Actualité à la Hune

Interview d’un mythe du folk et du rock… propriétaire d’une goélette Alden

David Crosby : «Voyager en bateau, c’est une vie qui frôle la perfection»

Si vous aviez 20 ans dans les années hippies, vous connaissez son nom. David Crosby, mythique star du folk, se sépare après quatre décennies de sa goélette signée John Alden, sur laquelle nombre des chansons de son groupe ont été composées. Heureux de pouvoir raconter sa passion des voiliers et de l'océan, ce navigateur invétéré m'a exceptionnellement reçue à bord de Mayan, à Santa Barbara, Californie.

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  • Publié le : 29/01/2011 - 00:02

Mayan, la goélette Alden de David Crosby Tout dessus, traçant sa route , voici Mayan, la goélette Alden de David Crosby, dessinée en 1927. Quarante ans d'une histoire d'amour à laquelle la star du folk et du rock doit hélas mettre fin. (Cliquez sur les illustrations pour les agrandir). Photo © David Crosby Collection Il était sur la scène de Woodstock en 1969. Son premier groupe, <The Byrds>, est considéré comme fondateur du folk-rock. Il a vendu - en solo ou avec Stephen Stills, Graham Nash et Neil Young - des millions d'albums. Et, à 70 ans, il continue d'enchaîner les tournées dans le monde entier.

Crosby, Stills & Nash : la voix de Woostock Le premier album de sort en 1969 - succès immédiat. Pour l'album (1977), David Crosby écrit la chanson , à 4 heures du matin, à 150 milles de la côte californienne. La pochette les montre sur le pont d'un bateau, qui n'est pas Mayan. Photo © David Crosby Collection A lui seul, David Crosby est l'incarnation du Flower Power : les mouvements contestataires, l'amour libre, l'abus de drogues psychédéliques, le militantisme politique, social, écologique, et bien sûr cette musique unique, véritable bande-son de la révolution étudiante américaine... Bref, c'est un homme célèbre, une icône, comme on dit.

Pour moi qui viens de fêter mes 35 ans, il est un phare, un amer : j'admire son talent, son univers et sa personnalité depuis l'adolescence. Lors de mon périple de deux ans en Méditerranée (voir les 21 articles de la série, ici), ce sont ses chansons qui accompagnaient mes quarts de nuit.

L'an dernier, un encart dans Voiles & Voiliers m'apprenait que mon idole mettait en vente Mayan, la goélette de 18 mètres qu'il avait achetée avec ses premiers cachets. J'ai sauté sur l'occasion et trouvé le moyen de le contacter pour lui proposer une interview. Mais Crosby, qui se méfie des journalistes, m'accorderait-il un peu de son temps pour me raconter sa vie de marin ?

Mayan, muse de David Crosby Plus de quarante ans d'amour fou... De la Floride à la Polynésie, de San Francisco à la Jamaïque, d'Hawaii aux Bahamas, David Crosby a tout partagé avec son bateau. Il a écrit à bord de nombreuses chansons. Photo © Marie Dufay Quelques échanges de mails plus tard, me voilà dans l'avion pour Los Angeles. J'ai rendez-vous avec lui le lendemain, à bord de Mayan. C'est un homme serein que je retrouve. Quand on lui parle de bateaux, il se montre bavard, souriant, accessible. Une star qui se révèle dans toute sa simplicité d'homme de mer - un grand moment...


voilesetvoiliers.com : C'est grâce à une annonce dans le fameux Rolling Stone Magazine, relayée par Voiles & Voiliers, que les fans ont découvert que vous vous sépariez de Mayan. On sait presque tout de vous, mais peu de gens connaissent votre vie de marin...
David Crosby : Si je n'avais pas été musicien, c'est sur le pont d'un voilier que j'aurais passé ma vie. Et, quelque part, c'est ce que j'ai fait... Cela fait presque soixante ans que je navigue ! Je possède Mayan depuis 1967. Cette goélette a été dessinée par John Alden, un des plus grands architectes navals américains de la première moitié du XXe siècle. Dessus, j'ai sillonné le Pacifique et les Caraïbes... Bien que la musique ait été ma priorité, c'est en mer que je trouve l'énergie, la force, le calme. J'en ai un besoin vital. Ce bateau a toujours été ma bouée de secours. Quand tout allait mal, c'est grâce à lui que je parvenais à prendre du recul sur la folle agitation du monde et de ma propre existence. J'ai vécu d'indicibles bonheurs à bord : observer les dauphins, les baleines, pêcher des langoustes pour le dîner, me laver sur le pont à l'eau de pluie, faire de la musique, profiter de ceux qu'on aime... Voyager en bateau, c'est la liberté, c'est une vie qui frôle la perfection.

