Actualité à la Hune

La croisière sans souci (3)

Enfants à bord : évitez la mutinerie !

Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Et quand on embarque nos enfants, mieux vaut connaître quelques petites astuces pour les ménager, les occuper... et éviter la mutinerie !

  • Note :

    0 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 4667 consultation(s)
  • Publié le : 10/07/2010 - 00:29

La cabane sur la mer ! Que le bateau soit petit ou grand, confortable ou spartiate, l'important c'est que les enfants s'approprient l'espace, se fabriquent la dans laquelle ils aiment jouer et se raconter des histoires. Photo © Delphine Fleury

C'était pas plus tard que lors de notre dernière croisière. Il faut croire que j'avais oublié - ignoré, plutôt - tous les principes élémentaires en matière de navigation avec enfants.

Puisque nous voulions aller loin (si tout allait bien, jusqu'en Corse), il ne fallait pas perdre de temps. Tracer direct vers les Calanques, pour commencer, et après on verrait. Le premier jour, nous sommes donc partis avec un force 3 à 4 prévu, qui s'est révélé être plutôt à 5 les premières heures. Juste ce qu'il faut pour que nos trois matelots soient assommés d'entrée, groggy pour la journée. On a navigué onze heures d'affilée. Sous la pluie. Et on a snobé le port, pour un beau mouillage solitaire... et un peu rouleur.

Le petit matin fut magique, les calanques pour nous seuls. Mais les deux grands ne rêvaient déjà plus que de débarquer.

Nous avons tant bien que mal rattrapé le coup, mais on ne m'y reprendra plus. Et si je peux vous éviter la mutinerie, voici quelques conseils, que je m'efforcerai d'appliquer moi aussi, pour que nos enfants comptent les jours qu'il leur reste à naviguer, plutôt que ceux qui les séparent du retour ! Et qu'à peine rentrés, ils en redemandent.


Principe numéro 1 : naviguer peu !

J'inverserai la proportion, privilégiant longues escales et courtes navigations, au lieu du contraire. Les enfants n'adorent jamais autant le bateau que lorsqu'il est au port, qu'ils peuvent jouer sur le ponton, rentrer et sortir de leur <cabane> à loisir. En navigation, puisqu'ils n'ont pas le droit, sauf exception, d'aller et venir sur le pont (sécurité oblige !), et que rester dans le cockpit avec nous, ça ne les amuse pas bien longtemps, ils passent le plus clair de leur temps dans le carré ou la cabine. Pour des vacances au grand air, ce n'est pas tout à fait l'effet escompté !

Bref, dorénavant, je m'efforcerai d'adapter mon programme à cet état de fait : deux ou trois heures de navigation quotidiennes maximum, le reste du temps étant employé à la baignade, la promenade, les rencontres...

Ce qui n'exclut pas forcément les longues traites. On peut, comme le font bien des marins qui sont déjà passés par là, choisir de couvrir les longues distances de nuit : on part une fois que tout son petit monde est couché ; et les bambins se réveillent le matin dans un nouvel environnement, qu'ils ont toute la journée pour explorer. C'est le procédé idéal - à condition de pouvoir tenir le coup ou compter sur des relais pour assurer la journée, car quand vous êtes cuit par une nuit de veille, les enfants, eux, sont en pleine forme !

Autre expédient, pas mal non plus : quand on a la possibilité de confier ses enfants, à leurs grands-parents par exemple, on effectue les convoyages aller et/ou retour sans eux, et on ne les prend à bord que pour le <coeur> de la croisière, cabotage et farniente. C'est, pour cet été, la solution que nous avons retenue. Et tout le monde est content !

Garder les pieds sur terre Avec des enfants, les moments de navigation doivent être courts, pour ne pas être trop vite associés à des temps d'ennui. Pour qu'ils y trouvent leur compte, il faut se ménager de belles journées de découverte à terre - ou même à la plage, comme tout le monde ! Photo © Delphine Fleury
Principe numéro 2 : les motiver

Les enfants se fichent d'aller voir le mont saint-Bidule ou les ex-voto de la chapelle de Port-Machin. Jusqu'à 10 ans, ce qui les intéresse, c'est la glace Schtroumpf de Porquerolles, le manège de Port-Joinville ou les célèbres pizzas de Saint-Malo ! J'en tiendrai compte dans le programme, et je trouverai des objectifs qui les motivent. Aller retrouver des cousins ou des amis, visiter tel aquarium, tel zoo, louer des vélos, prendre un téléphérique ou retourner dans ce parc où ils s'étaient tant amusés l'an dernier, ça leur parlera plus que la visite d'un musée ou une grande randonnée.

