Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer la côte Est de la Sardaigne. A quelques encablures de la Corse, mais trois fois plus grande, l'île est un paradis pour les plaisanciers : archipels idylliques, côtes sauvages, marinas tout confort et petits ports de pêche !
Note :
Le port d'Arbatax, près de Santa Maria Navaresse, n'est pas un but d'escale en soi, mais ses alentours recèlent des trésors géologiques (ici du porphyre rouge), comme partout en Sardaigne. Photo © Marie Dufay Par manque de temps ou par excès de préjugés - <La Sardaigne c'est cher, une nuit à Porto Cervo va grever la caisse de bord> -, on hésite parfois à traverser les bouches de Bonifacio et pousser jusqu'en Sardaigne, à seulement 8 milles de la Corse. Pourtant, nombreux sont ceux qui, une fois le pas franchi, l'élisent comme bassin de prédilection, conquis à la fois par les paysages, l'accueil chaleureux qu'on leur réserve dans les ports - la plupart bien équipés pour hiverner - et la gentillesse des insulaires. La dolce vita est à portée d'étrave !
La Gallura : l'archipel de la Maddalena et la Costa Smeralda
De la dentelle de granit aux formes fantastiques, l'exubérance du maquis, une eau d'une limpidité indécente, d'adorables ports enchâssés dans des anses naturelles, des îles, des criques, des plages à foison... bienvenue en Gallura, la région la plus septentrionale de l'île.
En venant de Corse, on aborde en premier l'archipel de la Maddalena, tout proche des Lavezzi : sept îles principales (Razzoli, Santa Maria et Budelli au Nord, et Spargi, La Maddalena, San Stefano et Caprera au Sud) et des îlots, peu habités mais très visités en saison ! Ces 4 937 hectares d'une indicible beauté sont protégés depuis la création en 1994 d'un Parc National.
Nous mouillons à Cala Lunga sur l'île de Razzoli, puis au Passo Secca di Morto (voir actu <Mes cinq plus beaux mouillages et les cinq pires>), près de l'île Budelli et sa fameuse plage rose. De Cala Santa Maria, sur l'île du même nom, nous rallions la côte Est de l'île Spargi et jetons l'ancre à Cala Granara, avec la sensation d'être aux antipodes, en Polynésie, aux Antilles... ou en Bretagne !
On navigue presque toujours sous voiles dans l'archipel de la Maddalena, bien abrité des vents d'Ouest. Les mouillages sont si proches les uns des autres qu'on hésite parfois à dégonfler l'annexe ! Photo © Marie Dufay A Cala Gavetta, notre premier port sarde, nous adorons les palais colorés du XVIIIe, la ronde des Vespa, les commerces alléchants ; nous faisons le tour de l'île par la côte Nord avec une halte à Cala Francese, Cala Spalmatore et Cala Villamarina. Bien d'autres mouillages stupéfiants vous attendent dans ces îles qui nécessitent plusieurs semaines pour les explorer en détail.
Des hauteurs de Capo Testa, près du port de Santa Teresa, on a une vue plongeante sur les Bouches de Bonifacio, dont les falaises ne sont qu'à 8 milles. Photo © Marie Dufay Au Sud de l'archipel, on peut trouver abri dans le petit port de Santa Teresa, tout proche du magnifique Capo Testa, d'où l'on peut admirer les falaises de Bonifacio, mais également à Palau et Poltu Qualtu (qui ressemble d'ailleurs à un Bonifacio miniature !), sans compter les mouillages bien abrités de la côte.
La Costa Smeralda (qui s'étend du golfe d'Arzachena à celui de Cugnana), autrefois zone la plus isolée et pauvre de Gallura, est depuis les années 60 le repaire de la jet-set internationale. Passé le chenal de Bisce, surgit la luxueuse marina de Porto Cervo ; elle est hors de prix en juillet-août, abordable le reste de l'année. Un mouillage devant la darse (gratuit hors-saison) nous permet d'explorer son architecture originale qui se fond dans le paysage.
Tout près, Cala di Volpe, immense, et les eaux turquoise de l'anse du Pevero pourraient bien vous envoûter à jamais... A une poignée de milles de là, Portisco et Porto Rotondo - les ruelles de cette ville lagunaire ont font une escale charmante (voir l'article <Mes cinq ports préférés et les cinq pires>) - sont deux marinas très équipées qui offrent une alternative un peu moins onéreuse.
