Pour certains, c'est l'heure de mettre à l'eau, de valider les ranges de voiles, d'accumuler les milles qualificatifs ; pour d'autres, le travail est à l'onirisme et aux précieuses touches de peintures. Selon Gildas Flahault - le peintre morbihannais prépare une nouvelle exposition aux côtés de Gaele Flao et Aude Sirvain -, ces activités reviennent au même. Car tous auront vécu une aventure qui les conduira sur les quais de Saint-Malo, à la veille de la Route du Rhum. Rencontre avec l'artiste proche des marins, qui nous livre un aperçu de sa magie et de sa poésie.
Note :
Le mouvement et le corps à corps sont au coeur des préoccupations de Gaele Flao qui peint la danse, la musique, la capoeira...
Photo © D.R. (Gaele Flao)
Depuis quelques semaines, le 25 quai Duguay-Trouin de Saint-Malo connaît de nouveaux locataires : le peintre Gildas Flahault proche du milieu des marins, sa nièce Gaele Flao avec laquelle il travaille depuis quelques années et la photographe Aude Sirvain avec laquelle il s'est associé pour ses créations sur l'esprit et l'invisible ont investi les 300 m2 du lieu pour en faire leur nouvelle <usine à poésie> et préparer une exposition dédiée à la Route du Rhum. Celle-ci sera ouverte au public du 20 au 31 octobre prochains et son vernissage est prévu pour le samedi 23 octobre, à partir de 18 heures.
L'événement n'a rien à voir avec une invitation de l'organisateur de la course, mais répond à une initiative personnelle. Gildas Flahault précise qu'il s'est toujours tenu en dehors du milieu officiel de l'art et qu'il travaille comme une sorte de forain, se fixant une date et un lieu pour lesquels il sera prêt. <J'espère créer de l'émotion et du sentiment.>
En 1994, Gildas Flahault avait déjà organisé un événement en marge de la transat mythique et garde un souvenir fort de ce moment de partage... Son ami Lionel Lemonchois lui a alors demandé pourquoi il ne rééditerait pas ce rendez-vous ? <Ce qui nous intéresse, c'est d'être là, répond-t-il, de faire partie de ça, parce qu'on connaît beaucoup de monde, qu'on a envie d'être généreux, d'amener quelque chose de beau, une manière d'aimer la vie.>
Gildas Flahault, Gaele Flao et Aude Sirvain sont les "Trois artistes autour du Rhum" qui vont apporter leur touche de poésie à la transat...
Photo © D.R.
C'est donc en face de la flotte des 40 pieds qu'ils s'installent cet automne. <Hors de question de parler de multicoques, de course, de chose comme ça, annonce le peintre. J'aurais peut-être envie un jour, mais pas maintenant.> Le but n'étant pas de coller à tout prix au sujet, le peintre bourlingueur travaille sur les Inuits. L'"animus", l'idée que les choses sont animées par l'esprit, l'inspirent à nouveau. Sa nièce, elle, s'intéresse à la danse, plus particulièrement la capoeira, la musique. Et les photographies prises par Aude Servain des lancés d'encre de l'année passée seront exposées.
Les premiers visuels diffusés sont déjà enthousiasmants et promettent un rendez-vous plein de poésie et de magie... Vivement Saint-Malo et l'avant-veille du départ du Rhum !
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Rencontre avec Gildas Flahault
v&v.com : Vous êtes un homme de mer ?
Gildas Flahault : Je suis né dans une famille de régatiers. Mon père et ses frères étaient des régatiers et le sont toujours d'ailleurs, même si ce sont des gens qui ont 90 ans (rires). Ils ont toujours régaté... Sur toutes les séries possibles et imaginables. Ils ont fait les Jeux olympiques dans les années 40-50 (Roger Tirian et Claude Flahault ont terminé 8e des Jeux de Melbourne de 56, en 12 Square Metre, ndr), navigué sur des Canneton, des Snipe, des Corsaire, des Muscadet, des J24... Voilà, ils ont couru jusqu'à l'année dernière où à 92 ans, mon père a fait la régate de l'île aux Moines et a remporté les trois manches. Moi, je n'ai pas leur talent, mais suis issu de ça. Et comme je suis de Port-Navalo et que très jeune, j'ai été attiré par l'autre côté de la mer, La Trinité-sur-Mer, je suis très vite rentré dans le milieu de la course au large.
Flahault réfléchit à l'"animus" dans son travail et ici l'esprit des lamantins semble habiter cette femme esquimau et son enfant.
Photo © D.R. (Gildas Flahault)
v&v.com : Vous y avez beaucoup de connaissances...
G.F. : Les marins, mais aussi les gens qui dessinent les bateaux, qui préparent les bateaux, qui construisent les bateaux... C'est mon milieu, quoi, depuis toujours. Moi, je fais de la peinture, parce que j'ai toujours eu cette fibre... Mais c'est vrai qu'à une époque de ma vie, j'ai été un peu jaloux de certains de mes copains qui faisaient des records sur des multis. Mais en fin de compte, je suis quand même bien content d'avoir pu partager ma vie entre un métier qui est très riche, très libre et très intéressant, et puis finalement profiter des bateaux aussi, des gens et de la mer et du MONDE (rires) !
v&v.com : Comment décrire votre oeuvre ?