V&V : Votre seconde autobiographie, <Since then>, s'ouvre sur une photo de votre père à la barre d'une goélette en 1928. Est-ce lui qui vous a appris à naviguer ?
D.C. :
La photo dont vous parlez a été prise aux Bermudes, sur la goélette de l'anthropologue William Beebe. Mon père, Floyd, était directeur de la photographie et réalisateur. Sa carrière a été extraordinaire : <Le train sifflera trois fois>, <Le vieil homme et la mer>... Il avait un esprit aventureux, le voyage était l'essence même de sa vie et il a fait le tour du monde en bateau pour réaliser des documentaires. Il m'a fait tirer mes premiers bords ici, à Santa Barbara, sur un Sea Shell, aussi connu sous le nom de Sabot. C'est un petit dériveur semblable à l'Optimist, qui a encore beaucoup de succès chez nous. J'avais 11 ans. Les manoeuvres, l'environnement marin, tout ça me semblait couler de source. Je tiens vraisemblablement ça de lui...

Un bateau beau comme une guitare ! Les deux mâts de Mayan, en spruce, sont implantés sous le pont en teck. L'espar principal, d'une seule pièce, mesure plus de 20 mètres ; le mât de misaine, lui, culmine à 15 mètres. Photo © David Crosby Collection V&V : Comment ce besoin de mer est-il devenu viscéral ?
D.C. : Mes parents pensaient que plus je passais de temps sur l'eau, moins j'en passais devant la télé. Ils m'ont dit : "Si tu trouves un petit boulot pour acheter la moitié d'un Sea Shell, nous te payons l'autre moitié". Chacun a rempli sa part du contrat. C'était vraiment très malin de leur part... car pêcher, surfer, plonger, naviguer, ça vous apprend tellement sur vous et sur le monde, ça vous connecte à la réalité. Je naviguais toutes les semaines, sautais sur toutes les opportunités d'aller plus au large, vers les îles Channel, au large de Los Angeles, où la faune et la flore sous-marine explosent de vie. A 17 ans, je barrais mon premier gros bateau.

V&V : D'où vient votre amour pour les goélettes ?
D.C. :
Je me souviens que celle de Sterling Hayden - l'acteur du film <Johnny Guitar>, qui est aussi l'auteur d'un roman maritime, "Voyage"-, nommée Wanderer, était à l'ancre dans le port - à l'époque, il n'y avait pas de pontons à Santa Barbara. Et il y avait aussi Jubilee, un autre plan Alden. Je barrais le nez en l'air, faisant des cercles autour de ces deux monstres qui me fascinaient, et c'est le bruit de mon étrave cognant dans la leur qui me sortait de mon rêve éveillé... Mais je ne suis pas resté longtemps au Sea Shell Club, car je m'ennuyais à aller et venir entre leurs bouées. Quand je sortais des limites imposées, ça ne leur plaisait pas !

V&V : Au début des années 60, tandis que la scène musicale californienne émerge, vous voyagez dans tout le pays et naviguez beaucoup en Floride.
D.C. :
J'ai effectivement vécu quelque temps à Coconut Grove, près de Miami. L'un de mes amis était loueur de bateaux, et j'avais le code d'accès aux pontons. La nuit, après avoir joué dans les clubs, "j'empruntais" l'un de ses voiliers pour aller naviguer avec des amis, dont le chanteur de blues Fred Neil, passionné par les dauphins. La zone des Everglades est délicate pour la navigation, mais c'est formateur : je finissais par connaître l'emplacement de chaque haut-fond par coeur !

