Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer les îles Ioniennes, large archipel verdoyant situé à l'Ouest de la Grèce. Certes prises d'assaut en été, elles réservent une infinité de mouillages préservés au pied des montagnes. Au programme, navigation facile, eau turquoise et petits ports de pêche...
Note :
A 6 noeuds sous génois seul, nous longeons la superbe côte Est de l'île de Céphalonie dans le "couloir" étroit qui la sépare de l'île d'Ithaque. Effet Venturi garanti !
Photo © Marie Dufay
Un plaisancier rencontré à Lampedusa nous en avait vanté les attraits : <Puisque vous devez rentrer en Sardaigne à l'automne pour hiverner, ne poussez pas jusqu'en Mer Egée ou vous ferez la route retour le vent dans le nez. Prenez plutôt le temps d'explorer les îles Ioniennes : elles sont proches de l'Italie, les côtes sont vertes et superbes, les mouillages enchanteurs et on n'y subit pas le Meltem.>
L'option nous semble intéressante, nous nous plongeons dans les cartes et guides nautiques : effectivement, il y a de quoi faire dans ce vaste bassin de croisière de 2 200 kilomètres carrés où la météo est clémente en été et où les mouillages sous le vent des îles semblent sont bien abrités.
De la Sicile, cap donc sur le talon de la botte italienne, d'où nous traversons les 60 milles du détroit d'Otrante pour rallier notre première escale Ionienne.
Erikousa, Nisis Sivota, Paxos, Anti-Paxos... et un crochet en Epire
Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure.
Photo © François Chevalier
Epargnée du tourisme de masse, Erikousa nous charme par sa simplicité et son calme : presque tous les habitants sont partis aux Etats-Unis pour y trouver du travail. De notre mouillage au Sud de l'île, nous rallions Corfou sous spi, le long des côtes albanaises, nous demandant si les histoires de pirates et/ou mafieux suggérées dans les guides sont à prendre au sérieux... Nous embouquons le chenal entre l'Albanie et l'historique Corfou, qui fait miroiter de vertes criques surmontées de villas dans le plus pur style vénitien, et jetons l'ancre après 30 milles de navigation au pied de la citadelle, à Ormos Garitsas. Avant de quitter Corfou - que nous visitons de long en large durant trois jours -, nous tirons un bord devant son mythique monastère érigé sur un îlot. Nous partons plein Est, vers l'Epire, en Grèce continentale, où nous attend une lagune piscicole abritée et déserte. Dans le mouillage isolé d'Ormiskos Valtou, on n'entend que les cigales et les clochettes des chèvres d'un fermier voisin.
Quinze milles plus loin, les îles Sivota, entre grottes et cyprès, offrent quelques magnifiques mouillages malheureusement bondés en journée (voir l'article <Mes cinq plus beaux mouillages et les cinq pires>).
Direction l'île de Paxos, à 15 milles. Mouillés cul-à-quai à Gaïos, le port principal en forme de fer à cheval, nous découvrons avec ravissement ce bourg de pêcheurs tranquille, les criques de galets blancs aux eaux turquoise. Il n'y a pas trop de monde ni de voitures, c'est boisé et croquignolet ; l'essentiel de l'île vit de la culture de l'olivier. Trois jours au port nous reviennent à 10 euros, et c'est un camion-citerne qui nous fait le plein d'eau.
Seule infidélité faite aux îles Ioniennes, ce mouillage sûr dans une lagune piscicole en Epire ; sérénité et dépaysement assurés.
Photo © Marie Dufay
Après avoir jeté un oeil sur le fameux mouillage de Lakka, à l'extrémité Nord de l'île, très beau et abrité mais surpeuplé ce jour-là, nous filons à Porto Longos, un minuscule port de pêche qui remporte tous nos suffrages (voir l'article <Mes 5 ports préférés et les 5 pires>).
Puis cap au Sud de nouveau, où nous mouillons à l'abri de l'îlot Mongonisi : le lendemain, au lever du soleil, nous rasons les falaises blanches et sculptées de la côte Ouest, puis nous arrivons à Anti-Paxos, moins de 3 milles plus loin, au sublime mouillage de Voutoumi (voir l'article <Mes 5 plus beaux mouillages et les 5 pires>). Presque aussi prononcé qu'à Erikousa, nous avons le sentiment que le temps s'est arrêté ici. Nous y passons la nuit après avoir dîné dans la taverne qui surplombe le mouillage : vue imprenable sur notre voilier au coucher de soleil.
