Actualité à la Hune

La croisière sans souci (4)

Sécurité : établissez vos propres règles

Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Place cette fois-ci à la sécurité à bord, ou comment se forger ses propres règles pour naviguer prudemment.

  • Publié le : 13/07/2010 - 06:28

Sécu : à chacun ses règles Faut-il porter le gilet toujours et par tous les temps ? C'est à vous de voir ! La sécurité du bord repose sur l'établissement de règles propres à chaque chef de bord, et adaptées au type de navigation, à l'équipage et aux conditions rencontrées. Photo © Delphine Fleury Huit ans de rubrique <Ça vous est arrivé>, ça laisse des traces ! A force de raconter et d'analyser, mois après mois, les déboires, mésaventures et accidents de mes semblables, force est de constater que je ne suis plus aussi insouciante que je l'étais à mes débuts !

En mer, à chaque fois qu'un événement se profile ou qu'un petit grain de sable vient s'immiscer dans la machine, c'est le catalogue des avaries possibles qui se déroule devant mes yeux. Démâtage, blessure, homme à la mer, collision, échouage... j'envisage en un éclair toute l'étendue des possibles - mais aussi toutes les parades et les solutions à ces drames en puissance.

Heureusement, tout cela ne m'a pas encore tourné la tête, et je ne navigue pas avec un bataillon de balises de détresse à la ceinture ! Disons que je suis plus consciente des risques de la navigation et que je reste vigilante. La sécurité ne se résume pas à une liste d'<armement> obligatoire (le choix du mot, c'est déjà tout un programme !), mais devrait plutôt être le résultat d'une réflexion et le fruit de l'expérience.

Ce sont surtout des gestes, des précautions, qui à mon sens doivent être intimement liés à la façon de naviguer, le type d'embarcation, les zones fréquentées, la composition et le niveau de l'équipage. Bref, la sécurité, ça s'apprivoise, ça se façonne, et c'est toujours en mouvement. Voici quelques-uns des points qui me paraissent importants.


1. Tenir compte de la météo

Ça paraît idiot, dit comme cela, mais c'est tout sauf anodin. Tenir compte de la météo, ça veut dire s'informer sur les conditions que l'on va rencontrer, mais aussi prendre les décisions qui s'imposent. Y compris rester au port une journée de plus s'il le faut, ou renoncer à la traversée prévue.

Le pire, en croisière, et l'une des plus courantes causes d'accident, c'est de passer outre les précautions usuelles pour coller à un agenda ou honorer un rendez-vous. En général, c'est quand on a un bateau de location à rendre samedi ou un équipier à débarquer dimanche que l'on force un peu le destin, en décidant que ce force 6 annoncé ne sera pas si terrible - sauf qu'il sera précisément dans le nez, montera à 7 en rafale et lèvera une mauvaise mer, ce qui n'est plus du tout aussi anodin.

J'ai parfois reporté des traversées, avancé des retours, et il m'est même arrivé de faire demi-tour lorsque la mer n'était pas assez maniable pour franchir un cap sans danger. J'ai peut-être raté quelques opportunités, mais il y a déjà bien assez d'occasions d'être surpris (surtout en Méditerranée !) pour ne pas se jeter dans la gueule du loup quand on le sait affamé !

Beau temps belle mer ! Mouillages corses, baignade et courtes navigations sur une mer d'huile : les conditions rêvées pour une croisière sans souci. Inutile d'être trop gourmand sur le parcours, le programme doit être adapté au profil et aux compétences de l'équipage. Photo © Delphine Fleury 2. S'adapter à l'équipage

A chaque équipage sa croisière. Avant de construire un parcours, il faut se demander avec qui on part, quelles sont les aptitudes et les envies des équipiers qui sont avec nous. Traverser la Manche aller-retour, avec escale aux Scilly à l'aller, détour par les Anglo-Normandes au retour, sur une semaine, c'est parfait si on connaît déjà le coin et si l'équipage est suffisamment entraîné pour pouvoir prendre ses quarts à la barre, veiller au grain et aux cargos. Sinon, gare ! Des équipiers malades ou pire, apeurés, peuvent vite transformer la croisière en calvaire, voire créer des situations dangereuses.

