Actualité à la Hune

Interview de Björn Larsson, auteur du «Cercle celtique»

«J’écris peu en mer, je me contente de ce que je vois»

Il est disponible et enthousiaste malgré le rhume carabiné qu'il ramène de Trieste, d'où il vient de donner des conférences pour son éditeur italien. De passage à Paris, Björn Larsson évoque avec nous la genèse de son roman le plus connu, , sa passion pour la mer et ses projets de nouveau départ.

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  • Publié le : 10/12/2009 - 07:32

Björn Larsson, le plus français des Danois A 56 ans, l'auteur du partage sa vie entre son bateau amarré à Draggor au Danemark et son studio avec vue sur un petit port de pêche proche de l'université de Lünd, où Björn Larsson est professeur de littérature française. Photo © D.R. Björn Larsson est connu dans le monde entier pour <Le Cercle celtique>, thriller maritime et invitation au voyage qui mérite sa place dans toute bibliothèque de bord digne de ce nom.

Comme beaucoup, ce roman nous a donné envie de partir sur les traces du Rustica, dans cet univers maritime fantastique de l'Ouest écossais (voir l'article <Croisière en arc de Cercle>, Voiles et Voiliers n° 466, décembre 2009). La justesse de l'écriture de Björn Larsson, lorsqu'il dépeint la mer et la psychologie de l'équipage, est à la fois celle d'un écrivain et d'un marin accomplis.

A 56 ans, Bjorn Larsson partage sa vie entre son bateau amarré à Draggor au Danemark et son studio avec vue sur un petit port de pêche proche de l'université de Lünd, où il est professeur de littérature française.

«Le Cercle celtique», roman à succès Paru en 1992, est rapidement devenu... un best-sailor ! Photo © D.R. Auteur de deux ouvrages de critique littéraire en Français, c'est en Suédois que Björn Larsson écrit ses romans - <C'est ma langue, celle qui peut me faire rougir si je dis certains gros mots>, dit-il en souriant. Après avoir troqué son Rustica à quille longue pour Stornoway, dériveur intégral de 37 pieds, Björn Larsson achève ses préparatifs pour un nouveau voyage, cap au Nord.

voilesetvoiliers.com : <Le Cercle Celtique> a-t-il autant de succès en Italie qu'en France ?
Björn Larsson : Oui, ça marche plutôt bien, j'ai l'impression que les Italiens m'ont adopté ! Ce qui me fait très plaisir, c'est que c'est un livre qui dure, qui est ré-imprimé. Ce n'est pas rien, vous savez, pour un écrivain. Vendre beaucoup d'exemplaires la première saison, c'est possible, mais si c'est pour gagner du fric, autant faire autre chose. Si le <Cercle celtique> pouvait devenir ce que les Anglais appellent un <minor Classic>, ce serait un grand honneur... Autrement, à Trieste, j'ai assisté au départ de la fameuse Barcolana. C'est un spectacle incroyable. Ils donnent le départ de cette régate à l'heure dite avec plus de 1 500 bateaux sur la ligne. Ça fait un joyeux bordel !

v&v.com : Votre passion pour la mer et les bateaux a commencé comment au juste ?
B.L. : Au départ, je suis plongeur. Je travaillais comme moniteur à Saint-Malo au début des années 80. J'étais sur les remparts, comme les autres, à regarder les bateaux aller et venir. J'ai commencé à penser au voilier pour le voyage, l'autonomie, l'idée de la maison sur le dos.
J'ai pris un cours de dériveur pendant l'été. Et j'ai dit à mes copains malouins : <Vous verrez, un jour, je reviendrai ici en bateau>. Je suis rentré au Danemark et j'ai acheté un Folkboat. J'ai suivi un autre cours de voile, sur des bateaux de 8 mètres sans moteur et pleins de bosses - c'était très instructif ! J'ai ensuite acheté un If, une sorte de Folkboat avec un peu plus de franc-bord et un cockpit autovideur. J'ai navigué une saison, puis j'ai demandé à un copain s'il voulait venir avec moi à Saint-Malo.

v&v.com : Le voyage initiatique...
B.L. :
Oui. On n'avait pas de positionneur, on faisait des triangles de courant. Après le canal de Kiel, on a navigué treize nuits. Avec le courant, contre le courant ! On n'a rien vu de Jersey et Guernesey, et puis, à 6 heures du matin, j'ai fait mon estime et j'ai dit : <Là, il faut commencer à regarder>. A ce moment-là, une falaise s'est découverte devant nous, c'était le cap Fréhel ! Il était temps de tourner à gauche, mais quel bonheur ! En quatre ans, j'avais appris ce qu'il fallait. Et sans dépendre de personne.

v&v.com : Et les premières navigations écossaises ?
B.L. : J'ai passé une saison à Saint-Malo et, l'année d'après, on a filé en Ecosse avec ma femme. On a habité quatre ans sur l'If pour économiser de l'argent et acheter Rustica, un Rustler 31. Alors, on est parti quatre ans en Gallice, Irlande, Ecosse, Bretagne...

v&v.com : En reconstituant le parcours de Rustica, nous avons été stupéfaits de voir que tout existe. Rien n'a été inventé.
B.L. : Il n'y a aucune raison d'inventer les ports et les lieux. Il faut imaginer dans le réel. Lors de mes conférences, quand on me pose la question, je refuse toujours de détailler le vrai du faux. Dans la littérature, tout doit être vrai dans le sens de <vraiment possible>. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai commencé la rédaction du <Cercle celtique> le jour de l'arrivée d'un catamaran à Draggor (soit l'exact début du roman, NDLR). Après...

