Actualité à la Hune

Exposition de peintures

Les Ports de France selon Signac

Pour la première fois, la série des Ports de France du peintre Paul Signac (1863-1935) est présentée dans une grande exposition, au Havre jusqu'au 16 janvier, puis à Roubaix de février à mai 2011. Quatre-vingt-dix aquarelles réalisées entre 1929 et 1931, sur les trois façades maritimes du pays, sont ainsi exposées aux côtés d'autres oeuvres de l'artiste et de ceux qui l'ont inspiré.

  • Publié le : 21/11/2010 - 06:33

Saint-Tropez. En 1899, sept ans après son installation à Saint-Tropez (Var), Paul Signac peint le havre provençal suivant la méthode pointilliste de Georges Seurat qu'il a développée. Cette huile sur toile est à comparer avec la série d'aquarelles des Ports de France. Photo © Collection Particulière (DR) < Si ce projet avait votre agrément, je commanderais une conduite intérieure C4 Citroën, je prendrais un chauffeur et je partirais en février pour les ports de la Méditerranée. En avril je remonterais vers les ports de l'Océan pour terminer en été les ports du Nord. Je pense qu'il faudrait cinq ou six mois de travail, un peu fou ! Je ferais deux aquarelles dans chaque port, l'une pour vous et l'autre pour moi, différentes d'ailleurs, et vous choisiriez celle des deux qui aurait votre préférence. Nous déciderions ensemble du format et du prix. Les marchands n'auraient rien à y voir ! >

Lorsqu'en décembre 1928, il écrit ceci à Gaston Lévy - grand collectionneur d'art et fondateur des magasins Monoprix, qu'il vient de rencontrer - le peintre Paul Signac (1863-1935) est un artiste reconnu. Plus de quarante ans ont passé depuis qu'il participa à la fondation du Salon des indépendants, en 1884, puis fut largement représenté à la dernière exposition impressionniste de 1886, grâce à Camille Pissarro et aux côtés de Georges Seurat.

L’Île-aux-Moines. Mai 1929. L'artiste est à l'Île-aux-Moines, dans le golfe du Morbihan. Bien qu'il peigne sa série des Ports de France à l'aquarelle, on retrouve dans les taches de couleurs le prolongement de la technique pointilliste. Photo © Little Rock Arkansas Arts Center Foundation (DR) De ce dernier, Signac deviendra le plus fidèle disciple, utilisant la technique pointilliste dont Seurat fut le grand théoricien. Parisien de naissance (il mourra aussi dans la capitale), Signac est proche des cercles anarchistes, très actifs dans les années 1880-1900. En 1892, il s'installe à Saint-Tropez. Paradoxalement, bien qu'il navigue sur son voilier L'Olympia, l'observation de la Nature occupe alors une place moins importante dans le choix de ses sujets tandis que le point cède le pas au carré ou au rectangle sur ses toiles.

Reste la couleur dont Paul Signac prône la libération, dans ses écrits théoriques comme dans ses oeuvres picturales. Cependant, fin 1928, le peintre âgé de 65 ans est surtout occupé du projet qui lui tient désormais le plus à coeur, réaliser une série sur les ports de France. La grande référence thématique en la matière demeure Joseph Vernet (1714-1789) qui, à la demande de Louis XV, peignit dix grands ports du royaume, entre 1753 et 1763 (le projet ayant été interrompu alors qu'il devait concerner un nombre beaucoup plus grand de sites). Ces immenses tableaux - aujourd'hui, comme du temps de Signac, visibles au Louvre et au Musée national de la Marine - ont marqué des générations de peintres.

Concarneau. Concarneau (Finistère Sud) et ses thoniers attirent Signac en juin 1929. Son trait épouse le mouvement du vent et des vagues, des voiles et des coques. Photo © Collection Particulière (DR) Beaucoup plus importante, quantitativement, fut la série des côtes et ports de France réalisée par Louis Garneray (1783-1857) en 1822 et 1823. Elle comporte vingt-quatre vues entre Dunkerque et Granville, vingt entre Saint-Malo et la frontière espagnole et vingt pour les côtes françaises de Méditerranée. À partir des aquarelles, Garneray grava des planches destinées à un très large public et qui furent publiées dès 1823.

