Actualité à la Hune

Deux ans en Méditerranée sur un voilier de 8 mètres (10)

Les p’tits boulots de ma grande croisière

Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'aborder un sujet dont on parle rarement : est-il vraiment possible de travailler au gré des escales quand on vit sur son voilier ? Comment se présentent les opportunités de petits jobs ? Que peut-on en attendre ? Réponses !

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  • Publié le : 19/11/2009 - 07:21

Moniteur de voile Pour peu que vous parliez un peu d'anglais et d'italien, certaines écoles de voile seront ravies de vous faire un contrat saisonnier. Photo © Marie Dufay En (grande) croisière, le postulat de départ est simple : plus le bateau est petit, moins il demande un budget important pour vivre à bord. A deux, pendant notre long périple méditerranéen à bord de notre Ecume de Mer de 8 mètres, nous avons dépensé environ 1 000 euros par mois pour subvenir à nos besoins élémentaires et ceux du bateau (essence, ports, assurance...), nous octroyant même quelques restaurants et locations de voiture pour profiter pleinement de nos escales.

Mais, au fil des mois, le compte en banque s'est inexorablement vidé. Pour certains, hors de question que le voyage soit synonyme de travail ; ils rentrent au bercail quand les poches sont vides. Sur Astuce, le projet était de faire durer ce périple le plus longtemps possible, quitte à s'arrêter plusieurs mois dans un port pour s'y refaire une santé financière. Pari risqué... Mais la chance était au rendez-vous. Et au fil du temps, partout en Méditerranée, nous avons découvert que bon nombre de ceux qui vivent toute l'année sur leur voilier se servent de leur expérience de marin pour gagner leur vie.

Du bois, du bois, et encore du bois Les belles unités en bois qui peuplent la Méditerranée ont besoin de soins attentifs en période d'hivernage. Un travail fastidieux et délicat, réservé aux amoureux du perfectionnisme. Mais plus que gratifiant... Photo © Marie Dufay Les travaux hivernaux sur les bateaux en bois
Que ce soit en Corse, Sardaigne, Sicile ou Italie, la flottille des yachts classiques ou des voiles latines est conséquente ! Vers le mois d'octobre, ces belles coques - fragiles - sont souvent désarmées et sorties de l'eau, car elles ont besoin d'un check-up régulier et pointu.
Selon leur taille et leur âge, ce travail de précision peut prendre des mois. Il faut poncer, vernir, peindre des mètres carrés de bois (dont les mâts et le petit accastillage), laver puis hiverner voiles et écoutes, vérifier les circuits électriques, le moteur, nettoyer à fond le bateau, faire un inventaire... puis rééquiper le voilier pour qu'il soit parfait avant le début de la saison.
Les propriétaires n'ont pas tous les moyens de salarier un marin à l'année et beaucoup sont ravis de croiser la route d'un navigateur en mal de petit boulot pour trois-quatre mois ; cette activité est largement répandue dans les ports accueillant les belles unités classiques. Et peut déboucher sur un contrat de skipper, si affinités.


Marin suis, marin reste !
Puisqu'il y a de gros bateaux en Méditerranée, qu'ils soient à voile ou au moteur, il faut donc un équipage pour les manoeuvrer. Vers le mois d'avril, tous les skippers et capitaines cherchent leurs marins.
La plupart du temps, inutile de proposer son CV... le simple fait d'être parti de Bretagne sur un petit voilier sert de carte de visite. Sur le port, vous n'êtes pas passé inaperçu et on vous regarde bricoler sur votre propre bateau, sans que vous le sachiez, pour savoir quel équipier potentiel vous feriez. Les propositions d'embarquement tombent assez vite, d'autant que pour quelques-uns, avoir un marin français, c'est le comble du chic !
Le marin du bord Rares sont les filles engagées comme marin, surtout sur des yachts classiques ; mais quand c'est le cas, les propriétaires, conquis, ne les laisse plus partir ! Photo © Marie Dufay Parler une ou deux langues étrangères fait la différence, mais il faut au moins comprendre le vocabulaire nautique du pays où l'on navigue, ce qui peut être rapide.
En tous cas, on n'oublie pas qu'on n'est plus maître à bord et on s'adapte au mode de fonctionnement du skipper.
Si on s'engage pour une saison, débarquer avant son terme sera mal vu et vous aurez la réputation d'être quelqu'un sur qui on ne peut pas compter... Sauf si le capitaine est un tyran notoire !
Quoi qu'il en soit, c'est l'occasion rêvée de naviguer sur de belles unités, de voir du pays, de prendre du galon. Et de faire des économies, puisqu'on est nourri-logé.


