Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée - et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! On appareille ? Là, tout de suite ? Attendez, il me reste deux ou trois choses à faire !
Note :
Voici enfin venu le moment d'appareiller. Mais... êtes-vous sûr d'être prêt ? Vannes, hublots et panneaux fermés ? Navigation préparée ? Objets susceptibles de voler en cas de gîte immobilisés ? Alors... larguez les amarres !
Photo © Frédéric Augendre

> En tant qu'équipière, j'ai souvent constaté qu'il y a un moment où le skipper, pressé de partir, lance le moteur et met la pression à tout l'équipage, qui doit s'agiter pour terminer les préparatifs à la hâte. C'est là que, pour ne pas accentuer son impatience, on oublie de vérifier la fermeture des hublots ou de caler la vaisselle. Et bing ! La bouilloire traverse le carré au premier coup de gîte. Et bang ! on se prend une petite réflexion bien sentie. Et la croisière commence avec des tensions dont on aurait bien pu se passer ! C'est pourquoi je n'hésite plus, en tant qu'équipière, à imposer un délai supplémentaire au skipper lorsque tout n'est pas prêt. Même s'il grogne un peu sur le moment, je sais que le départ n'en sera que moins stressant.
> En tant que skipper, je veille à donner des instructions à chacun, ou bien je fais les choses moi-même, à mon rythme. Mais j'ai toujours en tête la liste des choses préparer ou à contrôler.
Au fil du temps, ces mille et une petites vérifications deviennent une habitude pour tout l'équipage, et on n'a même plus besoin d'en parler. Récapitulatif des indispensables petits gestes à exécuter avant de partir en mer.
. Je prends la météo. D'abord par Internet chez moi, puis à la capitainerie avant de partir, même pour une petite sortie. Si j'entreprends une croisière de plusieurs jours, je confirme avec une météo payante à cinq jours par téléphone (je n'ai ni Navtex, ni moyen de recevoir des fichiers grib à bord) pour valider le choix des escales : on naviguera plus longtemps les premiers jours si les conditions sont bonnes ou si elles promettent de se dégrader ensuite, on reverra au contraire nos ambitions à la baisse si on doit naviguer au près ou si le vent est aux abonnés absents.
. Je repère la route du jour sur la carte, calcule le nombre de milles à parcourir et estime le temps de navigation. Je note le premier cap à suivre, la première marque (cardinale, cap) à passer. J'entre les waypoints dans le GPS. Quand je navigue en Atlantique, je note les horaires des marées sur le Livre de bord, calcule les hauteurs d'eau à l'escale prévue si besoin et je consulte la carte des courants.
. Je consulte les guides (Bloc Marine, Pilote Côtier, Imray) pour me renseigner sur la configuration des ports ou mouillages visés, voir s'ils sont bien abrités, identifier les éventuels dangers.
. Je déplie la carte sur la table à cartes, en laissant la barre des latitudes visible pour pouvoir reporter les distances au compas. Je sors aussi le compas à pointe sèche et le crayon gris (idéalement ils ont un support prévu au-dessus de la table à cartes).
. Si je navigue de nuit, je consulte le <Livre des feux> et note les caractéristiques des feux qui m'intéresseront, aux caps importants et à destination. Je laisse le livre en évidence, marqué à la bonne page.
. Je vérifie les piles du GPS portable. J'en ai toujours un jeu d'avance, accessible facilement (toutes les piles sont stockées dans une boîte en plastique étanche).
. J'allume les instruments, j'enlève les caches.
. Je sors les gilets gonflables ou brassières, marqués ou identifiés pour chaque membre d'équipage. Je les dispose à un endroit facilement accessible et connu de tous.
. Je ferme les vannes des toilettes et de l'évier. En navigation, on ne les ouvrira qu'à la demande.
. Je ferme et verrouille tous les hublots et panneaux.