v&v.com : Ulf, le narrateur du <Cercle Celtique>, c'est quand même vous, non ?!
B.L. : Non ! Ulf, je le trouve ennuyeux. J'espère que je suis plus marrant ! Je voulais un narrateur sans trop de personnalité. Ulf sait naviguer et raconter, c'est tout. C'est presqu'un faire-valoir pour les autres. Un vrai personnage, c'est Mac Duff par exemple. Un gars encombrant, qu'on ne peut pas négliger. Il faut être pour ou contre...

v&v.com : <Le Cercle Celtique> est classé roman policier ou roman maritime. Quelle est la meilleure appellation ?
B.L. : En France, il est édité en Folio Policier, mais c'est une erreur. Ce n'est pas un vrai polar, il n'y a pas de flic, pas d'enquête, un seul mort ! Les Anglais et les Américains le classent roman maritime. En Allemagne et en Italie, roman tout court. C'est peut-être le mieux. Dans le sillage de Rustica Pour le numéro de Voiles et Voiliers (n°466, décembre 2009), nous avons emmené un pabouk Love dans le sillage de Rustica, le voilier héros du . Photo © Pierre-Marie Bourguinat

v&v.com : Vous recevez beaucoup de courrier de gens qui refont le parcours de Rustica comme nous l'avons fait ?
B.L. : Régulièrement, oui. C'est incroyable, d'ailleurs. Ce bouche-à-oreille, cette fascination. C'est un bouquin qui a des fans. J'ai reçu très peu de réactions négatives. Quelques-unes, tout de même, de la part de marins professionnels qui jugeaient assez durement le récit, prétendant par exemple que passer Corrywracken(*) comme je le raconte est impossible. Je n'ai pas voulu polémiquer, mais je crois que ce sont des gens qui ne connaissent pas les petits bateaux. Si un petit bateau est étanche, ça passe. Par contre, arriver à tourner à droite ou à gauche, c'est autre chose !

v&v.com : Avez-vous un bateau actuellement ?
B.L. : Je viens d'acheter un Bulle de Soleil. C'est un plan Caroff en acier, un dériveur. Sur Rustica, j'avais un tirant d'eau d'1,80 mètre. Je me suis rendu compte en Espagne, en Irlande ou en Bretagne Nord que c'est un peu trop. On est au mouillage et on regarde le plan d'eau 100 mètres plus loin, là où on ne peut pas aller et où c'est beaucoup plus calme ! Donc, je voulais un dériveur. Je suis tombé sur une petite annonce. Je l'ai acheté à Marseille. Je vais rajouter un régulateur d'allures Hydrovane et on pourra commencer à naviguer.

v&v.com : Quelle est la destination de votre nouveau voyage ? A nouveau l'Europe du Nord ?
B.L. :
Je vais poser un programme de navigation et l'envoyer à une quinzaine de copains. Comme ça, chacun pourra retenir ses dates et ses destinations préférées. Je pourrai passer du temps avec les copains et j'aurai des équipiers en plus de ma fille. J'aimerais bien aller aux Açores, mais, pour l'instant, on veut aller aux Shetland, aux Orcades et aux Hébrides. Pas pour se lancer un défi, parce que ce sont des endroits à découvrir. Comme la première fois que je suis allé en Ecosse. Là-bas, il y a des choses à raconter - et plein de choses à imaginer...

v&v.com : Vous écrivez beaucoup en mer ?
B.L. : Non. De même que je lis peu en mer. Je me contente de ce que je vois. Et je prends très peu de notes. Je conserve des images extrêmement nettes. Naviguer, c'est quelque chose de lent. On n'a pas besoin de noter, on s'imprègne. On se souvient, pas que des moments difficiles d'ailleurs !

v&v.com : Si vous aviez à conseiller cinq bouquins à emporter en croisière, quels seraient-ils ?
B.L. : <La Longue route> de Moitessier, entre autres pour le passage où il décide de ne pas rentrer, de ne pas finir la course. <L'incroyable voyage> de Tristan Jones, qui est le récit d'un marin remarquable et très amusant qui plus est. Je conseillerai aussi les deux <Damien>, pour le rêve et leur énergie très communicative. Il y a bien sûr <Le Voyage sans but> d'Harry Martinson ; j'en parle beaucoup dans <La Sagesse de la mer> et j'ai proposé à mon éditeur une traduction en français de son second ouvrage, qu'on pourrait lier au <Voyage sans but> dans un seul opus - c'est en attente. Pour finir, je conseillerai un livre qui n'a rien à voir avec la mer, mais qu'on peut relire autant de fois qu'on veut. Comme <Don Quichotte>... ou l'oeuvre complète d'<Arsène Lupin> ! Il y a tellement de substance là-dedans qu'on ne les épuise jamais.

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(*) Corrywracken : passage dans le Sud d'Oban où les courants peuvent atteindre plus de 12 noeuds et forment des systèmes de vagues lorsque le vent s'y oppose, réputés infranchissables.


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Les ouvrages de Björn Larsson

<La véritable histoire d'Inga Andersson>, roman, Grasset, 2004.
<La sagesse de la mer>, roman, Grasset, 2002.
<Le Mauvais oeil>, thriller, Grasset, mars 2001.
<Le Capitaine et les rêves>, roman, Grasset 1999 (Prix Médicis étranger 1999, Prix Helbéa).
<Long John Silver>, roman, Grasset, 1998.
<Le Cercle celtique>, roman, Denoël, 1992.

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