V&V : De 1964 à 1967, vous faites partie des <Byrds> et devenez célèbre. Puis vous quittez la Californie pour retourner en Floride, où vous découvrez Mayan...
D.C. :
Je voulais vraiment avoir mon propre bateau, c'était important pour moi. A Fort Lauderdale, j'ai découvert Mayan - et ça a été le coup de foudre. Cette large coque blanche inspirée de celles des bateaux de pêche des Grand Banks, sa proue en cuillère, son beaupré et son petit rouf, tout me plaisait. Mais il était trop cher pour moi. Alors j'ai fait quelque chose dont je ne suis pas très fier... j'ai fait courir la rumeur que le bateau était rongé par la rouille et que le moteur était en fin de vie. En deux mois, le prix a dégringolé des deux-tiers ! Ni une ni deux, je me suis installé à bord pour y vivre. Après avoir signé l'acte de vente, je me suis allongé là, dans cette couchette (il montre du doigt la cabine propriétaire sur tribord), pour écouter la pluie tomber sur le pont avec un joli bruit. Je me sentais en sécurité, il faisait bon. C'était merveilleux.

Mayan : le plan des emménagements Les emménagements de Mayan : beauté des formes, soin du détail, qualité des matériaux... (Cliquez pour agrandir). Photo © David Crosby Collection V&V : C'est dans ce carré que <Wooden Ships>, l'une des chansons phare des années 60, a été composée, parmi bien d'autres ?
D.C. : Oui, avec Stephen Stills et des membres du <Jefferson Airplane>. Je sortais tout le temps en mer, alors, je faisais des virées aux Bahamas, aux Caraïbes... La chanteuse Joni Mitchell était souvent à bord ; Mayan lui a inspiré quelques morceaux maritimes pour son premier album. En 1968, Stephen Stills et moi avons rencontré Graham Nash, du groupe anglais <The Hollies>, et notre trio est né, parfois rejoint par Neil Young. Je suis rentré en Californie, happé par une vague de succès incroyable.

V&V : Voyez-vous des similitudes entre une guitare acoustique et un voilier en bois ?
D.C. :
Oh oui ! Les deux objets se ressemblent tellement ! Le luthier et le charpentier de marine font le même travail, sur le même matériau, avec les mêmes techniques et la même passion ! La guitare est constituée d'une caisse de résonance, d'un manche et de cordes : le voilier est constitué d'une coque, d'un mât et d'un gréement... Depuis des siècles, on se creuse la tête pour améliorer leurs formes et leurs performances. Au final, tous les deux sont gracieux, envoûtants et très féminins ! (dit-il en dessinant des mains une forme galbée).

V&V : Les guitares que vous aviez à bord ne souffraient-elles pas trop de l'humidité ambiante ?
D.C. :
Bonne question ! Sur le bateau, je n'avais que de bonnes guitares, qui sonnaient bien, mais n'étaient pas de trop grande valeur ; les pièces vraiment exceptionnelles, je les laissais à terre, au sec.

V&V : Malheureusement, un drame vous frappe de plein fouet...
D.C. :
Ma petite amie est morte dans un accident de voiture. Comme je voulais disperser ses cendres au large de San Francisco, avec Graham et quelques autres, on a convoyé Mayan de Floride jusqu'en Californie. Une boucle de 4 500 miles, via les Bahamas, la Jamaïque, le canal de Panama, la côte Ouest de l'Amérique Centrale et du Mexique. Graham, dont c'était quasi la première expérience nautique, a adoré. On peut même dire que ce voyage a changé sa vie !

Forever young En 2005, Mayan est confié à Wayne Ettel, un charpentier renommé de Los Angeles. C'est la troisième restauration que vit le bateau en 58 ans. Deux ans et demi plus tard, il est comme neuf - et plus rapide que jamais. Photo © Wayne Ettel V&V : Après une grosse rénovation au chantier de Newport Beach, vous vivez de nouveau à bord, amarré à Sausalito, sous le Golden Gate Bridge.
D.C. :
Heureusement que j'avais le bateau pour me changer les idées, pour me soutenir d'une certaine façon, car le moral n'était pas terrible. J'ai plongé dans les drogues dures et l'alcool. Mais j'essayais de naviguer le plus possible. La météo particulière de la baie de San Francisco rendait difficile la maîtrise de Mayan en solo, mais je ne manquais jamais d'équipiers.