Le mieux est de se donner des objectifs plus que raisonnables, quitte à s'enhardir un peu si l'on sent, au bout de quelques jours, que tout le monde a envie d'aller un peu plus loin. Inversement, attention à ne pas se laisser influencer par des équipiers trop hardis, qui pourraient vous faire prendre des risques inutiles. Et restez ferme sur les règles de bord que vous avez fixées (voir plus loin).

3. Connaître son bateau, l'entretenir

La liste est longue de toutes les petites choses qui peuvent casser à bord, avec des conséquences plus ou moins gênantes sur le bon déroulement de la croisière. Entretenir régulièrement son bateau et contrôler les points sensibles - gréement, voiles, moteur, vannes et passe-coque, réas et bouts - est un gage de sécurité.

Sur un voilier de location, profitez de la présence du loueur au moment de l'inventaire pour faire avec lui des vérifications plus poussées : ouvrez les coffres, soulevez les planchers, vérifiez l'état de la chaîne de mouillage. Et ne partez pas bille en tête pour une traversée : une journée de prise en main ne sera pas inutile pour vous assurer que la grand-voile s'envoie sans mal, que l'étai n'est pas trop mou et que l'annexe n'est pas percée.

La dernière fois que j'ai loué, je n'ai pas hésité à demander au loueur de remplacer le tas de rouille qui tenait lieu de pince à haubans par une cisaille digne de ce nom. Je n'en ai pas eu besoin, heureusement, mais c'est toujours mieux d'y penser avant !

4. Fixer des règles de sécurité et s'y tenir

Doit-on porter le gilet en permanence, se harnacher dès que le vent dépasse force 5, interdire à quiconque de pisser par-dessus les filières et assurer des quarts dans le cockpit les nuits au mouillage ? Il n'y a pas de réponse définitive : à chacun de fixer ses propres règles, en fonction de son expérience, de son équipage, des conditions. Maintenant que les enfants ont le pied marin et l'habitude de circuler sur notre petit bateau, je ne les oblige pas à porter le gilet en permanence mais ils sont cantonnés, en navigation, à l'espace du cockpit. Et si le vent est fort, le bateau gîté, ou s'ils souhaitent s'avancer un peu sur les passavants, ils n'ont plus que le choix entre enfiler leur brassière, ou rester à l'intérieur. Ils connaissent cette règle, et ne la discutent (presque) plus !

Et moi ? Je porte mon gilet à déclenchement pressio-statique lorsque les conditions se corsent un peu, et lors des navigations de nuit, et je demande à mon compagnon de le porter aussi la nuit, et pour aller manoeuvrer sur le pont dans le gros temps. Pour le reste, c'est <au feeling>, en fonction des moments et de l'état de l'équipage. L'essentiel est de rester vigilant, et de pouvoir se faire mutuellement confiance.

Nécessaires contraintes Avec des enfants, la question de la sécurité se pose immédiatement. Port du gilet, consignes et interdits en navigation s'imposent - et sont assez facilement acceptés. C'est plutôt avec des adultes qu'il est parfois délicat de faire respecter ses mesures de sécurité ! Photo © Delphine Fleury 5. Savoir utiliser le matériel de sauvetage

Embarquer le matériel de sécurité réglementaire - brassières, harnais, fusées, radeau de survie - c'est bien, mais il ne suffit pas de les avoir à bord pour être paré contre tout danger. Encore faut-il savoir s'en servir, ce qui n'est pas si évident qu'on le croit.

