Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer un autre aspect fondamental d'un voyage à la voile : les rencontres ! De la Sardaigne à la Grèce, portraits croisés de gens chaleureux qui nous ont ouvert leur porte, leur coeur et leur culture.
Note :
De Marseillan à Ithaque, nombre de rencontres ont embelli, enchanté, enrichi notre périple. (Cliquez sur la carte pour l'agrandir).
Photo © Marie Dufay
Pas besoin de partir aux antipodes pour vivre un choc culturel. Le bassin méditerranéen est riche de civilisations millénaires, les traditions des insulaires sont encore bien vivantes et les rapports humains s'en ressentent.
Nous avons eu un vrai coup de foudre pour la population italienne (continentale, sarde et sicilienne), hospitalière, pleine de sollicitude et de joie de vivre : à chaque escale ou presque, des cadeaux, des coups de main, des invitations à manger, des visites guidées, des propositions de travail...
Voici le récit de nos plus belles rencontres, celles qui font le sel d'un voyage en bateau - et peuvent le faire basculer en une véritable expatriation.
Au centre de mon nouveau groupe d'amis sardes, un mois après mon arrivé à Porto Rotondo. Quand la chaleur humaine s'en mêle, l'hivernage prend une dimension plus riche...
Photo © Marie Dufay
La Sardaigne : notre terre promise !
Arrivés à Porto Rotondo un peu par hasard, nous y rencontrons un marin qui nous présente vingt de ses amis en quatre jours. On nous propose du travail pour l'hiver - et nous restons. Cette petite communauté de voileux nous accueille à bras ouverts, tout le monde s'entraide, on nous prête une voiture, on est invités à dîner tous les soirs, et on nous fait découvrir les mille et un mystères de la Sardaigne...
A Porto Corallo, trois Ecume de Mer comme le nôtre sont en rénovation : leurs propriétaires se montreront généreux avec nous.
Photo © Marie Dufay
Nous repartons naviguer au bout de six mois pour revenir l'hiver suivant, puis nous installons définitivement là, où nous nous sentons en famille. Giambattista, le directeur de la marina, nous convie souvent à naviguer sur son cotre aurique de 1937. Dans toute l'île, nous retrouverons cette chaleur humaine, stupéfiante au premier abord, mais on s'y habitue vite !
A Porto Corallo, nous avons la surprise de trouver trois Ecume de Mer ; le propriétaire de l'un d'eux produit des agrumes dans son azienda. Tout comme les officiers de l'armée de l'air basés sur le port qui nous emmènent en ville faire des courses, il nous rend nombre de services, troque 70 litres d'essence contre nos magazines de voile, et nous offre une caisse de 15 kilos de ses oranges et citrons.
L'Italie : entre cliché et authenticité
Amoureux de la Bretagne, le directeur de la marina de Porto Rotondo nous a régulièrement emmené naviguer sur Vistona, son sublime plan Campbell de 1937.
Photo © Marie Dufay
Les Français raillent souvent les Italiens pour leur expansivité... mais cette dernière fait toute la différence pour les plaisanciers de passage. L'exemple typique est la Calabre, dont les guides touristiques affirment qu'on s'y méfie des étrangers ; pourtant, on nous assaille de questions dans chaque commerce, de sourires, de conseils de balades, et on nous fait de petits prix pour les succulents produits frais.
Mention spéciale pour Roccella Ionica (voir l'article <Mes cinq ports préférés et les cinq pires>) et le minuscule havre du Castella : des amis nous rejoignent en avion à Crotone, mais il n'y a ni bus ni train ni taxi pour aller les chercher ; la capitainerie demande à un retraité de nous y emmener en voiture (20 euros pour 50 kilomètres aller-retour, gentillesse en prime ; et le lendemain, il nous emmène à la station-essence gratuitement). Quand nous y repassons deux mois plus tard, au retour de la Grèce, les commerçants nous reconnaissent !
