Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! A commencer par les manoeuvres de port, sujet d'angoisse s'il en est, que j'ai domptées une fois pour toutes. Non mais !
Note :

Ah, les manoeuvres de port ! Qui n'a jamais tremblé à l'idée de devoir rentrer son bateau là, dans cette minuscule place, en public et en marche arrière ? J'avoue, je me suis longtemps reposée sur les talents de mes co-équipiers, évitant de prendre la barre au moment de l'arrivée au port. Et c'est à l'occasion d'un reportage, dans le but d'écrire un article didactique sur les manoeuvres de port - tiens donc ! - que j'ai eu l'opportunité voici quelques années de participer à un stage spécifique sur ces manoeuvres.
En trois jours, à trois stagiaires, nous avions enchaîné une cinquantaine d'accostages et autant de départs, dans tous les sens et par tous les temps. Résultat : aujourd'hui, je suis capable de faire rentrer mon petit voilier de trois mètres de large dans une place qui n'en fait plus que deux (c'est-à-dire que mes voisins prennent leurs aises...), sans même un pincement au coeur.
Pour faire référence au titre de cet article, la première règle à retenir pour ne plus avoir peur des manoeuvres de port, c'est donc d'en faire, et d'en refaire ! Pour le reste, tout est question de préparation et d'anticipation. Voici, en huit étapes clés, quelques conseils pour réussir vos manoeuvres de port par temps calme, lorsque vous revenez d'une sortie en mer.
Avant de commencer la manoeuvre, tout doit être prêt : les aussières sorties, les défenses nouées sur les filières, l'équipage sur le pont. Quand je ne connais pas la hauteur du quai ou des pontons, je dispose les pare-battage assez haut, au niveau du liston.
Photo © Laurent Charpentier
1. Je prépare mes amarres
Avant de savoir où on va aller tourner ses amarres, on peut déjà les sortir des coffres et les préparer. Pour les places à quai ou sur cat-way, j'en amène une à l'avant et une à l'arrière, et je ne les passe au taquet qu'une fois que j'ai repéré sur quel bord il faudra s'amarrer. En Méditerranée, la plupart des places sont sur pendilles : je prépare tout de suite mes deux aussières à l'arrière pour amarrer le cul du bateau, mais ne mets rien sur l'avant puisqu'on y frappera la pendille.
2. J'installe les défenses
Elles sont à disposer en priorité au niveau du maître-bau, car c'est là que le bateau va toucher ses voisins ou le ponton. Je n'assure pas le cabestan avec une demi-clé comme on le voit souvent, je préfère pouvoir ajuster la hauteur de mes défenses en faisant coulisser le noeud une fois que j'aurai vérifié où elles seront le plus efficaces.
3. J'observe les conditions
Avant même d'avoir identifié la place qu'on m'a attribuée, je lève les yeux sur la girouette pour connaître l'orientation du vent dans le port (qui par effet de site peut ne pas être la même que dehors...). J'en estime aussi la force, pour définir à quelle vitesse il me faudra manoeuvrer, et s'il faudra en tenir compte dans ma trajectoire. Si j'ai le choix, j'opte pour une place dans laquelle l'arrivée se fera face au vent : au lieu de me pousser contre le quai, il m'aidera à freiner pour arriver en douceur.
4. Je définis une <stratégie>
Maintenant que j'ai repéré la place, je connais son orientation et son voisinage, j'ai tous les éléments pour définir ma stratégie d'approche. Marche avant ou arrière ? Tribord ou bâbord à quai ? Un peu ou beaucoup de gaz ? C'est le moment de mettre en place les aussières du bon côté, d'ajuster la hauteur des pare-battage et de répartir les rôles à bord. Qui descend sur le ponton avec une aussière, qui reste à bord avec un pare-battage à la main ?
Lorsque j'entame la manoeuvre, j'ai déjà une idée précise de ce qui va se passer : j'ai visualisé l'arc de cercle que je vais décrire, et me suis assurée que chacun à bord sait ce qu'il a à faire. Cela évite les cafouillages et les cris !
Photo © Laurent Charpentier
5. J'estime ma trajectoire
Arrivée en marche avant sur un quai visiteurs, dans une place avec cat-way ou en marche arrière, entre deux bateaux, cul au ponton : je visualise toujours, avant de commencer la manoeuvre, la trajectoire qu'il me faudra décrire, en fonction de l'espace libre dont je dispose et de la plus ou moins grande prise au vent que je vais offrir.