Signac les connaît très vraisemblablement. Son propre projet est encore plus ambitieux. Peindre à l'aquarelle cent ports de France, soit quarante sur la mer du Nord et la Manche, quarante sur l'Atlantique et vingt sur la Méditerranée. Cette série dite des Ports de France marquera le couronnement de sa carrière d'aquarelliste. Jusqu'au 16 janvier 2011, dans l'exposition < Signac : les Ports de France >, le musée Malraux du Havre (Seine-Maritime) présente au public la totalité des oeuvres de cette série connues à ce jour, soit près de quatre-vingt-dix aquarelles. Elles sont mises en perspective avec une sélection de peintures de l'artiste.

Le Tréport. Au Tréport (Seine-Maritime), le 13 juin 1930, le peintre surprend la Manche à marée basse. Notez le traitement coloré des reflets sur les jetées. Photo © Collection Particulière (DR) Car Signac peignait les ports depuis toujours, qu'ils soient maritimes ou fluviaux. Mais c'était à l'huile et occasionnellement, au cours de ses périodes impressionniste, néo-impressionniste et bien sûr, pointilliste. Grâce à la rencontre de ce mécène, il peut enfin envisager un travail plus systématique dans l'esprit de ses prédécesseurs (l'exposition montre quelques oeuvres de ceux qui ont inspiré Signac : Vernet, forcément, mais aussi Le Lorrain, Corot, Jongkind, Boudin... sans oublier Turner qui reste sa référence majeure).

La Rochelle (La Pallice). Les couleurs vives laissent la place au noir du charbon, dans le port de commerce de La Pallice, à La Rochelle (Charente-Maritime), sous la lumière pâle du 10 novembre 1930. Photo © Collection Particulière (DR) Gaston Lévy accepte aussitôt la proposition et dès le mois de mars 1929, Signac est sur la route. Il lui faudra en réalité trois saisons pour venir à bout de son grand projet, jusqu'en 1931. L'ordre de réalisation n'est pas géographique puisqu'il débute en avril 1929 à Sète. Le même mois, il gagne la côte atlantique, de Bayonne aux Sables d'Olonne. De mai à juin, il est en Bretagne et il interrompt sa saison le 16 octobre, à Saint-Malo. < La tâche est plus dure que je ne le supposais. Il faut lutter contre le temps et les circonstances > écrit-il à Lévy. Signac reprend la route sur les côtes de la Manche, de février à juin 1930. On le retrouve en novembre à La Rochelle et Rochefort. En avril 1931, il achève la série par la côte méditerranéenne.

Célébrant - sans monotonie en dépit du parti pris formel - les bateaux et les ports, les ciels et la mer, les aquarelles (toutes réalisées dans le même format, environ 28 x 44 centimètres) seront réunies dans des albums en cuir pour Gaston Lévy, à la manière de ce qui se faisait aux siècles précédents. Conservée à l'abri de la lumière et dispersée en 1995, cette collection n'avait jamais été exposée ni publiée jusqu'à aujourd'hui.

Port-en-Bessin. Contrastant avec la série d'aquarelles de 1929-1930, cette huile sur toile de la halle aux poissons de Port-en-Bessin (Calvados), en 1884, est encore très marquée par l'impressionnisme, dans le traitement du ciel et de l'eau, deux ans avant le dernier salon du mouvement, auquel Signac participe. Photo © Collection Particulière (DR) Renseignements pratiques :

Musée Malraux
2, boulevard Clemenceau
76600 Le Havre
Tél. 02.35.19.62.77

http://musee-malraux.ville-lehavre.fr

Horaires d'ouverture jusqu'au 16 janvier 2011 :
Du lundi au vendredi de 11h à 18h
Le samedi et dimanche de 11h à 19h
Fermé le mardi et le 25 décembre 2010 ainsi que le 1er janvier 2011.

Plein tarif : 5 €. Tarif réduit : 3 €. Gratuit pour les moins de 26 ans et chaque premier samedi du mois.

Nombreuses animations autour de l'exposition, dont des ateliers distincts pour les enfants, les adolescents et les adultes.

Cette exposition est coproduite par le musée Malraux et le musée de Roubaix (Nord), La Piscine, où elle sera présentée du 12 février au 22 mai 2011.