Actualité à la Hune

Vendée Globe 2008-09

Hugues vainqueur du Vendée Globe… virtuel !

Gagner le Vendée Globe 2008-09, sacrée performance ! Même un jour et demi après le triomphe de Michel Desjoyeaux aux Sables-d'Olonnes. Un autre grand vainqueur s'est en effet présenté sur la ligne d'arrivée. Hugues, sur son bateau Inderweltsein, s'est imposé ce matin à 8 heures 49 devant 320 000 concurrents. Au terme de 85 jours de course... virtuelle.

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  • Publié le : 03/02/2009 - 15:45

Inderweltsein, vainqueur du Vendée Globe 2008-09 Après la capture écran de l'ordinateur de Michel Desjoyeaux (voir nos ), voici celle concernant le vainqueur du Vendée Globe virtuel. En 85 jours, Hugues, sur Inderweltsein, a battu près de 320 000 concurrents. Impressionnant. Photo © D.R. (VirtualRegatta/Vendée Globe) Battre 320 000 concurrents, excusez du peu ! Et gagner le Vendée Globe, en plus ! Parti le 9 novembre dernier, comme les <vrais>, pour un Vendée Globe Virtuel qui est devenu un véritable phénomène de société, le bateau Inderweltsein a victorieusement coupé la ligne d'arrivée aux Sables-d'Olonne à 8 heures 49 heures ce matin, reléguant son plus proche poursuivant à plus de 80 milles. Un succès d'autant plus méritoire que son skipper, Hugues (qui veut garder l'anonymat), n'avait acheté aucune des options payantes (voiles pro...) proposées par VirtualRegatta.com

Hugues, 32 ans, qui a donc bouclé son tour en 85 jours 19 heures et 45 minutes, soit un jour et demi de plus que Mich'Desj', ne s'attendait pas à cette victoire. Il est vrai que celle-ci s'est dessinée aux Açores, dans les derniers jours de course ! Sébastien Destremau l'a interviewé alors qu'il venait de couper la ligne d'arrivée après avoir passé trois mois à la barre de son monocoque virtuel.


Sébastien Destremau : Pouvez-vous d'abord vous présenter rapidement ?
Hugues :
J'ai 32 ans dans quelques semaines. Je vis dans la région de Rennes, mais suis originaire de Laval. Je suis développeur dans le domaine du logiciel libre, prenant part à divers projets, dont Mozilla et FrenchMozilla. Ça n'a pas grand-chose à voir avec ma formation d'ingénieur en mécaniques des fluides à Toulouse, dont j'espérais qu'elle me mène dans un bassin de carène ou une soufflerie...

SD : Hugues, vous venez de passer en vainqueur la ligne d'arrivée aux Sables-d'Olonnes. Que ressentez-vous ?
Hugues : Evidemment un peu de joie et de fierté à - sans l'avoir vraiment envisagé jusqu'à peu - avoir laissé autant de concurrents derrière moi, y compris ceux qui s'y sont fait déjà un nom. En même temps, c'était un vrai plaisir, et j'aurais bien aimé que la course dure un mois encore !

SD : A partir de quand avez-vous pensé que vous aviez une réelle chance de vaincre ?
Hugues :
La confiance est venue petit à petit. Dans les 40e et les 50e Sud, j'étais dans les 100 premiers, mais avec un écart variant de 130 à 350 milles sur la tête. Le déclic, ça a été la dernière porte des glaces, Pacifique Est, où j'ai accroché des vents portants puissants vers le cap Horn. Ce n'était pas un choix évident, car nous avons été peu nombreux sur cette option Sud (fumator, Dhlombre, le dub, et Hurricane notamment). Ensuite, nous sommes retrouvés dans le groupe de tête. A partir de ce moment-là, je n'ai pas écarté la victoire, mais je visais plutôt un bon classement...
Je naviguais avec mets du bras (interviewé sur notre site voici peu, voir la vidéo ici) et GrainDeSel, nous avons évité la plupart des pièges météo.
Pourtant, après le Pot au Noir, j'ai abandonné tout espoir : l'anticyclone des Açores, que j'avais vu auparavant remonter vers le Nord-Est - ce qui avait levé mes états d'âme de me placer un peu plus à l'Est -, allait s'étendre visiblement en largeur sur l'Atlantique Nord, obligeant à le contourner plutôt par l'Ouest ! Je trouvais évidemment ma position catastrophique.

SD : Pourtant, votre victoire s'est dessinée aux Açores, lorsque vous avez plongé vers l'Est. Quelles étaient les raisons de cette stratégie ?
Hugues : Des raisons un peu désespérées ! Ayant abandonné tout espoir de victoire, je ne voulais pas voir mon classement diminuer sans rien faire. Les autres faisant le tour par le Nord-Ouest, fort logiquement, j'ai d'abord mis le cap au Nord, puis carrément au Nord-Est, sur la route la plus courte - mais aussi la plus lente !
Ce n'est finalement que douze ou vingt-quatre heures avant de franchir l'anticyclone que j'ai réalisé qu'au moment où j'atteindrai la bulle, celle-ci serait en grande partie derrière moi, que j'aurai des vents certes modestes en regard de ceux hérités par les leaders (Palestine_r1, par exemple, premier sorti de la bulle à l'Ouest), mais assez forts pour gérer mon avance acquise.

