Actualité à la Hune

L'appel du large

Et si on prenait le large ?

  • Publié le : 18/07/2017 - 00:01

MucemA l’entrée du Vieux-Port, l’esplanade de l’ancien môle portuaire, entièrement réaménagée pour Marseille 2013, capitale européenne de la culture. Un lieu d’art et d’histoire où il fait bon flâner.Photo @ E. Dautant

Faire une escale au Vieux-Port de Marseille, même sans bateau, c’est déjà un voyage. Son histoire, sa lumière, son tumulte aux accents chantants, le chassé-croisé perpétuel des petits et grands voiliers, des gros ferries en partance pour la Corse ou le Maghreb, des «promène couillons» qui font le plein de touristes pour les calanques ou les îles du Frioul, tout ici est brassage, mouvement. Ce samedi de juillet, à côté du fameux «toit miroir» de Norman Foster, une manifestation politique pour la libération d’un leader kurde mêle son chant de revendication à la musique provenant d’un grand bateau rempli de jeunes fêtards et arborant un écriteau «flower power», amarré quelques mètres plus loin. Sacré mélange des genres.

L’exposition «Aventuriers des mers», qui se tient jusqu’au 9 octobre 2017 au Mucem, est une trop belle occasion de revenir flâner sur le «J4», l’ancien môle portuaire qui a été entièrement – et superbement – revisité par l’architecte Rudy Ricciotti associé à Roland Carta. Mais c’est par la visite du musée Regards de Provence, situé entre la cathédrale de la Major et le rectangle de dentelle grise, que nous débutons notre déambulation.

Regards de ProvenceL’ancienne station sanitaire maritime de Marseille abrite le musée Regards de Provence et le restaurant salon de thé Regards café dont le toit-terrasse offre une vue panoramique sur le MUCEM et la rade de Marseille.Photo @ Delphine Fleury

Dans ce discret bâtiment au ras du sol, qui fut autrefois la station sanitaire maritime où l’on désinfectait les passagers des navires arrivant sur le sol marseillais, l’exposition «Escales Méditerranéennes» réunit les œuvres d’une vingtaine de peintres des XIXe et XXe siècles qui ont posé leur chevalet sur les rives de la Grande Bleue. Nul besoin d’être fin connaisseur de la peinture méditerranéenne et de l’Ecole provençale pour se laisser emporter au fil de l’eau, de Marseille à Collioure, de la Ciotat aux îles d’Hyères, de Cassis à la rade d’Agay. L’exposition mêle tous les styles et les approches picturales, aussi chacun peut y trouver son bonheur ! On prolonge un peu l’escale devant quelques toiles, comme cette Entrée du Vieux-Port vue du Pharo, par le peintre marseillais Jean-Baptiste Olive, dont la lumière rasante caresse joliment le fort Saint-Jean et les voiles des bateaux qui reviennent à quai, ou ces Iles d’Hyères vues du cap Bénat, par Jean Peské, où l’on retrouve les couleurs chaudes et les formes tortueuses des pins qui jalonnent le décor des sentiers du littoral.
On rêve, surtout, devant ces scènes de paisibles petits ports de pêche, à Cassis, Martigues ou La Ciotat, qui témoignent d’une époque pas si lointaine mais bien révolue où le tourisme de masse n’avait pas encore pris possession de ces lieux pittoresques. On n’oppose plus de résistance lorsque l’exposition nous embarque ensuite vers les rives plus lointaines de Venise, Dubrovnik, Naples ou Alger… L’appel du large a résonné.

arrivée vasco de gama« L’arrivée de Vasco de Gama à Calicut », une tapisserie monumentale en laine et soie de près de huit mètres sur quatre, réalisée à l’atelier de Tournai au début du XVIe siècle, clôt l’exposition avec panache.Photo @ Bridgeman images

Au pied du Mucem, conjurant la chaleur assommante qui s’abat sur l’esplanade, la jeunesse de Marseille se défie et s’expose en concours de sauts depuis les quais du J4 et la promenade du fort Saint-Jean. C’est à l’ombre des volutes de béton imitant les moucharabiehs que nous nous réfugions, pour une immersion – virtuelle, celle-ci – dans les eaux de la Méditerranée et de l’océan Indien sur les traces des «Aventuriers des mers». L’exposition proposée par le Mucem (Musée des civilisations et de la Méditerranée) jusqu’au 9 octobre est consacrée aux échanges commerciaux et culturels entre la Méditerranée et l’océan Indien, entre les VIIe et XVIIe siècles. Vaste programme !

