Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Je vous emmène aujourd'hui visiter quelques-unes des îles de la mer Tyrrhénienne : Procida, Ventotène et Ponza. Eparpillées le long de la côte Ouest italienne, elles ont tout d'une carte postale. Le plaisancier y fait un délicieux plongeon dans le passé, mais pour son voilier, l'escale n'est pas forcément de tout repos !
Note :
L'île de San Stefano est la plus orientale de l'archipel des Pontine. Elle est surmontée d'une prison du XVIIIe et n'offre aucun mouillage.
Photo © Marie Dufay
En cette mi-octobre, nous décidons de faire une croix sur les îles Eoliennes au Nord de la Sicile, car à cette époque de l'année elles ne proposent pas d'abri sûr ; les orages, les trombes et les vents violents sous grains y sont quasi quotidiens. Les guides nautiques comparent même le triangle "Ustica - Eoliennes - Détroit de Messin" à celui des Bermudes tant sa météo est imprévisible en automne ! Tant pis, le Stromboli, ce sera pour une autre fois...
Mais nous devrions avoir une jolie surprise plus au Nord avec les petites îles de Procida, Ventotene et Ponza. Ces deux dernières font partie de l'archipel des Pontine, composé de deux groupes d'îles éloignés l'un de l'autre de 22 milles : celui du Nord comprend Ponza, Palmarola et Zannone, celui du Sud, Ventotene et San Stefano. Procida est, elle, voisine d'Ischia et de Capri, au Nord de la Baie de Naples.
D'origine volcanique, elles séduisent toutes par leur architecture typique colorée, l'hospitalité de leurs habitants et leur petite taille : on en fait aisément le tour à pied. Le plaisancier y savourera l'Italie d'antan, de préférence hors-saison, à moins d'aimer la foule et de ne pas regarder à la dépense.
Mais gare ! C'est aussi en cette période que la météo se durcit et que les pontons disparaissent des ports pour cause d'hivernage...
Volontairement, nous sommes complètement passés à côté de l'éternel mythe de Capri, dont le port a la réputation d'être encombré, cher et sans cesse chahuté par le va-et-vient des ferries. Bien sûr, en passant au large, nous poussons la chansonnette... <Capri, pour nous, c'est fini avant même d'avoir commencé !> Et repérons aux jumelles les mythiques rochers Faraglioni et la maison rouge du film "Le mépris" avec Bardot et Piccoli.
Poussés par un bon thermique qui surgit au détour de la péninsule de Sorrento, nous filons droit vers Procida et nous amarrons au coucher du soleil à la Marina Chiaiolella au Sud de l'île.
Elle offre un abri confortable et charmant, mais reste chère même hors-saison. Le lendemain, la visite à pied de Procida remporte tous nos suffrages. L'île présente une côte irrégulière, où alternent falaises à pic érodées par le temps, grottes, longues plages de sable noir et petites anses coiffées de maquis. Les tons chauds des maisons méditerranéennes, les généreux citronniers qui ornent les jardins, le bourg qui frémit du vrombissement des scooters et du carillon des églises, tout nous enthousiasme.
Marina della Corricella nous séduit particulièrement : ce petit port de pêche est un véritable amphithéâtre de maisons pastel adossées les unes aux autres, qui dégringolent sur la mer. Authentique (ça sent fort le poisson !) et préservé - bien qu'il ait servi de décor à de nombreux films (dont "Le facteur" avec Philippe Noiret) -, l'endroit est magique. Des dizaines de chats paressent au milieu des filets, sur le quai encombré de barques de pêche, de bouées, de rames, et nous y aurions bien amené Astuce pour quelques jours. Malheureusement, le port est désormais interdit aux voiliers ; l'arrêté préfectoral est tombé 15 jours avant notre arrivée, alors que les plaisanciers ont toujours pu y mouiller... Damned !
Avec ses 4 km2, Procida n'offre que deux mouillages : le premier, au Sud du pont qui la relie à la minuscule île de Vivara, est très rouleur. Le second se situe au Nord-Est, devant ou derrière les brise-lames qui abritent les bateaux de pêche. Au Nord, la Marina di Sancio Cattolico souffre de l'intense trafic des ferries.
Porto Vecchio (île de Ventotene) fut taillé dans le tuf par les Romains. Il est adorable mais réservé aux petits voiliers, et carrément déconseillé par mauvais temps.