SD : Vous faites partie des joueurs qui ont parcouru le moins de route sur ce Vendée. Comment l'expliquez-vous ?
Hugues :
Je dois avouer qu'au début, j'ai navigué sans réellement prendre en compte les prévisions, en cherchant souvent le meilleur VMG, ce qui a tendance à favoriser une route courte. Ça n'a pas trop mal réussi, et j'ai passé la première porte de l'Atlantique Sud aux alentours du 190e rang. Dans le Sud, ça m'a même permis de grignoter jusqu'à la 50e, puis un court moment jusqu'à la 35e place avant que la journée de Noël me ramène au 80e rang ! C'est à partir de là que j'ai commencé à passer du temps à étudier ma route.

Gonflé, le passage au milieu des Malouines ! Même virtuel, un Vendée Globe peut mettre un bateau au sec ! Et, quelques heures avant d'arriver aux Malouines, Hugues n'était même pas sûr que ce passage très osé soit possible ! En rouge, sa trace réelle, en blanc, sa trace par le logiciel. Photo © D.R. (VirtualRegatta/Vendée Globe) SD : Quels ont été les moments les plus difficiles au cours de ces trois mois de <mer> ?
Hugues :
Je me souviendrai longtemps de mon passage à travers les îles Malouines ! Quelques heures avant, je n'avais aucune idée si ce passage existait vraiment ! Je m'étais décalé vers l'Est pour emprunter ce passage, et il était impensable de renoncer, de faire le tour, que ce soit par par l'Est ou l'Ouest ! Cela dit, un sujet sur le forum du jeu virtuel <Volvo Ocean Race Game> indiquait que c'était impossible, que ceux qui avaient tenté avaient multiplié les contacts avec la terre sans trouver de route ! Puis j'ai appris qu'un bateau, Testdummy, resté en Atlantique Sud et ayant renoncé à la course, avait testé - et réussi - le passage pour le plaisir. Il ne restait qu'à veiller et bien calculer mes caps.

SD : Le record des 24 heures lancé par la voilerie Incidences faisait-il partie de vos objectifs ?
Hugues :
Ce concours est né alors que je débutais la descente entre la porte Pacifique Est et le cap Horn. Dès lors, puisque je jouais le classement, il était impossible de me dérouter pour aller chercher des vents forts juste pour cela. J'y ai quand même participé <malgré moi> et, lors de ma descente vers le Horn, j'ai réalisé 486,9 milles en 24 heures, ce qui m'a valu pendant quelque temps un classement dans les premiers milliers de places.
(Ndlr : le record est pour l'instant détenu par crakoy, avec 573,8 milles en 24 heures !).

SD : Combien d'heures par jours passiez-vous sur le jeu ?
Hugues :
Environ deux heures à chaque changement de carte, afin de corriger et optimiser ma route sur le plus long terme. Cette anticipation m'a permis, notamment la nuit, de me réveiller précisément au passage des <frontières de vent>. J'ai une tendance légèrement insomniaque, qui fait que je veille de toute façon souvent tard ! Et puis, ça ne représente, sauf en cas de fort coup de vent, qu'un réveil toutes les quatre à sept heures...

SD : Utilisiez-vous des sources extérieures de prévisions météo ?
Hugues : Comme beaucoup, uniquement les fichiers au format grib du modèle GFS de la NOAA, disponibles à travers diverses sources, comme grib.us et son logiciel Ugrib, ou le logiciel libre zyGrib, disponible sur toute plate-forme : Windows, Mac OS X ou la mienne, Linux. En revanche, contrairement à ceux qui affirmaient que l'intérêt de cet outil était surtout ce qu'il prévoyait à long terme, c'est-à-dire six ou sept jours, tout mon routage a été réalisé sur un plus court terme.

SD : Quelle est votre expérience en voile réelle?
Hugues :
Cela fait hélas un moment que je n'ai pas pratiqué le bateau à voile ! J'ai fait de la compétition jusqu'à mes 15 ans et de nombreuses régates en Optimist, au niveau départemental, régional et national, alignant titres départementaux et bons résultats régionaux et nationaux. J'ai de bons souvenirs de celui qui dominait alors dans mon coin - et a confirmé par la suite, avec un titre de champion du monde en Mumm 30 -, Pierre-Loïc Berthet, mais je doute que lui se souvienne de moi.
Je me suis un peu éloigné des bateaux quand est arrivé le lycée, même si j'y suis retourné en quelques occasions par la suite, sur diverses classes de monocoques et multicoques.

SD : Au départ, voici trois mois, pensiez-vous avoir une chance de remporter le Vendée Globe ?
Hugues :
Pas du tout ! Je voulais réveiller de vieux réflexes de voile, mon sens stratégique un peu rouillé. Je n'avais aucune expérience dans le routage, puisque les régates en parcours olympique que j'ai courues se font à l'échelle d'un plan d'eau. Je voulais juste bien figurer, dans les 1 000 ou les 500.

SD : Depuis combien de temps pratiquez-vous la voile virtuelle ?
Hugues :
C'était ma première participation !

SD : Quelle est l'origine du nom de votre bateau ?
Hugues : Ce nom fait référence au concept d'<être au monde> (<in der Welt sein>) dans la philosophie d'Heidegger vis-à-vis de l'existence humaine. Et c'est aussi un hommage personnel.




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