affiche.Près de quatre-vingts œuvres de peintres des XIXe et XXe siècles emmènent le visiteur dans un cabotage pictural en Méditerranée, de la côte Vermeille à la côte d’Azur, jusqu’aux rives de l’Adriatique ou de l’Algérie.Photo @ DROn y entre comme on plongerait dans les profondeurs de l’océan : la porte tout juste franchie, on se retrouve dans le noir, face à l’imposante mâchoire d’un monstre marin, puis on reste hypnotisé par les images d’une mer démontée (signées Yann Arthus-Bertrand), projetées sur grand écran. Comme pour mieux rappeler combien l’homme est petit face à la nature et ce qu’il lui a fallu braver pour aller voir de l’autre côté de l’horizon. En témoignent les monstres marins et autres créatures fantastiques que l’on découvre dans les ouvrages, peintures et cartes dévoilés à leur tour dans cette première partie de l’exposition. La suite du parcours chemine parmi nombre d’objets, vaisselle, épices, tissus, bijoux et mobilier, environ deux cents pièces, glanées auprès d’une cinquantaine d’institutions, en particulier à Lisbonne et Venise. 

Si l’aspect maritime et la navigation sont très vite éclipsés par les richesses qui constituent finalement les seules traces tangibles de ces échanges et que les grandes découvertes de nouvelles routes maritimes par les Colomb, Gama et Magellan sont assez sommairement évoquées, on se régale à tenter de déchiffrer les nombreuses cartes marines et mappemondes qui racontent mieux que tout les différences de perception du monde et l’évolution de la connaissance des contours de notre planète bleue. On regrette seulement de ne pas avoir davantage d’informations, les panneaux descriptifs étant très (trop) concis, et le sujet peut-être trop large et ambitieux pour être balayé dans une seule et même exposition. Une visite guidée et expliquée est sans doute à recommander. Mais les bienfaits de ce voyage maritime et temporel continuent de se distiller dans notre organisme, le temps d’une lente remontée vers la lumière par les coursives en colimaçon jusqu’en haut du bâtiment, puis d’une sinueuse déambulation dans les cours et les escaliers du fort Saint-Jean, surplombant le Vieux-Port.

Suivant les recommandations de notre petit fascicule «l’Appel du large», nous terminons notre escapade par une escale gustative au restaurant Le Poulpe, devant une belle assiette de poissons frais et produits locaux. Dis, c’est quand qu’on repart ?

mappemondeLa mappemonde de Fra Mauro, LA référence vénitienne qui synthétisait, en 1459, l’ensemble des connaissances cartographiques de son temps, occupe une place de choix dans le parcours scénographique élaboré par Maciej Fiszer avec Vincent Giovannoni, conservateur au MUCEM et commissaire de l’exposition.Photo @ 2017-Scala Florence

L’APPEL DU LARGE

Quatre villes, huit expositions
Du 1er juillet au 30 septembre 2017

Lors de la visite d’une de ces expositions, demandez le fascicule «l’Appel du large». Il fournit le programme de ces huit expositions autour du voyage maritime, avec les infos pratiques et des compléments pour «prolonger le voyage» : adresses de bonnes tables, visites culturelles et activités nautiques proposées.

MARSEILLE
«Aventuriers des mers, Méditerranée — Océan Indien, VIIe — XIIe siècle». Mucem, Esplanade du J4, jusqu’au 9 octobre 2017. Ouvert tous les jours sauf mardi de 11 heures à 19 heures. Du 8 juillet au 3 septembre : horaires d’été, de 10 heures à 20 heures Tarif : 9,50 €. Billet famille : 14 €.

«Escales méditerranéennes». Musée Regards de Provence, Allée Regards de Provence (face à l’esplanade J4), jusqu’au 7 janvier 2018. Ouvert du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures Tarif : 6,50 €.

«Jack London dans les mers du Sud». Centre de la Vieille Charité – musée des Arts africains, océaniens, amérindiens. Du 8 septembre 2017 au 7 janvier 2018. Ouvert du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures Tarif : 9 €.

Parcours «Bateaux et Merveilles». Musée d’Histoire de Marseille et aux Dock romains, du 1er juillet au 30 septembre 2017.afficheL"Appel du Large, huit exposition à ne pas manquer.Photo @ DR

MARTIGUES
«Martigues terre d’Ailleurs, de Ziem à Camoin».
Musée Ziem, jusqu’au 17 septembre 2017.

En juillet-août, ouvert tous les jours de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures sauf les mardis. En mai, juin et septembre, ouvert tous les jours de 14 heures à 18 heures Entrée gratuite.

ARLES
«Navires et navigations à l’époque romaine». Musée départemental Arles Antique, du 1er juillet au 30 septembre. Ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures sauf le mardi. Tarif : 8 €/5 €.

AUBAGNE
«Entre terre et mer : l’aventure de la légion étrangère dans l’océan Indien». Musée de la Légion étrangère, du 21 septembre 2017 au 15 janvier 2018. Ouvert du mercredi au dimanche de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures Entrée gratuite.