Même si, au passage, ils visiteront ce musée, et feront - avec plaisir, en plus - la randonnée. Tout réside dans la façon de le leur présenter !


Principe numéro 3 : les intéresser

A la manoeuvre, à la navigation. Selon leur âge et leur caractère, cela se fait avec plus ou moins de facilité. Le tout est de les laisser s'approprier l'espace et prendre leur place. Le petit aime bien mouliner au winch, même quand il n'y a pas de bout dessus ? Qu'il s'amuse ! La grande est fière de savoir barrer ? Je ne la reprends pas toutes les cinq secondes, même si le sillage fait d'affreux zig-zags.

Un bon moyen pour les intéresser : organiser des jeux, des défis, participer à leurs concours spontanés. Les navigations sont propices au perfectionnement dans l'art des noeuds, les mouillages au maniement des avirons, les nuits à l'identification des étoiles - ou à leur comptage ! L

a table à cartes ne doit pas leur être interdite : ils sont au contraire ravis de pouvoir lire, sur la carte marine, d'où ils sont partis, où ils seront tout à l'heure et à la fin de la semaine. Fiers de pouvoir nous annoncer notre vitesse au GPS, ou de commencer à comprendre le maniement de la règle Cras. Bref, ils ne demandent qu'à participer, ne les décevons pas !

Marins en herbe Profitons des belles journées et de la météo clémente pour leur confier la barre, les solliciter à la manoeuvre ou les initier à la navigation, mais en restant souple : s'ils en ont assez au bout de cinq minutes, n'insistons pas - on recommencera demain ! Photo © Delphine Fleury
Principe numéro 4 : les occuper

Pas question d'être pris au dépourvu : on emporte toujours le nécessaire pour occuper les longues soirées d'été, les jours de pluie ou de grand vent. Il faut bien sûr qu'ils aient leurs jeux ou livres préférés du moment, et puissent recréer leur univers familier. Les livrets de jeux, coloriages ou cahiers de vacances sont parfaits pour les après-midi. Même ces satanées consoles électroniques ont l'autorisation de pénétrer à notre bord : la croisière, ce n'est pas le bagne !

Et si nous interdisons le lecteur DVD portable en navigation, il nous permet d'avoir quelques soirées tranquilles, en tête à tête, pendant que les enfants font <soirée cinéma> dans leur cabine... Mais à l'heure du <tout écran>, on ne néglige pas pour autant les jeux collectifs, promesses de bons moments partagés. Notre classique du bord : le Uno, jeu de carte accessible dès 5 ans, bien plus palpitant que la bataille !

Repos du guerrier Le petit lecteur DVD, assorti d'une sélection de leurs films préférés, fait aussi partie du voyage. On en limite l'usage - les soirées et hors navigation uniquement -, mais nous lui devons quelques précieuses plages de tranquillité, vitales quand on vit dans un espace si réduit. Photo © Delphine Fleury
Principe numéro 5 : les sociabiliser

Si les vacances en bateau se résument à un long tête-à-tête avec les parents, tout le monde finit par se lasser. Le bateau est aussi un vecteur de rencontres, et les enfants savent fort bien dépasser leur timidité lorsqu'ils croisent leurs semblables.

Notre programme doit donc être assez souple pour prolonger éventuellement une escale ou modifier une destination lorsque les enfants se sont liés avec les voisins de ponton ou de mouillage. Par ailleurs, inviter des copains terriens à bord, pour une semaine ou juste pour une journée, peut rendre de grands services : même en pleine crise <le bateau c'est nul>, ils portent en leur présence un tout autre regard sur cette expérience, et sont très fiers de montrer leur cabane, leurs gestes assurés, leur savoir-faire - fiers de leur différence, finalement !