L’hôtesse, maillon fort du bord Sur les bateaux de charter ou de propriétaire, le capitaine seul ne peut s'occuper de tous les aspects de la vie à bord. Souvent en uniforme, l'hôtesse est indispensable et bien rémunérée. Photo © Marie Dufay Les filles au fourneau !
A la suite de mon second hivernage en Sardaigne, j'ai reçu pas moins de 30 propositions d'embarquement en tant qu'hôtesse, sur toutes sortes de bateaux et pour toutes sortes de navigations ! J'ai donc pu choisir celui qui me convenait le mieux, à savoir un job d'hôtesse-marin sur un bateau moteur de 60 pieds, amarré à cinq mètres de mon voilier, qui ne faisait que des sorties à la journée. Cela me permettait de rentrer chaque soir "à la maison" et de ne pas subir la promiscuité parfois pesante d'un long embarquement estival.
Mais, outre que les bateaux moteur ne sont pas ma tasse de thé, après six mois de ménage, de cuisine et de sourires obligatoires, j'étais vraiment heureuse de retrouver ma vie simple à bord d'Astuce. Il faut être de bonne composition pour servir des clients exigeants au pas de charge, dix à quinze heures par jour, nettoyer leurs toilettes, faire la vaisselle de dix personnes à la main, repasser dans le roulis ou nettoyer la douche à la peau de chamois après chaque utilisation.
Au bout d'un certain temps, seul mon rôle de marin me donnait du plaisir ; au moins, tant que j'oeuvrais sur le pont pour les manoeuvres de mouillage ou d'amarrage, j'oubliais la "tanière" où j'étais confinée le reste du temps.
Reste la satisfaction du travail bien fait, récompensé jusqu'à 200 euros de pourboire pour une seule journée par des Russes plus que satisfaits. En binôme permanent avec le capitaine, il vaut mieux s'assurer que les caractères sont compatibles, l'espace vital de chacun bien défini, et que la guerre des sexes n'aura pas lieu à bord.

 

Femme… ou homme de ménage !En leur absence, les propriétaires ont souvent besoin qu"on entretienne leurs voiliers. Lustrer les inox, rincer le pont, faire l"avitaillement... est à la portée de tous.Photo @ M.D Marie Dufay
C’est moi qui l’ai fait… Vous excellez dans la couture, le matelotage ? Les yachts classiques ont besoin de vos talents, du gainage à la sellerie. Photo © Marie Dufay Matelotage, voilerie, mécanique et autres talents.
L'une des surprises de ce voyage a été de rencontrer ici et là des équipages multi-talentueux, capables de proposer à chacune de leurs escales divers services comme la réparation de voiles déchirées, du moteur, du système électrique...
Certains ont suivi une formation spécifique avant de quitter la terre ferme (par exemple aux Ateliers de l'Enfer, à Douarnenez), et embarquent une machine à coudre ou un poste de soudure à bord.
D'autres ont un bon diagnostic et sont naturellement doués pour réparer tout ce qu'ils touchent. Ils ne prennent pas cher pour leurs prestations mais, quand un client est satisfait, c'est tout le ponton qui est au courant et les commandes affluent ! Un bon moyen pour travailler partout, sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. Attention cependant à ne marcher sur les plates-bandes de personne...


Pêche au gros Et pourquoi pas officier sur un bateau de pêche au gros ? Il faut aimer naviguer vite et les journées sont longues, mais l'ambiance à bord est moins guindée que sur les bateaux de propriétaires. Photo © Marie Dufay Et aussi...
Quand on a vraiment envie ou besoin de travailler, qu'on est un poil débrouillard et sociable, on trouve partout le moyen de gagner de l'argent tout en vivant à bord. La Méditerranée est un creuset d'activités touristiques et les opportunités ne manquent pas. Les restaurants, les bars, les hôtels, les magasins (pourquoi pas tenter dans un shipchandler ?), les loueurs, les compagnies de charter, tout le monde a besoin d'un effectif plus important en été. Sans oublier la main-d'oeuvre sur les chantiers de construction : en Grèce, la demande est forte. Et qui sait, vos talents de musicien, d'acteur ou de photographe pourraient enfin s'avérer payants !


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Astuce, le bateau de notre périple Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure. Photo © François Chevalier Bon à savoir
. Bien évidemment, posséder un <Capitaine 200> ou un <BPPV> est un atout énorme : on zappe la case marin et on prend directement les commandes d'un bateau, avec un salaire et des conditions de travail plus alléchantes. Le permis côtier est presque indispensable. Selon le pavillon du bateau, votre nationalité et vos diplômes maritimes sont soumis à différents aspects juridiques, qui seront ou non à votre avantage. On peut aussi songer à démarcher les écoles de voile si on a un monitorat et qu'on parle plusieurs langues.
. Rares sont les femmes engagées comme simple marin : en Méditerranée, on a tendance à les reléguer aux tâches moins physiques d'hôtesse ; les préjugés sont tenaces !
. Loin des vicissitudes administratives françaises, il est tentant d'accepter un travail non déclaré, surtout qu'on est souvent payé en cash, au jour le jour. Un risque que certains n'hésitent pas à prendre. Mais, dans la majorité des cas, on vous proposera un contrat, surtout si votre mission dure plusieurs mois ; c'est aussi un bon moyen de s'assurer que vous ne lâcherez pas le navire en pleine saison...
. De manière générale, on paie bien en Méditerranée : gagner 100 euros/jour comme hôtesse ou marin est assez fréquent, surtout dans les ports cossus. Sans oublier les pourboires, qui peuvent quasiment doubler votre salaire si vous travaillez en charter.

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Bon à lire

. <Le guide des jobs à bord>, de François Pont, La Dernière Colline Editions (48 rue des Trois Frères, 75018 Paris). Embarquer sur un bateau de charter Même si naviguer à 40 noeuds avec 2 400 chevaux aux fesses n'est a priori pas tentant pour les amoureux de la voile, c'est pourtant sur ce genre d'unités qu'on a le plus de chance d'embarquer comme marin ou hôtesse. Photo © Marie Dufay

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