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La Bretagne s’expose à Pont-Aven

Depuis la réouverture du musée de Pont-Aven, les expositions temporaires se succèdent et, à peine un an après la réorganisation totale du bâtiment mythique de la ville des peintres, une exposition sublime vient d’ouvrir et se tiendra jusqu’au 11 juin, une suite étant déjà programmée du 1er juillet 2017 au 7 janvier 2018.
  • Publié le : 09/02/2017 - 15:30

Musée de Pont AvenLes bâtiments du musée de Pont-Aven ont été entièrement revisités pour proposer une scénographie extrêmement pédagogique avec des jardins intérieurs inspirés d'une œuvre de Charles Filiger.Photo @ Musée de Pont Aven

Après trois années de travaux intensifs, le premier musée au monde consacré à l’école de peinture de Pont-Aven a ouvert ses portes le 26 mars dernier sur près de 2 000 mètres carrés d’exposition avec 200 œuvres exposées sur les 4 500 peintures et documents inventoriés autour d’une salle d’exposition permanente et deux temporaires, ainsi qu’avec un centre de ressources remis au goût du jour, comprenant plus d’un millier de dossiers d’artistes. Au cœur de la cité des peintres, le musée de Pont-Aven offre l’écrin majestueux de ces paysages bretons qui ont inspiré tant d’artistes, à l’image du jardin incrusté dans la cour intérieure, réplique d’une œuvre de Charles Filiger «Paysage rocheux du Pouldu», exposé dans le parcours permanent.

L’annexe de l’hôtel Julia

Musée de Pont Aven-PuyJean Puy (Roanne, 1876 - Roanne, 1960), "La Barre du Pouldu", Huile sur toile – 1900.Photo @ Musée de Pont-Aven

Pourtant Julia Guillou (1848-1927) n’était pas destinée à tenir l’hôtel des Voyageurs de Pont-Aven, mais quand la propriétaire mit fin à ses jours, ce sont les clients rassemblant nombre d’artistes américains et anglais (Henry Bacon en 1865 puis Robert Wylie et Charles Way) qui lui demandent d’en prendre la suite. C’est ainsi que l’annexe ouvre ses portes en 1900, un bâtiment majestueux sur cinq niveaux, construit sur une armature métallique comme les gratte-ciels de Chicago, accueillant la salle à manger (la Salle Julia, devenue plus tard salle de mairie avant d’être totalement rénovée pour le nouveau musée de Pont-Aven), les cuisines, le bar, les chambres et les ateliers investissant les étages. Le lieu devient mythique avec ses panneaux de bois peints par des artistes de passage, mais en 1938, l’hôtel repris par la nièce de Julia Guillou doit fermer ses portes. Après la Seconde Guerre mondiale, qui a vu passer réfugiés du Nord de la France, Allemands puis Forces françaises de l’intérieur, la commune en devient propriétaire pour son conseil municipal, sa salle des mariages, ses bals et ses réceptions, ses services administratifs.

Musée de Pont Aven-MonetClaude MONET (Paris, 1840 - Giverny, 1926), "Pluie à Belle-Ile", Huile sur toile, H. 60 L. 60 - Non signée, Morlaix, musée des JacobinsPhoto @ Musée de Pont Aven

Et pour le cinquantenaire de la mort de Paul Gauguin, l’hôtel de ville de Pont-Aven accueille la première grande exposition de peinture présentée dans la salle Julia en 1953, avec pour point d’orgue le prêt par le musée du Louvre de l’œuvre majeure de Gauguin, «La belle Angèle». Mais il faudra attendre le 25 juin 1981 pour que soit inauguré le premier musée de Pont-Aven. Depuis, les travaux engagés en 2013 ont permis de doubler la surface d’exposition tout en conservant l’architecture originelle de l’annexe de l’hôtel Julia, sous la direction de l’Atelier de l’Ile, spécialisé dans l’aménagement des musées (Rodin, Orsay, Galerie de l’Evolution de Bruxelles, aile Rohan du Louvre, section archéologique du Carnavalet) et les scénographies (Expressionnisme, Homère, Rodin, Etienne-Jules Marey, Hector Berlioz, Georges Méliés), sous la direction de Dominique Brard, Olivier Le Bras et Marc Quélen.

Des œuvres peu exposées

La fermeture du musée de Pont-Aven pendant trois ans a aussi permis de restaurer des œuvres telles que le «Cercle chromatique» de Paul Sérusier ou le «Portrait du capitaine Jacob» de Célestin-André-Marie Sérenne. L’exposition permanente s’articule ainsi sur un parcours thématique et chronologique, immergeant le visiteur dans le Pont-Aven de la fin du XIXe et le début du XXe siècle : Bois d’Amour, chapelle de Trémalo, moulins, port, dans la continuité du mouvement pictural créé par Paul Gauguin et Emile Bernard. Car après les pionniers américains, les artistes voyageurs se succèdent à Pont-Aven dès 1850 à la recherche d’une nature intacte, s’installant quelques jours, quelques semaines, quelques mois à l’hôtel Julia ou à la pension Gloanec.