Leucade, Meganisi, Kalamos, Kastos et Atoko
|
Au niveau humain... |
|
On mange bien et bon marché dans les tavernes et les échoppes grecques, pour le reste on dépense comme en France. En été, les Grecs des Ioniennes sont là pour faire leur chiffre d'affaires de l'année et on les sent un peu blasés par les hordes de touristes. Mais ils restent polis et hospitaliers et de belles rencontres peuvent avoir lieu. On communique en anglais, mais il est bien vu de connaître quelques mots grecs pour tisser des liens plus riches avec les gens. |
A la sortie du canal, le contraste entre le vert des îles et l'aspect aride des montagnes continentales est saisissant : cet archipel est décidemment un joyau. 15 milles plus loin, les nombreuses échancrures dans la campagne de l'île de Meganisi nous tendent les bras : nous mouillons à O. Kapali mais la crique est vite embouteillée, entre les gros motorboats qui déposent leurs 80 mètres de chaîne sur les ancres des voiliers et les plaisanciers qui bâclent leur manoeuvre de mouillage (voir l'article <Mes cinq plus beaux mouillages et les cinq pires>).
Escale rapide au port de Nydri, sur l'île de Leucade, puis nous filons vers le calme mouillage d'Ormos Vlikho, aux faux airs antillais avec ses monts verts et pointus et les toits rouges des maisons. Il fait 34°C dans le bateau, 31°C dans l'eau...
Le mouillage de One House Bay, sur l'île d'Atoko, est certes idyllique, mais attention aux rafales qui dégringolent des hauteurs et font chasser les ancres mal crochées...
Photo © Marie Dufay
Vingt milles de navigation, un petit Sud tournant Nord-Ouest 5, nous voilà au port sur la verte et splendide île de Kalamos. Le lendemain, nous optons pour le mouillage paisible de Port Leone, plus au Sud. Sous l'eau, on croise une raie pastenague... A l'ancre sous les moulins à vents, nous sommes réveillés par le tintement des clochettes des chèvres qui se promènent sur la plage.
Mouillage de Prasonisi, île de Kastos. Concours d'apnée sous le cagnard et le regard sceptique des vaches qui se promènent sur la route longeant la crique.
Photo © Marie Dufay
Après deux heures de moteur, voici le joli mouillage de Prasonisi, sur l'île de Kastos qui fait penser aux falaises de Bonifacio mais version miniature. Dans ces deux petites îles magnifiques, dépeuplées et nature, nous serions bien restés encore un peu... A 8 milles de Kastos, l'incroyable mouillage de One House Bay, sur l'île d'Atoko, restera l'un des plus spectaculaires qu'on ait fait dans ce voyage. Digne du Pacifique, cette toute petite île aux falaises blanches plissées est recouverte d'un manteau vert intense où perce une seule tache rouge, celle du toit de la chapelle sur la plage. Et l'eau est extraordinairement belle...
Deux mois dans les îles Ioniennes, ça en fait, des escales !
Photo © Marie Dufay (www.d-maps.com)
Ithaque et Céphalonie
A Kioni sur l'île d'Ithaque, les places sont rares, mais nous trouvons à mouiller sous un gros olivier. Vathy, la "capitale" au fond d'une très jolie baie où un dauphin solitaire batifole, n'est pas très abritée. Dans le port de Frikes, un fort coup de vent nous fait passer une belle nuit blanche. L'île d'Ulysse ne s'apprivoise pas facilement...
Le petit port de Kioni, sur l'île d'Ithaque. Comme souvent en Grèce, avec un voilier de 8 mètres on trouve place dans les petits ports de pêche ; les panneaux solaires rechargent les batteries et on économise l'eau du bord.
Photo © Marie Dufay
Imposante et convoitée, l'île de Céphalonie n'est qu'à 10 milles. Là encore, il y a du monde dans l'adorable port de Fiskardo, mais on peut mouiller à l'écart, une aussière dans les cailloux ; malheureusement, le restaurant surplombant Astuce pousse le sirtaki à fond jusque tard dans la nuit...
Dans le port d'Ay Eufimia, au pied des montagnes, nous faisons le plein d'eau et d'électricité avant de rejoindre Sami à 4 milles de là, dans une grande baie. Nous y louons une voiture pour visiter l'île, qui possède le plus haut sommet des Ioniennes et quelques magnifiques monastères.