Après nos mésaventures de Reggio di Calabria, nous sommes pris en charge par l'association qui gère la minuscule marina de Gioia Tauro (voir l'article <Mes cinq ports préférés et les cinq pires !>). Son président nous emmène faire des courses, nous offre un saucisson calabrais, nous invite à l'apéro sur son bateau, puis à dîner au restaurant, et nous conduit à Reggio pour visiter un musée, après nous avoir présenté sa famille...
Sur la côte Ouest, à Maratea, Scario, Camerota et Acciaroli, adorables petits ports tranquilles et pittoresques, l'accueil est avenant. Idem sur les îles de Procida, au Nord de la baie de Naples, et de Ventotene, où nous rencontrons un drôle de personnage : un kiné romain vivant à bord de son voilier depuis dix ans, refusant le retour à la vie professionnelle. Il se contente de 100 euros mensuels, donnant des coups de mains aux îliens qui le nourrissent en échange.
Grâce à Daniela et son hôpital pour tortues, l'escale à Lampedusa a duré plus longtemps que prévu. De telles rencontres apportent un vrai plus aux plaisanciers curieux et patients.
Photo © Marie Dufay
La Sicile : l'art de la générosité
A Marsala, un shipchandler près du port nous offre le pavillon maltais que nous venions acheter. A Lampedusa, les passants nous arrêtent dans la rue pour discuter, voyant immédiatement que nous sommes étrangers ; le stop est facile, les restaurateurs nous offrent des liqueurs en fin de repas, les pêcheurs nous invitent à nous mettre à couple de leurs chalutiers quand le temps se gâte...
Sans oublier Daniela (voir notre article <Coup de coeur : l'archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa>), qui, outre nous faire passer trois jours passionnants en sa compagnie à l'hôpital pour tortues, nous permet de nager avec l'une d'entre elles qu'elle relâche en mer, nous prête sa voiture, nous emmène au collège où elle enseigne afin que nous puissions consulter Internet.
Vito nous a fait les honneurs de Pantelleria (ici devant un sauna naturel dans la montagne). Généreux et gentil, il a illuminé notre escale sur son île.
Photo © Marie Dufay
Quant au vieux Vito, sur l'île de Pantelleria (voir notre article <Coup de coeur : l'archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa>), il nous inonde de cadeaux et d'attentions : fruits, légumes, olives de son jardin, balades, visite à ses copains qui nous font déguster le vin local, cours de récolte des câpres, déjeuner chez lui avec sa femme...
Sur l'île de Favignana, dans l'archipel des Egadi, le responsable du Cercle nautique refuse de nous faire payer nos 70 litres d'eau ; du coup, nous offrons en échange le surplus des oranges et des citrons qu'on nous a offerts en Sardaigne !
Les Siciliens ont la réputation d'être les plus généreux des Italiens ; ils feront toujours mine de refuser votre cadeau en échange du leur, mais apprécient que vous insistiez. Payez-leur un café et vous gagnerez des points ! Et n'oubliez pas que l'hospitalité désintéressée, la parole donnée et la poignée de main pour sceller un accord ont encore cours ici.
Bouby, un tourdumondiste sexagénaire, a sauvé Astuce d'une avarie dans le port de Vathy, sur l'île d'Ithaque en Grèce.
Photo © Marie Dufay
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Croisés à une escale, ils sont devenus des amis...
. A Marseillan, nous rencontrons Bruno, qui achève un périple de six mois sur son Jouët 24 avec un ami. Leur tirant d'eau est trop important pour remonter le canal du Midi asséché par la canicule, et, n'ayant plus le temps de passer par le golfe de Gascogne pour rentrer en Bretagne, ils trouvent en 48 heures à Sète un acquéreur pour leur bateau. Bruno, dépité d'achever si brusquement son voyage, nous rejoint à Marseille pour traverser avec nous jusqu'en Corse ; il s'avère un équipier idéal, au point qu'il nous retrouve un an plus tard en Grèce, bassin de navigation qu'il a lui-même parcouru quelques mois plus tôt.
