Actualité à la Hune

Sur l’incroyable histoire de Donald Crowhurst

Le premier roman d’Isabelle Autissier

Ce n'est pas son premier livre, Isabelle Autissier ayant publié plusieurs ouvrages ces dernières années. Mais c'est le premier roman de la navigatrice. Et c'est une réussite. D'après une histoire vraie, celle de Donald Crowhurst lors de la première course autour du monde en solitaire sans escale.

  • Publié le : 04/07/2009 - 08:00

Seule la mer s’en souviendra, premier roman d’Isabelle Autissier Publié chez Grasset, comme ses précédents livres, celui-ci est le premier roman d'Isabelle Autissier. Un roman d'après la véritable histoire de Donald Crowhurst. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir comme pour toutes les suivantes). Photo © Grasset <Je continue parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme.>

La première course autour du monde en solitaire et sans escale, le Golden Globe 1968-1969, ne fut pas seulement célèbre pour le choix de Bernard Moitessier de renoncer à l'Europe et à la compétition. Ce message, il le balança... au lance-pierres, le 18 mars 1969, sur le pont d'un pétrolier dans la baie du Cap (Afrique du Sud), à destination de l'organisateur de la course, le <Sunday Times>.

En continuant vers Tahiti plutôt que de rentrer en Europe, Moitessier écrivait l'une des pages mythiques que son livre <La longue route> ne cesse de perpétuer depuis, à travers des générations de candidats au grand départ.

La notoriété de l'épreuve ne fut pas plus liée uniquement à la victoire de Robin Knox-Johnston, seul à avoir terminé, en 313 jours à bord de son petit Suhaili.

L'affaire Donald Crowhurst fit alors autant de bruit. Sur son trimaran, l'Anglais n'avait pas quitté l'Atlantique mais avait inventé une circumnavigation qu'il communiquait par radio.
Ses moyennes supposées poussaient ses concurrents à prendre des risques. L'un d'eux, lui aussi en multicoque, ne s'en remettrait jamais et se suiciderait après l'épreuve.

On retrouva finalement le bateau de Crowhurst vide avec, aux côtés du vrai, un faux livre de bord aux propos incohérents. Plusieurs ouvrages et un film médiocre, bien qu'il fut avec l'excellent Jacques Perrin (<Les quarantièmes rugissants> de Christian de Chalonge en 1981), avaient été consacrés à cette mystification.

La longue route : le best-seller du Golden Globe et d’après ! En 1971 paraît chez Arthaud, dans la belle collection . Il deviendra l'un des best-sellers mondiaux de la voile et de la littérature maritime. Bernard Moitessier est l'un des personnages du roman d'Isabelle Autissier. Photo © Arthaud (Olivier Chapuis) Changeant les noms de la famille Crowhurst, Isabelle Autissier a choisi la forme romanesque pour s'approprier ce sujet dans <Seule la mer s'en souviendra> (éditions Grasset, 205 x 130 millimètres, 280 pages, 18 euros).

En inventant une double narration, celle du journal du solitaire tétanisé par un défi qui le dépasse - sous l'Oeil de l'océan, clin... d'oeil au Caïn de <La conscience> de Victor Hugo - et celle de sa fille, elle réussit son premier roman.

Légitime, Isabelle est à la fois ce navigateur, sachant décrire ses états d'âme, et cette adolescente dans son rapport ambivalent au père. L'écrivain transcende le tout. Bien au-delà du maritime, le livre traite remarquablement de la fêlure intime que même l'amour ne comble pas, du mensonge que l'on fait à soi-même et aux autres, et du maelström de folie qu'il peut engendrer. On ne ment pas à la mer.

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<Seule la mer>, Isabelle Autissier, juin 2009. Editions Grasset. 280 pages. 18 euros.