Actualité à la Hune

20 ans après : Corum Sailing Team

Que sont devenus les vainqueurs de l'Admiral's Cup 1991 ?

  • Publié le : 05/01/2012 - 00:02

x-price-giving-gmrLes trois équipages fêtent la première et unique victoire d’une équipe française dans l’Admiral’s Cup, autour du président de la Fédé de l"époque, Jean-Louis Monneron.Photo @ Gilles Martin-Raget Corum
Août 1991. A l'issue d'une incroyable option météo, les trois voiliers jaunes et gris de l'équipe de France s'envolent et remportent le Fastnet de haute lutte. Du même coup, la victoire sur la Mumm Admiral's Cup – l’équivalent du championnat du monde de course au large – est arrachée pour 0,6 point, devant Italiens et Américains médusés ! Vingt ans après cette performance historique, le Corum Sailing Team s'est retrouvé à La Rochelle pour revivre ça. Nous y étions.

3-corum-91-gmrLes trois Corum de l'équipe de France, en entrainement avant la victoire dans l'Admiral's Cup… Une photot qui a fait la couverture du numéro de Voiles et Voiliers d"octobre 1991. Photo @ Gilles Martin-Raget CorumC'est Luc Gellusseau, le Directeur technique du Corum Sailing Team de l’époque et capitaine de l'équipe de France – ainsi que le régleur de grand-voile sur le 50 pieds Corum Saphir – qui en a eu l'idée : organiser, avec ses complices Serge Paillard, Marc Reine et Jean-Yves Bernot, une réunion "d'anciens combattants".

Vingt ans après, il s’agit de fêter l’incroyable victoire sur la Mumm Admiral's Cup que son équipe a arrachée aux Italiens et aux Américains.

Impossible de ne pas être au courant des festivités prévues dans un timing digne d'une journée de régates inshore de cette grande époque. Gellusseau – qui depuis a couru plusieurs campagnes de la Coupe de l'America, glané huit titres mondiaux et lancé le Longtze avec Pierre Mas (qui n’était autre, en 91, que le skipper du 50 pieds Corum Saphir), avant de rejoindre Franck Cammas au sein du Groupama Team dans laquelle il est responsable des règles de course et de l'exploitation du règlement pour la Volvo Ocean Race – a convoqué tout le "polype bureau" (comprendre "les grosses têtes" de l'équipe, ndr), nous envoyant mails et textos avec la ponctualité et la précision d’une horloge suisse !

Quelques-uns des piliers de l'époque – Bertrand Pacé, Pierre Mas, Philippe Briand… – sont malheureusement absents, mais la plupart des équipiers sont là, venus de toute la France, de Suisse et même de Majorque, à l'image de Marcel Van Triest, l’ex navigateur de Diamant.
1991-ac-drLa même équipe vingt ans plus tard, à la SRR de La Rochelle… avec quelques cheveux blancs de plus et une jolie série de trophées ressortis pour l'occasion !Photo @ Didier Ravon Après avoir enchaîné cinq Volvo Ocean Race, le Grand Marcel est en charge de la météo pour la Volvo et du routage de Banque Populaire V (après avoir été son navigateur), alors qu’il court toujours en TP 52. Jean-Yves Bernot, qui anime en même temps un stage météo avec des coureurs de la Transat 6.50, est aussi là, bien sûr. Depuis son coup de génie qui a permis à l'équipe de France de triompher en 91, il est surnommé "le sorcier".

Trois bijoux bien menés !

Saphir 50 pieds
Architecte : Philippe Briand.
Skipper-Barreur : Pierre Mas.
Tacticien : Bertrand Pacé.
Navigateur : Jean-Yves Bernot.

Rubis 45 pieds (two-tonner)
Architecte : Philippe Briand.
Skipper-barreur : Philippe Delhumeau.
Tacticien : Michel Kermarec.
Navigateur : Eric Aroux.

Diamant 40 pieds (one tonner)
Architecte : Judel-Vrolijk.
Skipper-barreur : Xavier Phelipon.
Tacticien : Alain Fédensieu.
Navigateur : Marcel Van Triest.

Directeur technique et capitaine : Luc Gellusseau.
Directeur sportif : Pierre Mas.
Entraîneur : Richard Sautieux.