Photo © Marie Dufay
Ventotene la romaine
Après un mouillage express 3 milles plus loin aux pieds du beau château aragonais de l'île d'Ischia, célèbre pour ses eaux thermales et littéralement envahie par les touristes - raison pour laquelle nous ne nous y attardons pas -, cap sur les îles Pontine, 18 milles au Nord-Ouest, en compagnie des dauphins.
Ah, l'architecture de Ventotene... Un rêve italien en technicolor ! Le noir de la lave, le rose et le jaune des maisons, le bleu intense de la mer sont ici mariés pour l'éternité.
Photo © Marie Dufay
C'est d'abord l'envoûtante Ventotene qui nous accueille. Cette île minuscule où règne une vraie douceur de vivre (en cette saison !) culmine à 139 mètres.
Ses origines volcaniques sautent aux yeux : les couleurs de la roche, mises en valeurs par le vert des figuiers de Barbarie, vont de l'ocre au brun et le sable est noir.
C'est autour du port que sont regroupées les habitations cubiques de couleur rose ou jaune, aux volets et portes vert foncé ; ici aussi, les habitants sont bavards, le linge sèche en ribambelle le long des murs, des rideaux de dentelle encadrent les fenêtres...
Le port de Ventotene, au Nord-Est de l'île, est divisé en deux : d'un côté Cala Rossano où les voiliers s'amarrent à un ponton près du quai des ferries, de l'autre le petit Porto Vecchio, creusé dans le tuf par les Romains (voir actu "Mes 5 ports préférés... et les 5 pires !"), seulement accessible aux bateaux d'une longueur inférieure à 10 m et tirant moins de 2 m.
Sur le quai, les anciennes échoppes s'enfonçant dans la roche abritent aujourd'hui un bar, des boutiques et une galerie d'art.
Attention aux secs de la côte Nord et à ceux devant Cala Battaglia au Sud-Est. Par beau temps, on peut mouiller à la jolie Cala Nave, juste au Sud du Porto Vecchio.
A un demi mille de Ventotene, la petite San Stefano est l'île la plus orientale de l'archipel. D'un diamètre maximale de 750 mètres, toute ronde et surmontée d'une prison du XVIIIe aujourd'hui abandonnée, elle ne propose aucun mouillage sûr.
Coincés par la météo, nous restons six jours à Ventotene : moins longtemps que la belle Giulia (fille d'Auguste), Agrippine (épouse de Germanicus) et Ottavie (soeur stérile de Néron), exilées dans leur villa impériale, mais suffisamment pour y voir l'une de nos aussières exploser par la houle d'un mauvais coup de vent.
La plage la plus courue de l'île est déserte en automne : un mouillage inoubliable, sous les falaises de lave et de kaolin.
Photo © Marie Dufay
Ponza, la nouvelle Capri
Ponza est plus grande et plus touristique, mais elle aussi déserte en cette période. Homère la mentionne dans L'Odyssée, attestant de son occupation grecque et la désignant comme demeure de la magicienne Circé.
On repère de loin le bourg principal qui orne le port en forme de demi-lune. Nous comptons nous y amarrer mais les pontons sont retirés dès la mi-septembre... Ce n'est pas indiqué dans les guides nautiques, ça !
On nous explique que le quai est réservé aux ferries et la houle de Nord-Est rend le mouillage de la baie très inconfortable.
Heureusement, il y en a de nombreux autres pour nous abriter quelle que soit la direction du vent... Et ça tombe bien parce qu'on se prend de nouveau une cartouche 24 heures après notre arrivée dans l'anse de Chiaia di Luna, sur la côte Ouest.
Cette superbe plage au pied d'une falaise de tuf longue de 700 mètres est la plus appréciée de l'île. Un homme seul y vit dans un abri de tôle et de planches ; nous ne le croiserons pas, mais du courrier postal adressé à son nom (<Carlo le fou, plage de Chiaia di Luna, île de Ponza>), des tablettes de chocolat sur une chaise et des chaussures à la porte d'entrée attestent de sa présence.
Un tunnel de 170 mètres creusé par les Romains permet de rejoindre le bourg, où nous errons parmi les jolies maisons du XVIIe, les bateaux de pêche du port et les épiceries bien avitaillées.
