Actualité à la Hune

Golden Oldies

Si les multicoques vous étaient contés...

L'association des Golden Oldies sauve, restaure et conserve des multicoques de course des années 70 et 80. À travers des bateaux comme Moxie, Cheers ou VSD, c'est tout un pan de l'histoire maritime qui revit... Pour que vive la vitesse !

  • Publié le : 18/12/2009 - 07:55

Gulfstreamer, un survivant sous voiles Gulfstreamer est l'une des dernières trouvailles des Goldens : personne ne l'avait revu ainsi en Europe depuis 1976. On constate ici l'originalité de l'architecture de l'époque à comparer avec les derniers multi 50 ou Banque Populaire IV ! Photo © Philippe Echelle <C'est simple : sans eux, Sodebo, Banque Populaire, Groupama ou Idec n'existeraient pas !>, s'exclame Marc Pardailhé-Galabrun, secrétaire des Golden Oldies et ancien coureur.
Eux, ce sont des légendes comme Moxie, Cheers ou encore VSD : des multicoques datant d'avant 1989 qui ont marqué l'histoire de la course au large et que l'association Golden Oldies recherche, afin de les retaper et de les remettre à l'eau. Même sans en être tous propriétaires, les 80 mordus membres de l'assos ne rêvent que de conduire ces <anciennes gloires> en de longs surfs au portant à plus de 20 noeuds !

Couverture de Voiles et Voiliers, juillet 1981 Gordano Goose fait la une de Voiles et Voiliers en juillet 1981. Le premier trimaran de Nigel Irens a été retrouvé (en piteux état) grâce à Google Earth ! Il sera de nouveau sur l'eau au rassemblement des Goldens à Canet-en-Roussillon en mai prochain. Photo © Voiles et Voiliers L'histoire des multicoques de course a commencé il y a plus de 40 ans, en 1968, lorsque Tom Follet termine troisième de la Transat anglaise sur son prao Cheers. Olympus Photo, Moxie, Chaussettes Olympia ont chacun leur tour marqué, mais cela prendra une bonne dizaine d'années pour qu'ils s'imposent comme son scénario incontournable. (Voir encadré ci-dessous.)

Flashback

Retour en 1968 : un prao jaune skippé par Tom Follet, Cheers, se fait remarquer en terminant troisième de l'Ostar (Transat anglaise).
<L'absence de règles et de limitations de taille favorisa le développement de ces bateaux révolutionnaires>, explique Christian Février, membre des Goldens Oldies et journaliste à Voiles et Voiliers.
Les architectes
Dick Newick et Derek Kelsall jouèrent alors un rôle de pionniers dans le développement des multicoques modernes. A eux deux, ils dessinent la plupart des tris et catas de l'époque.

Dix ans plus tard, le petit trimaran de Tom Follet, Olympus Photo, doublait le grand monocoque Kriter V juste avant la ligne d'arrivée de la Route du Rhum. Après 23 jours de course, Mike Birch s'offrait ainsi la victoire avec plus d'une minute d'avance sur Michel Malinovsky ! Tout un symbole. Les multicoques, peu reconnus jusqu'alors, gagnent leurs lettres de noblesse.

En 1980, juste avant l'arrivée de la Transat, on s'interrogeait dans le Voiles et Voiliers n°113 : <Transat 80 - La dernière chance des monocoques ?>.
L'Américain Phil Weld l'emporta en effet sur le trimaran Moxie (dessiné par Dick Newick et construit par Walter Greene) devant quatre autres multicoques (Three legs of Mann III, Jean's Foster, Olympus Photo et Chaussettes Olympia).
Le reportage diffusé au journal d'Antenne 2 de l'époque
ici est un joli clin d'oeil à cette autre époque...


















Depuis 2004, date à laquelle les <Golden Oldies> se sont réunis, leurs membres s'attachent à faire revivre tous ces monuments.
Si certains ont coulé ou ont été détruits, quelques-uns ont été sauvés in extremis avant d'être restaurés.

Moxie et Cheers font ainsi la fierté de l'association fondée deux ans plus tard. <Il ne restait plus beaucoup de ces bateaux. On s'est donc dit qu'il était important de sauvegarder ces témoins d'une époque et ainsi voir les progrès réalisés en matière d'architecture>, explique Stuart Rogerson, l'un des membres fondateurs aux côtés de Philippe Echelle, l'actuel président de l'association.


