Actualité à la Hune

Congrès européen du tourisme nautique

Le cap qui cache une forêt

Constatant son déficit de reconnaissance auprès des plaisanciers étrangers, la Galice s’est livrée à une opération séduction auprès de grands clubs et associations européennes de navigateurs tout en s'inspirant de leurs idées pour mieux adapter son offre et tenter de la rendre plus adaptée et attractive. Car la région du Nord-Ouest de la péninsule ibérique possède un patrimoine nautique propre à charmer les passionnés de voile. Reste à le faire savoir et à le développer.
  • Publié le : 30/10/2017 - 00:01

Ile de Salvora en GaliceLa ravissante île de Salvora, à l'entrée de ria de Arousa, fait partie du parc national des îles atlantiques de Galice, et comme telle, particulièrement surveillée et sauvegardée. Une très belle escale.Photo @ Philippe Joubin

Les Galiciens sont des malins. Située au Nord-Ouest de l’Espagne, la Galice est surtout connue pour Saint-Jacques-de-Compostelle et tous les chemins qui y mènent, sa production abyssale de moules charnues et goûteuses  la troisième mondiale après la Chine et le Chili – ou son imposant port de pêche, celui de Vigo. Et pour les régatiers, l’endroit est synonyme du port d’attache (Sanxexo) du Mapfre, qui dispute l’actuel Volvo Ocean Race, du dynamisme du Monte Real Club de Yates de Baiona, qui lança trois défis espagnols dans la Coupe de l’America, ou encore de plan d’eau d’entraînement pour la famille royale, passionnée de voile.

Mais ces malins de Galiciens ont constaté qu’auprès des plaisanciers étrangers leur région est surtout synonyme du cap Finisterre  on le passe, mais on ne s’arrête pas et on continue vers le Sud  laissant ainsi en friche un pan touristico-économique qu’il serait bon d’exploiter. Car, au-delà de ce cap qui cache une bien jolie forêt, l’endroit ne manque pas d’atouts. Une côte sauvage longue de 1 659 km, naturelle et remarquablement préservée, de profondes rias qui s’enfoncent dans les terres en un entrelacs spectaculaire offrant des plans d’eau aussi diversifiés que ravissants, mais aussi de petits archipels d’îles sauvages et protégées avec un soin maniaque ainsi que, selon un décompte très officiel, de 863 plages… que les Galiciens, aussi malins que chauvins, qualifient évidemment comme les plus belles d’Espagne. Il est vrai que cette côte verte, haute et découpée offre de magnifiques petites baies peu accessibles, loin des touristiques sentiers battus, les rendant du coup particulièrement attractives.

Plage de GaliceSelon les officiels, la Galice compterait 863 plages sur ses 1 659 km de littoral.Photo @ Turismo de GaliciaAlors, puisque les Galiciens sont des malins donc, ils ont réuni trois jours durant un panel international de plaisanciers aguerris provenant de huit pays d’Europe du Nord  mais aussi du Portugal  invitant dans le délicieux petit port de Baiona vingt et un représentants de yacht clubs puissants comme d’associations de navigateurs-voyageurs férus de grandes croisières. Parmi eux deux français, Sandrine Vallet, présidente du Club nautique de Pornic, ville jumelée avec celle de Baiona et l’hispanophile Thomas Noel du Payrat, du Yacht Club Classique, dont les membres fréquentent déjà assidument la Galice. Cette initiative est née du cerveau fertile du dynamique Oscar Calero, directeur du vénérable Monte Real Club de Yates de Baiona, entraînant dans son sillage les municipalités portuaires, l’association des ports, le gouvernement régional comme l’office de tourisme de la région. L’idée maline – évidemment  lors de cet événement pompeusement baptisé «Congrès européen du tourisme nautique/La Galice, une destination Atlantique», était non seulement d’exposer les réels atouts de la région mais aussi de sonder in vivo un panel représentatif de plaisanciers très aguerris, de manière à connaître leurs attentes en terme de navigations côtières, d’escales, de centres d’intérêts ou d’attirances nautiques, mais aussi de les transformer ensuite en ambassadeurs de la Galice.


Port de Cabo do Cruzo BoiroInauguré en 2012, le port de plaisance de la petite ville de Boiro, nommé Porto Cabo do Cruz, est l'exemple même d'une belle infrastructure sous-utilisée.Photo @ Philippe Joubin

Car cette région, depuis quelques années, s’est dotée de belles infrastructures portuaires, récentes et efficientes, mais sous utilisées lorsqu’on y constate les nombreuses places, à flot ou à sec, disponibles. Un vaste plan de développement touristico-nautique est ainsi développé pour que ces structures servent plus, à l’image de la mise en place d’une offre de petites croisières côtières à la journée ou d’un week-end, d’une stratégie pour attirer des équipes de voile de haut niveau désireuses de trouver un excellent cadre d’entraînement et jouissant d’une météo adaptée comme du développement de filières universitaires européennes liées au maritime dans son ensemble.

Congrés GaliceLe Monte Real Club de Yates de Baiona est à l'origine de cette opération auprès de 21 clubs et associations majeurs de voile européenne. Et après une journée dense en conférences et réflexions, place aux visites, comme ici sur l'île de Salvora. Photo @ Philippe Joubin
Mais il faut aussi charmer les plaisanciers de passage. Alors, passées les présentations officielles, tous se sont soumis de bonne grâce durant une longue et laborieuse demi-journée à des questions au cours d’un solide brainstorming initié par Calero qui, avant de collaborer avec le club de Baiona, travaillait dans le marketing hôtelier. Accueil dans les marinas, compétence et disponibilité des professionnels du secteur nautique, établissement de sociétés de location 
 un manque local cruel  sécurité, centres d’intérêts touristiques, développements des liaisons aériennes… Tout y est passé. De ces réflexions européennes, souvent très pertinentes mais bien diversifiées, car les attentes d’un navigateur danois ne sont pas forcément les mêmes que celles d’un plaisancier irlandais ou d’un Français. Ressort ainsi une vraie feuille de route concrète qui servira à consolider la stratégie nautico-commerciale de la Galice pour que cette région soit plus que celle du cap Finisterre. Une méthode originale dans le monde du nautisme de rencontres et d’échanges d’idées concrètes qui a le mérite de l’immédiateté tout en voulant se soucier de l’avis des «clients» potentiels. Reste à savoir si les Galiciens seront suffisamment malins pour mettre à profit cette originale opération.

Port de BaionaBaiona possède deux ports de plaisance : l'un municipal (au fond) et l'autre dépendant du Monte Real Club de Baiona mais les deux sont ouverts aux plaisanciers de passage.Photo @ MRCB