L'iPad débarque le 28 mai en France. Allons-nous mettre à bouquiner sur des écrans ? Ces derniers mois les signes annonciateurs de l'essor du livre numérique se multiplient. Mais Moitessier en numérique, ça rime à quoi ? Un e-book ça marche comment ? Mon livre de voile préféré existe-t-il en numérique ? Et demain ? Éléments de réponse avec des professionnels de l'édition maritime.
Note :
La littérature, qui est longtemps restée le parent pauvre de la révolution numérique, se dématérialise à son tour. Ici, Gallica, le portail numérique de la Bibliothèque nationale.
Photo © D.R.
Le livre numérique, c'est la possibilité de transporter, dans la poche de son ciré, en vacances, au café ou sur le bateau, toute une bibliothèque et pouvoir passer, n'importe où, n'importe quand, d'un livre à l'autre d'un simple geste du doigt. Encore faut-il faire preuve de patience car, bien que promise à une forte croissance, l'offre numérique dans la littérature maritime, comme dans la littérature générale en langue française, reste infime.
Début janvier dernier, la presse s'étonnait devant un communiqué du site de e-commerce américain Amazon qui annonçait avoir vendu, le jour de Noël, davantage de livres numériques pour son Kindle (voir encadré ci-dessous) que de livres traditionnels. Il faut néanmoins relativiser cette information en rappelant qu'aux Etats-Unis, où l'offre est largement plus développée qu'en France, les <e-books> n'enregistrent pas plus de 3 % du chiffre d'affaires global de l'édition.
À mi-chemin entre un iPhone et un MacBook, l'iPad est le dernier-né d'Apple. Son application iBooks permet de se connecter à la librairie numérique de la marque pour télécharger directement ses ouvrages.
Photo © D.R. (Apple)
La technologie change la donne
Historiquement, le livre numérique a d'abord concerné les secteurs de l'édition professionnelle (juridique, médicale, scientifique...), pour lesquels il occupe, aujourd'hui, une part de marché significative. Sa seconde cible a ensuite été l'éducation et le scolaire. Désormais, nombreux sont ceux qui annoncent son émergence dans la littérature générale.
<Jusqu'alors, les éditeurs ne se sentaient pas concernés. Mais les évolutions technologiques forcent à changer la donne, reconnaît Virginie Clayssen, présidente de la commission numérique du Syndicat National des Editeurs. Il ne faut pas s'attendre à un raz-de-marée, mais à une proportion croissante de lecteurs qui se tournent vers le numérique.>
Aujourd'hui, il n'existe que quelques dizaines de milliers de livres électroniques en français. Certains classiques de la littérature, tombés dans le domaine public, sont téléchargeables gratuitement sur des plates-formes comme Gallica de la Bibliothèque nationale ou grâce à des logiciels de lecture comme Stanza pour iPhone.
| Déjà disponibles... |
|
Aujourd'hui encore, le marché du livre numérique est embryonnaire. La littérature maritime y est très peu représentée. Vendus par différents libraires, mais tous présents sur Numilog.com, les principaux bouquins de voile déjà accessibles en numérique sont les suivants : <Tabarly>, Yann Quéffelec (L'Archipel - Fayard), 12,95 euros format PDF. Cette offre tend à s'élargir rapidement et l'oeuvre de Bernard Moitessier, parmi une vingtaine d'ouvrages des Editions Arthaud, devrait arriver prochainement. |
Moitessier, bientôt numérique
<Nous sommes toujours dans une phase expérimentale, analyse Florent Souillot, chargé de mission sur le développement numérique chez Flammarion. Nous n'avons pas de modèle économique car il n'existe pas encore de marché. Néanmoins, nous savons que plusieurs vont se développer en fonction des canaux de distribution et des supports de lecture. Alors on se prépare. A commencer par développer l'offre qui est encore minime.>
Depuis octobre dernier, 300 ouvrages numériques de chez Flammarion sont vendus sur internet 25 % moins cher, en moyenne, que leur version papier. L'objectif est d'approcher, d'ici la fin de l'année, une offre de 1 500 livres, qui comprendra, notamment, les oeuvres de Bernard Moitessier parmi une vingtaine de titres de la marque Arthaud.
<Nous archivons tous nos fichiers de façon exhaustive depuis 2006. Mais pour la commercialisation, nous devons négocier les droits numériques au cas par cas, explique Florent Souillot. Dans une démarche qualitative, nous souhaitons conserver la même chaine d'acteurs que pour le papier : auteur, éditeur, distributeur, diffuseur, libraire.>
Chez Glénat, qui ne commercialise encore aucun livre numérique, on observe attentivement le marché et on se prépare en secret. <On voit bien que les choses s'activent>, confesse Annick Briard, directrice des droits dérivés de la maison d'édition, reconnaissant être en cours de négociations avec différents opérateurs du circuit numérique.
Propriété d'Hachette Livres, Numilog est à la fois e-distributeur et librairie numérique. Son catalogue comprend plus de 50 000 livres numériques.
Photo © D.R.