Old school Avec son four-gazinière Shipmate d'origine, la cuisine arbore un cachet certain. Ici et là, des éléments de décoration anciens apportent encore plus de chaleur au bateau. Mais l'électronique est flambant neuve, et David Crosby a mis des ampoules à LEDs partout ! Photo © Marie Dufay V&V : Mayan a également longtemps séjourné à Hawaii...
D.C. :
Oui, deux ans. Graham Nash m'a accompagné sur le convoyage aller. On a fait escale au Mexique, puis à Maui, Kahoolawe, Lanai, Molokai... Mon île préférée est Kauai. C'est d'ailleurs là que Graham a fini par s'installer. On naviguait tout le temps, de jour comme de nuit, et je lui apprenais la plongée, la navigation astro, le sextant. C'était vraiment génial. Je prenais mon quart au lever et au coucher du soleil. J'étais parfaitement heureux, je décrochais de mes mauvaises habitudes. Mais les producteurs exigeaient que je me remette au travail...

V&V : Et la Polynésie ?
D.C. :
J'y ai emmené le bateau en 1979. Je voulais absolument voir Tahiti, parce que mon père y avait passé du temps. Il a participé comme cadreur au tournage de <Tabou> ; il a même obtenu un Oscar à cette occasion. Ce film de Murnau, sorti en 1931, est un classique du cinéma muet, un superbe conte dramatique qui se déroule à Bora-Bora (voir la bande-annonce ici). J'ai rencontré là-bas plein de navigateurs français qui vivaient à bord de leurs voiliers. Aux Antilles aussi, d'ailleurs. J'adore cet état d'esprit tourdumondiste qui survit encore dans votre pays. J'admire Moitessier, Tabarly... et le visionnaire Alain Thébault, skipper de l'Hydoptère, même si je préfère le rythme tranquille de la croisière à la vitesse pure.

V&V : Mayan est donc fait pour les navigations au long cours !
D.C. : Non seulement il est beau et confortable, mais il est très marin. Il peut aller à 10 noeuds, mais je le pousse rarement jusque-là. En moyenne, avec la voile d'étai, placée entre le mât de misaine et le grand mât, on va à 8,5 noeuds. Le bateau remonte bien au vent, il ne roule pas trop, gîte à peine au travers.

Mayan : le plan de formes Le plan de formes de Mayan, signé John G. Alden, dessiné en 1927. (Cliquez pour agrandir). Photo © David Crosby Collection V&V : Comment préparez-vous vos navigations dans les zones délicates telles les Bahamas ou les îles Hawaii ?
D.C. : J'utilise énormément les guides nautiques. Celui sur les Bahamas est excellent, très complet. J'ai tout le temps le nez dans les cartes américaines et anglaises, elles aussi de grande qualité. Et je suis prudent : si je ne sais pas où je vais, je mets quelqu'un dans les barres de flèche ! Mais sur Mayan, j'ai toujours été plutôt confiant : avec sa dérive pivotante, le tirant d'eau passe de 3,10 mètres à 1,30 mètre en trente secondes. De plus, la quille a une semelle d'acier très épaisse sur toute sa longueur... Le bateau est solide et passe-partout. J'ai plusieurs fois mouillé en plein milieu des Grand Bahamas Banks. Dîner dans le cockpit, au coucher du soleil, à l'ancre, alors qu'on est en plein milieu de l'immensité liquide, c'est vraiment extraordinaire !

V&V : Vous avez aussi votre brevet de pilote d'avion.
D.C. : En l'air ou en mer, les erreurs humaines sont fatales. On prend un avion ou un voilier en connaissance de cause. Il est impératif d'être sérieux, préparé, expérimenté. Vous ne pouvez pas y aller les mains dans les poches, vous prendre pour un cador juste parce que vous êtes quelqu'un de célèbre.