Mais quel coup ! S'écarter de plusieurs dizaines de degrés de la route pour aller chercher du vent ! Lors du banquet donné au Mirko al Mare, l'un des plus fervents soutiens de l’équipe, dans la plus pure tradition du Royal Yacht Squadron – blazer et pantalon blanc –, les deux complices Bernot et Van Triest en rigolent encore ! A les regarder, hilares devant le reportage de la BBC tourné pour la victoire tricolore, il ne fait pas de doute que c’est le plus beau qu’ils aient signé, en trente ans de régate au plus haut niveau ! «Un vrai hold up !», s’esclaffe Bernot !

Come back. Les trois navigateurs respectifs – le troisième était Eric Aroux – et les tacticiens élaborent la stratégie avant le départ du Fastnet. Ils sont les seuls, semble-t-il, à posséder à bord des 40, 45 et 50 pieds IOR une arme absolue à l'époque – un fax météo – et fleurent déjà le coup : au Sud, il y a une zone avec plus de pression. «Longtemps, les Italiens et les Américains ont pensé que nous avions triché, que nous possédions des téléphones à bord ou avions bénéficié d’aides extérieurs, à terre… Mais nous avons juste mis à exécution ce que nous avions dit. Et c'est ainsi que nous avons gagné avec une insolente avance (le 40 pieds Diamant finissant devant nombre de 50 pieds, ndr) ce Fastnet de petit temps, alors qu’avant le départ, nous avions 30 points de retard sur les Italiens. C'était quand même gonflé, mais ça a payé !», se souvient Van Triest, le navigateur le plus zen du monde. Tellement français… ces éclairs de génie ! Les mêmes qu’en foot et en rugby !

A côté des deux monstres, il y a encore Alain Fédensieu, le tacticien de Diamant, venu de Marseille. Après avoir fait une dizaine de Tour de France, il continue de régater à haut niveau – notamment en Soto 40 – et démarre une activité d'expert naval. Et il est heureux, "Féfé", de retrouver ses anciens co-équipiers, à commencer par Xavier Phelipon, le barreur et skipper de Diamant, et qui distribue aujourd’hui de l'accastillage haut de gamme, via sa société XPO.

sophie-berge-drSophie Berge et Philippe Touët, vainqueurs de la régate en cata de sport, qu’une palanquée de champions de France, d'Europe, du monde, de sélectionnés olympiques, de vainqueurs de Transat et de la Volvo Ocean Race ont courue…Photo @ Didier Ravon La régate (en deux manches) entre le port des Minimes et celui de Châtelaillon-Plage a été plus sportive que prévue... Car pour ce week-end festif débuté au sommet de la tour Saint-Nicolas, il est hors de question de ne pas faire un peu de bateau !

A bord de catas de 15 pieds, c'est pourtant un peu le bazar. Le vent est rentré et le clapot s'est formé… Et des champions d'Europe et du monde etautres sélectionnés olympiques – dont nous tairons les noms – chavirent comme en école de voile ! Le couple Sophie Berge-Philippe Touet s'impose brillamment. Elle, infirmière, a disputé les Jeux de Séoul en 470. Lui fait partie du staff d'Incidences La Rochelle et a été régleur de GV sur nombre de multis de Groupama et Banque Populaire, entre autres.

20-ans-apres-corum-drNon, ce n'est pas la traditionnelle photo à l'issue du stage de voile, mais bien les membres du Corum Sailing Team de l'époque, avant le départ de la seconde manche entre Châtelaillon-Plage et le port des Minimes à La Rochelle. (Cliquez sur la photo pour l'agrandir).Photo @ Didier Ravon Du reste, la plupart des membres de l'équipe de France de ces années 90 fait toujours dans la voile de haut niveau.