G.F. : Les images que j'ai faites avec Aude sont une toute petite et récente partie de mon oeuvre. En 30 ans de carrière, mon travail a surtout été axé sur l'univers maritime, sur la mythologie maritime que l'on fabrique tous plus ou moins dans notre tête, que ce soient des histoires de marins sur des grands trois-mâts, de marins pêcheurs ou de navigateurs solitaires... Enfin bref, toute une espèce de mythologie géographique, philosophique, poétique, qui tourne autour de la mer. Et dieu sait si c'est un domaine large. (Voir le site de Gildas Flahault où est présentée une sélection de ses oeuvres.)
v&v.com : Vous avez un rapport exclusif avec la mer ?
G.F. : Je ne sais pas si on peut dire ça... J'ai toujours... On a dit à une époque que j'étais un peintre de la marine - déjà, pour commencer, on m'a proposé plein de fois d'être peintre de la marine, mais moi j'ai toujours refusé parce que je n'ai rien à voir avec la Défense nationale. Mais sinon, je ne voudrais pas que l'on me considère comme un peintre de marine, quoi, parce que... Oui, certes j'ai de grosses racines là-dedans et c'est le terreau dans lequel j'ai puisé beaucoup de choses que j'ai racontées, mais je ne voudrais pas me fermer à tout le reste.
v&v.com : Qu'est-ce qui vous fascine le plus dans la psychologie, la personnalité des marins ?
G.F. : Déjà, quand on navigue, quand on traverse un océan - ou quand l'on traverse une baie à 10-15 ans - et que l'on arrive quelque part, on a une espèce de fierté, qui n'est pas du tout ostentatoire, mais on a une fierté intérieure, parce qu'on évolue sur un milieu, la mer, qui est pratiquée par peu de gens. Et effectivement, cela a un petit côté exclusif, justement... Je pense que les marins sont conscients de ça, je parle des vrais marins, de gens qui naviguent vraiment, quoi.
Un mur de bunker de l'ancienne base de sous-marins de Lorient, une paroi de forme de radoub, un quai à marée basse... Les deux artistes soignent autant la matière de leurs fonds que les formes, les gestes, les couleurs et les jeux d'ombres.
Photo © Aude Sirvain/Gildas Flahault
v&v.com : Quels sont ceux qui vous inspirent le plus aujourd'hui, soit parce qu'ils sont proches de vous, soit parce qu'ils correspondent le mieux à votre idée de tout ça ?
G.F. : Et bien... En fait, on n'est pas obligé de ne parler que de la course. La course, c'est une chose, c'est très bien, ce sont des gens qui aiment les bateaux, la mer... Mais si l'on parle de l'univers de la croisière et du voyage pour repartir à la base de tout, c'est sûr que les Damien, Jérôme Poncet et Gérard Janichon, les Moitessier sont des gens qui ont une grosse valeur à mes yeux. Aujourd'hui dans la course, j'aime beaucoup Lionel Lemonchois parce que d'abord c'est un bon copain, mais c'est quelqu'un dont je sais qu'en mer, quel que soient les conditions, dans un record comme il a fait dernièrement avec Cammas par exemple, il est heureux d'être sur l'eau. Il ne s'ennuie pas. Il y en a qui s'ennuient - je ne citerai pas de nom : c'est leur métier, donc ils font ça, mais ils s'ennuient, ils ne sont pas contemplatifs. Une année, j'ai navigué avec Philippe Poupon sur son bateau de croisière : c'est quelqu'un qui peut passer quatre heures à regarder les oiseaux voler... Je pense que la plupart des marins ont cet attachement fort à la nature. Et puis il y a l'intelligence de certains : quand on voit rentrer un Parlier du Vendée Globe avec un hauban en moins, quand on voit comment il a passé son bout en tête de mât... C'est d'une grande intelligence mécanique. Après il y a l'intelligence du milieu, du feeling.
Gildas Flahault avait déjà exposé à Saint-Malo à la veille du Rhum, en 1994. C'était aux Caves de Surcouf. Avec ces deux associées, il sera cette fois sur le quai Duguay-Trouin, en face des Class40.
Photo © D.R.
v&v.com : Vous naviguez beaucoup, non ?
G.F. : Oui, je navigue beaucoup ! Et je vais continuer ! Toutes les échelles m'intéressent. Là, par exemple, cela fait un an et demi que je suis dans le kayak à fond et je découvre des régions insoupçonnées de moi. Je compte bien organiser des expéditions dans des pays un peu largués avec des copains. Je trouve ça fabuleux. Plus simplement, l'engagement dans la mer et la connaissance du terrain m'intéressent énormément.
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Trois artistes autour du "Rhum"
Gildas Flahault / Gaele Flao / Aude Sirvain
Du 20 au 31 octobre
25, Quai Duguay-Trouin
Vernissage le vendredi 23 octobre.
Hors de cette date, l'espace peut être réserver pour organiser conférences de presse, soirées événementielles... Contact : Laure Faÿ, 06 87 27 97 95, laurefay@orange.fr.
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Et aussi...
L'article Voiles et Voiliers paru lors de l'exposition du précédent travail d'Aude Sirvain et Gildas Flahault, ici.
Le site de Gildas Flahault, ici.
Le site de Gaele Flao, ici.
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Une autre expo, "Portraits de Rhum" de Thierry Martinez |
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