. Pour une navigation de nuit, je prépare des bâtons de cyalume (j'en ai quelques-uns dans un équipet) que chacun glisse dans la poche de son ciré et je sors les lampes frontales. Je vérifie que les feux de route fonctionnent.
. Je vérifie que l'armement de sécurité obligatoire est bien à bord et si ce n'est pas mon bateau, je l'inventorie méticuleusement.
. Avant une traversée de plus de 24 heures, je téléphone toujours à une personne proche pour la prévenir que j'appareille. Je lui donne une fourchette très large pour l'heure estimée d'arrivée, en rajoutant quelques heures de marge ou quelques jours pour une longue distance, pour ne pas l'inquiéter si la traversée dure plus longtemps que prévu. Mais elle pourra alerter les secours si jamais elle n'a pas de nouvelles passé ce délai.
En début de saison ou avant une traversée, une inspection du mât s'impose. Notez qu'un adhésif type Greytape sert à tout, y compris à protéger les voiles contre le ragage des barres de flèche.
Photo © Delphine Fleury
Pont, moteur et gréement
. J'enlève le taud de grand-voile, je sors et prépare le génois et ses écoutes (le mien n'est pas sur enrouleur), je vérifie que les bosses de ris sont bien passées, je sors les manivelles de winch.
. J'ouvre le capot moteur pour vérifier qu'il n'y a pas d'eau ou de gasoil sous le bloc-moteur, j'ouvre la vanne d'arrivée d'eau. Je contrôle le niveau de gasoil, le bidon de rechange, et je m'assure que la vanne du réservoir de gasoil est bien ouverte.
. Je démarre le moteur quelques minutes avant de partir et le laisse tourner un peu.
. Si on n'a pas navigué depuis longtemps, ou avant une traversée, j'inspecte le gréement, le sertissage des haubans, les réas de drisses en tête de mât, la fixation des antennes et girouette. Sur le pont, je jette un coup d'oeil aux ridoirs et vérifie que les goupilles sont toujours en place.
Confort et estomac
. Je prépare le repas à l'avance ou à défaut, je décide au moins de ce que l'on mangera, et dispose les ingrédients nécessaires à portée de main. Pour les premiers jours de navigation, je ne suis pas trop ambitieuse : soupes, sandwiches, salades ou pâtes sont vite prêts et contentent tout le monde.
. Je sors plusieurs bouteilles d'eau des coffres et je les range à un endroit accessible de tous.
. Si le départ a lieu le soir, je prépare du thé dans un thermos pour la nuit.
. Je prépare, dans un équipet proche de la descente, une réserve spéciale : petits gâteaux, barres de céréales et fruits secs, pour les coups de pompe.
. Je veille à ce que chacun soit bien habillé - chaussures de mer, vêtement polaire, veste sur soi ou à portée de main - et bien couvert si on aborde une navigation de nuit.
. Je rassemble les petits indispensables dans <l'équipet à tout faire> (voir plus loin) : crème solaire, lunettes, appareils photos, téléphones portables...
. Tout le reste (vaisselle, livres, vêtements, duvets, jouets des enfants) est rangé : je m'assure avant de partir qu'il n'y a rien qui traîne et qui risque de se faire la malle au premier virement de bord. Tout le monde est prêt ? En route !
Des vêtements adaptés et une boisson chaude : les meilleurs alliés pour une belle navigation de nuit ou par temps frais.
Photo © Delphine Fleury
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Les détails auxquels on ne pense pas forcément
. Je trouve toujours un endroit, dans le bateau, qui sera destiné à recueillir tous les petits objets utiles en navigation. Ça peut être un équipet près de la descente, un tiroir dans la table à cartes ou un filet, mais c'est un fourre-tout qu'on ne change jamais et que tout le monde connaît et utilise. C'est là qu'on range les clés du moteur, la crème solaire et les appareils photos, les lunettes, le couteau à tout faire, le démanilleur, le briquet pour le gaz...