Après un mouillage idyllique aux îles Soffi et Mortorio (qui font partie du Parc Naturel de la Maddalena) et à Cala Liscia Ruja, nous passons Capo Figari, ignorant volontairement la moderne Olbia qui ne possède pas de marina mais un aéroport et un gigantesque terminal d'où partent des ferries vers l'Italie et la France. L'amarrage à quai est gratuit, mais il est près de la route et d'une boîte de nuit techno, sans eau, électricité ni sanitaires.
Il serait dommage de ne pas pousser jusqu'au mouillage de Cala Girgolu, tout proche et somptueux ! Cap sur l'île de Tavolara, face à Olbia, un bloc de granit accore haut de 565 mètres à la forme très particulière (voir l'article d'Olivier Chapuis ici), et celle de Molara, au lagon émeraude. Peu de mouillages sur ces deux îles, mais Capo Coda Cavallo, juste en dessous est un abri très sûr, protégé de la houle quel qu'en soit le secteur.
Après l'exubérance granitique du Nord de la Gallura, on trouve plus au Sud de larges baies bordées de sable blanc (ici dans la baie de Brandighi). Photo © Marie Dufay
L'autre Sardaigne : le golfe d'Orosei, entre plage et montagne
Nous quittons la Gallura en pénétrant dans la baie de Brandighi aux interminables plages immaculées qui offrent plusieurs mouillages. Ici, le littoral est tout en cordons sablonneux bordés de pinèdes, le relief peu élevé, comme le prix des places du port d'Ottiolu au personnel très aimable.
A partir du port de la Caletta on découvre la vraie Sardaigne, moins léchée, plus authentique, mais la côte est magnifique. Le Capo Comino marque l'entrée dans le golfe d'Orosei qui ne possède aucun abri sûr, sauf peut-être le port de Cala Gonone, plutôt dédié aux vedettes d'excursion. C'est pourtant là que nous trouverons deux des mouillages les plus spectaculaires de notre périple en Méditerranée : la beauté sauvage de Cala Goloritze et Cala Luna se révèle à nous lors d'une fenêtre météo parfaite (voir l'article <Mes cinq plus beaux mouillages et les cinq pires>).
Le golfe d'Orosei fourmille d'anfractuosités, de criques, de gorges serties dans les montagnes du Gennargentu dont les parois hautes de 600 mètres plongent dans une eau limpide. Accessibles uniquement par la mer, les calas aux versants boisés abritent des grottes comme celle de Bue Marino, autrefois repaires des phoques-moines. Hors-saison, on y est seul au monde...
La marina de Santa Maria Navaresse, à la sortie du golfe, restera l'un de nos meilleurs souvenirs (voir l'article <Mes cinq ports préférés et les cinq pires>) ; passé Arbatax et ses roches rouges en porphyre rouge, on peut mouiller à Porto Frailis, avant de rejoindre Porto Corallo, port sans charme occupé par les pêcheurs et l'armée de l'air, mais dont les plages attenantes sont un délice. C'est de là que nous décidons de traverser vers les îles Egadi en Sicile, à 170 milles de là (voir l'article <Coup de coeur : l'archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa>), abandonnant avec regret cette magique Sardaigne dont nous n'avons vu qu'une petite partie...
La côte Est de la Sardaigne, une succession de mouillages préservés, de ports pittoresques, de montagnes et de plages. Photo © Marie Dufay
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Météo et navigation
. Juillet et août sont les mois à éviter, surtout pour la Costa Smeralda : l'île est envahie, tout comme les mouillages (en journée surtout) et les prix flambent. Pensez à vous munir de cartes détaillées pour repérer les petites criques désertes. L'automne est idéal, en termes de fréquentation et de température, mais, sur la Costa Smeralda, beaucoup de commerces ferment en octobre.
. On trouve les bulletins météo dans les capitaineries, les quotidiens, les bulletins VHF (en italien et en anglais) ; attention aux effets de site autour de Tavolara ou dans le golfe d'Orosei. Le mistral se sent jusqu'à Santa Maria Navaresse ; plus au Sud, c'est du sirocco dont il faut se méfier. Le thermique de nuit est renforcé par le relief de l'île avec de brusques rafales. Les vents de secteur Ouest prédominent, tournant parfois Nord-Est au printemps et en automne, mais les coups de vent restent rares.