6. Je règle et j'adapte ma vitesse
C'est parti ! Pendant que je suis dans l'espace libre, j'ajuste ma vitesse à la distance qu'il me reste à parcourir. Mon plaisir est de trouver le point d'équilibre où le bateau est encore manoeuvrant, mais juste assez lent pour finir la manoeuvre sur l'erre (*), sans même que j'aie besoin de donner un coup d'arrière pour stopper le bateau. En général, dans le petit temps, puisque la prise au vent est négligeable, je suis déjà au point mort à une ou deux longueurs avant d'entamer le virage.
7. J'immobilise le bateau
Si la manoeuvre n'a pu être faite suffisamment en douceur, il faut arrêter le bateau. Le barreur donne un bref coup de marche arrière pour casser l'erre, ou l'équipier descendu à terre avec une aussière à la main fait rapidement un tour mort autour du taquet ou de la bitte pour stopper le bateau.
8. Je m'amarre dans les règles
Maintenant, on prend son temps ! On ajuste encore les défenses, on en rajoute une si besoin à l'endroit où la pression est la plus forte, et on amarre proprement le bateau, avec pointes, gardes et pendille s'il y en a une (l'amarrage sur pendille fera l'objet d'un prochain article). Quand c'est possible, j'aime bien passer les amarres en double : je fais juste un tour mort dans l'anneau ou le taquet sur le quai, et les faire revenir à bord pour pouvoir les régler depuis le bateau.
> ABC
(*) L'erre : c'est la vitesse que garde le bateau une fois qu'il cesse d'être propulsé. Un bateau continue à naviguer <sur l'erre> lorsqu'on a mis le moteur au point mort, ou lorsqu'on a affalé les voiles. On peut <casser l'erre>, d'un coup de marche arrière, pour stopper le bateau.
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Les détails auxquels on ne pense pas forcément...
En marche arrière, l'hélice ne tourne plus dans son sens naturel et a tendance à faire chasser le cul du bateau. Une fois que j'ai identifié de quel côté il dérape, j'en tiens compte dans mes manoeuvres et je lance la marche arrière en donnant un bref coup de fouet pour le contrer au plus vite.
Photo © Laurent Charpentier
. Tenez compte du pas d'hélice. En marche arrière, le cul du bateau a tendance à se déporter d'un côté ou de l'autre, selon le sens de rotation de l'hélice. Ce <pas d'hélice> est toujours plus fort au moment où l'on enclenche la marche arrière. Quand l'espace entre les pannes n'est pas grand et que je dois accoster en marche arrière (c'est presque toujours le cas en Méditerranée), je vais toujours faire demi-tour à un endroit où il y a davantage d'espace, pour rentrer déjà en marche arrière dans ma panne.
. Ayez toujours une bonne visibilité. Depuis la barre, plus le bateau est grand, et moins on peut voir ce qu'il y a sur l'avant. L'astuce, lorsqu'on navigue en équipage réduit et qu'il n'y a personne à l'étrave pour vous dire à quelle distance vous êtes, c'est de faire ses manoeuvres en marche arrière, puisque de là, on est aux premières loges !
Surtout pas de pieds ou de bras qui dépassent ! Le mieux est de confier à un équipier un pare-battage
. Prévoyez un pare-battage <volant>, que vous n'amarrez pas aux filières et que vous gardez à la main pour parer à tout choc. C'est bien plus efficace que l'encombrante gaffe et surtout moins dangereux que de mettre le pied.
. Coupez le moteur dès que le bateau est stabilisé. C'est plus cool de finir d'amarrer le bateau sans ce pénible brouhaha, et bien plus agréable pour les voisins de ponton.
> A ne pas faire
. Ne criez pas, ne gesticulez pas, ne vous énervez pas ! Une belle manoeuvre s'exécute dans le calme : on reconnaît un bon skipper et un équipage heureux quand on ne les a pas entendus arriver !
. Ne maltraitez pas la manette des gaz à grands coups d'avant-arrière. Par temps calme, ce n'est pas nécessaire : alternez entre marche avant lente et point mort pour moduler votre vitesse en douceur et venez <mourir> sur votre place.