<La vie commence à 20 noeuds !>

En plus de leur passion commune pour ces bateaux, la vitesse, la glisse et le sentiment de liberté, les 80 membres de l'association sont voués aux hommes qui les ont faits et aux histoires qui les entourent.
Celle de VSD, par exemple, un plan Kelsall de 1979 en airex/polyester, avec flotteurs en carbone, racheté en 2000 par l'Anglais Stuart Rogerson, un ancien chercheur de pierres précieuses. Le trimaran, skippé à ses heures de gloires par Jacques Riguidel et Gilles Gahinet - lors de la Transat en double de 1979 notamment (un aller-retour entre Lorient et Les Bermudes), ils finissaient 5 minutes et 42 secondes devant le Paul Ricard de Tabarly et Pajot -, était devenu un vestige du passé. <Recouvert de mousse, il servait de plongeoir pour les touristes à Ibiza dans la baie de San Antonio>.

Moxie, star des années 80 C'est avec Moxie (ici à 22 noeuds lors du Golden Oldies Trophy de Canet-en-Roussillon en 2005) que l'Américain Phil Weld a remporté l'Ostar 1980. Les multicoques prennent alors l'ascendant sur les grands monocoques ! Photo © Fulgencio Sanchez Autre histoire étonnante, celle de Gordano Goose, le premier trimaran de Nigel Irens, retrouvé grâce à Google Earth dans un champ à Minorque (Baléares) ! <On l'a sauvé des griffes de la pelleteuse au dernier moment. Là-bas, ils ont détruit une quarantaine de bateaux... Si seulement on l'avait su avant...>, raconte Bruno Fehrenbach, le nouveau co-propriétaire avec Pierre Calmon. Depuis 2007, tous les trous de la coque ont été traités et le pont avant refait. <On le garde aussi spartiate qu'au début pour conserver l'esprit du bateau. On a simplement modifié les bastaques car à chaque virement de bord, il fallait les changer.>

Santé, Cheers ! Malgré son âge, Cheers (troisième de l'Ostar de 1968), reste toujours très efficace ! Photo © D.R. (Golden Oldies / PE) Dans ses rangs, l'association compte aussi Région Picardie le premier multicoque en carbone construit en 1983 grâce à l'architecte Gino Morelli. Son skipper, Alain Petit-Etienne est toujours à la barre. Le catamaran vient d'être inscrit au patrimoine maritime cette année.

Pourtant, la prise de conscience de la mémoire maritime est loin d'être acquise. <Ça me désole de voir que ces bateaux ne sont même pas connus de certains coureurs>, souffle Marc Pardailhé-Galabrun.

Conséquence directe du désintéressement du public, les membres des Golden Oldies peinent financièrement pour entretenir ces bateaux de rêve. Si pour certains le choix entre une nouvelle voiture et une voile d'avant (de 3000 à 8000 euros) est vite fait, pour d'autres l'adition est plus douloureuse. Françoise Hanss et Etienne Hochedé, les propriétaires de l'ex Lessive Saint-Marc lui consacrent déjà tout leur argent et leur temps libre... Pour les réparations, Etienne, garagiste de profession, se débrouille à peu près. Mais pour le reste, la récupération et le système D ne suffisent plus. Pour conserver leur bateau, le couple recherche donc un partenaire financier.

Pour sensibiliser le public à ce patrimoine maritime,
les Golden Oldies proposent un rassemblement annuel auquel anciens coureurs et architectes
ont pris l'habitude de venir.

Rebel, vainqueur 1984 de l'Ostar Le vainqueur de l'Ostar 1984, Rebel (ex-Umupro Jardin), fait partie des Goldens Oldies. Il a été reconstruit en 1995-1996 par son propriétaire sauveteur Jo Salvetat et l'architecte Denis Kergomard. Charles Michel est l'actuel propriétaire. Photo © Boris Berrenchtein <Pas question qu'on les jette comme des Kleenex ! On souhaiterait des avancées concrètes pour pouvoir préserver ces bateaux, comme une aide pour le carénage annuel et la mise à disposition de places dans les ports>, insiste Philippe Echelle. <Un juste retour, après tout ce que ces bateaux ont transmis comme émotions au public.>

Pour sensibiliser le public à ce patrimoine maritime, les Golden Oldies proposent donc un rassemblement annuel auquel anciens coureurs et architectes ont pris l'habitude de venir. Les multis sont remis à l'eau, naviguent. Au programme : régates et démonstrations ouvertes au public.
Le but de ce Golden Oldies Trophy est de susciter l'intérêt, d'aiguiser la curiosité, de <motiver de nouvelles restaurations et de trouver des propriétaires intéressés.>

En 2010, le rassemblement se tiendra à Canet-en-Roussillon du 21 au 24 mai. Dix à quinze multi "vintage" sont attendus. Nick Keig (2e de l'Ostar 80) pourrait être de la partie, tout comme Yves Le Cornec, Christine Capdevielle ou Hervé Cléris, autant de skippers toujours en activité !

<La vie commence à 20 noeuds !>, claironnent-ils... Avis aux amateurs de vitesse !

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Retrouvez les Golden Oldies, ici.