Principe numéro 6 : les responsabiliser

C'est une nécessité vitale pour nous et ça tombe bien, ils ne demandent que cela. A bord, chacun est responsable de son petit espace, les enfants doivent plier leurs vêtements, ranger les jouets sitôt qu'ils ont fini de jouer avec. Tout le monde participe à maintenir le bateau en ordre, c'est une question de sécurité !

Les enfants contribuent aussi aux tâches quotidiennes et comme tout est plus rigolo sur un bateau, ils se battraient presque pour faire la vaisselle à l'eau de mer, nous aider à la cuisine, au bricolage ou à la manoeuvre. Je veille à les associer aux petits gestes quotidiens et je leur confie des missions - garder l'annexe, fermer le bateau, débrancher le tuyau d'eau. Ils gagnent en autonomie et se sentent grandis !


...........
A faire

. Donnez-leur le programme. Ils ont besoin de savoir ce qui les attend, combien de temps on va naviguer, où on va. On les aide à visualiser routes et distances sur la carte, on leur donne des informations sur les escales à venir, bref, on les associe un peu aux décisions et ils l'apprécient.

. Prévoyez des réserves de goûters. La mer, ça creuse et en navigation, les enfants ont toujours envie de grignoter, ne serait-ce que pour passer le temps. Pensez-y au moment de faire l'avitaillement, et achetez les fruits, compotes, fromages ou barres de céréales qu'ils aiment si vous ne voulez pas qu'ils se gavent toute la journée de sucreries !

. Établissez des règles en début de croisière et rappelez-les souvent. Par exemple, nous leur demandons, pour chaque entrée ou sortie de port, et pour l'arrivée dans un mouillage, de rester dans la cabine. A la fois pour qu'ils ne nous gênent pas dans ces moments où l'on a besoin de calme, et par sécurité : c'est lors de ces manoeuvres que les accidents peuvent vite arriver.

Des moments d’exception En croisière, les enfants grandissent plus vite ! Entre les impératifs de la navigation, le partage d'un lieu exigu, le contact avec la nature et le sentiment de vivre des moments d'exception, ils font à chaque fois un grand bond. Photo © Delphine Fleury
A ne pas faire

. Ne leur donnez pas le programme ! C'est-à-dire que toutes les informations que vous leur donnez (vues dans <à faire>) doivent absolument être conjuguées au conditionnel. Il faut toujours mettre des <si>, car la météo et les aléas de la navigation peuvent à tout moment bouleverser le planning établi, et ils doivent y être préparés.

. Ne leur interdisez pas tout au prétexte de la sécurité, vous risquez de les dégoûter. Par exemple, nous les autorisons à ne pas porter le gilet en navigation lorsque le temps est calme ou que nous sommes au portant, à condition qu'ils ne sortent pas du cockpit et y restent bien assis. Et nous leur permettons d'aller à l'avant quand nous sommes au moteur. Cela représente pour eux des plages de liberté qu'ils apprécient (nous reviendrons en détail sur ces points dans un prochain article concernant la sécurité).

. Ne leur donnez pas trop de responsabilités. Les conduire vers plus d'autonomie, ce n'est pas leur confier des tâches qu'ils ne sont pas capables d'assumer. On peut leur demander de veiller sur les cadets ou de prendre la barre pendant qu'on cuisine, mais sur de courtes périodes, et dans les moments de calme. Et il n'est pas bon non plus de profiter de leur mobilité pour leur demander à tout bout de champ d'aller chercher la veste, la polaire ou l'appareil photo à l'intérieur, ça ne les amusera qu'un temps !

...........
Les détails auxquels on ne pense pas forcément

. Vive les douches collectives ! Nous n'y avions pas pensé, mais c'est une famille rencontrée à Porquerolles qui nous l'avait conseillée : il y avait là une douche collective, réservée aux personnes handicapées et aux familles. Au lieu de passer à tour de rôle, chacun avec un enfant, puis de revenir plus tard avec le petit dernier, nous sommes entrés tous les cinq dans cette grande salle de bains, avec la poussette ! C'était plus pratique, plus économique, et nous avons trouvé l'expérience très rigolote : désormais, nous guetterons les sanitaires équipés de la sorte.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)