Actualité à la Hune

La croisière sans souci (5)

Pendille, quand tu nous tiens !

Je ne suis pas née les pieds dans l'eau, ni les fesses sur un bateau. Entre mes reportages pour Voiles & Voiliers et mes croisières en famille, je me suis souvent trouvée face à des situations nouvelles. A chaque fois, j'ai eu un peu la frousse, mais je me suis lancée et tout s'est toujours bien terminé ! C'est pourquoi j'ai choisi de vous faire partager les leçons que j'ai retenues au fil du temps pour que mes croisières - et les vôtres - soient toujours plus belles ! Vous naviguez en Méditerranée cet été ? Bienvenue au royaume de la pendille ! Allez, pas d'inquiétude, on finit par s'y faire !

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  • Publié le : 10/08/2010 - 05:25

À la Méditerranéenne L'amarrage, en Méditerranée, se fait presque toujours sur pendille. On s'amarre cul à quai, et l'avant du bateau est retenu par un bout, une chaine (ou un mélange des deux), qui est rattaché, au fond, à une chaine mère. Photo © Delphine Fleury Diable, où sont les catways ? Comment je fais pour amarrer l'arrière, il n'y a rien, pas même une bouée où aller passer une aussière ? Et puis pourquoi ils sont tous cul à quai, les autres ? Pour un non initié aux spécificités de l'amarrage méditerranéen, la première arrivée dans un port a de quoi déboussoler.

Ici, c'est le royaume de mademoiselle Pendille. Profil type de la pendille ? Une chaîne, généralement prolongée d'un bout, lui même rattaché à une chaîne-mère au fond du port. Caractère ? Attachant. Domicile ? On la trouve généralement amarrée au pied du ponton ou du quai, plus ou moins en face de la place qui nous a été attribuée. Signe particulier ? Traînant au fond de l'eau le plus clair de son temps, elle est copieusement garnie de moules, bernicles et autres charmants coquillages qui vous cisaillent les mains. Et elle laisse toujours une trace de son passage sur le pont et sur nos manches.

L’amarrage sur pendille L'usage veut qu'avec une pendille, on s'amarre cul à quai et que l'on croise les pointes arrières pour mieux immobiliser le bateau. Notez que le bout en rouge qui longe le bateau est celui que l'on récupère depuis le quai pour atteindre le bout ou la chaine qui nous solidarise au fond. Photo © François Chevalier (Voiles et Voiliers) Comparée au catway - qui nous semble être le luxe suprême ! -, la pendille a un petit côté rustique, un brin anxiogène même, puisqu'on ne sait jamais vraiment à quoi on est amarré.
Mais, sans doute parce qu'elle permet de caser un maximum de bateaux dans un minimum d'espace (les places sont chères par ici), c'est le mode d'amarrage que l'on retrouve dans l'immense majorité des ports méditerranéens : il faut donc faire avec !

Après quelques années de navigation en Méditerranée, il m'arrive encore de pester quand je tombe sur un gros pâté de moules ou que je prends la pendille du voisin - si seulement ils pouvaient les identifier plus clairement... - mais la manoeuvre spécifique qu'elle réclame n'a plus de secret pour moi. En voilà les 7 étapes essentielles.

1. Je prépare l'arrivée. Comme pour toute arrivée au port, je mets en place les défenses - des deux côtés, puisque je serai vraisemblablement calée entre deux autres bateaux, et je dispose les aussières sur les deux taquets arrière. Pas besoin d'amarres sur l'avant, c'est la pendille qui les remplacera.

Pendillez-le ! Qu'elle soit en couleur ou en blanc, en bout ou en chaine, avec ou sans coquillages, la pendille plonge toujours dans l'eau du port. Amarrée à un taquet ou un anneau, sur le ponton ou le quai, elle se trouve généralement en face de votre place. Attention à ne pas prendre celle du voisin ! Photo © Delphine Fleury 2. J'entre en marche arrière dans la place. Quand l'espace entre les pannes est réduit - ce qui est presque toujours le cas en Méditerranée -, je commence ma marche arrière avant de m'engager dans le "couloir". Je demande à un équipier de rester au maître bau : si ça doit toucher, c'est à ce niveau là que ça arrivera.

3. Je stoppe le bateau à une cinquantaine de centimètres du quai et un équipier descend à terre passer les aussières. Un tour mort dans l'anneau ou le taquet du ponton et retour sur les taquets arrières pour régler ensuite la longueur depuis le cockpit. S'il y a du vent, on passe en priorité l'amarre au vent du bateau.

4. Une fois que les amarres arrière sont passées, si je navigue en équipage réduit, sur un gros bateau ou si le vent nous pousse vers le ponton, j'enclenche une marche avant lente pour tendre les amarres et maintenir le bateau loin du quai. Ce qui me laisse les mains libres pour m'occuper de la pendille.

5. J'attrape la pendille. Il faut la prendre à son point de départ, au pied du ponton et tirer dessus, tout en avançant le long du bateau pour arriver à la tendre à l'étrave et l'amarrer à l'avant. On peut d'abord la "pré-tendre" depuis l'arrière, pour s'assurer que ce n'est pas un bout libre et qu'elle est bien dans le prolongement du bateau. Je l'attrape parfois à l'aide de la gaffe, du moins au début, mais je finis immanquablement par la saisir à pleines mains - ça va plus vite et on peut "sauter" les amas de moules qui de toute façon empêchent la gaffe de coulisser.