V&V : Pourtant, juste après votre greffe du foie en 1994, votre seule obsession était d'aller naviguer alors que les médecins vous le déconseillaient...
D.C. :
En fait, c'était mon idée fixe avant, et après. Etre sur l'eau, dans l'eau, plutôt qu'à l'hôpital. Et je l'ai fait ! Ce n'était pas très malin, mais que c'était bon ! (il rit). De toute façon, j'étais persuadé que j'allais mourir, alors je n'en ai fait qu'à ma tête.

V&V : Dans les années 80, la police vous cherche régulièrement des noises pour détention de drogue et d'armes à feu. Entre liberté surveillée, problèmes de santé et centre de désintoxication, que devenait Mayan ?
D.C. : Je l'ai totalement délaissé, sans vouloir le vendre pour autant. Les drogues m'avaient rendu "complètement fou" (dit-il en français)... En 1985, j'ai refusé de me rendre à une comparution, et avec Jan, qui n'était pas encore ma femme, nous avons fui vers Miami. C'est moi qui pilotais l'avion. Nous avions en tête de nous échapper sur Mayan, direction le Costa Rica

Mayan : le plan de voilure Le plan de voilure de Mayan : beauté, puissance et division des surfaces. (Cliquez pour agrandir). Photo © David Crosby Collection V&V : Mais vous retrouvez un bateau en piteux état, incapable de prendre la mer...
D.C. :
Je ne payais plus l'équipage depuis un bout de temps, et, pour se rembourser, ils avaient pris à bord tout ce qui, de près ou de loin, avait un peu de valeur. L'état de délabrement de Mayan était tel qu'on ne pouvait sérieusement songer le mettre à l'eau ; les bordés étaient disjoints, on voyait le jour à travers le pont... Nous, nous n'étions guère vaillants non plus... On avait le FBI aux trousses alors, on s'est d'abord terré dans le bateau. Mais je me sentais si mal de le voir dans cet état, si coupable de l'avoir abandonné, que ça m'a fait réfléchir. Et j'ai décidé de me rendre. D'arrêter cette fuite en avant.

V&V : Qu'est-il advenu du bateau pendant que vous purgiez votre peine ?
D.C. :
Un ami s'est installé dessus et l'a emmené aux Bahamas. Il l'a maintenu en vie. C'est le seul bien matériel qui me restait. Quand je suis sorti de prison, un an plus tard, j'étais "clean" et j'ai repris mon bateau en main. Je n'avais cessé de penser à lui. Je l'ai emmené au chantier Jupiter, en Floride, d'où il est sorti comme neuf. Puis j'ai reformé <Crosby, Stills & Nash>, et me suis marié.

V&V : En 2005, Mayan subit une nouvelle rénovation dans un chantier de Los Angeles.
D.C. : J'ai attendu deux ans que Wayne Ettel, un charpentier de marine renommé, soit disponible. Les structures du bateau étaient attaquées par une vilaine rouille qui virait à l'acide. 70 % des membrures et la totalité du bordage ont été changés ; ça a pris deux ans et demi. Au fil des années, j'ai acquis des notions de plomberie, d'électricité, de charpente ou de voilerie, et je suivais de très près l'incroyable travail de Wayne, qui n'est pas du genre à sacrifier la qualité. Je lui ai fait une totale confiance, il avait carte blanche. Au final, le bateau est plus sain et solide qu'il ne l'a jamais été. Nous avons dépassé les 11 noeuds lors de la première sortie, j'étais hystérique !

Mayan sous voiles La goélette de David Crosby - 21,30 mètres hors-tout, 18 mètres de coque - attend maintenant son nouveau capitaine... Photo © David Crosby Collection V&V : Pourquoi vous en séparer, alors ? On sent que cela vous coûte...
D.C.
(son visage se rembrunit, sa voix se fait plus grave) : J'ai gagné beaucoup d'argent dans ma vie, mais aujourd'hui, il n'en reste pas grand-chose. Malgré mon état de santé et mon âge, je dois travailler beaucoup, je passe mon temps sur la route pour les concerts. Je n'ai plus le temps de naviguer, ni les moyens d'entretenir une telle unité. Mon âme habite Mayan pour toujours, mais il faut savoir tourner la page. Je souhaite juste que le prochain propriétaire soit quelqu'un de responsable, qui ait les moyens de le maintenir dans l'état où je le lui cède, et qui le garde aussi longtemps que possible. Il reste peu de plans Alden, et celui-ci est comme neuf. Il doit naviguer et être aimé...