Quinze milles plus au Nord, le mouillage de Palaiokaravo, malheureusement infesté de guêpes, nous retient trois jours, éclipse partielle de lune en prime. Nous ne pousserons pas jusqu'à Zante et sa fameuse plage au cargo échoué car l'unique port est du genre industriel ; il n'y a qu'un mouillage abrité et le Routard déconseille fortement cette destination en été, tellement il y a de touristes (des arguments qui nous parlent !).
Après sept semaines d'exploration détaillée des îles Ioniennes, avons-nous réussi à toucher du doigt l'âme grecque ? Sûrement pas ! Il nous faudra revenir, hors période estivale, pousser vers les Cyclades, les Sporades, le Péloponnèse... C'est sans doute le message de cette petite tortue qui nous accompagne, comme en cadeau de départ.
|
Météo et navigation |
|
En été, le vent dominant est globalement Nord-Ouest et peut souffler jusqu'à force 5-6 dans l'après-midi ; le matin, on touche plus d'Est ou de Sud, mais léger. Les côtes Ouest étant pour la plupart abruptes et ventées, c'est à l'Est des îles qu'on trouve les meilleurs abris. Les eaux entre les îles et la côte sont relativement protégées, mais le vent peut y souffler très fort. On attend parfois impatiemment que le thermique amène un petit courant d'air et on fait quand même beaucoup de moteur. Mais comme partout en Méditerranée, le temps peut changer brusquement. La navigation est simple, les dangers quasi-inexistants. Nombreux effets de site, fréquences VHF et horaires des bulletins météo indiqués dans les guides nautiques. Peu de plaisanciers français mais beaucoup d'Anglo-Saxons et d'Italiens ; les îles sont très fréquentées une grande partie de l'année et les flottes de voiliers de location sont nombreuses en été. Cherchez à les éviter : certains équipages sont plutôt inexpérimentés et inconscients des risques qu'ils prennent ou font prendre aux autres. La météo permet la plupart du temps de dormir au mouillage ; tant mieux car les marinas sont rares, chères et bondées. Les petits voiliers trouvent souvent place dans des ports de pêche, gratuits mais n'offrant ni eau ni électricité ni sanitaires : il faut donc se montrer prévoyant bien que des camions-citernes proposent de l'eau en certains endroits. D'autres petits ports proposent une place pour un prix raisonnable, et l'eau et l'électricité à la demande. Guide nautique : <Grèce Mer Ionienne> de Rod Heikell, éditions Imray/Vagnon. Cartes SHOM : 7272 Iles Ioniennes, 7526 Approche et port de Kerkyra (Corfou). |
Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
07/10/2009 - 07:43
Sardaigne : les promesses de la côte Est
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer la côte Est de la Sardaigne. A quelques encablures de la Corse, mais trois fois plus grande, l'île est un paradis pour les plaisanciers : archipels idylliques, côtes sauvages, marinas tout confort et petits ports de pêche !
25/09/2009 - 07:48
D’île en île, mes plus belles rencontres
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer un autre aspect fondamental d'un voyage à la voile : les rencontres ! De la Sardaigne à la Grèce, portraits croisés de gens chaleureux qui nous ont ouvert leur porte, leur coeur et leur culture.
15/09/2009 - 08:13
Un archipel hors du temps : Malte, Gozo et Comino
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, voici une autre de mes escales favorites : Malte et son archipel, ancrés entre Orient et Occident. Un bassin de navigation exceptionnel.
28/08/2009 - 08:14
Coup de cœur : l’archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d’un Ecume de Mer, j’ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils… Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, je vous emmène visiter mes escales «coup de cœur» au Sud de la Sicile : les petites îles des Egadi, de Pantelleria et de Lampedusa n’ont pas de marina, mais l’authenticité et le dépaysement sont au rendez-vous !
21/08/2009 - 08:00
Mes cinq ports préférés… et les cinq pires !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après le Canal du Midi et la découverte de mes mouillages mémorables, je vous emmène dans les 10 ports qui m'ont le plus marquée. Certains sont des havres de paix durs à quitter, d'autres un vrai cauchemar dont on ne peut s'échapper !
15/08/2009 - 00:43
Dauphins, baleines, tortues, méduses… mes rencontres avec le peuple de la mer !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages marquants de mon périple, voici le portrait des animaux marins croisés le plus souvent sur l'eau. Entre mythe et réalité, il vaut mieux être sûr de l'espèce que l'on observe et du comportement à adopter !