. Au mouillage à Porto Cervo, en Sardaigne, un couple d'anglais nous hèle de son catamaran en agitant un pavillon breton. Dennis et Sandra ont quitté l'Angleterre vingt mois plus tôt, ils vivent depuis six ans à bord tout en travaillant lors d'escales prolongées. Quatre jours de vent fort nous bloquent là pour notre plus grand bonheur. Dennis fait le <water-taxi> car nous n'avons pas de moteur pour notre annexe, Sandra cuisine pour nous chaque soir, les fous-rires sont permanents et les larmes coulent lorsqu'il faut se quitter (voir leur récit de voyage sur www.sundowner2.com et www.dreamingsailingliving.com pour les contacter et partir naviguer avec eux).
. Coincés au port de Pantelleria par du mauvais temps, nous sympathisons avec l'équipage du voilier bayonnais Vent de Folie. Il porte bien son nom, puisque Rémy et Danièle ont embarqué en 2005 leur fille Candice et leur chat (tous deux ont alors 14 ans !) pour un tour du monde sans date de retour. Concours de matelotage, apéros dînatoires sur nos bateaux respectifs, puis sur le quai quand la houle devient intenable... Après la Méditerranée, la petite famille a rallié l'Afrique de l'Ouest, a traversé l'Atlantique jusqu'au Brésil, et se trouve actuellement en Argentine. Candice suit sa scolarité via le CNED et vient de passer son bac à Brasilia. Danièle raconte avec talent et humour leur épopée sur leur site www.ventdefolie.net
Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure.
Photo © François Chevalier
. Nous laissons notre bateau un après-midi dans le port de Vathy, sur l'île d'Ithaque en Grèce. A notre retour, il se fait drosser travers au quai : le voilier mouillé à côté nous a fait déraper en remontant son ancre. Un homme s'agite à bord pour parer au plus pressé, ayant remarqué que nous étions partis quelques heures. Pour le remercier, nous l'invitons à dîner. Né aux Baléares, Bouby a la soixantaine fringante ; il a passé sa vie à bourlinguer dans le monde entier, a épousé une Française, son fils - aujourd'hui skipper - est né aux Antilles et a été élevé sur le bateau... Bouby est adorable, généreux, drôle ; nous passons deux jours à couple de son joli voilier en bois, et le retrouvons régulièrement au fil des semaines à d'autres escales.
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15/09/2009 - 08:13
Un archipel hors du temps : Malte, Gozo et Comino
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, voici une autre de mes escales favorites : Malte et son archipel, ancrés entre Orient et Occident. Un bassin de navigation exceptionnel.
28/08/2009 - 08:14
Coup de cœur : l’archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d’un Ecume de Mer, j’ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils… Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, je vous emmène visiter mes escales «coup de cœur» au Sud de la Sicile : les petites îles des Egadi, de Pantelleria et de Lampedusa n’ont pas de marina, mais l’authenticité et le dépaysement sont au rendez-vous !
21/08/2009 - 08:00
Mes cinq ports préférés… et les cinq pires !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après le Canal du Midi et la découverte de mes mouillages mémorables, je vous emmène dans les 10 ports qui m'ont le plus marquée. Certains sont des havres de paix durs à quitter, d'autres un vrai cauchemar dont on ne peut s'échapper !
15/08/2009 - 00:43
Dauphins, baleines, tortues, méduses… mes rencontres avec le peuple de la mer !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages marquants de mon périple, voici le portrait des animaux marins croisés le plus souvent sur l'eau. Entre mythe et réalité, il vaut mieux être sûr de l'espèce que l'on observe et du comportement à adopter !
05/08/2009 - 08:34
Mes cinq plus beaux mouillages… et les cinq pires !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après le convoyage de notre voilier via le canal du Midi, nous voici dans le vif du sujet. Au terme de notre bourlingage, une dizaine de mouillages me restent en mémoire. Les uns, le paradis ; les autres, l'enfer. On va y faire un tour ?
29/07/2009 - 08:07
«De Concarneau à Sète, mon convoyage mouvementé via le canal du Midi !»
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livrerai ici récits, anecdotes, conseils... Et, pour commencer, quand on a acheté son voilier en Bretagne, la Méditerranée, il faut y aller ! Deux solutions : le détroit de Gibraltar ou le canal du Midi. Nous avons choisi la deuxième. Elle ne s'est pas révélée si facile !