De nouvelles formes d'expressions
Chez les petits éditeurs, on ne se pose pas tant de questions. Il y a ceux qui ne s'en préoccupent pas encore et ceux pour qui le numérique ne semble pas poser problème, comme Catherine Artheix, directrice de la maison d'édition rochelaise La Découvrance. <Comme je n'ai pas un fonds ancien, la production des fichiers ne m'a pratiquement rien coûté, explique l'éditrice qui commercialise déjà l'ensemble de son catalogue en PDF, 70 % moins cher que son tarif papier. Le numérique est un formidable outil de promotion pour la littérature. Il n'y a aucune raison d'en avoir peur.>
<Les circuits économiques de l'édition vont se trouver fortement perturbés voire bouleversés, réagit Franck Martin, gérant des éditions L'Ancre de Marine, qui vient de débuter la numérisation progressive de son catalogue, en vente directe sur son propre site internet. Le numérique apporte une complémentarité. De la même façon que les trimarans de carbone n'ont pas tué la voile traditionnelle, la lecture numérique ne fera jamais disparaître les livres papier. Ce sont simplement des habitudes de lecture différentes qui, peu à peu vont s'installer. Ce qui m'amuse beaucoup !>
Mais il n'y a pas que les habitudes de lectures qui pourraient changer. Le livre numérique peut permettre de nouveaux modes de consommations tels que le téléchargement de chapitres, le streaming (lecture en ligne) ou l'abonnement par bouquets (abonnement forfaitaire à une ou plusieurs série(s) de livres d'une bibliothèque numérique telle que Cyberlibris.fr)...
Enfin, le développement du numérique peut aussi conduire à l'avènement de nouvelles formes d'expressions. On pourrait, par exemple, imaginer, à l'issue du prochain Vendée Globe, les livres des protagonistes de la course illustrés, dans leur version numérique, par des vidéos tournées à bord.
S'il se fait encore discret, nul doute que le livre numérique nous réserve de bonnes surprises !
|
Le livre numérique en quelques lignes |
|
Qu'est-ce que c'est ? Un livre numérique est un fichier informatique, contenant le texte d'un livre. Aucun consensus n'a encore été trouvé pour le format des fichiers commercialisés qui sont principalement les formats PDF, EPUB ou PRC/MOBI (ce qui peut poser des problèmes techniques de compatibilité avec les différents supports de lecture). Comment ça se lit ? Le support de lecture d'un livre numérique va du téléphone portable (famille des smartphones, iPhone, Nexus ou autre) au netbook (mini-ordinateur portable), en passant par des produits aussi divers que la dernière version de la console de jeux Nintendo DSi. Combien ça coûte ? Il n'y a pas de règle. Le Syndicat National de l'Edition soutient qu'un ebook ne coûte pas moins cher à produire qu'un livre traditionnel, car des nouveaux coûts juridiques et techniques compensent les frais d'imprimerie et de logistique qui disparaissent. Aussi, le livre numérique ne bénéficie pas du prix unique (fixé par l'éditeur) et de la TVA réduite à 5,5 %. Dans les faits, les ebooks sont amenés à être facturés 20 à 30 % moins cher que la première édition de leur version papier. |
Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
Vos commentaires
Et V&V sur l'iPad, c'est pour quand ?!!!
Bonjour, Eh bien, oui, une application iPhone et iPad est à l'étude pour cette année. Mais, avant cela, nous allons d'abord mettre en place notre espace et nos moteurs de recherche concernant les "Pros du nautisme" (dans quelques jours), créer notre "webTV", puis refondre, améliorer la présentation et l'ergonomie de notre page d'accueil (avant l'été), ouvrir les commentaires à tous, abonnés ou non, et revoir assez profondément toute la partie communautaire (blogs, forums, mises en ligne d'images et/ou de vidéos...). Comme vous le voyez, l'année 2010 sera celle de gros chantiers, pour un site toujours plus séduisant et plus participatif ! Amicalement, Hervé Hillard, V&V
il est dommage de constater que vos videos ne sont pas accessibles sur iphone ou ipad alors que nous sommes nombreux à en avoir. vous augmenteriez d'autant votre lectorat numérique.
Bonjour Reno, Etant possesseur d'un iPhone et d'un Ipad - et rédacteur en chef de ce site -, je ne peux qu'être d'accord avec vous ! Mais vous savez bien qu'Apple bloque absolument toute technologie de type flash, et veut promouvoir le langage html 5.0, lequel devrait permettre de lire toutes les vidéos, quelles que soient leur technologie. D'ici là, hélas, le site de Voiles et Voiliers, comme tant d'autres, verra ses vidéos "bloquées" sur l'iPhone comme l'iPad. Dommage. Hervé Hillard
Je vidrais savoir comment lire votre magazine en iPad?
Bonjour ! Toutes nos vidéos sont maintenant "universelles" : comprenez qu'elles sont lisibles sur iOS (iPhone, iPad...), Android, WIndows Moblie... Pour les feuilletages de nos éditions numériques, c'est un peu plus compliqué, mais en très bonne voie : début 2012, non seulement vous pourrez lire le magazine numérique sur iPad, mais vous pourrez aussi - et surtout - le télécharger en pdf sur votre ordinateur ou votre tablette, de façon à pouvoir l'emporter avec vous et le lire partout, même sans connexion Internet. Un peu de patience ! Amicalement, Hervé Hillard, V&V