Vous avez déjà lancé une fusée parachute, vous ? Percuté un radeau de sauvetage ? Moi oui, à l'occasion d'un stage de survie, pour les besoins d'un reportage. Et je recommande ce genre d'expérience, fort instructive, à tout le monde - dommage que ces stages soient si coûteux... À

défaut, il faudrait au moins prendre le temps de lire les instructions sur le largage du radeau de sauvetage (c'est écrit dessus) et sur le matériel pyrotechnique, bien au calme, avant d'être amené à en avoir besoin.

6. S'équiper en fonction de ses besoins

Nous n'avons pas grand-chose à bord, nos instruments de navigation sont sommaires et pas de la première jeunesse, mais pour moi, embarquant des enfants, la priorité a été de monter une VHF ASN. Nous avons donc acheté un GPS fixe, en plus du petit portable qu'on avait déjà, rien que pour pouvoir utiliser la fonction appel sélectif numérique avec l'envoi de la position. C'était cette possibilité d'appeler des secours rapidement et de communiquer avec eux qu'il me fallait pour partir l'esprit tranquille.

Pour vous, le sentiment de sécurité peut être lié à la présence d'une balise, un AIS, un radar, un système de récupération d'homme à la mer, que sais-je, à chacun ses priorités et ses moyens. Nous sommes bien d'accord que ce n'est pas en multipliant les équipements que l'on se prémunit le mieux des risques, mais en choisissant ceux qui sont le plus adaptés à notre mode de navigation. Par exemple, je ne saurais recommander à tous d'installer ces laids filets sur les filières, mais il se trouve qu'avec de jeunes enfants à bord, cette petite protection supplémentaire est un réel confort.

Filières garnies Les filets dans les filières : c'est vrai, ça ne fait pas très joli sur les photos, mais c'est très sécurisant, surtout au port et au mouillage, quand les enfants jouent sur la plage avant ! Photo © Delphine Fleury 7. Partager les informations

Le doute, l'incompréhension, sont les voisins immédiats de la peur... et du mal de mer. Informer l'équipage de ce qu'on fait, le prévenir quand les conditions de vent ou de mer vont changer, c'est le meilleur moyen d'installer un climat de sécurité et de sérénité - même quand la situation se dégrade. Avec des enfants ou des novices à bord, dire <on va être au près, le bateau va gîter>, <sous le grain, il risque d'y avoir du vent, couvrez-vous bien> ou distribuer de l'eau et des encas avant d'aborder une navigation un peu musclée ou plus longue que prévu, c'est les préparer à une nouvelle situation, leur éviter l'effet de surprise qui s'accompagne souvent d'appréhension.

De même, la bonne connaissance du bateau et de son organisation est importante. Les nouveaux équipiers ou les moussaillons en âge de le faire doivent savoir sur quel bouton de la VHF appuyer pour appeler les secours, comment allumer le moteur, et avoir pris au moins une fois la barre. Avant chaque départ, je sors les brassières de tout l'équipage et les place toujours au même endroit, près de la descente. Les enfants savent où les trouver et peuvent les enfiler seuls avant de monter dans le cockpit, on n'a plus qu'à les leur attacher. Ils savent aussi où sont rangés les goûters et comment utiliser la pompe des toilettes, ce qui est tout aussi utile lorsqu'on a besoin d'être deux à la manoeuvre !

...........
> A faire

. Avant de partir, faites un petit briefing sécurité. Rappelez où sont les gilets, comment fonctionne la VHF, où sont rangées les fusées...

. Établissez une sorte de <règlement intérieur>, et faites-le connaître. Par exemple, on ne sort pas sur le pont sans chaussures, on porte le gilet lorsque le chef de bord le juge nécessaire, la nuit, on s'attache...

. Faites essayer les brassières et harnais avant de partir. Chacun doit avoir le sien, identifié ou marqué à son nom et ajusté à sa taille. Ce n'est pas en plein coup de vent, avec un bateau gîté à 30 degrés et les doigts gourds qu'il faut avoir à régler les sangles des gilets.