Petit inventaire, non exhaustif : Thierry Fouchier a remporté la Coupe de l'America sur BMW Oracle et court maintenant sur l’Extrem 40 du Gitana Team. Robert Gonidec, dit "Totone", est spécialisé dans le gréement de course, à Toulon. Nicolas Abiven a remporté la Transat Jacques Vabre avec Jean-Pierre Dick et est directeur technique de Virbac-Paprec 3. Bruno Jeanjean, Maître de port de Palavas, est l’un des illustres détenteurs du Trophée Jules Verne, sur Groupama 3. Marc Reine anime le pôle France de La Rochelle. Christophe Lassègue a fondé et dirige Ocean Data System, et régate toujours en D 35 et Extrem 40. Hervé Le Quilliec est le directeur logistique de Groupama 4, entamant ainsi sa quatrième Volvo Ocean Race consécutive. Philippe Briand, l'architecte de Rubis et Saphir, est désormais installé à Londres. Bertrand Pacé, septuple vainqueur du tour de France, est à la tête de l’équipe d’Aleph, préparant ainsi sa septième campagne de Coupe de l'America. Bruno Dubois dirige North Sails Europe et va disputer la Transat Jacques Vabre aux côtés de Mike Golding, en 60 pieds IMOCA. Pierre Mas gère le circuit des Longtze, après plusieurs participations au Figaro, à la Volvo Ocean Race et à la Coupe de l'America. Philippe Delhumeau, skipper-barreur de Rubis, travaille chez North France. Tandis que l'Australien Ben Wright est le directeur technique de Groupama 4, après deux victoires dans la Volvo Ocean Race en 2005 et 2008…

jean-rene-banwart-drJean-René Banwart, l'ancien patron des montres Corum et sponsor de l'équipe de France de 1987 à 1995. Photo @ Didier Ravon Jean-René Banwart est venu par le chemin des écoliers, depuis La-Chaux-de Fonds en Suisse, avec sa femme Grischka.

Il est toujours fondu de voile, a pris la suite de son père qui a créé les montres Corum et a été le sponsor de l'équipe de France pendant plus de douze ans. Le plus sympa des partenaires que nous avons connus est heureux comme un gosse, habillé en gris et jaune de la tête aux pieds. Il n'a pas pris une ride. Il n'en manque pas une miette, refait le monde avec Jean-Louis Monneron, l’ex Président de la FFV (bon pied bon œil à 80 ans) et raconte quelques anecdotes truculentes, notamment ce jour où lors d'un conseil d'administration, le staff a découvert avec stupeur que l'équipe de France comptait en fait 59 équipiers, soit plus que de salariés de l'horloger suisse…

Le Corum Sailing Team, c'est comme sa famille, tandis que lui a été notre "papa gâteau" durant toutes ces belles années ! Alors, il n'oublie pas non plus Nicolas Florin, boat captain du 50 pieds, formidable préparateur et équipier, tragiquement disparu en mer lors de la Course de l'Europe 1999.

banquet-corum-11-drIl n'y a jamais eu d"Admiral's Cup sans banquet ni bulles... Alors il a bien fallu maintenir cette tradition, vingt ans après ! Photo @ Didier Ravon Les autres régatent toujours, bien sûr, mais ponctuellement et plus comme professionnels.
Jules Mazars, après plusieurs années passées à la mise au point des voiliers Dufour, a maintenant en charge le lamanage au port de commerce de La Rochelle. Philippe Pallu de la Barrière dirige toujours le CRAIN, mais fait désormais du vol à voile. Jean-Pierre Gourlay travaille à la direction de Ricoh. Fred Grizaud est directeur général du chantier naval Aker Yards. Stéphane Marcelli dirige l’Atlantic Rifit Center à La Rochelle. Benoît Morelle travaille à Genève chez Serono – la société de Bertarelli vendue depuis au groupe Merck – et a remporté trois fois le Bol d'Or en Grand-Surprise. Philippe Matthews est kinésithérapeute à Marseille. Patrick Simon est gérant d'une entreprise de bâtiment dans le Gard. Serge Paillard est consultant dans le nautisme. Thierry Rodriguez dirige l'UCPA croisière. Sylvain Barrielle est à la tête de la voilerie UK-Hasley à San Fransisco… Un seul ou presque – Jean-Guy de Saint-Perrier, ingénieur-performer – a réellement changé de cap… Et enseigne le bouddhisme en Dordogne !

Précurseurs des grandes structures professionnelles de course au large, les "Corum's boys" ne se sont pas arrêtés à leur succès de 91. Deux ans plus tard, ils terminaient 3e de cette même Admiral's Cup, considéré jusqu’en 2005 comme le championnat du monde de course au large, disputé tous les deux ans autour de l’île de Wight, par des équipes nationales composées de trois bateaux et se ponctuant par la Fastnet Race. Cette même année 93, ils finissaient encore vice-champions du monde en 50 pieds, puis gagnaient la Kenwood Cup à Hawaï, remportaient le mondial Mumm 36… et tellement d'autres  trophées. Bref, largement de quoi mériter de refaire le monde et la régate, le temps d'un week-end !