Musée de Pont Aven-RussellJohn-Peter Russell (Sydney, Australie, 1858 - Sydney, 1930), "La Voile rouge - Port de Goulphar", Huile sur toile, vers 1900.Photo @ Musée de Pont Aven

Disciple de Camille Pissarro qui l’initie à l’impressionnisme, Paul Gauguin quitte la marine marchande, puis nationale pour devenir agent de change à la Bourse de Paris avant de se consacrer entièrement à la peinture : après un séjour à Rouen, puis à Copenhague, il retourne à Paris et découvre en 1886 Pont-Aven où il rencontre Emile Bernard, adepte du cloisonnisme (inspiré de la technique du vitrail, les couleurs étant cernées par un trait sombre). Après quelques errances à Panama puis en Martinique, l’artiste revient à Pont-Aven en 1888 où il inaugure une peinture plus expérimentale : «Ne copiez pas trop d'après nature, l'art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant, et pensez plus à la création qu'au résultat.» Plusieurs de ses œuvres sont exposées dans le parcours permanent…

Mais le peintre a entraîné dans son sillage nombre d’autres artistes venus graviter autour de lui à la pension Gloanec : Charles Filiger, Meijer de Haan, Armand Seguin, Claude-Emile Schuffenecker, Wladyslaw Slevinski… Mais aussi dans cet art nouveau qui donne «le droit de tout oser» : Paul Sérussier, Emile Bernard, Maurice Denis seront aussi sensibles aux estampes japonaises. Outre l’exposition de certaines des œuvres de ces artistes, le musée a aussi acquis de nouvelles peintures inspirées par l’école de Pont-Aven : Henry Mosler, Armand Seguin, Adolphe Otto Seligmann, Georges Lacombe, Anselmo Bucci, Jean Deyrolle…

Une exposition en deux volets

Après la présentation des œuvres de trois générations de peintres issus de la famille Rouart (Henri, Ernest, Augustin), le musée de Pont-Aven a inauguré le premier week-end de février une exposition majeure déclinée en deux chapitres : du 4 février au 11 juin, le premier volet est consacré aux maîtres venus puiser leur inspiration au cœur de la Bretagne ; du 1er juillet au 7 janvier 2018, le second est dédié aux œuvres émergentes de l’entre-deux guerres, telles celles de Maurice Le Scouëzec, Jean-Julien Lemordant, Pierre de Belay ou Mathurin Méheut.

Musée de Pont Aven-ExpositionLe musée de Pont-Aven a réouvert ses portes en mars 2016 et propose une première exposition magnifique avec les œuvres de peintres qui ont été inspirés par la Bretagne.Photo @ Musée de Pont-Aven

Pour cette première partie, 89 œuvres issues de 36 collections publiques (musée d’Orsay, Centre Pompidou, musée Marmottant-Monet, musée national d’Art moderne) et de 53 collections privées sont accrochées pour représenter 48 artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Car si l’école de Pont-Aven a inspiré nombre d’artistes et de courants picturaux, d’autres régions bretonnes sont aussi à l’origine de ces nouvelles approches artistiques où l’art est aussi l’occasion d’un discours social, d’une déstructuration des codes, d’une démarche scientifique, d’un détour vers d’autres civilisations…

Musée de Pont Aven-ThompsonSydney Lough Thompson (Oxford, Nouvelle-Zélande, 1877-1973), "Marins sur le port", pastel sur carton, 1913.Photo @ Musée de Pont Aven

Ainsi Eugène Boudin (Portrieux, Camaret, Douarnenez…), Claude Monet (Belle-Ile), Paul Signac (Saint-Malo, Concarneau, Groix…), Maxime Maufra (Pont-Aven, Loctudy, Belle-Ile, Lorient, Quiberon…), Henri Rivière (Saint-Briac/mer, Loguivy de la mer), Jean Puy (Sainte-Marine, Le Palais, Sauzon, Le Pouldu), Robert Delaunay (Saint-Guénolé), Adolphe Beaufrère (Quimperlé)… sont aussi les défenseurs plus ou moins intérimaires de ces courants impressionnistes, fauvistes, pointillistes, japonisants, cubistes qui marquent cette époque riche de révolutions culturelles toutes issues de cette nouvelle approche artistique qui fait sortir le peintre de son atelier pour y représenter directement le motif.

Cette exposition retrace aussi les grandes influences qui ont marqué l’innovation picturale des disciples avec ses touches impressionnistes, ses aspirations japonisantes, ses influences cubistes : Georges Sabbagh (Ploumanac’h), Conrad Kickert (Bréhat, Arradon, Ploumanac’h), Albert Clouard (Perros-Guirec), Pierre Bompard (Doëlan), John Peter-Russell (Goulphar)… ainsi que l’émergence de centres artistiques en Bretagne : Alfred Guillou, Théophile Deyrolle, Charles Fromuth, Sydney Thompson, Henri Barnoin, Fernand Le Gout-Gérard, Maurice Cahours, Marcel Jacquier, Lucien Simon, Charles Cottet… se retrouvent, qui à Concarneau, qui à Douarnenez, qui en pays bigouden. Magique !

Musée de Pont Aven-CottetCharles Cottet (Le Puy, 1863 - Paris, 1925), "Voiles rouges à Camaret", Huile sur carton non datée.

Musée de Pont-Aven
Place Julia, Pont-Aven

Exposition temporaire : "La modernité en Bretagne" (1er volet) : de Claude Monet à Lucien Simon (1870-1920).
Du 10 février au 11 juin 2017
 

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