Actualité à la Hune

Traits fins et bulles légères

«Transat» : voyage au bout de la vie

«Fait-on les choses pour le regard que nous portent les autres ou bien par réelle motivation intérieure ?» A traits fins et bulles légères, «Transat», bande dessinée, journal intime, carnet de voyage signé Aude Picault, esquisse un mouvement, croque un voyage, affirme une vie. L'histoire, autobiographique, lucide et tendre, d'une jeune illustratrice parisienne qui décide un jour de partir en bateau. De traverser l'Atlantique. Parce que.
  • Publié le : 26/06/2009 - 08:17

«Transat», par Aude Picault : traits fins et profondeurIllustration @ Aude Picault (Delcourt/Shampooing)«Transat», par Aude PicaultUne couverture épurée, un voyage humoristique et tendre - une réflexion sincère, aussi.Illustration @ Aude Picault (Delcourt/Shampooing)Il est des ouvrages reçus à la rédaction que l'on commence debout, feuilletant. Que l'on explore plus avant, appuyé sur un coin de table. Et qu'on se découvre à lire tout à fait, assis à son bureau. Bon signe, en général.

«Transat» est ainsi entré en quelques minutes et sans manière dans le temps d'une matinée, par la grâce d'une couverture épurée, bleu de nuit, avec vague, gréement, ciel étoilé. Par la grâce, aussi, de traits fins, de bulles légères - c'est une bande dessinée -, de dialogues vifs, de réflexions personnelles, sincères et sensibles - c'est un livre, tout simplement.

«Transat» : on a beau dire, beau faire, le mot fait toujours rêver. Il tient en tout cas lieu de promesse dans la vie d'Aude, la trentaine, illustratrice parisienne qui se débat dans la glue d'un quotidien croqué de façon lucide et tendre – le petit studio, la télé des voisins, le vélo, le portable, le supermarché, les copines, la pluie, la vie de bureau, la machine à café récalcitrante. Le sens, qui manque. L'horizon, vertical. Le bruit, partout. Le présent, qui fuit.

Et puis, le projet : partir en bateau. Oh, pas longtemps, pas pour la vie. Partir quelques semaines, pour mieux revenir. «Transat», par Aude Picault : l"île initiatriceEn guise d'initiation à la mer, au large, à l'ailleurs : une semaine de solitude, hors-saison, sur l'îlot de Stagadon. Un luxe, hors de tout superflu...Illustration @ Aude Picault (Delcourt/ShampooingPartir pour avancer, pour le mouvement, le changement. Elle n'y connaît rien, n'en a jamais fait. Potasse quelques ouvrages, questionne des amis : «C'est quoi, un génois ?» S'angoisse et s'exalte. «Fait-on les choses pour le regard que nous portent les autres ou par réelle motivation intérieure ?»

Et, pour se tremper l'âme, passe d'abord une hivernale semaine de solitude - luxe - sur un îlot breton dépouillé du superflu. Suit la rencontre avec le père Jaouen et le Rara-Avis, voilier sur lequel il redonne un cap à des jeunes en difficulté («Comment es-tu devenu Jésuite ?» «Oh bah je me prenais pas la température, hein...»). Puis l'envol pour les îles, la Cap-Vert, Mindelo, et les premiers pas sur le pont de Darwin Sound, le grand ketch d'Yvon Fauconnier qui sillonne la planète et embarque des passagers lors de ses traversées.

Vivre, enfin. Ou, plutôt, savoir que l'on vit, enfin. Au présent. Que l'on habite enfin son présent. Réconcilié. Réunifié. Présent dans ce que l'on fait, dans les raisons de ce que l'on fait. Un bateau, un océan, quelques âmes dessus. Et ce moment, premier, à la barre. A la barre de sa vie, de celle des autres, qui dorment en bas, confiants. «Ça y est, j'y suis, je vis ce moment». Là, au beau milieu du livre, douze doubles-pages, douze émotions, qui alternent le glorieux et l'intime, l'océan, l'horizon large, le ciel.

«Transat», par Aude Picault : vite, plus vite !L'arrivée à Mindelo, enfin. Et, là-bas, Darwin Sound, le grand ketch d'Yvon Fauconnier. La clé des champs de vagues - transat ! Illustration @ Aude Picault (Delcourt/Shampooing)Là-bas, l'escale, une île, une terre, d'autres âmes, d'autres trajectoires, elles aussi en mouvement. Toutes ces immenses vies minuscules - «On ne peut pas plus rater sa vie que la réussir : on peut simplement la vivre».

Et quand elle sera revenue - «Ça y est, j'ai un peu envie de rentrer, envie de jean-baskets manteau-bonnet, frimer devant les Parisiens pâlots...» -, dans les rues grises sur son vélo perchée, klaxonnée, bousculée, au coin des lèvres, une virgule. Un sourire.

> «Transat», par Aude Picault. 176 pages, 147 x 210 mm. Editions Delcourt, collection Shampooing, 14,95 euros. Editions Delcourt, 54 rue d'Hauteville, 75010 Paris, www.editions-delcourt.fr



«Transat», par Aude Picault : inoubliable présentUne des douze doubles-pages qui rythment le coeur du livre. Douze moments, douze émotions. La vie au présent. Et au plus que parfait.Photo @ Aude Picault (Delcourt/Shampooing)...........
Aude Picault en quelques mots

Née en 1979.
Illustratrice issue des Arts Décoratifs de Paris.
Littérature pour enfants, dessin de presse («Eva», page hebdomadaire dans Voici, ensuite publiée chez Glénat), bande dessinée («Moi je», Editions Warum, 2005, deux volumes, sélection officielle du Festival d'Angoulême, «Papa», Editions l'Association, 2006, sélection officielle du Festival d'Angoulême).
Passionnée de musique et notamment de fanfare. Pratique le trombone dans la formation funk Les Ouiches Lorènes. A consacrée deux de ses BD au monde la musique : «Josée» (auto-édition, 2004), «Les Mélo Maniaks» (Editions Glénat, 2008).
www.audepicault.com