignana, l'île de Marettimo, dont le sommet culmine à 686 mètres, est surnommée <la Dolomitique> à cause de ses magnifiques montagnes. 800 habitants, pas d'hôtel, mais des plages de galets blancs et des grottes marines. Nous y cherchons un mouillage pour la nuit, mais le vent ne cesse de tourner et forcir : dans Cala Cretazzo, au Sud-Ouest de l'île, les rafales montent à 7 Beaufort, les bouées de mouillage que nous sommes censés y trouver ressemblent plutôt à des coffres de barques de pêche, quasiment dans les cailloux...

Cala Manione, au Nord-Est, est trop houleuse avec ce vent. Il reste les deux ports miniatures du bourg sur la côte Est, mais ni Scalo Vecchio ni Scalo Nuovo (où on trouve eau et électricité, et où accostent les ferries) ne nous semblent praticables vu l'état de la mer. Tant pis...

La troisième île des Egadi, Levanzo, est un havre de sérénité de 2 kilomètres sur cinq. Un village blanc immaculé aux volets bleus surmonte le petit port de Cala Dogana à l'eau turquoise : le bourg endormi a de faux airs de Cyclades, et un petit voilier peut y trouver place (attention aux manoeuvres des ferries), tout comme à Cala Fredda, toute proche et elle aussi ouverte au Sud.

La belle Cala Manola sous la pinède et ses grottes rupestres achèvent de nous charmer.


Pantelleria, les abords du port A deux pas du port de Pantelleria, les rochers de lave déchiquetés et la mer cobalt sont typiques du littoral. Photo © Marie Dufay Pantelleria : la perle noire

On la repère de loin, avec son sommet culminant à 836 mètres. A l'approche du port principal, au Nord-Ouest de l'île, des effluves de fleurs nous assaillent, les premières criques, pointes et grottes de lave sculptée apparaissent. On devine déjà la beauté sauvage de <Bent-el-Rhia>, la <Fille du vent> comme l'appelaient les Arabes.

Ne vous fiez pas aux premières impressions que procure le principal centre habité, une fois le bateau amarré : en grande partie bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, il ne reste pratiquement rien de l'ancienne casbah. Il faut emprunter le bus ou louer une voiture pour prendre la mesure des splendeurs de Pantelleria, d'autant que les mouillages de Cala Tramontana et Cala Levante, à l'Est, ne sont praticables que par beau temps. La crique de Dietro Isola, au Sud, ne nous a pas été recommandée. Porto Scauri, au Sud-Ouest, n'offre que peu de place et devient inconfortable par vent de Sud.

Deux possibilités concernant le port : Porto Nuovo, grand projet pas achevé - il n'y a rien d'autre qu'un quai, gratuit (les pontons en mauvais état sont réservés aux locaux et à la Guarda Costiera), où il faut parfois se mettre à couple d'autres voiliers selon l'affluence. Excentré et ambiance un peu glauque. C'est mieux à Porto Vecchio, en centre-ville avec de l'eau à l'unique robinet un jour sur deux en petite quantité. Gratuit aussi, mais toujours pas d'électricité : si l'on rechigne à faire tourner son moteur pour recharger les batteries, on peut toujours essayer de demander à Pippo, qui tient un snack au bout du quai, si on peut se brancher sur sa camionnette.

Pantelleria, maisons typiques A Pantelleria, l'architecture et les jardins témoignent des invasions phénicienne, romaine, arabe et espagnole. Photo © Marie Dufay L'abri est correct, mais devient intenable par vent de Nord avec la houle qui rentre dans le port ; dans ce cas, mieux vaut filer à Porto Nuovo. On trouve sans problème de l'essence et des commerces ouverts tard. Un bémol : le centre-ville peut être bruyant le soir, voire une partie de la nuit.

Pantelleria compte 7 000 habitants. Depuis 5 000 ans, elle a attiré nombre de civilisations, dont les Phéniciens et les Romains qui y ont introduit l'agriculture, et les Arabes qui ont érigé en art la culture de la vigne, des jardins, et la construction des <dammusi>, maisons en pierre de lave dont l'île est couverte. Leur coupole blanchie à la chaux sert à collecter l'eau de pluie, les épais murs permettent de garder l'intérieur frais l'été et chaud l'hiver. Leurs jardins d'agrumes, de bougainvillées, d'agaves, sont entourés de murets qui protègent aussi les cultures en terrasses d'oliviers nains, de lentilles et câpres qu'on récolte à la main. Les innombrables vignes produisent le moscato de Pantelleria, vin liquoreux connu dans le monde entier.

Mais notre meilleur souvenir de Pantelleria reste Vito, un vieux monsieur digne devenu un ami au fil des jours ; nous nous sommes raconté nos vies, il nous a expliqué celle de son île et fait découvrir les bourgs qui parsèment la steppe, la garrigue et le maquis, les bains de vapeur naturels dans les grottes, les sources chaudes, les lacs de boue volcanique blanche aux multiples vertus, les geysers de vapeur d'eau... Nous inondant de cadeaux et d'attentions, Vito est sur le quai le jour de notre départ : <J'attends votre retour, un jour>, dit-il, pudiquement ému, quand nous larguons les amarres, avant d'aller se cacher dans les replis de la jetée pour nous regarder partir de loin...