. Ne bondissez pas de loin sur le ponton pour arrêter le bateau à la main. Attendez que le voilier soit assez près et bien ralenti pour descendre sans précipitation avec l'aussière à la main, puis faites immédiatement un tour mort sur le taquet pour stabiliser le bateau.
Inutile de sauter comme un cabri sur le ponton avant que la manoeuvre soit terminée ! Ici, même s'il a l'air de bondir, l'équipier a attendu que le bateau soit tout près pour descendre, l'aussière à la main.
Photo © Laurent Charpentier
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Des stages pour vous <décoincer>
Si vous avez une boule au ventre à l'idée de devoir assurer seul les manoeuvres de port sur un voilier de location (ou sur le vôtre), n'hésitez pas : offrez-vous un stage. L'école des Guides de Haute Mer avec laquelle j'avais suivi cette formation n'existe plus, mais quelques écoles de croisière offrent toujours soit des stages exclusivement réservés aux manoeuvres de port, soit des formations dans lesquelles cet aspect est abordé dans le détail.
J'ai notamment relevé celles-ci :
. Freesailing, stage manoeuvres de port, 06.81.14.27.02, www.freesailing.fr
. MACIF Centre de Voile, stage à dominante manoeuvres de port, 05.49.09.44.41, www.mcv.asso.fr
. Vent du Large, formation manoeuvres de port, 06.15.32.69.50, www.ventdularge.com
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Deux trucs pour finir
. Un brin d'astuce. Puisqu'il faut que les amarres passent par-dessus les filières, je gagne du temps à laisser la glène bien lovée sur le pont, et ne faire passer qu'un brin libre par-dessus les filières pour l'amarrer au taquet.
. Aller-retour. Si les taquets sont trop petits pour supporter deux noeuds de taquet l'un sur l'autre, je fais un noeud de chaise avec le brin qui part du bateau. Je peux ainsi faire revenir l'aussière à bord, pour régler la longueur depuis le bateau, et la frapper sur le taquet sans sur-épaisseur.
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Vos commentaires
Bon déroulé, vous oubliez cependant de préciser que l'excédent d'amarrage doit être à bord et non sur le quai/catway : d'où ma préférence pour un nœud de chaise . L'amarre est mise en double avant le départ (cela lui évite également de raguer inutilement)
Bonjour, il me semble pourtant que Delphine insiste deux fois sur le point que vous soulevez. Elle dit d'abord : "Quand c’est possible, j’aime bien passer les amarres en double : je fais juste un tour mort dans l’anneau ou le taquet sur le quai, et les faire revenir à bord pour pouvoir les régler depuis le bateau." Et, plus loin : "Si les taquets sont trop petits pour supporter deux nœuds de taquet l’un sur l’autre, je fais un nœud de chaise avec le brin qui part du bateau. Je peux ainsi faire revenir l’aussière à bord, pour régler la longueur depuis le bateau, et la frapper sur le taquet sans sur-épaisseur." Amicalement, Hervé, Voiles & Voiliers
Bonjour, très intéressant!. un hors série spécial manœuvre par petit temps et gros temps au port comme en mer serait le bienvenu...
Je n'ai rien à dire sur le fond de l'article. Sur la forme, je suis un peu choqué par l'emploi à répétition du terme "pare-battage" "Le mot Défense figure dans l'encyclopédie méthodique marine ( http://www.ancre.fr/manuel02.htm ) En regard, les mots pare battage, ou pare bat ou pendouilles n'y sont pas. Les dictionnaires récents comprennent des mots qui il y a peu d'années n'étaient pas français..." En l'espèce, je trouve ce mot très laid, long et difficile à écrire, alors pourquoi inventer un nouveau mot alors que "défense" existe, est simple à orthographier et écrire - même sur son téléphone intelligent - et qu'on comprend parfaitement ce qu'il veut dire?
trés bon article et excellents conseils , et le mot d'ordre est "courage allons y !" reflexion préalable et concentration car comme le disait mon skipper préféré "même par temps calme si tu passes plus de temps à executer ta manoeuvre que tu en as mis à la préparer c'est pas bon pour le jour ou .... pour les manoeuvres de port téléchargez cet excellent document http://www.ventdularge.com/cours-en-ligne/cours_manoeuvres-port_amarrage.pdf amicalement