. J'ai toujours avec moi un petit cahier, indépendant du journal de bord, dans lequel je consigne les informations pratiques essentielles. J'y note le bulletin météo pris à la VHF, les distances entre les prochaines escales, les waypoints à entrer dans le GPS, les fréquences des feux, la liste des petites choses à faire ou à acheter, bref, ce <carnet du bateau> est un pense-bête qui ne me quitte jamais !
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> A faire
. Quand vous partez en équipage, déléguez. L'un est chargé à chaque fois de ranger et sécuriser l'intérieur, l'autre de passer les amarres en double, de sortir les manivelles de winch... Cela crée rapidement des automatismes qui rendent les appareillages plus légers.
. Il n'y a rien de pire, quand on n'est pas bien amariné, que de devoir aller toutes les dix minutes fouiller dans les coffres, en soulevant les coussins et en déplaçant les sacs, pour trouver la bouteille d'eau, le Sopalin ou la crème dessert. Sortez à l'avance tout ce dont vous aurez besoin.
. Si vous êtes un peu angoissé par les départs, vous pouvez toujours vous constituer une check-list à afficher dans le carré et à consulter avant de larguer les amarres pour vous assurer que vous n'avez rien oublié.
> A ne pas faire
. Ne comptez pas sur les autres pour exécuter certaines tâches sans le leur dire ! Le rôle du skipper est de donner à chacun des missions précises et de s'assurer ensuite qu'elles ont bien été réalisées. Les <ah, je pensais que tu l'avais fait> peuvent s'avérer dangereux en bateau.
. Ne vous dites pas que ce que vous n'avez pas eu le temps de faire, vous le ferez en navigation. Car si la mer est plus agitée que prévu, le vent plus fort, ou l'équipage pas aussi amariné que vous le pensiez, des choses toutes simples à faire au port peuvent s'avérer acrobatiques, désagréables, voire impossibles à réaliser en mer.
Pratiques et pas chères, les boîtes en plastique permettent de tout ranger à bord, de la nourriture au petit outillage, tout en protégeant de l'humidité.
Photo © D.R.
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Pratique et bricolage :
les indispensables
Outre la traditionnelle caisse à outils qui contient pinces, clés, tournevis, scies, limes et le petit accastillage de rechange, voici une liste des petits plus qui facilitent grandement la vie à bord :
> un rouleau de Greytape : pour tout réparer, fixer, protéger, coller.
> une bombe de WD40 : pour dégripper, graisser, protéger.
> un tube de Sikaflex : super pour coller, étanchéifier, fixer.
> des rouleaux de Sopalin : parce que ce n'est pas pour rien qu'on les appelle <essuie-tout> !
> une lampe frontale par équipier : elle doit faire partie de l'équipement personnel de chacun.
> un Leatherman ou un vrai bon couteau suisse : à avoir dans la poche ou à portée de main pour tous les petits bricolages d'appoint.
> un rouleau de garcette : parce qu'on a toujours quelque chose à amarrer, assurer, fixer.
> une chignole à main : pour percer des trous sans électricité.
> des piles de rechange : pour tous les instruments portables, les appareils photo, le réveil du bord...
> des boîtes en plastique étanches : pour tout ranger au sec.
> un baudrier d'escalade : à mon avis plus confortable et plus sûr que la chaise de calfat pour bricoler en haut du mât.
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Vos commentaires
Pour les navigations de nuit ou par temps froid, je n'emmène pas un thermos de thé mais plutôt un (ou plusieurs) thermos d'eau chaude. Cela permet de préparer au choix thé, café, tisane, chocolat chaud, soupe instantanée, Aiki nouilles, purée ou pâtes instantanées suivant les gouts de chacun. J'utilise un thermos à double paroi inox. La température de l'eau se conserve presque 24h, et il n'y a pas de risque de casse comme avec les thermos traditionnels qui contiennent une bouteille en verre.
Bonjour ! Comme quoi un "ptimousse" peut faire un grand capitaine... Merci pour votre contribution. Amicalement, Hervé , V&V