. De manière générale, la navigation est simple (falaises accores, quelques rares secs), sauf dans l'archipel de la Maddalena où l'on fait du pilotage entre les cailloux : il faut rester prudent, d'autant que le balisage n'est pas exhaustif. On peut dormir dans un port tous les soirs. Toute la partie Nord-Est de l'île offre un plan d'eau abrité par vent d'Ouest.
Face à Porto Rotondo, l'île de Mortorio est un havre de paix. Le soir, les montagnes de la Gallura se transforment en un décor inoubliable. Photo © Marie Dufay
Astuce, notre Ecume de Mer 1974. Acheté 9 300 euros en 2003, il en a coûté 6 000 de plus pour le préparer à la grande croisière. Lancé en 1968, construit à 1 335 exemplaires jusqu'en 1979, ce plan Finot en polyester mesure 7,90 m pour 2,65 m de large, 1,45 m de tirant d'eau et 34 m2 de voilure. Photo © François Chevalier ...........
Documents nautiques
. Cartes SHOM : n°3675 <Carte générale de l'île de Sardaigne>, n°6834 <Abords d'Arbatax>, n°7189 <Golfes d'Olbia et Aranci, îles Tavolara et Molara>, n°7190 <Golfe de Congianus, de Capo Ferro à Capo Figari>, n°7191 <Archipel de la Maddalena>, n°7510 <De Capo Bellavista aux Bouches de Bonifacio>.
. Guide nautique : <Corse, Sardaigne et îles toscanes, d'Elbe à Giannutri>, de Rod Heikell, édité chez Imray/Vagnon.
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25/09/2009 - 07:48
D’île en île, mes plus belles rencontres
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après vous avoir emmené visiter quelques escales, mouillages et ports marquants de mon périple, je vous propose d'explorer un autre aspect fondamental d'un voyage à la voile : les rencontres ! De la Sardaigne à la Grèce, portraits croisés de gens chaleureux qui nous ont ouvert leur porte, leur coeur et leur culture.
15/09/2009 - 08:13
Un archipel hors du temps : Malte, Gozo et Comino
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, voici une autre de mes escales favorites : Malte et son archipel, ancrés entre Orient et Occident. Un bassin de navigation exceptionnel.
28/08/2009 - 08:14
Coup de cœur : l’archipel des Egadi, Pantelleria et Lampedusa
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d’un Ecume de Mer, j’ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils… Après avoir fait le tour des mouillages et des ports marquants de mon périple, je vous emmène visiter mes escales «coup de cœur» au Sud de la Sicile : les petites îles des Egadi, de Pantelleria et de Lampedusa n’ont pas de marina, mais l’authenticité et le dépaysement sont au rendez-vous !
21/08/2009 - 08:00
Mes cinq ports préférés… et les cinq pires !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après le Canal du Midi et la découverte de mes mouillages mémorables, je vous emmène dans les 10 ports qui m'ont le plus marquée. Certains sont des havres de paix durs à quitter, d'autres un vrai cauchemar dont on ne peut s'échapper !
15/08/2009 - 00:43
Dauphins, baleines, tortues, méduses… mes rencontres avec le peuple de la mer !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après avoir fait le tour des mouillages marquants de mon périple, voici le portrait des animaux marins croisés le plus souvent sur l'eau. Entre mythe et réalité, il vaut mieux être sûr de l'espèce que l'on observe et du comportement à adopter !
05/08/2009 - 08:34
Mes cinq plus beaux mouillages… et les cinq pires !
Après deux ans de croisière en Méditerranée et en couple à bord d'un Ecume de Mer, j'ai eu envie de raconter. Régulièrement, donc, je vous livre ici récits, anecdotes, conseils... Après le convoyage de notre voilier via le canal du Midi, nous voici dans le vif du sujet. Au terme de notre bourlingage, une dizaine de mouillages me restent en mémoire. Les uns, le paradis ; les autres, l'enfer. On va y faire un tour ?
Vos commentaires
Très bon article, cela donne envie de vous suivre. Bravo