De retour au bateau, nous sympathisons avec l'unique voilier qui partage le mouillage avec nous : c'est un kiné de Rome qui vit dessus pendant l'hiver depuis dix ans (le bateau appartient à l'un de ses amis). Il ne veut pas revenir à une vie professionnelle normale et se contente de 100 euros mensuels, donnant des coups de mains aux îliens qui le nourrissent en échange.
Le temps se gâte, impossible de prendre la météo car les falaises nous coupent des ondes VHF. Notre nouvel ami nous emmène à Cala di Feola, plus au Nord. Nous jetons l'ancre à la tombée de la nuit et les rafales sifflantes d'un bon force 7 font tirer des bords à Astuce jusqu'au petit matin.
Le vent finit par tomber et nous débarquons pour découvrir ce mouillage pittoresque, avec ses maisons croulant sous la végétation, au milieu des cultures en terrasse et de piscines naturelles. Ponza culmine à 280 mètres ; ses 41 km de côtes offrent de belles plages, criques, grottes et rochers spectaculaires qui font toute sa spécificité.
Coup de coeur : le port de pêche de Marina della Corricella, sur l'île de Procida. Les voiliers pouvaient y mouiller jusqu'à récemment.
Photo © Marie Dufay
Son approche de nuit est déconseillée. Au Nord-Est, on peut mouiller à Cala Inferno, séparée de Cala dell'Acqua (au Nord-Ouest, tenable par beau temps seulement) par un isthme de 200 mètres.
Trois milles au Nord-Est, la minuscule et verte île de Zannone est le refuge des oiseaux migrateurs et d'une colonie de mouflons ; on n'y trouve aucun mouillage sûr.
A 8 milles au Nord-Ouest, celle de Palmarola - au large de laquelle s'élèvent des rochers hauts de 50 mètres - est toute brune et inhabitée. Elle offre deux mouillages assez ouverts : Cala Brigantina au Sud avec de superbes fonds et Cala del Porto au Nord-Ouest, partiellement protégé par deux îlots.
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A savoir |
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Depuis 1997, les îles Ventotene et San Stefano sont protégées par une réserve marine et terrestre : respectez les zones de protection intégrale où la navigation, le mouillage, la pêche et la plongée sont interdits (www.riservaventotene.it). Le long de la côte Ouest italienne, on profite du thermique en été (Sud-Ouest à Sud-Est force 2 à 5). De nuit, le vent tourne Est-Nord-Est mais n'est jamais très fort. En automne, les orages associés à de forts vents sont fréquents. Les îles sont renommées pour leur excellente cuisine à base de poisson : c'est l'occasion ou jamais de se faire un bon restaurant (par exemple, Aqua Pazza à Ponza, L'aragosta à Ventotene, O Francese à Palmarola, Caracalè à Procida). Guide nautique : <Italie de San Remo à Brindisi, Sicile et Malte> de Rod Heikell, éditions Imray/Vagnon. |
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23/12/2009 - 00:29
La pêche en voilier, un jeu d’enfant !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose un autre aspect de la vie quotidienne du bord : la pêche à la traîne, qui n'est pas si compliquée qu'on le croit. Un matériel simple, quelques règles à respecter, un peu de chance... et voici un festin iodé dont vous êtes le héros !
14/12/2009 - 06:41
L’Ouest de la Corse, entre mer et montagne
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer la côte Ouest de la Corse. Etape quasi obligée, l'île mythique réserve tous les plaisirs à qui la croit balisée de longue date. Mouillages exceptionnels, nature reine, ports hauts en couleur : certains clichés sont indémodables !
19/11/2009 - 07:21
Les p’tits boulots de ma grande croisière
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'aborder un sujet dont on parle rarement : est-il vraiment possible de travailler au gré des escales quand on vit sur son voilier ? Comment se présentent les opportunités de petits jobs ? Que peut-on en attendre ? Réponses !
Vos commentaires
Merci pour cet article et les souvenirs réveillés, et d'accord sur tout,... ou presque, en particulier pour le singulier Porto Vecchio de Ventotene, taillé dans le tuf, ou j'ai pu amarrer mon 36 pieds (et 1.95m de tirant d'eau) sans dommage, au terme d'une arrivée un peu stressante : on navigue droit sur le rocher, pour apercevoir le port au dernier moment après un virage serré à tribord. A éviter absolument de nuit, ...sans la carte à l'écran. JCR