6. J'amarre la pendille sur un taquet avant. C'est en général un (vieux) bout vaseux, mais il arrive parfois qu'on se retrouve avec la partie en chaîne - dans ce cas, mieux vaut passer un bout dans un maillon et amarrer le bout sur un taquet. On ajuste la tension de la pendille en fonction de ce que nous dit l'équipier resté à l'arrière, de telle façon que le bateau soit assez loin du quai pour ne pas taper, mais pas trop non plus pour qu'on puisse encore descendre à terre.

Opération mains sales Qu'on utilise une gaffe ou non, il faudra de toute façon saisir la pendille à pleines mains au moment de l'amarrer. On comprend vite qu'il faut se pencher au dessus de l'eau et non pas ramener la pendille, dégoulinante de vase, au dessus du pont. Photo © Delphine Fleury 7. Je balance un seau d'eau de mer sur la plage avant pour enlever tout de suite les saletés et je me lave les mains !


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Les détails auxquels on ne pense pas forcément

. Quand il y a beaucoup de vent, ou que la prise de pendille s'avère plus laborieuse que prévu (il m'est déjà arrivé de ne rien trouver au bout du bout !), on peut aussi, pour sécuriser le bateau, amarrer provisoirement l'avant à l'étrave du bateau voisin. Juste le temps d'y voir plus clair...

. Il n'est pas inutile d'avoir, à portée de main, des gants de jardinage pour le cas où la pendille est particulièrement coupante.



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> A faire

. Amarrez-vous cul à quai. Surtout si vous avez des enfants à bord, des affaires à débarquer ou un avitaillement à faire. Sur le plan pratique, c'est le mieux.

. Amarrez-vous par l'avant si vous voulez être tranquille. En pleine saison, à offrir notre cockpit et notre intérieur en pâture aux badauds qui font leur promenade du soir et nous regardent vivre, manger ou dormir, on se sent un peu comme des bêtes de zoo. Dans l'autre sens, c'est plus intime.


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> A ne pas faire

. Ne pas prendre la pendille du voisin. Quelle pendille choisir, celle de droite ou celle de gauche ? Il est souvent difficile de le savoir mais si, quand vous tirez dessus, vous vous retrouvez avec l'étrave qui part en biais, c'est que vous n'avez pas pris la bonne !

. Ne pas la tendre à bloc - cela vous gênerait pour aller à terre. Mettez-la juste en tension, mais laissez assez de souplesse pour pouvoir rapprocher l'arrière du quai en tirant sur les amarres. Quitte à la reprendre un peu et vous éloigner davantage du quai avant la nuit, si le vent souffle.

Monsieur le Duc Variante de la pendille, le Duc d'albe, ou pieu, est un peu plus difficile à apprivoiser que la pendille - mais on ne s'y salit pas les mains ni le pont ! On en trouve notamment à Port Camargue ou à la Grande Motte (notre photo). Photo © Delphine Fleury

Amarrage en Méditerranée, les variantes

Outre la très répandue pendille, on trouve aussi, dans les ports méditerranéens, quelques autres réjouissances :

. Les ducs d'albe, ou pieux. On les trouve à La Grande Motte ou Port-Camargue, par exemple. On s'amarre cul à quai, comme avec la pendille, mais l'avant est immobilisé des deux côtés à des pieux. Certes, cela fait un obstacle de plus pour rentrer dans la place - ce qui n'aide pas par grand vent - mais au moins, on sait à quoi on est amarré. Pour la manoeuvre, le plus simple est de faire comme pour la pendille : on s'amarre d'abord à l'arrière, mais en laissant assez de longueur pour pouvoir aller passer ensuite les aussières sur les ducs d'albe, en se déhalant grâce aux bouts qui relient les pieux au ponton. Il faut donc prévoir quatre aussières, et un peu de temps pour ajuster le tout.

. La bouée. Le système est sensiblement le même que la pendille, mais au lieu de s'amarrer à un bout, on prend une bouée. On s'amarre là aussi plutôt cul à quai, mais il vaut mieux attraper la bouée au passage et y passer une aussière que l'on frappe sur un taquet avant. Si on se loupe, avec un peu de chance, en été, les employés du port sont là pour nous passer le bout. Sinon, il n'y a plus qu'à recommencer, ou aller jusqu'à la bouée en annexe...

. L'amarrage sur ancre. Dans certains ports peu aménagés (en Grèce, notamment), on peut vous demander de mouiller l'ancre dans le milieu du port et de vous amarrer cul à quai. La manoeuvre n'est pas évidente si le vent de travers vient s'en mêler, et les risques de s'emmêler avec le mouillage du voisin sont élevés !

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Vos commentaires

    • Bravos pour l'article sur les pendilles. Je loue en Septembre en Corse pour une petiite croisière côtière un voilier avec quatre ami(e)s lesquels n'ont jamais mis les pieds sur un voilier !! Cet article fort bien rédigé que je leur fait suivre par Email me permet utilement de commencer la formation.

      Ajouté par tatiere le 11/08/2010 - 12:13

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