Le capitaine cède la barre A 70 ans, David Crosby cède la barre de Mayan. Mais le rêve a un prix : 850 000 dollars. L'heureux skipper sera-t-il un fan du chanteur ou un simple amoureux des belles carènes ? Photo © Marie Dufay ...........
Mayan : des chiffres et des lettres

Mayan, goélette construite au Belize en 1947, d'après un plan de John G. Alden de 1927. Ce bateau serait le sister-ship de Sartatia, construit en 1927 par Goudy & Stevens pour un certain Benjamin Clayton.
Longueur hors-tout : 21,29 m. Longueur coque : 17,95 m. Flottaison : 13,85 m.
Maître-bau : 4,90 m
Tirant d'eau : 1,30-3,10 m
Voilure d'origine : 143 m2.
Voilure actuelle : 154 m2.
Grand-voile : 61m2. Misaine : 39,50 m2. Trinquette : 23 m2. Foc : 19,50 m2.
Déplacement : 28 t.

Prix de vente : 850 000 dollars (628 000 euros).
Pour plus de renseignements, contactez Bob Craven qui se charge de la vente du bateau. Bob Craven Yacht Sales, Site Internet : http://bobcraven-santabarbara.com, e-mail : sbcabob@gmail.com


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La discographie maritime de David Crosby

<There I heard a story from the sailors> / <Of the Sandra Marie> / <There's another island a days' run away from here> / <Empty and free> / <From here to Venezuela nothing more than to see> / <Than a hundred thousand islands> / <Flung like jewels upon the sea> / <For you and me> / <Sunset smells of dinner> / <Women are calling at me to end the tales> / <But perhaps I'll see you the next quiet place> / <I furl my sails>

Crosby, album solo, 1971 L'amour de la mer de David Crosby ne s'est jamais démenti. Et il est présent ici, sur la pochette d'un album solo sorti en 1971. Photo © David Crosby Collection <Là, des marins du Sandra Marie/m'ont raconté une histoire/Il y a une autre île, à une journée de voile/Déserte et libre/D'ici au Venezuela, il n'y a rien d'autre à voir/Qu'une centaine de milliers d'îles/Comme des bijoux jetés sur la mer/Pour toi et moi/Coucher de soleil, fumet alléchant/Des femmes m'appellent à jeter l'ancre/Mais peut-être te reverrai-je dans un nouveau havre/J'affale mes voiles>
Traduction d'un couplet de <The Lee Shore>, l'une des nombreuses chansons écrites à bord de Mayan.

La mer, les voiliers, les îles, les dauphins et les baleines : autant de thèmes chers à David Crosby, qui donnèrent lieu à d'immenses succès, fredonnés par plusieurs générations de fans... et de marins ! Voici une sélection des plus connues :

> Avec les <Byrds> :
<The Notorious Byrd Brothers> (1968) avec la chanson <Dolphin's Smile>. Ecoutez-la ici.

> Avec <Stills, Nash & Young> :
- <Crosby, Stills & Nash> (1969) avec la chanson <Wooden Ships> écrite à bord de Mayan, qui illustre un passage du film <Woodstock>. Regardez la vidéo ici.
- <Four Way Street> (1971) avec la chanson <The Lee Shore> conçue lors d'une navigation dans les îles Berry, aux Bahamas. Regardez la vidéo ici : Graham Nash, avant de commencer à jouer, informe le public que Crosby est <un vrai capitaine>.
- <Wind on the Water> (1975) avec la chanson <To the Last Whale>. Cet album, en duo avec Graham Nash, dénonce entre autres le massacre des baleines. En concert, tous deux font projeter des images données par la Fondation Cousteau, auprès de laquelle ils s'engagent plusieurs années.
- <CSN> (1977) avec la chanson <Shadow Captain>.
- <American Dream> (1988) avec la chanson <Compass>. Ecrite durant son incarcération au Texas, David y explique comment sa propre boussole intérieure lui a redonné le bon cap pour se sortir des affres de sa vie personnelle.