> A ne pas faire

. Partir du principe que tout le monde sait. Ce qui est évident pour vous ne l'est pas forcément pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude de naviguer. Rappelez les règles essentielles, décomposez les manoeuvres avant de les exécuter, assurez-vous que chacun sait ce qu'il a à faire.

. Négliger les signes de fatigue ou de stress d'un membre de l'équipage. Mieux vaut se préoccuper de son bien-être dès les premiers indices, que d'avoir à gérer un malade à bord, en plus du bateau. Souvenez-vous des 4 F (Froid, Fatigue, Faim et Frousse) déclencheurs du mal de mer, et empêchez-les de s'installer.

. Ecouter pas les fanfarons. Un chef de bord, responsable de son équipage, ne doit pas se laisser entraîner par un équipier tête brûlée dans une navigation qu'il n'est pas sûr de maîtriser. A moins qu'il soit parfaitement sûr des compétences de l'audacieux qui la lui propose.

...........
Les détails auxquels on ne pense pas forcément

Quand on navigue avec des enfants, c'est lorsqu'on est au port, qu'on se sent à l'abri de toute mauvaise surprise, que notre attention se relâche... et que les accidents peuvent arriver. Ne les laissez pas jouer sans surveillance sur le ponton et, tant qu'ils ne savent pas parfaitement nager, imposez-leur le port du gilet.

Jeux autorisés L'écoute de grand-voile qui balaie le pont, un grand classique des blessures en mer ! A force de leur avoir expliqué que quand on est au portant, il ne faut pas rester sur son passage, les enfants demandent systématiquement le droit de passer. Preuve que la leçon est bien rentrée ! Photo © Delphine Fleury

De la même façon qu'à la maison, on prend des précautions pour éviter les accidents domestiques, il y a quelques règles à respecter à bord pour éviter de se blesser.

. Attention au portant à l'écoute de grand-voile. Souvent au milieu du cockpit ou devant la descente, elle peut, en cas d'empannage intempestif, traverser le cockpit en un violent coup de fouet.

. Attention aux hublots et panneaux ouverts. On les entrouvre par beau temps, pour aérer l'intérieur, et on oublie de les refermer... jusqu'à ce que, lors d'un déplacement sur le pont, un de nos pieds passe au travers. Aïe !

. Attention à la chaîne. Que le guindeau soit électrique, manuel ou à l'huile de coude, peu importe : quand on mouille l'ancre ou qu'on relève le mouillage, chaussures obligatoires !

. Attention aux pieds. Pendant les manoeuvres de port, interdiction de mettre les pieds (ou les mains) en dehors du bateau pour parer un choc. Mieux vaut un peu de polyester cabossé qu'un pied cassé - le mien s'en souvient encore !

. Attention au courant. La baignade au mouillage peut se révéler sportive, quand le vent et/ou le courant sont plus forts qu'on ne l'avait imaginé. Il faut toujours laisser filer un long bout à l'eau pour s'y retenir, et penser à descendre l'échelle de bain pour pouvoir remonter sans mal.

. Attention à la bôme. C'est évident ? Oui, bien sûr. Sauf qu'au portant, on oublie parfois de penser à baisser la tête !

En complément

  1. marins en herbe 10/07/2010 - 00:29 La croisière sans souci (3) Enfants à bord : évitez la mutinerie ! Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Et quand on embarque nos enfants, mieux vaut connaître quelques petites astuces pour les ménager, les occuper... et éviter la mutinerie !
  2. l rsquo;appareillage, enfin  01/07/2010 - 06:45 La croisière sans souci (2) Avant de partir : des petits gestes pour de grands services ! Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée - et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! On appareille ? Là, tout de suite ? Attendez, il me reste deux ou trois choses à faire !
  3. s eacute;r eacute;nit eacute; entre les catways  10/06/2010 - 05:50 La croisière sans souci (1) Manœuvres de port : cent fois sur le métier… Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles et Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps, pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! A commencer par les manoeuvres de port, sujet d'angoisse s'il en est, que j'ai domptées une fois pour toutes. Non mais !