Lampedusa, Isola dei Conigli L'île de Conigli, à Lampedusa, est accessible à pied ou à la nage selon la marée. Les tortues viennent y pondre et la zone est interdite aux voiliers. Photo © Marie Dufay Lampedusa : le royaume de l'eau

Proche de la Tunisie, Lampedusa fait partie des îles Pelagie (du grec <pelagos>, mer). Cette miette calcaire de 20 kilomètres carrés, détachée du continent africain, se situe à 100 milles au Sud-Est de Pantelleria. Seuls y poussent les figuiers de Barbarie et la pêche s'est imposée comme la principale ressource économique, avec une trentaine de conserveries de thon et maquereau. La clarté de ses eaux en fait un lieu de villégiature prisé des Italiens, qui la fréquentent depuis peu. Sa population est multipliée par sept en été !

Lampedusa, le port Le port de Lampedusa est le plus au Sud de toute l'Europe, et fleure bon l'Afrique. Photo © Marie Dufay La côte Est offre trois mouillages agréables comme Cala Creta, où nous passons deux jours masques et tubas vissés sur la tête ; même scénario à Cala Pulcino, l'un des sept mouillages de la côte Sud. La côte Nord, abrupte, ne dispose d'aucun abri, mais on peut y mouiller à la journée par très beau temps.

Au Sud, le port de Cala Palma est formé de trois baies : les bateaux de pêche occupent Cala Salina, et c'est dans sa partie Est que les voiliers mouillent cul-à-quai ; on mouille aussi à Cala Guitgia devant la plage. On est en centre-ville, c'est gratuit, mais il n'y a ni eau ni électricité. On trouve sans problème de l'essence.

Bien plus animé que Pantelleria, le bourg très coloré frémit de vie, et le contact avec les insulaires est d'une facilité déconcertante. On vous arrête dans la rue pour discuter, le stop est un jeu d'enfants, et les invitations à dîner s'enchaînent. L'accueil sicilien n'est pas une légende !

Repaire de brigands et d'exilés politiques, bombardée par les Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale, Lampedusa fut longtemps délaissée par l'Italie. La dimension politique de cette île stratégiquement placée dans le bassin méditerranéen revêt un aspect plus sombre en ce qui concerne les bateaux de clandestins africains. Ils sont des milliers à tenter une traversée qui se finit souvent tragiquement...

Particulièrement soucieux de la protection de la faune marine, les pêcheurs rapportent de leurs pêches des centaines de tortues Caouanne à l'hôpital pour tortues de Daniela Freggi (voir le troisième article ce cette série, ici) : venant pondre chaque été sur la sublime plage de l'Isola dei Conigli, la survie de l'espèce est mise à mal par les activités humaines.


Linosa : notre principal regret

La météo ne nous a pas permis de visiter la petite Linosa, proche de Lampedusa. Dommage : tout le monde vante sa beauté. Dernier sommet de la chaîne volcanique de l'Etna, ses 5 kilomètres carrés abritent un village chatoyant, des plages de sable noir, une végétation luxuriante... Juste un petit port au Sud, un autre à l'Ouest où accostent les hydrofoils : Linosa est semble-t-il un bijou préservé, que seule une fenêtre météo bien choisie permettra d'apprivoiser. Avec Lampedusa et Lampione, un îlot inhabité haut de 60 mètres, elle fait partie d'une réserve naturelle crée en 2002, paradis des dauphins et des cachalots (www.isole-pelagie.it).

Des cadeaux dans le cockpit A Pantelleria, Vito - un vénérable monsieur devenu notre ami - déposait régulièrement dans notre cockpit les produits de son jardin : câpres, olives, légumes, agrumes et vin local ! Photo © Marie Dufay

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Météo et navigation

Astuce, le bateau de notre périple Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure. Photo © François Chevalier . Soyez attentifs aux chalutiers aux abords des îles et durant les traversées : leurs manoeuvres ne sont pas claires, surtout de nuit. Idem pour les ferries, les cargos et les hydrofoils, nombreux dans cette zone.
. Vous ne trouverez pas de prévision météo affichée dans les capitaineries puisqu'il n'y en a pas sur ces îles. Le canal 68 diffuse en continu, en italien et en anglais ; avis de tempête et BMS sont diffusés sur le canal 16.
. Les Egadi sont à cheval sur trois zones météo : Tirreno Meridionale E, Tirreno Meridionale W, Canale di Sicilia. Le vent y est capricieux. Attention à la brume en été et au courant d'un noeud entre les îles portant au Nord-Est en été, au Sud-Ouest en hiver.
. Comme tous les hauts sommets, Pantelleria subit une météo locale spécifique ; de manière générale, c'est une zone ventée (environ 330 jours par an). Vous y rencontrerez surtout des vents de Nord-Nord-Ouest, des vents d'Est-Nord-Est au printemps, ainsi que du sirocco. A l'approche de l'île, les hauts-fonds lèvent une houle inconfortable.
. Fuyez le port de Lampedusa dès que du vent de Sud pointe son nez : si vous demandez gentiment, les pêcheurs ne verront aucun inconvénient à ce que vous vous abritiez dans Cala Salina.
. Choisissez plutôt les mois hors-saison pour naviguer, quand la chaleur est supportable et les ports pas trop surchargés.


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Cartes et documents

. Cartes SHOM <Canal de Sicile> n°6606 (générale), <Iles au Sud de la Sicile> n°5023 pour les îles de Pantelleria et Lampedusa, <De Trapani à Marsala et îles adjacentes> n°684 pour les Egadi.
. Guide nautique : <Italie de San Remo à Brindisi, Sicile et Malte>, de Rod Heikell, Editions Vagnon.

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