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Voir par le même auteur un article complet sur Mayan paru dans le Chasse-Marée n°224 de juillet 2010 (www.chasse-maree.com).

Merci à la compagnie aérienne Air Tahiti Nui, qui propose une escale à Los Angeles sur ses vols entre Paris et Papeete, et sans laquelle nous n'aurions pu réaliser ce reportage (http://fr.airtahitinui.com)

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Vos commentaires

    • Superbe interview! je suis jaloux, j'aurais tant aimé faire des photos de David Crosby à bord de sa goelette. Thierry Martinez (Sea&Co).

      Ajouté par THM le 29/01/2011 - 06:14
    • Ah, voilà aussi Voiles et Voiliers comme on l'aime ! Un sujet original, indédit, une très bonne interview, une vraie encontre. Merci ! J'en ai écouté, du "CSN", mais je ne savais pas qu'un jour, je partagerai ma passion de al voile et de la mer avec Crosby ! Yen'

      Ajouté par Yendegaiai le 29/01/2011 - 10:19
    • Bel article, belle inspiration que d'aller toquer sur le pont de Mayan! et puis ça nous remet l'idée de faire tourner les vinyls de Crosby Stills Nash and Young ... Merci.

      Ajouté par MoPoisson le 29/01/2011 - 17:15
    • Merci pour ce joli moment de lecture. Un peu de nostalgie et aussi l'envie de réfléchir à la philosophie de vie de David Crosby. L'envie de lui proposer de venir convoyer ce bateau vers l'Europe, si seulement mes revenus me permettait d'acheter un si joli bateau et de l'entretenir pour qu'il navigue longtemps encore...

      Ajouté par 26verdun le 30/01/2011 - 09:55
    • Votre article du "Chasse-marée" était déjà un bonheur. Les liens vers "The lee shore" et "Wooden ships" sont la cerise sur le gâteau, l'eau qui chante au long de la carène. Je ne me lasse pas de cette harmonie entre la mer et leurs harmonies. Avec le petit riff qui claque, tel le gréement saluant la risée, électrique comme la décharge d’adrénaline lorsque la vague vous cueille au cul avant le surf. Olivier Chapuis.

      Ajouté par Olivierchapuis le 01/02/2011 - 10:09
    • un article voiles et rock'n'roll comme j'aime ! très original . Bravo.

      Ajouté par magellan le 10/02/2011 - 18:40
    • Merci à vous tous pour ces commentaire qui me vont droit au coeur... Marie

      Ajouté par mariedufay le 27/02/2011 - 18:12
    • Bravo, quelle maîtrise de l'interview 'marine' de haut vol. Il faut dire que les sujets, les circonstances et le passé vécu sont d'exception. Merci à Marie pour cette capacité à nous emmener en voyage à bord de Mayan; lorsque le spectateur rêve alors l'ouvrage est une réussite. De l'excellence tout simplement. Carry on and have a good sailing though life, so we will get more great reports from you. pierre a varreon, paris, lr, Akl

      Ajouté par pavakl le 19/03/2011 - 14:13
    • ok, je saute une génération car Crosby Steel and Nash, c'était un cran avant... mais je suis aussi sur un plan Alden, Malabar 7 de 1926, une goellette de toute beauté...comme quoi Crosby n'a pas tord, ca frole la perfection, ca traverse les générations, ca va pas plus vite, mais reste inégalé pour se sentir vivant, a la barre, sous la Misaine ou ecraser par la GV..... we lcome a tous les amoureux de ces belles bermudéennes, promis de télécharge du CSN et meme Simon & Gartfulken sur mon Ipod...branché a bord evidemment

      Ajouté par EricW le 13/09/2011 - 23:07
    • Une visite de l'unité ? http://www.youtube.com/watch?v=8AhFiePczT8

      Ajouté par Anonyme le 15/10/2011 - 19:01